OBJECTIONS AU TRAITEMENT
rond
J’ai réuni à la fin de cettethèse un certain nombre d’objections que l’on fait, et surtout que l’on pourrait faire pour ne pas accepter les lavages comme méthode du traitement de la blennorrhagie. Il y en a peu qui méritent une atrention spéciale; quelques unes valent la peine d'être discutées, ce que jai fait.
On dit par exemple, que cette méthode réclame une installation spéciale. Ce que j'ai dit du manuel opératoire me dispense pour ainsi dire de répondre. Tout médecin possède un appareil à irrigations, et la canule de verre à bout coniqu? fera bientôt partie de la trousse du praticien, lorsque dans quelque temps les avantages des lavages sans sonde seront mieux connus.
Je ne suppose pas non plus que le microscope soit ce qui base l’objection. Quant aux connaissances nécessaires à l'examen du pus, elles sontsirestreintes que cet examen est pour ainsi dire à la portée de
tout le monde.
On reproche à ce traitement d’être sale. Pour qui? Pour le malade ou pour le médecin ? Pour le malade, quelques gouttes de permanganate sur les cuisses ne constituent pas une objection. D'abord elles disparaissent très vite ces taches, et elles ne sont visibles qu’à condition de les montrer.
Pour le médecin? Il,suffit de quelques gouttes d’une solution de bisulfite de soude pour rendre aux mains leur... blancheur première.
Quant à l’appartement, une alèse prévient tout.
Que ce traitement est ennuyeux et astreignant !
Astreignant. Pour lé malade? J’affirme par expérience que bien peu dé malades lui feront ce reproche avec la perspective d’une prompte guérison.
Quant au médecin, j'avoue que c’est un peu de l'esclavage. Mais vraiment, il a choisi sa profession librement, et 1l ne doit considérer avant tout que le bien de son malade. Bientôt, il est permis de l’espérer, il pourra conserver sa liberté du dimanche, si Von parvient à remplacer pour un jour les lavages par des injections, plusieurs fois répétées, faites par le malade lui-même, et qui procurent une réaction séreuse peut être sufisante.
C’est un traitement très douloureux dit-on. Pas si
douloureux que ça ; bien moins que les instillations
— IOI
par exemple, je le sais de façon à n’en pouvoir douter.
Il n’y a que le premier lavage qui soit vraiment quelquelois douloureux. Je l'ai vu produire des nausées, du vertige et même un commencement de syncope, chez certains malades nerveux et effrayés. Je n’ai vu qu’une fois la douleur persister à tous les lavages, chez un de mes amis, un tuberculeux et un nevropathe.
Habituellement, il n’en est pas ainsi; il se produit une accoutumance si rapidement que dès letroisième ou quatrième lavage, c’est à peine s’il y a une sensation désagréable.
Ceci bien entendu dans les cas ordinaires.
En effet il arrive que des malades veulent tenter le traitement malgré une trop grande acuité de la maladie, alors qu’ils auraient dû, pendant un certain temps, subir les émollients. Il va sans dire que lorsque la visection cause des douleurs considérables, le premier lavage est loin de passer inaperçu. C’est alors que le cocaïne rend des services.
En général les lavages de l’uréthre antérieur ne causent aucune douleur; le malade les perçoit à peine.
Un lavage des deux uréthres est toujours un peu
douloureux et laisse après lui une sensation de pesanteur, de fatigue dans le petit bassin — et du ténesme. Le tout durant à peine une heure ou deux. Et dés le soir du premier lavage, le malade urine avec beaucoup moins de douleur et souvent sans presqu'aucun embarras.
Ces douleurs à aucune période, ne sauraient constituer une objection, surtout s’il s’agit d’un traitement abortif, où l’on n’aura qu’à comparer les douleurs propres à la maladie, et que le traitement épargne, avec celles qu’il cause lui-même et qui ne sauraient entrer en comparaison.
