ÉTENDUE ET DIMENSIONS DES MAISONS D’ALIÉNÉS
lés mentales sont altérées par un excès d’exaltation, et ceux chez lesquels elles sont au contraire affaiblies [1] . Chacun de ces deux genres d’altération présente des degrés différons; chacun d’eux peut être plus ou moins complet, ou seulement partiel; plus ou moins constant et permanent, ou intermittent et irrégulier.
Le délire n’est quelquefois qu’un état passager, un accident qui accompagne quelque autre maladie; il ne constitue la folie, que lorsqu’il devient chronique. La manie est un délire général qui porte le trouble dans tout l’empire de la raison; la monomanie est un délire qui se concentre dans un certain ordre d’idées et d’actions, ou qui ne dérange qu’une certaine branche des facultés, en laissant à la raison le reste de son domaine. La démence, l’imbécillité, l’idiotisme constituent un affaissement ou un anéantissement de la raison. Mais la démence n’affecte que les adultes; l’imbécillité et l’idiotisme peuvent se produire dès l’enfance.
L’aliénation mentale peut se combiner avec d’autres maladies. Quelquefois, cette complication est constante; les deux infirmités ont entre elles une connexion, un rapport d’analogie; c’est ce qui n’arrive que trop souvent pour les épileptiques. Quelquefois la maladie est purement incidente et passagère.
La séparation des sexes est plus nécessaire peut-être encore dans les établissemens d’aliénés, que dans tout autre asile hospitalier.
De l’étendue et des dimensions convenables pour ces
maisons.
Le but auquel doivent tendre les maisons d’aliénés ne peut être complètement atteint que dans des établissemens distincts, dans de grands établissemens, dans des établissemens publics.
Ces établissemens doivent être entièrement
[1] Les médecins ont proposé plusieurs nomenclatures pour les différens genres d’aliénation mentale : celle de Pinel, adoptéeetmodifiée plus tard par Esquirol, semble, dans sa simplicité, suffire au but de la science ; elle comprend quatre classes :
La manie,
La monomanie ou la mélancolie,
La démence,
L’idiotisme.
isolés, séparés des autres asiles hospitaliers, pour que les aliénés soient soustraits à toute communication qui leur serait dangereuse ; pour qu’ils soient soumis au régime spécial qui leur est nécessaire. Il convient même que les maisons destinées aux aliénés en traitement, soient distinctes des hospices où les aliénés incurables terminent leurs jours; le voisinage des seconds nuirait à la guérison des premiers. Toutefois, on satisfait aussi à ce dernier ordre de convenances, en plaçant les deux asiles à côté l’un de l’autre, comme deux divisions séparées du même établissement.
Ces établissemens doivent avoir une assez grande étendue, pour se prêter à toutes les classifications désirables; un grand établissement permet seul le développement de tous les moyens de guérison. Cependant cette étendue doit avoir ses limites; l’aliénation mentale ne peut être traitée seulement par des prescriptions générales; elle demande une étude particulière de chaque malade , des soins individuels.
On estime qu’un hospice destiné au traitement des aliénés, ne doit guère réunir au-delà de 1150 à 200 malades. C’est du moins à-peuprès le maximum du nombre de ceux à l’égard desquels un seul médecin peut suffire.
Si l’hospice réunit à-la-fois des aliénés en traitement et des aliénés incurables, le maximum de son étendue pourra être porté à 4 ou oOO lits [2]. La seconde classe demande peu de concours de la part des médecins. Il lui suffît ordinairement des soins des surveillans ; il ne s’agit que de veiller à la sûreté, et de pourvoir aux besoins de ceux qui la composent.
L’établissement public offre un avantage marqué sur les maisons tenues par des particuliers sous la forme d’entreprises privées. Les premiers seuls peuvent être érigés sur une vaste échelle ; ils sont soumis à un contrôle plus efficace; ils offrent des garanties plus certaines.
De toutes les conditions nécessaires à un semblable genre de refuge, la plus essentielle
Les deux premières supposent un désordre né d’une exaltation excessive : le désordre est général dans la première, spécial dans la deuxième. — Les deux autres supposent au contraire l’affaissement des facultés; mais, dans l’une, celte débilitation est acquise ; dans l'autre elle est native, les facultés n’ont pu prendre leur essor.
[s] L’hospice de Bicêtre a reçu à quelques époques jusqu’à 6 ou 700 aliénés, et celui de la Salpétrière audelà de 900.
est celle d’une bonne classification des malades.
Un administrateur habile et expérimenté [1] a proposé de diviser l’hospice destiné aux aliénés en 12 sections séparées pour chaque sexe:
1° Celle des fous furieux en traitement;
2° Celle des fous furieux incurables ;
5° Celle des lous tranquilles en traitement, à placer en loges ;
4° Celle des fous tranquilles incurables à placer de même en loges ;
6° Celle des fous épileptiques furieux ;
6° Celle des fous épileptiques tranquilles ;
7° Celle des fous tranquilles en traitement, à placer en dortoirs;
8° Celle des fous tranquilles incurables, à placer de même en dortoirs ;
9° Celle des mélancoliques;
10° Celle des imbécilles;
11° Celle des maladies incidentes;
12° Celle des convalescens.
Quelques hommes de l’art ont pensé que cette division était poussée trop loin. Nous serions aussi disposé à penser qu’elle peut être réduite, spécialement en ce qui concerne les incurables. Les imbécilles peuvent, sans inconvénient, être réunis aux fous tranquilles réputés incurables; ceux-ci peuvent être tous placés dans des dortoirs. On. réussira à placer aussi dans des dortoirs presque tous les fous tranquilles; on ne voit pas de nécessité à séparer les mélancoliques, des fous tranquilles. De la sorte, on se contenterait de huit ou neuf sections pour chaque sexe, savoir : cinq pour les aliénés en traitement, et trois ou quatre au plus pour les incurables.
Si l’on admettait la proportion reconnue en Belgique, présumée en quelques autres contrées, d’un aliéné sur mille habitans, telle que M. le docteur Scipion Pinel nous l’annonce comme le résultat de ses investigations, et si l’on supposait que tous les aliénés dussent être reçus dans les établissemens publics, on se trou-
[î] M. Desportes, membre de la commission administrative des hospices civils de Paris. Voyez son Programme publié en 1824, et celui qu’il a publié dans les quatre premiers nos du bulletin de la Société des établissemens charitables, 1851.
[2] Rapport au roi, par M. Lainé, ministre de l’intérieur, du 25 novembre 1818, pages 14 et 15.
[3] Dans le département de la Seine-Inférieure, le dénombrement des aliénés a donné, en 1833, savoir :