‹ De la bienfaisance publiqueChapitre 29 sur 450 · EMPLOI DES TABLES DE MORTALITÉ · texte numérisé non relu

EMPLOI DES TABLES DE MORTALITÉ

rable dans les villes que dans les campagnes.

M. Fr. Baily a cherché quelle prime annuelle devrait payer respectivement un homme de 50, de 40 et de 50 ans, sa femme étant supposée du même âge que lui, pour que, s’il vit un an après la souscription du contrat, sa veuve ait droit à une rente viagère de 200 fr.; s’il vit sept ans, à une rente de 100 fr. de plus, ou de 500 fr.; et s’il vit quinze ans, à une rente de 100 fr. de plus, ou 400 fr., l’intérêt étant supposé à 4 p. o/o, et la mortalité conforme aux observations faites en Suède pour chaque sexe distinctement , ou encore aux observations de Norlharnpton et de Londres.

II a trouvé que la prime annuelle qui devrait être payée par un homme de chacun des âges qui viennent d’être spécifiés, et d’après ces trois tables d’observations, serait comme il suit :

Ages.

Suède.

Northampton.

Londres.

Il a emprunté cet exemple au système d’après lequel opérait la Compagnie de rentes viagères au profit des veuves [î] établie en 1765. La Société louable [ 2], qui fut formée sur un plan presque semblable, date de 1761. Dans chacune de ces compagnies, la contribution annuelle de chaqueassuré, sans distinction d’âge, n’était que de 500 fr., payables par semestre; au moyen du paiement de cette prime, sa veuve avait droit aux renies spécifiées dans l’exemple ci-dessus, suivant les conditions qu’il renferme. Rien donc n’est plus propre que ces exemples à montrer 1 impossibilité où étaient ces compagnies , de parvenir à leur but par les moyens qu’elles avaient adoptés. On voit, en effet, qu’en supposant à chacun des assurés le même âge qu’à sa femme, ces compagnies n’eussent reçu qu’environ un peu plus des trois cinquièmes de la vraie valeur des rentes qu’elles garantissaient; mais, en supposant à chaque mari dix ans de plus que sa femme, ce qui est plus près de la vérité, on trouvera qu’elles ne recevraient que la moitié de la valeur de ces rentes. Les conséquences de ces fausses conditions furent très-fâcheuses ; les premières personnes dont les rentes échurent en touchèrent la totalité ; mais, après avoir suivi cette marche fatale pendant quelques années,

[1] London annuily society for the benefit ofwidows.

[2] Laudable society.

les administrateurs de ces établissemens écoutèrent enfin la voix de la raison, et, cédant à des avertissemens réitérés, reconnurent qu’il était nécessaire d’avoir recours à l’un des deux moyens qui restaient d’empêcher la ruine de l’institution : augmenter les primes ou diminuer les rentes [3].

u II y a en Angleterre, dit le docteur Price à u ce sujet, plusieurs institutions en faveur des u veuves, outre les deux que j’ai citées, et, en « général, autant que j’ai recueilli des renseitc gnemens sur leur compte, elles sont fondées u sur des bases également dangereuses, dictées u par le caprice, et sans aucune notion des prin- « cipes d’après lesquels doivent être calculées u les valeurs des annuités en réversion. Les mo- « tifs qui ont inspiré les fondateurs de ces insti- <c tutions peuvent être louables; mais je pense « qu’ils auraient dû prendre des informations « plus sûres.

•t Plus ces institutions durent de temps, plus u est grand le mal qu’elles produisent. Il y a « folie à former un établissement de ce genre , u en s’imaginant que son sort sera bientôt dé- « terminé par l’expérience. Si ses gérans ne « sont pas plus extravagans que la plus épaisse u ignorance peut les faire, ils prospéreront pen- <t dant vingt ou trente ans, et, pour peu que « leur administration soit seulement passable , «t ils se soutiendront pendant quarante ou cin- «c quante ans, et trouveront enfin devant eux » une ruine inévitable. Tout système erroné <t fonde l’utilité du présent sur les désastres de <c l’avenir , et vient en aide à un petit nombre » d’individus, aux dépens d’une foule nom- « breuse de malheureux. »

Après avoir évalué le nombre des hommes mariés qui entrent dans une société de prévoyance , et l’époque présumée de leur décès, on aura recours aux recherches sur la fécondité des mariages, pour évaluer approximativement le nombre d’enfans en bas âge qui pourront, comme orphelins, avoir droit aux secours de la société après le décès de leurs pères ; et les tables de mortalité indiqueront la proportion du nombre de ces pensionnaires qui s’éteindront d’âge en âge.

Au milieu de ces incertitudes, en présence d’éventualités si diverses et si difficiles à soumettre au calcul, il est deux règles , du moins ,

[3] Théorie des annuités, traduction de M. de Courcy, tome u . pages 107 et suivantes.

SECONDE PARTIE. LIVRE II. CHAP. II

que les sociétés de prévoyance doivent s’imposer, et qui pour elles affaibliront les périls, si elles ne peuvent entièrement les prévenir :

1° Dans le doute , on adoptera toujours la supposition qui conduit à exiger les mises et les contributions les plus élevées. Ce n’est pas seulement parce que l’erreur, en cas d’événement qui rendrait les ressources insuffisantes, serait la plus fâcheuse ; c’est aussi parce que diverses circonstances imprévues peuvent amener également un des résultats plus défavorables; une épidémie peut accroître le nombre des malades, multiplier les veuves et les orphelins.

2° Le fonds destiné aux secours extraordinaires, en cas de maladie, et ceux qui doivent servir les pensions, doivent former deux caisses distinctes. L’emploi des premiers étant naturel-

lement soumis à des éventualités plus incertaines, ce fonds doit être calculé d’une manière plus large, afin de pouvoir subvenir à tous les besoins; l’excédant, lorsqu’il s’en trouvera, sera versé dans la seconde caisse, celle-ci sera une caisse de réserve; les pensions allouées aux veuves et aux orphelins seraient fixées seulement quant au minimum , et pourraient s’accroître si la caisse se trouvait en mesure d’en élever le montant.

Les sociétés de prévoyance doivent éviter de recourir à des contributions extraordinaires sur leurs membres; si cependant elles s’en réservent la faculté par leurs statuts, ce ne doit être que pour des circonstances, imprévues quant à l’événement, mais expressément déterminées quant à leur nature.

Page 1