Mais, s’écrie-t-on, ce traitement est compromettant. Voyons un peu. — Etant donné d’abord que l'écoulement cesse à fort peu de chose près dès les premiers lavages, il ne saurait donc compromettre que par le nombre de visites qu’il entraine.
Ceci, bien entendu dans une petite ville car je ne crois pas qu’à Paris ou dans un grand centre cette objection soit motivée. Mais même dans ces condiuons , dix ou douze visites chez son médecin, compromettront-elles plus le malade, que le régime spécial au blennorrhagien si bien connu du public — et suivi pendant de longues semaines. Plus compro-
mettantes que les taches sur le linge et les ordon-
nances chez le pharmacien? Or s’il faut toujours être compromis, autant que ce soit par le traitement qui guérit, que par la maladie elle-même, qui n’a jamais eu que des désavantages à son actif.
— On prétend que ce traitement n’est bon que pour les spécialistes. Actuellement je conviens qu'il est assez délicat pour un praticien d’entreprendre un traitement abortif ou de la période aigue, à cause des hasards de la clientèle qui peuvent faire manquer les lavages. — Mais bientôt, l'efficacité des injections du soir, étant prouvée, il ne restera plus qu’un seul lavage à faire chaque jour, ce que bien peu de médecins seront empêchés de faire.
— Ce traitement ne guérit pas mieux que les autres ! objection sérieuse certes, mais heureusement non motivée.
Comme traitement abortif d’abord; la méthode donne des résultats supérieurs à tous les autres trâitements. Sur dix traitements abortifs M. le docteur Janet a eu neuf succès, ce qui est bien supérieur aux moyennes citées jusqu’à ce Jour.
Si pourtant les statistiques sont favorables dans cette occasion, ce n’est pas manque de nous trouver dans des conditions défavorables pour lutter. J'ai
montré dès le début de cette thèse, qu’à Necker nous
ne nommions blennorrhagiques que les écoulements à gonocoques. Or Diday, Boureau, et bien d’autres négligeant de parti pris tout examen microscopique. Ils ont dès lors la chance de citer dans leurs statistiques des guérisons de pseudo-blennorrhagies. C’est un avantage qui n’est pas à dédaigner, puisque dans une statistique de quarante-neuf cas, publiée par M. Janet, treize cas appartenaient à cette variété d’uréthrites.
De plus, Diday, par exemple, ne consent à tenter l’abortion que si l'écoulement n’est pas encore purulent, et s’il n’y a aucun gonflement du méat. Or, les écoulements à gonocoques deviennent très rapidement purulents, et il est très difficile, même pour un malade attentif, de constater un écoulement qui ne se révèle qu’en une légère goutte au méat, et qui ne produit aucune sensation. Il a donc de cette façon,
la chance d’écarter presqu’à coup sûr les uréthrites à gonocoques, surtout si l’on songe à ce fait que cette
période non purulente est plus longue dans les écoulements qui ne sont pas dûs au gonocoque.
Ceci n’est pas néanmoins pour nous induire à faire autrement que nous avons lait, et puisque nous en avons le moyen à notre disposition, nous continuerons
à dire au malade si oui ou nonila la chaudepisse, et à
ne faire entrer dans nos statistiques que les uréthrites spécifiques.
