DU RÉGIME DES SECOURS A DOMICILE
article premier.
Du mérite des secours à domicile.
La bienfaisance doit-elle se contenter d’un rôle passif, attendre que le malheur l’implore? ou bien, active et spontanée, doit-elle explorer le champ si vaste , hélas ! de l’infortune ?
La réponse ne saurait être douteuse, et déjà, à cet égard , se révèle la prééminence des secours à domicile.
Ils ont, en effet, ce premier mérite, qu’ils permettent a la bienfaisance d’aller elle-même au devant de l’infortune, de la découvrir, de l’observer au sein du foyer domestique, de la prendre sur le fait, si l’on peut dire ainsi, de la saisir dans son état vrai , dans sa situation naturelle , et de joindre aux dons de la générosité, tous les soins de la prévoyance , tous les ménagemens de la délicatesse. Ce n’est plus alors l’indigence qui assiège la richesse; c’est la bonté qui accourt auprès de la souffrance.
De cette manière , l’assistance à domicile devient en quelque sorte comme le précurseur de tous les autres modes de secours; elle les prépare , les éclaire.
Elle a en même temps cet autre mérite, qu’elle permet, sinon de prévenir la misère, du moins de la découvrira sa naissance, d’en prévenir ainsi l’accroissement; elle peut apprécier les ressources qui restent encore à l’indigent, l’aider à en faire usage, le soulager lorsque sa situation n’est point encore désespérée, mesurer le secours sur le besoin, guérir les maux qui ne sont pas sans remède, et réhabiliter le pauvre après l’avoir sauvé.
L’assistance à domicile a cet immense avantage, qu’elle laisse les époux l’un auprès de l’autre , les parens au milieu de leurs enfans, les enfaris sous la protection de leurs parens, et
qu’elle conserve ainsi ces relations de famille qui sont le premier bien pour la créature humaine et la plus douce consolation dans l’adversité. Elle laisse goûter au pauvre les relations de l’amitié et la bienveillance des protecteurs qui lui portent intérêt. Le pauvre ainsi conserve mieux sa dignité, son indépendance; les services qu’il reçoit sont moins coûteux quoiqu’ils aient plus de prix ; ils donnent lieu à une foule de bonnes actions; ils entretiennent les sentimens les plus honorables.
Le pauvre a-t-il encore un mobilier ? conservet-il quelques débris de son ancienne aisance ? Assisté à domicile, il ne sera pas contraint de s en dépouiller. Le pauvre exerce-t-il encore une profession ? a-t-il des liaisons à l’aide desquelles il se procure de l’emploi, trouve du débit pour les produits de son travail ? Assisté à domicile, alors même qu’il serait contraint de restreindre ou de suspendre ce commerce habituel, il ne rompra pas les nœuds qu’il a formés.
L’assistance à domicile permet et même provoque la création de ce patronage salutaire qui place la classe indigente sous la tutelle des classes plus fortunées , et qui répond ainsi aux desseins de la providence. Ce mode de secours comporte l’intervention d’un certain nombre de personnes douées à-la-fois du zèle, des lumières, des loisirs nécessaires pour ce service; il donne au pauvre plus que des bienfaiteurs ; il lui donne des guides; il établit entre eux et lui un commerce de confiance et de service.
Parmi les autres mérites que nous pourrions lui reconnaître encore , il en est un que nous ne saurions taire et qui a un prix élevé. Seule , l’assistance a domicile pénètre le secret de ces grandes infortunes , aggravées par le contraste de la situation antérieure avec la destinée présente, par les peines du cœur, qui se dérobent aux regards; seule, elle a le privilège de soulager ceux qu’on désigne sous le nom de pauvres hou-