ÉTENDUE ET DIMENSIONS DES MAISONS D’ALIÉNÉS
se soulager, en espérant que les nouvelles dispositions législatives apporteront enfin un remède convenable à tant de maux !
Au reste, cette proportion varie dans les différentes contrées, suivant le climat, les mœurs, les habitudes locales.
L’aliénation mentale est un fléau qui s’attache à la civilisation et en suit le développement. Il est inconnu aux peuplades sauvages et barbares; il est inconnu aux Indiens de l’Amérique méridionale; rare en Afrique, en Perse, en Turquie, dans l’Indostan, aux États-Unis; rare aussi en Russie, du moins dans les campagnes [i]. En général, le nombre des aliénés est proportionnellement deux fois au moins plus considérable dans les villes, que dans les campagnes, et cette différence s’explique par le concours de plusieurs causes manifestes. En Angleterre, la proportion annoncée est beaucoup plus élevée, que dans les autres contrées de l’Europe [2] ; elle est considérable en Norwège [3] , dans la Prusse rhénane [4] ; elle est moins considérable dans les états méridionaux, en Espagne , en Portugal, au témoignage du docteur Halliday; en Italie, elle ne s’élève qu’à un sur 4,879 habitans; suivant quelques auteurs de recherches statistiques , le rapport du nombre des aliénés en Italie serait à celui des aliénés en France, comme 1 est à 4; à celui des aliénés en Angleterre, comme i est à 7. Ces contrastes s’expliqueraient d’une manière naturelle ; mais ces calculs sont extrêmement hasardés : à peine s’appliquent-ils aux aliénés recueillis dans les établissemens publics. Le nombre réel des aliénés n’est connu dans aucun pays. On suppose généralement que ce fléau fait des progrès constans en Europe , et que l’accroissement du nombre des
Le seul département de la Mayenne
compte , en état de vagabondage ou en
Pr'son 364 aliénés.
L’Ariége
L’Ain 200
Le Lot -J49
La Sarthe
Saône-et-Loire 125
Maine-et-Loire 120
[1] Il semble aussi que la difficulté du traitement pour les aliénés, varie suivant le caractère des peuples. Ceux qui appartiennent à la France sont plus agités, plus rebelles aux soins; ils exigent une plus active surveillance.
[2] On porte le nombre des aliénés jusqu’à 14 mille, pour l’ensemble de la Grande-Bretagne.
aliénés est surtout devenu trop sensible depuis un demi-siècle. Les agitations politiques, les révolutions, les guerres, toutes les circonstances qui ont électrisé les passions, multiplié les émotions vives, ont dû certainement exercer sur le développement de ces affections une influence assez marquée. Cependant l’accroissement du nombre des aliénés en Europe est, à quelques égards, plus apparent que réel. Depuis que les asiles destinés à leur guérison se multiplient et se perfectionnent, le nombre de ceux qui se présentent pour y être guéris augmente naturellement ; les enquêtes faites par l’administration publique, fontconnaltredesfaitsjusqu’alors ignorés, et sans même qu’il y eût plus de malades, les rccensemens se trouvèrent plus étendus [5].
De la situation et de la forme des édifices.
Un semblable hospice ne doit pas être situé dans le sein des villes. Il lui faut une vue libre et riante. Le regard de l’aliéné ne doit pas se heurter contre les murs d’enceinte; il veut un espace vaste, des jardins étendus, des eaux abondantes, des promenoirs en galeries couvertes et en allées ombragées, des champs, une ferme, s’il se peut, qui en dépendent, et où les aliénés puissent se livrer aux travaux champêtres. Les édifices destinés au logement des aliénés, à leurs réunions , à leurs repas , ne doivent se composer que d’un rez-de-chaussée; le rez-de-chaussée doit être assez élevé pour être exempt d’humidité. Chaque classe de malades, de convalescens, d’incurables, doit avoir sa division, son quartier
D’après les calculs les plus récens, la proportion serait de
1 sur 574 en Écosse,
1 sur 782 en Angleterre,
1 sur 800 dans le pays de Galles; mais on croit ces évaluations beaucoup trop faibles.
Les quakers, par un relevé fait dans leur société, ont trouvé un aliéné sur 558 individus.
Aux Etats-Unis, on estime que le nombre des lunatiques est, dans l’état de New-York, de 1 sur 715 habitans; dans le New-Hamsphire, de 1 sur 300, les idiots compris; dans le \ ermont, les idiots non compris, de 1 sur 1000.
[3] Un sur 551. — [4] Un sur 666.
[5] Celte observation est fortifiée par l’autorité de MM. Boller, die Irren- Ans tait, etc. , page 10; et Esquirol, Des maladies mentales, tome iv, page 725.
à pari. Les cellules destinées aux furieux doivent être situées hors de la vue des autres malades. Les précautions nécessaires à la sùretéde chacun et de tous, doivent être aussi multipliées, mais en même temps aussi déguisées qu’il sera possible. La propreté sera constamment entretenue. Un aspect agréable récréera partout les regards , la surveillance la plus active s’unira sans cesse et sur tous les points, aux apparences de la liberté.
Depuis que Bentham a produit son projet de panopticon, les plans d’édilices sous forme étoilée ont acquis beaucoup de faveur; on a pensé que l’inspection s’exercerait plus facilement sur des corps de bâtimens qui rayonnent autour d’un centre. Ailleurs on a imaginé de disposer en arc de cercle l’édifice destiné au logement des aliénés. Mais, on s’exagère les avantages de ces formes singulières ; si elles semblent favoriser la surveillance, elles favorisent aussi l'indolence de ceux qui surveillent; elles ne secondent qu’une inspection lointaine et à distance. Les édifices rayonnans ont l’inconvénient de ne pouvoir orienter chaque bâtiment de la manière la plus convenable, et de diviser en triangles l’espace qu’ils occupent; disposition peu favorable à la circulation de l’air, et qui fait perdre du terrain inutilement. Les édifices en arc de cercle ont l’inconvénient de donner à chaque salle une forme très-irrégulière et d’augmenter les dépenses de construction. Des bâtimens construits parallèlement, séparés par des jardins qui servent d’ornement, de promenades, où l’air, le soleil jouent librement, sont préférables. Cette forme de construction se prête à tous les avantages; chaque bâtiment aura, d’un côté, sa galerie couverte donnant sur le jardin; de l’autre, un corridor de service réservé aux employés de l’établissement, et fort utile pour la surveillance.
Aperçus historiques.
Dans la plus haute antiquité, la folie fut considérée comme venant des dieux; les prêtres en étaient les médecins. Aux deux extrémités de
[1] Voyez les exemples des exorcismes célèbres à Besançon et à Castel - Sarrazin, cités par Pinel : Traité