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MIGRATION DES ENFANS

sent le plus d’émigrans à la migration intérieure, douze touchent aux rivages de la mer; on ne retrouve que deux départemens maritimes parmi ceux qui sont le moins désertés par les indigens.

La comparaison de la migration aux différentes époques, n’est pas moins digne d’attention. D’après le relevé du nombre des passeports délivrés, en France, aux indigens, on voit que cette migration a presque doublé, de 1829 aux trois années suivantes. De 1829 à 1831 , elle a même plus que doublé ou même triplé dans quelques départemens, comme ceux des Bouches-du-Rhône, de l’Aisne, de la Gironde, de la Charente-Inférieure, de la Loire-Inférieure, de la Meurthe, du Nord, de la Seine-Inférieure, etc. Cet accroissement extraordinaire s’explique par les événemens qui, en 1830 et 1831, ont paralysé l’activité de l’industrie, et en 1832 par les effets du choléra.

La ville de Lyon, dans ce tableau, joue un rôle tristement remarquable. L’émigration des indigens du département du Rhône , qui ne s’était composée que de 6 indigens en 1829, et de 24 en 1850 , monte subitement à 693 en 1831. Aux calamités générales étaient venus se joindre, pour cette ville, des désordres et des malheurs qui lui étaient propres.

En 1833, la migration diminue d’une manière sensible. Le nombre des passeports délivrés aux indigens, qui de 10,000 à-peu-près, en 1829, s’était élevé à près de 20,000 en 1831 et 1852 , redescend à 16,000 environ en 1833. Plusieurs départemens le voient réduire de moitié. Mais, en 1833 , la frontière de l’Espagne (les Basses- Pyrénées) éprouve un effet contraire. Plus de 700 passeports d’indigens y sont délivrés.

Migrations industrielles.

Il est un colportage honnête, utile, nécessaire même. Il approvisionne les campagnes , les lieux reculés, d’une foule d’objets qui ne seraient point à la portée des consommateurs ainsi disséminés; ou bien il crée une concurrence utile à l’égard deshabitans. Il écoule les produits des manufactures. Mais , à côté de ce colportage, et sous le voile d’une profession honnête, se déguise un métier d’escroquerie organisé, peu connu [î],

qui a son centre dans certains cantons , qui se perpétue par hérédité, et qui échappe par l’habileté de ses manœuvres à la poursuite des magistrats et à la sévérité des lois. Ces prétendus colporteurs, dans leurs migrations continues , exploitent l’art de s’enrichir par la banqueroute.

Les ouvriers qui émigrent périodiquement chaque année, se partagent en deux classes, suivant que la profession qu’ils exercent les appelle hors de leurs foyers pendant la belle saison ou pendant l’hiver. Les uns sont des maçons : ils appartiennent principalement au département de la Creuse; les autres sont des terrassiers, des portefaix : ils appartiennent principalement au Puy-de-Dôme. Les uns et les autres se dirigent vers les grandes villes, et surtout vers la capitale. Ils proviennent des pays de pâturages où la culture demande moins de bras; ils vont chercher des salaires plus élevés. Accoutumés aux privations, à une vie dure, à un régime frugal , ils économisent une portion notable des salaires qu’ils ont acquis; ils rapportent ce pécule qui ne s’élève guère à moins de 200 francs, par télé et par voyage; ils le placent à leur retour, en acquisitions de parcelles de terre, et ne craignent pas de payer ces parcelles à un prix très-élevé; il leursufiit de placer leurs fonds à un ou deux pourcent; le sol devient ainsi pour eux une sorte de caisse d’épargnes. Cette migration ramène ainsi le numéraire dans les contrées privées de toute industrie propre, supplée au défaut d’emploi qui, à raison de cette circonstance, s’y fait sentir pendant une portion de l’année, pour les adultes valides. Elle ne se compose que d'hommes robustes , économes , laborieux. Les professions exercées par ce genre d’émigrans sont du nombre de celles qui exigent plus de vigueur que d’habileté, qui ne supposent pas un apprentissage difficile, qui se concilient le mieux avec les travaux de la campagne. Elle forme un contraste frappant avec le vagabondage des mendians.

De la migration des enfans.

