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LES VIEILLARDS ET LES INFIRMES

ARTICLE PREMIER

De l’utilité de ce genre d’hospices .

Les doutes qui se sont élevés sur l’utilité (les hôpitaux s’appliquent en partie à celle des hospices, et reçoivent, à quelques égards, les mêmes solutions. La question se présente cependant ici sous de nouveaux points de vue. On se demande si le système de communauté ne contrarie pas les vues de la Providence, en brisant une foule de liens naturels légitimes, pour y substituer le faisceau d’une association toute factice. Ce vieillard, cet infirme ont des enfans, des neveux, des proches, des amis, des voisins, des protecteurs qui s’intéressent à eux, ou qui du moins leur doivent de l’intérêt, qui apporteraient chacun leur tribut pour aider l’infortune en consolant ses peines : faut-il affranchir ceux-ci de ces obligations; provoquer, au sein de la civilisation, les usages barbares des peuplades sauvages chez lesquelles les enfans se délivrent de leurs parens, lorsque les infirmités les rendent hors d’état de s’aider eux-mêmes? n’est-ce pas du moins mettre aux prises, dans le cœur de ceux qui doivent l’assistance, les calculs de l’intérêt avec les sentimens de l’affection? Ainsi se relâchent les mœurs publiques ; ainsi se propage celte funeste disposition qui rapporte tout à l'utilité et au profit personnels.

Nous l’avons lait remarquer : il est rare que le vieillard et l’infirme ne puissent encore être utiles aux autres et à eux-mêmes. Ils surveilleront le ménage, les petits enfans; ils garderont la maison, pendant que les adultes sont à l’ouvrage. Si les aveugles ne peuvent remplir ce ministère, ils conservent du moins assez de forces pour être employés de mille façons. La plupart des autres infirmes et des vieillards même, seront encore capables de mettre la main à l’œuvre pour certaines occupations; ils rendront

de petits services domestiques; ils donneront de sages conseils et feront partager à ceux qui les entourent, le fruit de leur expérience.

En les retirant de cette situation, pour les entretenir aux frais du public , on fait pour eux plus que leurs besoins réels ne l’exigent. On prive la société des services qu’ils pouvaient rendre encore; on les condamne sans nécessité à une absolue inertie ; on les prive de l’occasion de s’aider encore un peu eux-mêmes, en aidant les autres; de l’avantage d’exercer un reste d’énergie et d’activité qu’ils possèdent encore, à un faible degré sans doute, mais qu’il convenait d’autant plus d’entretenir, dans l’intérêt de leur santé, de leur caractère moral, de leur bonheur.

Réunis ensemble, les infortunés qu’accable le poids de l’âge et de l’infirmité se réfléchissent mutuellement un spectacle de décadence, des impressions de tristesse ; déjà disposés au mécontentement, apportant chacun une humeur difficile, ils s’aigrissent par leur contact mutuel; ils n’ont à mettre en commun que leurs ennuis; laissés à l’écart, comme le rebut du monde, dans une sorte de sépulture anticipée, ils voient leurs compagnons succomber lour-à-tour, leur montrer le chemin de la tombe, désormais leur unique perspective.

Oui , nous n’hésitons pas à le proclamer, la vie de famille, pour ces malheureux, est toujours préférable lorsqu’elle est possible. Mais est-elle toujours possible, surtout dans l’état présent de la société? Des indigens invalides, célibataires, veufs sans enfans, sont entièrement isolés; d’autres, plus à plaindre peut-être n’ont que des enfans vicieux, ingrats, égoïstes, n’en reçoivent que de mauvais traitemens. Quelquelois la famille est elle -même dans un absolu dénùment. Quelquefois l’enfant, l’ami qui seu pourrait soigner le vieillard, le paralytique, l’aveugle, sont contraints de travailler tout le jour, au -dehors, pour gagner leur propre vie.

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