TROISIÈME PARTIE. LIVRE III. CIIAP. III
confirmer dans leur retour à une vie honnête, les sujets bien disposés, et un passage pour ramener au sein de la société, avec une garantie de réhabilitation, ceux qui désormais méritent d’y reprendre place! Ce sera un établissement de convalescence morale.
Voyez comment tout se lie et se correspond, dans un système bien entendu de bienfaisance publique! voyez comment les institutions propres à réformer les mœurs viennent seconder incessamment celles qui soulagent la misère! En ramenant à une vie régulière l’être dépravé auquel vous avez accordé l’hospitalité pendant sa maladie, vous le préserverez d’une rechute ; vous préserverez aussi ceux que son exemple eût entraînés dans le désordre, et qui seraient venus à sa suite assiéger les portes de vos hospices !
Des maisons d’accouchement.
Deux classes de personnes, placées dans une situation fort différente, viennent se réfugier dans les hôpitaux pour l’accouchement : les unes, et c’est le plus grand nombre, sont contraintes de se dérober aux regards, et de couvrir d’un voile épais l’état où elles se trouvent, l’issue qui doit le terminer; les autres gémissent dans l’excès de la misère et du dénùment, et se trouvent privées des moyens de faire leurs couches dans leurs propres demeures. Dans le nombre se trouvent quelquefois des veuves que la mort récente de leurs maris a laissées enceintes, sans appui et sans ressources. L’intérêt des mœurs publiques et du repos des familles commande d’ouvrir les portes de l’établissement aux premières; l’humanité prescrit d’accueillir les autres. La première classe se compose ellemême de deux élémens qui diffèrent considérablement entre eux. Quelques-unes des femmes qui se présentent à l’hospice, ont fait divorce avec l’honnêteté, ont contracté l’habitude du vice et du désordre : d’autres ont été momentanément séduites, leur réputation est encore intacte; en les environnant du secret, on sauvera souvent leur vie, celles de leurs enfans.
On regrette que ces diverses classes soient réunies et confondues dans le même asile; les mères de famille indigentes et honnêtes, les personnes qui n ont eu qu un moment d’égarement, souffrent de leur assimilation avec des femmes dissolues, et peuvent se perdre dans ce commerce.
Toutefois, cette distinction ne peut être établie, au moment de l’admission, sur des données positives. On est contraint d’admettre dans les maisons d’accouchement, avec la plus grande latitude, les personnes qui s’y présentent; on doit être sobre d’investigations à leur arrivée.
Aucun hôpital ne peut s’interdire d’une manière absolue, de recevoir une femme enceinte. L’accouchement est quelquefois imminent; une femme est surprise par les douleurs; la maison spécialement affectée à la maternité sera trop éloignée; les secours doivent être donnés sans perte de temps, et dans l’établissement le plus voisin. Mais, à part cette rare exception commandée par les circonstances, ce genre de secours sera plus convenablement donné dans un établissement spécial.
Tenon nous apprend que la mortalité des accouchées, lorsqu’elles étaient recueillies à l’Hôtel-Dieu, s’élevait à un décès sur 15 et même sur 10 accouchemens, année moyenne; tandis que le danger de l’accouchement lui-même, lorsqu’il n’est accompagné d’aucune complication de maladie, n’est que de un sur 492 [i]. Son témoignage, joint à celui des hommes de l’art qui avaient fait de ce sujet une étude approfondie, attribue cette mortalité excessive, en partie sans doute à l’agglomération des femmes enceintes, accouchées dans un local trop étroit; mais aussi au voisinage des salles de blessés et de malades, aux émanations insalubres qui s’en exhalaient [2]. D’ailleurs , les soins nécessaires aux femmes, dans le moment de leur délivrance, comme dans ceux qui le précèdent et qui le suivent, donnent lieu à un service d’une nature distincte, exigent des distributions particulières, une expérience acquise, une discrétion entière, et des conditions qui ne peuvent être bien remplies que dans une maison séparée.
La maison d’accouchement sera située dans un lieu écarté ; les personnes qui y sont admises , seront libres de ne déclarer ni leur nom, ni leur do-
[1] 4e Mémoire, pages 253, 267, 268. trêmes ravages. En février 1746, sur 20 femmes en coû-
ta] La fièvre puerpérale s’y reproduisait très-fréquem- clies atteintes de cette maladie, à peine en échappait-il ment, semblait s’y naturaliser et y faisait souvent d’ex- une {ihid. page 242).