MIGRATION DES EM A NS
Cette migration d'enfans, on le voit, n’atteste pas la misère des familles qui livrent les enfans ; mais seulement leur avidité. Elle ne soulage pas des infortunes , elle en produit. Si elle était plus moralement, plus sagement conçue et dirigée , elle pourrait, en adoptant d’autres instrumens et choisissant un autre théâtre, produire des effets salutaires. Chose remarquable! pendant que dans certains départemens on découvre une tendance à se débarrasser des enfans; dans d’autres, on les recherche précisément au même âge, pour les travaux des champs, pour ceux des fabriques; les cultivateurs, les manufacturiers les demandent. Il est vrai que, pour les placer ainsi d’une manière utile , les parens devraient renoncera retirer personnellement aucun lucre du travail de leurs enfans. Mais cette condition serait aussi juste que prudente. Si les parens prétendent être réduits à une misère telle
en grande partie au zèle de M. l’abbé Dupuch, aujourd'hui évêque d’Alger.
que leurs enfans leur soient à charge, n’est-ce pas assez qu’ils soient soulagés de la dépense? Peut-il leur être permis d’exiger un lucre?
Y a-t-il donc réellement des contrées où les familles chargées d’enfans dans l’âge de 12 à 10 ans, ne puissent trouver pour eux un emploi utile? Dans ce cas, une administration éclairée et bienveillante n 'aurait-elle aucun moyen de procurer une occupation à ces enfans, sans les séparer de leurs familles? et s’il était démontré qu’en effet les circonstances locales, par une exception singulière, ne permissent de trouver sur les lieux mêmes le remède désirable, l’administration ne devrait-elle pas intervenir, offrir ses bons offices, diriger la migration des enfans sur les points où ils peuvent être situés avec avantage, les protéger pendant la route, à leur arrivée, pendant leur séjour, et les garantir contre les dangers qui les environnent?
Voyez les Petits Savoyards , etc. ; par un de leurs amis, Bordeaux, 1832.