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DE L’ÉMIGRATION

ARTICLE PREMIER

De V émigration dans les pays étrangers.

Une partie des réflexions que suggèrent les colonies agricoles s’appliquent à la colonisation extérieure ; ces réflexions se trouventconfirmées aussi par l’étude des questions que la colonisation extérieure fait naître.

Occupons-nous d’abord de l’émigration qui a lieu de pays à pays, ordinairement pour des contrées lointaines, et supposons qu’elle ait lieu sans pensée de retour.

Recherches sur les causes principales des émigrations

définitives.

» Grâces à l’émigration, la société est soula- <i gée de l’excès de population qui l’accable, ou “ du moins préservée de celui qui la menace; u la concurrence des bras qui sollicitent du tra- “ vailse trouve diminuée, et létaux des salaires «relevé; elle rend un avenir à des familles « honnêtes et malheureuses qui sollicitaient en « vain de l’emploi ; elle réduit le nombre des « personnes qui participent à la masse des sc- « cours, et allège ainsi la misère de ceux qui « restent. » Telle a pu être la pensée de ceux qui accusent des maux de l’indigence l’exubérance de la population, l’introduction des machines, les entreprises industrielles.

Les faits, cependant, demandent à être interrogés de plus près.

Les premières et les plus considérables émigrations dont l’histoire retrace le tableau, sont celles qui ont amené des torrens de peuples barbares au sein des sociétés civilisées. Les hordes envahissantes étaient entraînées par le be-

soin d’améliorer leur sort ; c’est qu’elles n’avaient pas su se créera elles-mêmes des ressources naturelles, par le travail et la culture des terres. Leurs nécessités étaient la conséquence de leur barbarie ; elles n’y trouvaient de remède que dans la conquête et le pillage. Les guerres des peuples ne furent longtemps que des émigrations à main armée, ayant pour but de demander à la violence les richesses qu’on ne savait pas encore solliciter de l’industrie. D’autres émigrations, dans l’antiquité, s’opérèrent en sens inverse. Les peuples alors civilisés se répandirent dans les pays encore barbares. Chez les nations qui, comme les Grecs et les Romains, abondonnaient le travail aux esclaves, et où un petit nombre de citoyens libres s’en partageaient les fruits, les colonies extérieures offraient à la classe supérieure et privilégiée de la société, de nouveaux établissemens , des patrimoines à exploiter. Ces émigrations furent souvent favorisées par la politique ; elles étaient tout ensemble un moyen de consolider les conquêtes faites, d’en recueillir les fruits, et d’en préparer de nouvelles. Elles furent aussi favorisées par le commerce, et surtout par le commerce maritime; elles instituaient des débouchés, procuraient des approvisionnemens , secondaient les échanges, faisaient prospérer la navigation. Ces émigrations n’avaient en rien le caractère d’un préservatif ou d’un remède pour l’indigence; elles attestaient la puissance et la prospérité des peuples qui s’étendaient ainsi au dehors, et qui, le plus souvent, y portaient avec eux les bienfaits de la civilisation.

A la présence d’un nouvel hémisphère, de nombreux archipels découverts par les navigateurs, de ces contrées immenses et fertiles, toutes les passions ont été excitées à-la-fois chez les peuples de l’Europe: l’avidité des conquêtes, les intérêts de la politique, ceux du commerce, ceux de la navigation, ont conduit à-la-fois, dans

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