‹ De La Blennorrhagie et de Son TraitementChapitre 8 sur 49 · GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

GÉNÉRALITÉS

Que la blennorrhagie soit une maladie microbienne, est une vérité devenue classique.

Que le gonocoque en soit l'agent spécifique est admis où pourrait dire sans conteste.

Les causes et la nature si diverses que l’on attribuait à cette maladie n’ont plus aujourd’hui qu’un intérêt historique. Le temps est oublié où l’on croyait à des pertes de semences ; et l’on ne trouverait plus aujourd’hui un seul blennorrhagique qui du fait de son écoulement se crût condamné au traitement mercuriel. Depuis Morgagni l’on ne songe plus qu’à bon escient aux ulcères du canal; et l’irritation simple, elle-même si puissante tout récemment encore, ne conserve plus aujourd’hui que de rares défenseurs sourds à la science et au bon sens.

Et pourtant la spécificité du gonocoque n’est pas reconnue de tout le monde. C’est avec étonnement

que je relis encore dans les numéros du 19 juillet et

du 2 août 1893 un article, très bien fait d’ailleurs, de de M. Boureau où il déclare d’abord douter de la spécificité du gonocoque et déclare ensuite que pour faire le diagnostic d’une blennorrhagie il suffit des seuls caractères cliniques.

€ Quand on voit apparaître une goutte de pus au méat, il faut dire qu’on a la chaudepisse » écrit-il. Et, un peu auparavant « tout écoulement uréthral est d’origine blennorrhagique. »

Îl ne faut, d’après lui, instituer le traitement que d’après la période de la maladie et son acuité. Il varie ses moyens de traitement entre les pansements urethraux simples, ou combinés aux lavages antiseptiques. Et dans ce dernier cas, après avoir déclaré que vouloir ériger, ainsi que M. le docteur Janet, le permanganate de potasse en lavages,comme méthode unique de traitement de la blennorrhagie, c’est s’exposer à de nombreux déboires ; il déclare que pour réussir il faut employer tantôt le permanganate, tantôt le sublimé ou le nitrate d’argent, suivant les circonstances, et que c’est là le seul moyen de réussir dans tous les cas.

Or, comme il est bon de s’entendre dès le début, je ferai remarquer ici que la théorie de Necker veut :

que le permanganate de potasse soit supérieur aux

autres moyens de traitement dans la blennorrhagie ; mais que, par ce dernier terme, nous ne prétendons pas désigner un écoulement quelconque de l’urèthre, mais bien seulement un écoulement renfermant des gonocoques.

Quant aux autres écoulements, peu importe leur composition et les agents microbiens qu’ils renferment ; du moment où le gonocoque en est absent, ce ne sont plus que des pseudo-blennorrhagies que nous traitons par les antiseptiques ordinaires, sublimé ou nitrate d’argent.

Il n’y a donc entre la manière de voir de M. Boueau et celle-ci que fort peu de différence ; qu’un malentendu.

M. Boureau traite d’une manière différente des écoulements de nature différente en se basant, pour les reconnaître, sur leurs caractères cliniques seuls: A Necker ces caractères sont trouvés insuffisants ét nous demandons au microscope de nous renseigner sur la nature de l’écoulement, et, par là, sur l'agent médicamenteux à employer. |

Et si nous traitons différemment les écoulements à gonocoques, c’est que l’expérience nous a appris combien plus difficilement ils cèdent au traitement

que les pseudo-blennorrhagies qui disparaissent sou-

ANT is

vent sous l'influence de quelques lavages seulement.

Je dirai de suite que ces écoulements sans gonocoques sont plus rares que les vraies blennorrhagies. Et l’on serait en droit de s'étonner de cette rareté quand l’on considère qu’un grand nombre de microbes vivent continuellement en saprophytes dans la fosse naviculaire. Mais l’urèthre, si réceptif pour le gonocoque, sait leur résister et cela, grâce probablement à son epithelium cylindrique. Ces infections que nous pouvons qualifier de secondaires se produisent sous l'influence d’une des trois causes sui-

vantes :

Soit à la suite d’une blennorrhagie ayant duré de longs mois et ayant laissé à sa suite des modifications anatomiques profondes du canal;

Soit à la suite des lavages au permanganate qui, pour quelque temps, créent une réceptivité spéciale de lurèthre, qui disparaît bientôt ;

Soit, enfin, sous l’influence d’une traumatisme de lurèthre — d’une irritation chimique — enfin sous Pinfluence d’un locus minoris resistentiæ.

Il y a donc, suivant nous, un grand intérêt à examiner le pus d’un écoulement uréthral -- ne serait-ce que pour ne pas confondre deux choses aussi diffé-

rentes qu'un écoulement à microbes divers, mais

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