DES HOPITAUX DESTINÉS AUX MALADES
Les asiles hospitaliers se divisent naturellement en deux grandes classes : les uns destinés au traitement des malades , les autres servant de refuge aux vieillards , aux infirmes , aux enfans et à diverses espèces d’indigens autres que les malades.
Les dénominations d'hôpital et d'hospice étaient autrefois appliquées indifféremment à F u ne et 'a l’autre classe ; elles servent aujourd’hui à les distinguer.
Il y a aussi des établissemens qui réunissent à-la-fois ce double caractère; telles sont les maisons d’aliénés et d’épileptiques, lorsque les incurables y sont réunis avec les malades.
Si, dans le coup-d’œi! historique qui précède, nous avons dû embrasser l’ensemble du système hospitalier, il convient maintenant de considérer séparément chacune de ses branches pour apprécier le mérite et les moyens des services qu’elles sont appelées à rendre.
ARTICLE PREMIER
De l1 2 3 utilité des hôpitaux .
Doutes élevés sur ce sujet.
Des doutes se sont élevés en France, vers le milieu du siècle dernier, sur Futilité des hôpi-
taux; les hôpitaux rencontrèrent, dans les auteurs de l’encyclopédie, des adversaires déclarés, des censeurs sévères. L’illustre auteur de Y Esprit des lois, dans un aperçu un peu superficiel [1], hésita lui-même sur le mérite de ces institutions, et ne l’admit que sous certaines réserves, que dans des considérations assez restreintes. Les objections que nous entendons aujourd’hui ne sont en partie que la répétition de celles qui se produisirent alors. Cependant, le spectacle qu’offraient alors ces asiles hospitaliers, et les abus qui s’y étaient introduits , justifiaient , il y a un siècle, des critiques qui ne seraient plus applicables à l’état présent des choses. On ne Fa point dissimulé : l’origine première de ces institutions, le caractère religieux qui leur était imprimé , ont contribué aussi à les frapper alors , auprès de quelques esprits, d’une défaveur qu’ils ne rencontreraient plus aujourd’hui.
M. Necker traita cette question en administrateur exercé, et d’après l’étude des faits; il se prononça en faveur des hôpitaux [2].
Les membres du comité de mendicité de l’assemblée constituante et son généreux rapporteur, méditèrent cette grave question, et loin de s’associer aux accusations dont les hôpitaux étaient devenus l’objet, proclamèrent également leur indispensable nécessité pour le soulagement des maux de l’indigence. Leurs vues essuyèrent les critiques de sir Arthur Young [3].
Cette question a été, en Allemagne, l’objet d’un examen consciencieux ; elle y a été résolue unanimement d’une manière favorable aux hô-
[1] Esprit des lois, liv. 23, chap. 29. [3] Sir Arthur Young va jusqu'à dire que « les hôpitaux
[2] « Rien n’est plus conforme aux lois de l’équité « bien administrés sont par eux-mêmes nuisibles ; »
« que ces établissemens publics, où les véritables pau- et que «plus leurs funestes effets sont diminués par « vres trouvent des secours dans leurs maladies. . . 11 « une administration vicieuse et cruelle, plus cela est
« faut donc s’en tenir à ces vieilles idées d’humanité, « utile à la grande masse des pauvres , qui ne sont plus « que le temps et les opinions de tous les pays ont con- «tentés de compter sur de pareilles retraites , où ils « sacrées. » Administration des finances, tome m, « rencontrent ordinairement la misère, le désespoir et chap. 16. « la mort. »