DU ROLE DES INDIGENS
teux ; seule même elle parvient le plus souvent à les connaître. Le secours est couvert , alors , (lu même voile que la détresse à laquelle il remédie.
Enfin , et par une conséquence naturelle de ces divers mérites, l'assistance à domicile peut graduer convenablement et approprier les secours qu’elle applique , suivant la destination qu’ils reçoivent; en les graduant, elle en économise la dépense; en les appropriant, elle les rend plus efficaces.
Mais , à côté de ces mérites, les secours à domicile peuvent avoir aussi leurs dangers.
Plus que tout autre , peut-être , ce mode d’assistance est susceptible de dégénérer en abus.
D’abord, il sera sollicité naturellement par un grand nombre d’individus qui n’y auront point de titres réels , ou du moins de titres suffisais , et pourra aussi être par eux facilement obtenu. Il ne leur coûtera que la peine de demander et la honte de recevoir un don illégitime, deux choses que les faux pauvres redoutent peu. Le refus exige toujours un effort de la part des ministres de la bienfaisance; le refus porte les apparences de la dureté; la compassion est un sentiment qui se laisse aisément surprendre; l’émotion, causée par les gémissemens , ne raisonne pas; on craindrait d’élever un soupçon; les vérifications d’ailleurs exigent un travail pénible; croire sur parole est plus commode et plus doux.
La mesure du secours à domicile peut facilement , par la même cause, dépasser l’étendue de la nécessité réelle.
L’emploi des secours peut être détourné d’une manière contraire au but pour lequel ils sont accordés. Au lieu de satisfaire à des besoins réels, il servira peut-être à alimenter des désordres. Les objets donnés en nature seront revendus à vil prix; l’intempérance, entretenue à l’aide de ces ressources gratuitement obtenues, préparera dans la suite une misère réelle. Des distributions aveugles, en corrompantles mœurs, deviendront un vrai poison.
Le secours une fois accordé est envisagé par celui qui le reçoit, comme une sorte d’engagement contracté. L’indigent inscrit sur le rôle des secours à domicile, est porté à se considérer comme admis à une sorte de pension. Les fonds destinés à cette assistance lui semblent presque être pour lui un patrimoine ; il compte sur le revenu qu’il doit en percevoir; il s’y repose encore alors même que les circonstances lui sont devenues plus favorables; il le réclame comme une
subvention obligée. La famille participe à cette confiance, comme elle participe aux distributions ; on se transmet de père en fils, l’habitude de recevoir l’aumône; l’indigence devient une profession.
Pour se défendre contre ces périls, il faut s’armer de mesures qui peuvent paraître rigoureuses, de précautions presque inquisitoriales, et l’on s’expose ainsi à humilier le pauvre dont la situation a droit à tant de respect.
En présence de ces avantages, de ces dangers, on se demande comment obtenir les uns en échappant aux autres.
Les moyens d’y parvenir constituent les conditions du régime des secours à domicile, conditions nombreuses, difficiles, mais indispensables.
Tout dépend ici de leur observation.
Si ce mode d’assistance, quoique le plus naturel et le plus direct, est cependant négligé en tant de lieux; s’il a été si tard régularisé dans plusieurs contrées; si dans d’autres il a manqué ses effets ; n’est-ce pas parce que les conditions ont été méconnues, ou parce qu’elles ont rencontré trop d’obstacles, ou parce qu’elles ont été mal remplies?
Du rôle des indigens.
Tout le système des secours à domicile repose sur le rôle des indigens , comme sur sa base.
Là est la première condition du secours; là peut être la source la plus abondante des abus.
Sous ce titre sont renfermés trois ordres de conditions : celles qui président à l’admission , à la classification, à la radiation.
Règle générale : l’inscription au rôle ne doit être accordée qu’en raison d’une indigence constatée , réelle, indépendante de la volonté de l’indigent. Elle doit être refusée à quiconque pourrait, ou en travaillant, ou en vivant avec plus d’ordre, se suffire à lui-même.
Cependant, comment entreprendre la réforme du moçlc d’admission des indigens, là où l’on a eu l’imprudence d’en rendre les conditions trop faciles? Quelles plaintes, quels murmures ne va-t-on pas susciter? Les usages depuis longtemps établis sont devenus presque des lois; ceux qui sont en possession diront qu’ils se sont fixés sur l’assistance promise; ils crieront à l’in-