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DU RÉGIME DES HOSPICES D’INVALIDES

soins et des égards qui leur sont dus. Les soustraire au mépris, à l’abandon, les voiler aux regards, c’est servir l’intérêt des mœurs publiques.

Les hospices refusent ordinairement d’ouvrir leurs portes aux invalides qui sont jeunes encore, quoique reconnus incurables. Ils redoutent de se charger d’une dépense qui sera de longue durée , et de restreindre le nombre des places disponibles. Cependant , il est dans cette classe d’invalides, des malheureux qui, pour avoir longtemps peut-être encore à vivre, ne sont que plus dignes de pitié, et n’ont pas moins besoin de secours. Ne fixons donc pas, pour l’âge, de limite absolue.

Les demandes d’admission aux hospices d’invalides sont ordinairement beaucoup plus nombreuses que les places vacantes; les demandes sont formées par anticipation et longtemps d’avance. Lorsqu’une place vient à vaquer, quel ordre suivra-t-on pour le choix à faire parmi les aspirans déjà inscrits? Dans quelques hospices on se règle d’après la date des inscriptions, et, en suivant cette marche, on croit échapper à l’arbitraire; on échappe du moins aux plaintes. Mais, sans une équité apparente, cette règle cache une injustice réelle. Elle laisse à la disposition des prétendans, le rang qu’ils occuperont dans le tour d’entrée. 11 sulfira de se faire inscrire longtemps d’avance, pour l’emporter sur les concurrens qui seraient et plus âgés , et plus infirmes, et plus nécessiteux. Cette règle est tout au plus applicable aux admissions des pensionnaires.

Du régime des hospices d’invalides.

Un sentiment de respect s’unit aux impressions de la tristesse, lorsqu’on arrête les regards sur ces asiles où, avec la vieillesse indigente, sont rassemblés les indigens condamnés pour la vie entière à un état complet d’infirmité. Ces cheveux blancs qui retracent les souvenirs d’une vie utile, ces maux qui sont peut-être la suite du travail, ce repos solennel à la veille de la dernière heure, cette séquestration, cet exil, sorte d’adieu adressé à la société humaine par une portion de ceux qui en ont partagé les destinées, tout se réunit pour imprimera la compassion un caractère plus grave. Puisse ce juste

sentiment qui sans doute inspira la fondation de ces asiles, présider aussi à leur régime intérieur! Qu’il vienne protéger les hôtes de ce séjour, contre les dédains d’autrui, et contre leur propre dégradation! Que les égards dont les vieillards seront entourés, témoignent de la reconnaissance de la société envers ceux qui l’ont servie ! Voyez quelle noble et juste magnificence a présidé à ces asiles dans lesquels les rois recueillent les invalides qui ont perdu leurs forces au service de l’état, dans les armées de terre et de mer! Les vieillards, les incurables reçus dans nos hospices civils, n’ont-ils pas des droits analogues? ne sont-ils pas les invalides des arts de la paix ?

Quelques conditions matérielles et extérieures contribueront sans doute à entretenir ce respect dont nous voudrions environner l’asile de la vieillesse : la majesté simple de l’édifice, sa situation, une certaine grandeur dans ses abords, la régularité dans les distributions, l’ordre qui présidera à l’établissement, le calme qui y régnera, la propreté qui y sera observée jusque dans les moindres détails. On est contraint de l’avouer cependant, le spectacle que présente le plus souvent à nos regards la réunion des invalides dans ces vastes refuges, ne répond pas toujours à ce qu’on devrait attendre. La plupart d’entre eux semblent comme livrés à un sommeil léthargique-, obsédés par l’ennui, dominés par la tristesse, avides du petit nombre de sensations matérielles qu'ils peuvent encore éprouver. Les uns s’abandonnent au penchant de l’ivrognerie, dès qu’ils ont l’occasion de le satisfaire; chez d’autres, d’anciens vices convertis en habitudes, survivent à l’activité de l’existence. Ils ressentent peu de bienveillance les uns pour les autres; les querelles entre eux sont fréquentes. L’égoïsme, l’apathie se disputent les restes d’une existence déchue. Les préposés maintiennent sans doute la discipline, répriment les principaux abus, pourvoient aux besoins matériels; mais, là se borne à leurs yeux la mission qu’ils croient avoir reçue. Aussi, après avoir visité ces maisons, se sent-on bien plus allligé encore par la vue de cette espèce de mort anticipée qui y règne, que par celle des misères qui y sont rassemblées. On croit lire sur le frontispice de l’établissement quelque chose d’analogue à la célèbre inscription du Dante : on dirait qu’en y entrant, ses hôtes ont abdiqué toute espérance.

El que servirait cependant d’avoir prolongé

de quelques jours une vie misérable et stérile, si là devait se borner le bienfait d’une semblable hospitalité? N’est-il donc pas possible d’imprimer à ces dernières heures, un plus noble caractère? Ah ! oui sans doute, et cette belle œuvre appartient encore à la morale, à la religion, céleste expression de la morale. Qu’elle vienne rallumer dans cette masse inerte, les étincelles de la vie, réhabiliter en elle la dignité de la nature humaine, faire luire sur ces sombres lieux l’aurore de l’immortalité ! A sa voix, tout change : le séjour où sont comme entassés tant de débris rejetés en quelque sorte de la société à laquelle ils devenaient inutiles, reçoit une haute consécration; il devient le portique de l’avenir sublime réservé à la créature humaine. Là, en disant adieu au monde, le vieillard salue un meilleur avenir; là, s’accomplit pour lui le noviciat de l’éternité.

Sans doute , un grand nombre de ces invalides n’ont pas connu , dans le cours de leurs années antérieures, des habitudes plus relevées; ils ont été absorbés par les besoins matériels; il est tard pour vouloir recommencer leur éducation. Mais l’œuvre n’est pas impossible; il faut la tenter. Ces dernières années de repos sont précisément, dans les desseins de la providence, réservées pour une grande préparation. Combien d’instructions à puiser dans les souvenirs d’une longue vie ! Quelles pensées sérieuses naissent des perspectives si prochaines tout à-lafois et si graves ! Quoi de plus solennel que le soir de la vie, passé dans le silence et le loisir de la retraite! Rien ne distrait ces vieillards; toute consolation est d’un grand prix pour eux. Essayons des lectures choisies; ne craignons pas de multiplier au milieu d’eux les exercices religieux; joignons-y la pompe convenable ; que les ministres du culte, chargés de desservir ces maisons, se pénètrent de l’esprit de l’apostolat qu’ils y ont à remplir. Que les invalides réunis sous le même toit soient appelés autant qu’il se pourra , et sous diverses formes , à s’assister mutuellement; qu’ils comprennent ainsi qu’il y a pour eux encore et des affections à goûter et des services à rendre. Enfin, occupons-les à quelque travail , au travail dont ils sont encore capables. Plus nous les occuperons, et mieux

[1] En Allemagne, on interdit sévèrement l’ouverture des cantines, à portée des hospices de vieillards. En France, l’administration a souvent le tort de les tolérer au sein des hospices, et quelquefois même d’en faire des

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