DES MAISONS D’ACCOUCHEMENT
micile; le registre des déclaratious sera tenu secret dans tous les cas; les employés et les serviteurs de rétablissement se feront un devoir de respecter ce secret ; les registres ne seront ouverts qu’aux personnes qui auraient un caractère légal pour les connaître; les étrangers ne seront point admis dans les salles. On se rappelle qu’à Vienne les précautions sont portées plus loin encore, et que les femmes se présentent voilées.
Depuis qu’un asile spécial a été ouvert à Paris pourlesaccouchcmcns,la mortalité parmi les femmes accouchées a diminué de plus de moitié. En même temps, le nombre des femmes admises pour faire leurs couches, s’est accru. Ce nombre, qui variait de 1200 à 1300 dans l’ancien Hôtel-Dieu de Paris , s’est élevé de dix-huit cents à près de 3 mille, dans la nouvelle maison de la Maternité, quoique un nombreassez considérable d’accouchemens ait encore lieu à l’Hôtel-Dicu actuel et dans les autres hôpitaux de Paris, notamment à Saint-Louis et à la Clinique. La durée du séjour des femmes dans l’établissement a été abrégée par l’effet des mêmes causes; de 32 jours, elle a été ramenée à 27 ou 30.
A l’IIôtel-Dieu de Lyon, la mortalité des accouchées n’est que d’une sur 40; à l’hospice de la Maternité de Marseille, calculée sur les 10 années de 1823 à 1833, elle a varié d’une sur 14,23, à 15,3 [i] ; la moyenne a été d’une sur 49.
L’extrême variété des résultats que donne la mortalité, comparée d’année en année, provient, comme on sait, de ce qu’à certaines époques, l’épidémie de la lièvre puerpérale fait d’extrêmes ravages.
La durée du séjour des femmes enceintes ou accouchées, à l’hospice de Marseille, est de 49 jours , terme moyen ; elle s’est prolongéejusqu’à 78, en quelques années [2].
A l’hôpital de Vienne, en 1829, sur 3224 mères , 140 ont péri.
A celui de Munich , sur 8422 femmes accouchées, de 1782 à 1826, 70 seulement ont succombé; 393 enfans sont nés morts; 876 ont péri après leur naissance.
A Rome, sur 1708 femmes admises en dix ans (de 1822 à 1832) , pour faire leurs couches à l’hôpital Saint-Roch , douze seulement ont succombé.
La salubrité du séjour, les soins donnés aux femmes enceintes , influent aussi sur la viabilité des enfans. Jadis, à l’Ilôtcl-Dieu de Paris, le treizième des enfans périssait avant de naître, tandis quedans l’hôpital britannique, à la même époque, on ne comptait qu’un enfant mort-né sur 31 naissances. Depuis l’établissement de la maison d’accouchement à Paris, ce rapport n’est plus que d’un enfant mort-né sur 22 naissances, terme moyen. A l’Hôtel-Dieu de Lyon, il s’est élevé, en 1853, jusqu’à un sur 11 [3].
Le travail manuel est un devoir, pour les femmes enceintes admises dans l’asile hospitalier; il leur sera utile à tous les égards ; on le rendra donc obligatoire, sans le rendre fatigant. On évitera avec soin tout ce qui pourrait exposer les accouchées à des impressions vives, à des émotions fortes; les enseignemens moraux, les réprimandes, les punitions, devront donc être accompagnés de ménagemens commandés par la prudence. Tous les moyens de persuasion seront employés pour obtenir des mères, qu’elles donnent, dès les premiers jours, le sein à leurs enfans; l’intérêt de leur santé le conseille, d’autres motifs plus graves encore l’exigent; la mère, en devenant nourrice , comprendra mieux les devoirs de la maternité, en ressentira mieux les affections ; les dangers qui menacent la vie du nouveau-né seront diminués ; le nombre des enfans abandonnés sera réduit.
Les mères quittent, 8 jours après leurs couches, l’asile où elles ont été reçues. Où vontelles? que deviendront-elles le lendemain? L’hospice a rempli sa destination ; mais la morale publique élève sa voix. Un grand nombre de ces infortunées, séduites mais non dépravées, ont été sauvées du désespoir, du déshonneur peut-être; cependant voilà qu’elles n’osent plus reparaître dans leur famille, dans l’atelier où elles étaient occupées, dans la maison où elles servaient; demain, hélas ! elles seront sans asile, sans place, sans ouvrage, sans pain. L’épreuve qu’elles viennent de subir, les réflexions qu’elles ont faites, les conseils qu’elles ont reçus, en Ieui inspirant un vil repentir de la faute qu’elles a\ aient commise, leur ont fait prendre les résolutions les plus sincères de ne pas s’exposer a y retomber. Cependant, la misère les presse; elles se voient repoussées; la sévérité
[1] On ne connaît pas de rapport plus favorable dans les hôpitaux.
[2] A Paris, 1/ 5e des accouchées vient des départe-
mens; à Marseille 22/100 seulement proviennent de la ville même.— [3] Compte administratif des deux hôpitaux civils de Lyon, pour 1835, tableau 2.
de l’opinion les poursuit; revenues au bien, on les traite comme des coupables; dans cette cruelle situation, des séductions nouvelles viennent les assiéger. Quel péril ! un abime s’ouvre sous leurs pas [1]. Ah ! ne viendrons-nous pas a leur secours? Ne les protégerons-nous pas contre l’injustice dont elles seraient l’objet, contre leur propre fragilité, contre le vice qui aspire à en laire sa proie? Viens donc encore à notre aide, généreux patronage que nous avons tant de fois invoqué! quelle œuvre serait plus