Passons maintenant à la période aiguë ou subaiguë. Ricord disait qu’il n’y a que de la première chaudepisse dont on ne guérisse pas. Indiquant par là que les blennorrhagies ultérieures n’étaient que des rééditions de la première. Cette vérité est aussi vraie aujourd’hui que du temps de Ricard, si l’on en croit les observations des malades. La plupart racontent ce qui suit : Ils en sont à leur quatrième ou cinquième blennorrhagie. Ils ont été guéris de la première par les balsamiques etles injections. Quelques mois après, une seconde uréthrite a été guérie de la même façon, mais moins rapidement, puis une troisième et une quatrième. Ils croient même n’avoir jamais été bien guéris. -t cette histoire on ne l’entend pas seulement à hôpital, mais dans la clientèle ; elle nous est dite par des confrères. En est-il ainsi après un traitement par les lavages. Jai des observations qui font foi du contraire. Naturellement, des observations de malades revus à une époque éloignée, ne sont pas très nombreuses, mais j’en ai au moins douze, d'amis que j'ai revus, que je revois encore, depuis un an, deux ans qu'ils sont guéris, et
bien guéris. Ainsi :
OBseRvATION [. — M.A.L. journaliste, est adressé à M. Janet en octobre 91, et son traitement me fut confié. |
Au moment où le malade se présente il coule depuis quinze jours. L’écoulement est jaune et rempli de gonocoques,
Je fais une série de douze lavages, en commençant à un quatre millième, et ne faisant qu’un lavage par jour, aux doses ordinaires.
Les lavages sont très bien supportés.
Le malade devant partir quelques jours après pour son service militaire, je lui prescris une solution de sublimé à un quatre millième avec laquelle il se désinfectera le gland deux fois par jour au moins, et après chaque coït s’il a des rapports, dans le but de prévenir des infections secondaires.
Le malade fait son service, et les grandes manœuvres. Revient à Paris et s’expose avec ardeur aux dangers déjà courus.
Rien. Son canal est sec et reste sec.
Depuis il n’a rien vu en fait d'écoulement. Il a eu. le bonheur de rencontrer des femmes saines, je le sais bien. Mais auparavant, quelle diflérence. Voyons son histoire.
En mai 89, première chaudepisse, dure deux mois.
En novembre 89, deuxième chaudepisse, dure six moIs.
Et croit, dit-il, n’avoir jamais été bien guéri. En août 90, troisième blennorrhagie sans rensei-
snements.
Quand il s’est présenté à la consultation il en était
à sa quatrième blennorrhagie.
Ce fait n’est pas rare, 1l est presque monnaie cou-
rante. Ainsi encore :
OBSERVATION II. — M. A. G. un ami, commisvoyageur, me consulte à Necker, en septembre 91, pour sa troisième chaudepisse. Il a pris sa première en janvier 90. Depuis sa seconde, il remarquait, que châque fois qu’il avait des rapports avec sa femme il voyait le matin une goutte jaune inquiétante pour laquelle il se faisait une injection. Il coule actuellewent depuis trois semaines, et la maladie en est à la phase de subacuité.
Je fais une série de quinze lavages aux doses ordinaires en faisant les trois derniers dans l’urèthre’ antérieur seul, à un cinq centième et à deux jours
d'intervalle chacun.
ss [OS
Dix jours après le dernier, je fais une réaction au nitrate d’argent. Pas de gonocoques.
Depuis, s’il fait des excès, il voit son canal, humide, et quelquefois l'ombre d'une goutte, jamais
plus. Il conserve de légers filaments dans son urine.
Reste la chaudepisse chronique, la goutte militaire. À cette période, la maladie durant depuis des mois et souvent des années, a forcément produit dans le canal des désordres, des lésions anatomiques que le
permanganate ne saurait réparer.
Mais la question principale, n’est pas constituée ici par le léger écoulement en lui-même mais bien
par sa constitution.
Si l’écoulement contient des gonocoques, il est un danger permanent et pour celui qui en est le porteur et pour la femme avec laquelle il aura des rapports.
Or ici encore, le permanganate débarrasse com-
plètement des gonocoques. Restent des microbes secondaires dont on a raison avec les autres anti-
septiques, et même le nitrate d’argent est assez astringant pour, en même temps qu’il désinfecte le canal, diminuer de beaucoup la sécrétion muqueuse.
— Dès lors avec des soins de propreté, le léger
suintement qui persiste n'offre plus les mêmes dan-
gers que l’on a appris à redouter sous le nom de goutte militaire.
[ci encore cette méthode montre donc sa supério-
rité sur les autres moyens de traitements.
FT Nes
ets
\ 4 AU d ta Gt
nl