PREMIERS ÉTABLISSEMENT HOSPITALIERS
<( gymnase des pauvres. » Cette création avait excité la jalousie du préfet de la province; saint Basile croit devoir la justifier, et, dans son apologie, il nous apprend que l’établissement était desservi par des infirmiers, des médecins, des porteurs , et diverses sortes d’ofiieiers ; qu’à l’édifice destiné à recevoir les malades, étaient annexés d’autres bâlimens affectés aux différons services.
Saint Grégoire de Naziance avait concouru à cette grande œuvre. Saint Jean Chrysostôme la représente comme le modèle de toutes les institutions de ce genre. Lui-même la reproduisit à Constantinople. Il consacra au soulagement des pauvres malades , toute la portion des libéralités des fidèles, remises dans ses mains, qui n’était pas rigoureusement nécessaire à l’entretien du clergé. Il multiplia les hôpitaux, il en régla le régime; il voulut que les laïques appelés à les desservir ne fussent point engagés dans les liens du mariage. Il y avait alors, dit son biographe, au moins 50 mille indigens dans la grande métropole où il exerçait son ministère. Dans une homélie publique, il sollicita le peuple d’établir en leur faveur des repas communs ; « car, disait « le saint prélat, il en coûtera moins de les nour- »t rir tous ensemble à la même table, qu’indivi- « duellement. )> Il en soutint à lui seul plus de 5 mille. 11 sépara les hôpitaux destinés au traitement gratuit des malades, des hospices simplement affectés à offrir un refuge pour les étrangers. Les hôpitaux qu’il avait érigés (A osocomiœ) étaient desservis par des prêtres, des médecins, des officiers de tout genre [i].
Les maisons même des évêques furent d’abord consacrées à cette noble et pieuse destination. Ensuite on y affecta des édifices adjaccns à la maison épiscopale et basilique. Ces asiles étaient ouverts indistinctement à tous les malheureux.
Bientôt les maisons hospitalières se multiplièrent autour des cathédrales. L’exercice de la charité était l’un des premiers devoirs imposés aux évêques, l’une de leurs dignités; ils étaient tenus d’y employer une partie des fonds mis à leur disposition par la libéralité des fidèles; les malheureux venaient se réfugier sous leur protection. Le concile de Nicée [2] , celui de Rome, tenus au ivc siècle, proclament cette obligation ;
celui de Mâcon la renouvelle. Le 2e canon du concile de Chalcédoine veut que les xénodochies soient dirigées par des prèfres et des clercs que l’évêque aura désignés à cet effet , et soient placées sous son autorité.
Les monastères, en s’établissant au ivc et v° siècle, suivirent cet exemple, se firent une loi semblable. Le concile d’Aix-la-Chapelle rappelle que chaque monastère doit réserver un local spécialement affecté à servir d’asile. L’ernpereur Justinien fit construire, sur le chemin qui conduisait au temple de Jérusalem, un hospice pour les pèlerins, et un hôpital pour les pauvres et les malades; la direction en fut confiée aux religieux parabolaires. Cette règle s’était perpétuée dans les congrégations religieuses jusqu’aux derniers temps, et la plupart des couvcns établis dans les campagnes avaient un hospice ouvert aux pèlerins munis de la patente de l’évêque [3].
Dès l’origine, de nombreuses xénodochies furent aussi fondées par de simples laïques; saint Jérôme mentionne celle que Bammaque avait ouverte près de Rome, premier exemple de ces créations en Italie [4],
Placilia Augusta , épouse de Théodosc-le- Grand, soignait elle-même les pauvres dans les xénodochies des églises; elle visitait les malades retenus au lit, et leur rendait tous les genres de services [5].
Ainsi s’élevèrent ces beaux monumens d'une
piété généreuse, d’une charité prévoyante, Pu fie des gloires du christianisme dont l’esprit les créa, les anime. A leur origine, ils embrassaient à-la-fois fous les genres de services qui peuvent être utiles au malheur; ils consolaient, en soulageant. Loin d’exiger des conditions d’admission. ils recueillaient les étrangers comme les indigènes , et s'ils avaient une préférence, c’était pour ceux qui manquaient d’un refuge.
Silo nom (Y Hôtel-Dieu, remarque justement l’abbé Fleury, fut celui que portèrent d’abord ces asiles, c’est que, situés près des temples consacrés au service divin, ils s'associaient en quelque manière au culte religieux, et que l'hospitalité s y exerçait au nom de Dieu même.
Les éfablisserncns se multiplièrent tellement dans ces premiers âges, qu’à Bysance seulement,
[1] Pallad. Tnvit. Chrysost., cap. 5.
[2] Canon 80.
[3] Les monastères d’Italie ont encore aujourd’hui un logement extérieur réservé aux étrangers , sous la dé-
nomination de Foresteria. — [4] Voyez les nombreux exemples cités par Thomassin, Discipline de V Église, lre partie, liv. 2, chap. 80, § 15 à 20.
[5] Théodoret, lib.5. cap. 18.
on en comptait jusqu’à 37. En se multipliant, ils se partageaient les divers genres d’assistance; les uns se chargeaient des vieillards; les autres des enfans abandonnés ou des orphelins ; d’autres, des malades; d’autres, des infirmes; quelques-uns recueillaient toute espèce de pauvres [î].
Sous l’empereur Alexis, en Orient, on citait un hôpital qui recevait à-Ia-fois 10 mille pauvres.
Les maisons hospitalières, au moyen âge.
Ces premiers monumens de la charité chrétienne survécurent à l’invasion des barbares, se multiplièrent même au milieu des désastres qu elle entraîna. Sous Charlemagne et ses successeurs, on trouve cinq espèces différentes d’asiles, quelquefois séparés, quelquefois réunis : pour les pauvres valides, pour les malades, pour les orphelins, pour les vieillards, pour les enfans. Un capitulaire de l’an 801 [2], recommande aux évêques et aux abbés d’entretenir les xénodochies et les hôpitaux ( hospialea ), qui existaient depuis les temps anciens, et de veiller à ce qu’ils ne manquent point.
Déjà, vers 498, le pape saint Symmaque avait érigé à Rome, un hôpital qui, restauré et agrandi par ses premiers successeurs, fut renversé ensuite par le malheur des temps. Une matrone romaine, fille du patricien Symmaque, sainte Galle, réunissait et recueillait de pauvres petits enfans dans un lieu qui fut ensuite converti en une chapelle, sous son invocation, et près duquel un hôpital s’éleva , au xie siècle. On assure qu’Ina, roi des Saxons, dès 717, établit pour ceux de ses compatriotes , qui visitaient la capitale du monde chrétien , un hospice qui prit le nom de Schola Saxorum; nom qui est resté attaché à celui du grand hôpital Saint-Esprit [3]. Bélisaire, après avoir délivré Rome et l’Italie, fit ériger dans la capitale du monde chrétien , deux vastes hôpitaux, l’un sur la mie large, l’autre sur la voie flaminienne . Dès le vme siècle,
[1] Ducange, Hist. Byzant. lib. 4, cap. 9.
[2] Art. 38.
[3] S. Spirito inSassia. Voy. monsignor Morichini,