CH AP. II
pitaux [i]. Les hommes de Part, accoutumés à voir de près les malades, et à étudier leurs besoins, ont exprimé la même opinion [2]. L’académie de Lyon, toujours aussi fidèle qu’habile à saisir les sujets qui se lient à la cause du malheur, a fait aussi, en 1820, de l’utilité des hôpitaux, 1 objet d’un concours où deux auteurs couronnés font justifiée avec autant de raison que de talent [3].
Il serait superflu sans doute de discuter sérieusement l’opinion des écrivains qui embrassent dans la même proscription tous les secours publics, soit ceux qui sont distribués à domicile, soit ceux qui sont donnés dans les maisons hospitalières, et qui, comme sir Arthur Young, considèrent les uns et les autres comme également nuisibles; mais, le parallèle introduit par ceux qui opposent le premier de ces modes au second, et qui réclament pour l’assistance à domicile une préférence exclusive, mérite d’être étudié, et promet, dans tous les systèmes, des instructions fructueuses et des résultats pratiques.
Pour justifier la préférence réclamée en faveur du traitement à domicile, on dit ou l’on peut dire : <t Le malade a bien plus de chances «de guérison, lorsqu’il est traité à domicile;
« là, il est entouré des soins de ceux qui le chétc rissent; le médecin est mieux instruit des cir- « constances relatives au tempérament, aux « habitudes du malade, aux causes de la mala- « die; on évite au malade un transport qui lui « est souvent pernicieux, toujours fâcheux et « pénible, ainsi que l’aspect effrayant et lugu- « bre de la maison des douleurs. Là, sur le seuil <! même, combien d’impressions tristes, com- « bien de sombres pressentimens l’assiègent!
« Le voilà déposé dans cette longue fde de lits « où il occupe une place entre les mourans, où « régnent l’angoisse , les souffrances de tout <( genre; son repos y est troublé sans cesse ; il « respire un air vicié ; sa maladie s’aggrave dans « cet asile où il venait chercher la guérison ;
« souvent il y contracte une maladie nouvelle.
Se rétablit- il cependant? sa convalescence « sera plus difficile et plus lente. S’il succombe,
« il ne reçoit point des siens le dernier adieu ;
«( il expire entouré seulement des compagnons « de ses misères ; sa dépouille mortelle est livrée
« au scalpel des étudians ; nul ne vient arroser « d une larme le lieu où il repose; sait-on même, « peut-on savoir où il gît ?... Que sera-ce donc si « 1 hôpital, comme il y en a encore tant d’exemu pics, est mal dispose ; si 1 air ne s’y renouvelle « pas librement ; si la température n’y est pas « maintenue au degré convenable; si les infir- « miers s’acquittent mal de leurs devoirs; si l’on « ne peut soustraire aux regards du malade, « l’appareil des opérations, l’aspect delà mort et <: de la sépulture; si l’on ne peut le préserver « des cris et des plaintes qu’exhalent les voisins ; « si des abus s’introduisent dans les services si « nombreux, si difficiles, dont se composent de « tels établissemens ! Combien d’autres incon- « véniens encore sous le rapport moral ! Ils sont « rompus, les liens de la famille et de l’amitié, «t au moment où le devoir de l’assistance mu- « tuelle devenait plus sacré! l’égoïsme des pro- (t ches est satisfait, sollicité par la facilité de « jeter à l’hôpital le malheureux qui pour eux « deviendrait une charge! Les femmes, les en- « fans sont jetés pêle-mêle dans une société d’in- “ connus qui pourront leur donner de funestes « enseignemens ! Le travailleur ne songera point « à faire des économies pendant la santé, cer- «i tain d’être gratuitement traité pendant la « maladie. Le paresseux feindra une infirmité « ou exagérera celle dont il est atteint pour être « entretenu aux frais du public. »
Solution proposée.
Les doutes qui viennent d’être fidèlement exposés, nés dans la région des théories, se dissipent dans celle des faits. Aussi n’ont-ils trouvé aucun adhérent parmi les hommes pratiques.
Les faits enseignent qu’il est des pauvres auxquels il est plus avantageux d’être, en cas de maladie, traités dans leur propre demeure; il en est un très-grand nombre auxquels il est plus utile et souvent même indispensable d’être traités dans des hôpitaux.
Les circonstances qui rendent préférable, pour le pauvre malade, l’un ou l’autre de ces deux régimes, sont relatives ou à la situation per-
[1] Krunilz, Encyclopédie , ait. Krankenhaus. [3] M. Polinière a obtenu le prix ; M. Orsel , une mé -
[2] Voyez en particulier l’article déjà cité du docteur daille d’or. Leurs mémoires ont été publiés à Lyon, en
Cos, dans le Dictionnaire des sc. méd., t. xxi, p. 378. 1821.