TROISIÈME PARTIE. LIVRE I. CIIAP. VI
produit de la vente des biens-fonds dont ils étaient propriétaires.
Les 1 1/1 4e de ces émigrés appartiennent aux arrondissemens de Saverne et Wissembourg, qui sont les plus ménagés dans l’assiette des impôts, dont la population est laborieuse. C’est précisément leur amour pour le travail, qu’exploitent les entremetteurs d’émigration ; ils savent qu’ils procureront d’excellens colons aux États-Unis.
L’occupation de l’Algérie a ouvert aux émigrations un nouveau théâtre dont l’accès est plus facile, et qui, dans l’avenir, peut offrir d’assez vastes perspectives. Les nations qui habitent les rivages de la Méditerranée, s’y pressent déjà en foule. Mais, là aussi, les émigrans expérimentent les conditions auxquelles est attaché le succès de celte entreprise. Us ne réussissent qu’en apportant des ressources pécuniaires, une industrie. Alger ne peut être un immense hospice propre à recevoir des mendians, des gens dénués de tout.
Le résultat des ces émigrations se composait comme il suit :
En 1837, Français. . . 6,592
Anglais. . . 2,193 Espagnols. . . 5,189 Italiens. . . 1,983 Allemands. . 762
Portugais. . . 25
Grecs. ... 4
Russes. ... 2
Tolal. . . 16,750
Il avait suivi la progression suivante:
Le rapport des hommes aux femmes était àpeu-près comme 5 est à 2 [i].
Depuis un an, le département du Bas-Rhin a fourni, lui seul, à-peu-près 990 émigrans pour l’Algérie, et l’on évalue à 200 environ les famil-
les qui ont pris cette direction. Ce sont des artisans , des cultivateurs, des terrassiers. A en juger par les secours de route qu’ils ont reçus, ces nouveaux colons sont généralement pauvres.
De l’émigration temporaire.
,Nous avons supposé jusqu’ici que l’expatriation de l’émigrant est définitive. Quelquefois, elle n’est que temporaire : c’est un voyage; le voyage se prolonge plus ou moins; souvent il se répète chaque année.
Une partie des habitans de notre département du Cantal se dirige vers l’Espagne ; aussi désigne-t-on dans le pays ces voyageurs sous le nom d 'Espagnols. Ce système d’émigration se continue ordinairement de père en fils. Ces émigrans exercent les professions de boulangers, de cordonniers, de chaudronniers ; quelques-uns font le commerce de la laine et des étoffes. Ces voyages ne sont pas un effet de la misère, un remède destiné à la soulager; ils constituent une industrie; celte industrie est assez lucrative. Presque tous ces voyageurs reviennent avec des bénéfices ; aussi les villages d’où ils partent sont riches, les terres s’y vendent plus cher qu’ailleurs [2]. Souvent ils s’associent entre eux, mettent en commun les profils et les pertes. Les sociétés se recrutent quelquefois aussi de nouveaux arrivans; on impose à ceux-ci l’obligation de travailler cinq ans, sans retourner au pays ; les cinq ans écoulés, ils peuvent disposer de deux mois, pour revenir au village. Les anciens de l’association jouissent d’une plus grande liberté. Plusieurs de ces sociétés se sont perpétuées de génération en génération. La coutume d’Auvergne renferme des dispositions spéciales destinées à régir et à protéger ce genre de communautés. Elles font quelquefois de brillantes affaires [3].
Une partie des habitans de la forêt Noire par-
ti] Voyez le tableau des établissemens français en Algérie, publié par le ministre de la guerre, t. 11, page 297.
La France porte aussi son tribut d’émigrans aux régions transatlantiques. Ce qu’il y a de remarquable, c’est que la province qui les fournit , l’Alsace, est précisément l’une des plus fertiles, l’une de celles où il y a le plus d’aisance et de lumières. Les émigrans appar-
tiennent essentiellement à la classe des cultivateurs.
[2] Un émigrant donne à son retour 3 ou 4000 francs, d’une parcelle de terre qui ne vaudrait pas plus de 1000 francs pour un autre, mais qui touche la parcelle qu’il a achetée à son précédent voyage.
[3] On cite une de ces associations, liquidée récemment à Aurillac , qui comptait environ 30 membres et dont l’actif, toute déduction faite s’élevait à 800,000 fr.