DES MAISONS D ALIÉNÉS
ARTICLE PREMIER
De la constitution de ces établissemens.
Du but et de l’utilité des asiles publics, pour les aliénés.
De toutes les infirmités auxquelles la nature humaine est sujette, il n’en est pas, sans doute, qui inspire plus de compassion et plus de respect que l’aliénation mentale; il n’en est pas qui exige plus impérieusement les secours de l’hospitalité publique ; il n’en est pas qui demande plus manifestement des établissemens spécialement destinés à recueillir, à soigner ses victimes. Et cependant, pendant un grand nombre de siècles , cette branche des secours publics fut la plus négligée. Du moins, la cause des aliénés, dans ces derniers temps, a été plaidée par des voix éloquentes ; l’opinion publique s’est émue; les législateurs ont compris les devoirs que l’humanité leur impose; le jour est enfin arrivé où les souffrances de tant d’infortunés vont être soulagées. Cette grande amélioration est conquise; elle sera l’une des gloires de notre siècle.
Des caractères qui constituent l’aliénation mentale, des circonstances qui l’accompagnent, découlent , dans cette matière, les devoirs de la bienfaisance publique.
Les établissemens d’aliénés ont trois buts essentiels à remplirais doivent satisfaire à trois ordres de besoins.
Le premier but est de procurer le traitement de l’aliéné, indigent ou non, et la guérison, si elle est possible.
Le second est d’ouvrir un refuge nécessaire à l’aliéné indigent, abandonné sans ressources et sans asile ; assistance qui lui est due à raison de
sa misère, soit que son infirmité puisse ou non être guérie, soit qu’il y eût ou non quelque danger à le laisser livré à lui-même.
Le troisième est une protection indispensable à la société ou à l’aliéné lui-même, lorsque sa divagation , l’abus qu’il pourrait faire de sa liberté, mettrait en péril sa propre vie, celle d’autrui. A ce dernier intérêt se joint quelquefois aussi celui des mœurs publiques, lorsque la divagation de l’individu privé de la raison pourrait offenser la décence, blesser l’ordre , offrir un spectacle repoussant qui compromettrait la dignité de la nature humaine.
Il importe de distinguer d’abord, entre les aliénés, ceux qui peuvent espérer leur guérison d’un traitement, et ceux qui sont reconnus incurables, bien que la limite qui sépare les uns des autres ne puisse pas toujours être tracée avec précision et certitude. Pour les premiers, l'asile hospitalier fait fonction d’hôpital ; toutes les ressources de l’art seront mises en action ; il y aura des chances de succès, des crises, des convalescences. Pour les seconds, l’asile ne fera plus que la fonction d’hospice ; l’aliéné sera recueilli au même titre que le vieillard et l’impotent; l’arrêt sera irrévocable: il s’agira surtout de pourvoir aux premières nécessités de la vie physique du malheureux perdu pour la société.
II faut distinguer ensuite les aliénés qui, laissés à eux-mêmes, peuvent être dangereux, de ceux qui sont simplement privés de la faculté d’être utiles aux autres et à eux-mêmes. Les aliénés à l’état de fureur occupent le premier rang parmi ceux-là ; mais des aliénés, en apparence tranquilles, peuvent quelquefois, par l’effet d’une monomanie à peine aperçue, attenter à la vie d’autrui, à la leur propre; d’autres, sans être précisément furieux, sont dominés par un singulier penchant à la destruction matérielle.
Il faut distinguer encore ceux dont les facul-