LIVRE III. CHAP. IV
nous réussirons à les distraire. Le travail , en exerçant les (orces qui leur restent , sera favorable à leur santé, prolongera leur vie; il leur persuadera qu’ils peuvent encore se rendre utiles; la discipline sera plus facilement maintenue; les occasions de querelles seront moins fréquentes. Il n importe pas que leur ouvrage soit très-productif; ce qui importe, c’est qu’une occupation réglée soit pour eux un régime moral. L’éducation de l’homme se continue à tout âge, et ses derniers efforts , comme ses dernières épreuves, sont encore un pas fait vers le but qui lui est marqué.
Entretenons donc dans ces hospices un foyer d activité paisible. Choisissons , pour chaque classe d’invalides , le genre d’ouvrage auquel il peut encore s’appliquer : l’être qui paraissait le plus impuissant réussira encore à faire quelque chose; l’aveugle sera occupé comme moteur , le paralytique même aura un emploi. On organisera des ateliers de lingerie où les femmes confectionneront, répareront le linge des établissemens hospitaliers. On trouvera pour tous des ouvrages simples qui n’exigent pas d’apprentissage. On aura soin d’en accoler plusieurs ensemble, pour qu’ils se suppléent les uns aux autres, pour qu’ils s’accoutument à agir en commun, pour que l’émulation les soutienne. Le produit de ces travaux, quelque faible qu’il soit , sera comme une sorte de pension payée à l’établissement. L’invalide ne recevra le bienfait de l’hospitalité, que dans la juste mesure de ses besoins ; il l’acceptera d’une manière plus honorable; les admissions abusives seront sollicitées avec moins d’empressement.
Surtout, éloignons de la retraite des vieillards , ces funestes cantines où ils vont contracter et entretenir le goût de la boisson ! Hélas ! on ne comprend que trop la faiblesse de ces malheureux qui, traînant une existence vide et désœuvrée , aspirent à éprouver encore quelques émotions, et croient se ranimer par le trouble des sens. Éloignons d’eux le poison qui les dégraderait, en ajoutant à leurs infirmités [1] ! Que les permissions de sortie soient accordées avec discernement, précaution; qu’elles ne dégénèrent pas en abus , et servent de récompense pour une conduite louable.
entreprises privilégiées , dans le vain espoir d’imposer une responsabilité aux entrepreneurs, comme si elle pouvait les empêcher de favoriser des abus qui sont dans leur intérêt !