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ÉMIGRATIONS : ALLEMAGNE, SUISSE ET FRANCE

En 17 ans , de 1815 à 1829, le Wurtemberg a perdu par les émigrations :

Hommes. Femmes. Total.

Et a recouvré seulement par les immigrations. . . . 4,218 5,637 9,855

Diminution. . . 11,337 10,231 21,568 habit. [î]

A la vérité , la densité de la population de ce royaume est remarquable; il renfermait, en 1829, 4540 habitans par mille carrés, et le cercle du Neckar, en particulier, 7000. Mais la terre y est fertile; le climat y est doux. La mortalité qui , avant 1815, donnait une moyenne d’un décès sur 2972, n’en donne plus, depuis 20 ans, qu’une moyenne d’un décès sur 55, 69; ce qui annonce une amélioration considérable.

L’accroissement annuel de la population qui, jusqu’en 1815 , était de 441, s’est élevé, depuis cette époque , à 857 [2].

Les dissidences religieuses, d’après les renseignemens recueillis sur les lieux, paraîtraient avoir plus d’influence sur ces émigrations, que le désir de chercher une plus grande aisance.

On cite des communes , en Allemagne, qui font elles-mêmes les frais de l’émigration , pour quelques-uns de leurs habitans. Elles cherchent à s’épargner ainsi une portion des charges que leur impose la législation du pays, pour l’assistance de leurs pauvres. En prenant cette détermination, elles réduisent aussi la concurrence du travail , la participation aux jouissances communes ; elles espèrent se délivrer de sujets dont la présence leur est importune. Il n’est pas démontré que l’industrie ne pùt obtenir des progrès qui eussent ouvert au travail une carrière plus étendue, et la mesure qu’elles adoptent n’est pas propre en effet à favoriser ces progrès. Aussi ces communes appartiennent-elles , nonpasàla classe des villes , mais à celle des communes rurales.

Une partie des émigrations fournies par l’Allemagne s’est dirigée, comme on sait , depuis le

[1] Un relevé des émigrations dans le royaume de Wurtemberg, de 1813 à 1829 inclusivement, donne les résultats suivans :

Années. Hommes. Femmes. Total.

Maximum. . . . 1817 6,411 6,619 13,030

Minimum. . . . 1814 83 241 524

Moyenne. . . . 1,037 1,058 2,095

Et celui des immigrations :

commencement de ce siècle, vers les provinces du midi de la Russie, où elles ont été attirées par divers encouragemcns et où elles prospèrent par l’industrie agricole. Une autre partie se dirige, en ce moment, sur les nouvelles possessions françaises en Afrique.

Du sein de la Suisse sont parties, pendant quelques années , au commencement de ce siècle, des émigrations nombreuses, opérées en masse, pour le nouveau monde, particulièrement pour le Brésil. O11 s’est bientôt aperçu qu’elles privaient le pays des sujets les plus précieux , de ceux-là précisément qui en taisaient la force. Aussi les cantons helvétiques , frappés de ce préjudice, se sont-ils empressés d’opposer des obstacles à cette espèce de désertion par des lois. Depuis 1819, les émigrations en masse ont cessé; les émigrations individuelles ont seules continué ; on les attribue généralement 'a des motifs religieux.

Sur les coteaux du Jura , dans les cantons du Locle et de la Chaudefont , où il ne croit que des pommes de terre et des choux, et où 15,000 âmes sont disséminées sur deux et trois lieues carrées, nul penchant à l’émigration ne s’est manifesté. Les pauvres y trouvent facilement de l’occupation.

Pendant ce temps, Génève, Zurich doivent en partie leur prospérité, à la nombreuse immigration d’Italiens, de Français, d’Allemands, qui leur apportent des sujets utiles.

Loin que les émigrations aient diminué la population de la Suisse, cette population s’est augmentée parles accroisscmens dans le nombre des mariages et des naissances.

Aussi est-on convaincu dans ce pays que les émigrations, loin de soulager la mère-patrie, ne servent qu’à l’affaiblir [3].

On évalue le nombre des personnes émigrées du seul département du Bas-Rhin , pendant le cours de 10 années, de 1828 à 1857 , à 14,565 , dont 2058 isolément et 12,527 en familles.

O11 évalue à 8,200,000 les capitaux que ces personnes ont emportés; ces capitaux sont le

Maximum.

Minimum.

Moyenne.

(Voyez Bickes , die Bcwegung der Bevoelkerung , \). 48.)

[2] Ibid. p.28.

[3] Voyez la Bibliothèque universelle de Genève, décembre 1836.

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