L’introduction des machines dans les manufactures, le prodigieux développement que leur

[i] Ces faits singuliers sont constatés pour quel-

ques cantons de l'ancienne province d’Auvergne.

emploi y a reçu, a créé, pour les femmes et pour les enfans, une carrière de travail jusqu’alors inconnue, et qui a pris elle-même une grande extension. Aussi voyons-nous que, dans les districts manufacturiers de l’Angleterre, on sollicite une immigration spéciale de femmes et d’enfans; on la préfère même à celle des hommes adultes. Le pays ne fournit plus assez de sujets pour ces travaux légers qui exigent peu de forces. Si l’on accepte des adultes provenant des districts agricoles, c’est parce que leur ignorance ou leur maladresse ne leur permettant pas de remplir les offices supérieurs dans les fabriques, ils y jouent à-peu-près le même rôle que les enfans. Ce sont des veuves, avec leurs familles, qui sont surtout appelées dans le comté de Lancastre, en Angleterre, et les familles qui y arrivent avec le plus grand nombre d’enfans sont les mieux accueillies. On préfère aussi les irnmigrans d’un âge encore tendre, parce qu’ils n’apportent point d’habitudes invétérées, qu’on ait peine à corriger, parce qu’ils sont plus dociles, parce qu’il est plus facile de faire leur éducation industrielle [1] .

Il est un autre genre de migration où les enfans quittent seuls le toit paternel. Les petits Savoyards qui affluent dans les grandes villes de France, fournissent un exemple bien connu de cette migration d’enfans séparés de leurs familles. Mais on ne connaît pas aussi bien les causes qui la déterminent, les moyens par lesquels elle s’exécute, les effets qu’elle produit.

Aujourd’hui, la Savoie fournit aux villes de France peu de petits Savoyards. La plupart des enfans qui portent ce nom , sont proprement des Auvergnats. Ils proviennent généralement des pays où les pâturages sont rares, où le sol est.cultivé en vignes et céréales, où par conséquent on a moins d’occasion d’occuper les enfans à la garde des troupeaux, et où aussi le manque d’industrie n’offre pas d’autres moyens de les occuper. Le voyage de ces infortunés est le produit d’une double spéculation : d’une part, les entrepreneurs qui se chargent de les conduire, paient aux parens une somme de 30 fr. environ par tête et par voyage; d’uncautre part,

[1] Voyez le Rapport précité, p. 311 et suiv.

[2] Le jeune Sousi, fils de Claude Lepelletier de Sousi, contrôleur général des finances sous Louis xiv. Cet enfant réunissait une vingtaine de petits Savoyards , les instruisait lui -même, et leur procurait ensuite les moyens de retourner dans leurs familles, et de fuir ainsi les dangers de la capitale.

. LIVRE I. CIIAP. VI.

ccs entrepreneurs exploitent les enfans et leur travail, percevant le salaire gagné par ceux-ci et s engageant à les loger, nourrir, entretenir pendant la route et le séjour. Ces entrepreneurs, ou releveurs, car c’est le titre qu’on leur donne, appartiennent ordinairement à la classe de ces colporteurs dont nous parlions il y a un instant, et à la portion de cette classe qui se recommande le moins par sa moralité. C’est un véritable trafic dont de pauvres petits enfans sont la matière; trafic de la part des familles qui les louent; trafic de la part des releveurs qui les emmènent. Ce trafic est d’autant plus lucratif, que chaque enfant est condamné d’une part à un travail plus pénible, et de l’autre à de plus rudes privations. Aussi ne leur en fait-on point faute. Heureux, quand ils peuvent avoir de la paille pour lit, entassés dans des réduits infects, à peine défendus contre la rigueur des saisons, n’ayant souvent pour nourriture que le pain de la charité, croupissant dans la saleté la plus abjecte; ils subissent, dans un âge tendre, toutes les horreurs de la misère. Et ces maux quelque cruels qu’ils soient, ne sont rien encore auprès des dangers que courent ces petits malheureux, abandonnés ainsi au hasard, au milieu de nos grandes villes, privés de soins, exposés aux influences des mauvais exemples, aux tentations du besoin. Grâces soient rendues aux âmes généreuses qui ont compris toute l’horreur d’une telle situation, qui ont adopté ces intéressantes victimes, qui les ont recueillies, nourries , réchauffées, qui ont fait plus, qui les ont protégées contre le péril de la dépravation, qui les ont arrachées à l’ignorance, et les ont dirigées vers le bien !

La première pensée de cette œuvre touchante vint éclore dans l’âme d’un vertueux écolier du collège Louis-le-Grand à Paris [2]; développée après lui par l’abbé de Pont-Briand, elle eut pour premiers protecteurs la reine Marie Leckzinska, et son petit-fils alors dauphin; elle fut définitivement fondée par cet autre Fénélon qui reçut le titre d 'Évêque des Savoyards [3]; achevée par un successeur , un émule de Vincent-de- Paule , par l’abbé Legris Duval [4]. Elle s’est reproduite plus lard à Lyon et à Bordeaux [5].

[3] En vain tous les Savoyards, qui se trouvaient à Paris, sollicitèrent-ils avec instance que leur bienfaiteur leur fût conservé, il fut conduit à l’échafaud en janvier 1794.

[4] Mort à Paris , en janvier 1819, à l’âge de 53 ans, victime de son zèle.

[5] Son établissement dans celle dernière ville est dû

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