LIVRE III. CIIAP. v
1 Lgyple, des temples dédiés à Saturne, recueillaient une foule d’insensés auxquels les prêtres appliquaient un régime philosophique combiné avec des observances religieuses. Hippocrate condamna cette opinion et les pratiques superstitieuses dont elle était la source. Platon la reproduisit ; elle s’est perpétuée en Orient ; elle règne encore aujourd’hui chez les musulmans.
En Europe même, de nos jours encore, les idiots ont été, dans l’opinion populaire, envisagés comme étant l’objet d’une protection spéciale de la Providence, et cette pensée a servi du moins à leur procurer plus d’égards. Mais, longtemps aussi, les maniaques ont été considérés comme étant possédés du démon. L’exorcisme a été l’unique [i] traitement qui leur parût applicable, lorsque ce préjugé n’a pas appelé sur eux de plus cruelles conséquences.
<t On ne sait trop, dit Esquirol, ce que devenaient autrefois les aliénés ; il est vraisemblable qu’il en périssait un grand nombre. Les plus furieux étaient renfermés dans les cachots ; les autres dans les couvens, dans les donjons, lorsqu’ils n’étaienf point brûlés comme sorciers ou comme possédés du démon ; les plus tranquilles erraient librement, abandonnés à la risée, aux injures , ou à la vénération ridicule de leurs concitoyens [2]. »
Lorsque, au xvne siècle, les hôpitaux généraux furent institués en France, par Louis xiv, pour la répression de la mendicité, on réserva quelquefois un quartier pour les fous; ils y étaient enfermés comme vagabonds, comme individus dangereux; mais non comme malades en état de traitement pour obtenir la guérison.
Ces infortunés obtenaient de plus doux asiles, dans quelques maisons religieuses; ils y étaient l’objet de soins , d’égards et d’une sorte de traitement plus ou moins réfléchi; mais, souvent aussi, ils y étaient confondus avec des libertins et des mauvais sujets.
Ce déplorable état de choses s’est perpétué jusqu’à nos jours. Dans une portion de l’Europe, « les aliénés sont plus maltraités que les <( criminels, réduits à une condition pire que <c celle des animaux. Je les ai vus, dit Esqui- « roi [3], nus, couverts de haillons, n’ayant, « que la paille pour se garantir de la froide huit midité du pavé , sur lequel ils sont étendus, u Je les ai vus grossièrement nourris, privés
médico-philosophique de l'aliénation mentale, p. 354.
[2] De l’aliénation mentale, t.ji, p. 436.— [3] Ib. p.4i>0 .