‹ De la cachexie séreuse des enceintes et des accouchéesChapitre 1 sur 31 · MM. LES PROFESSELRS ET AGRÉGÉS · texte numérisé non relu

MM. LES PROFESSELRS ET AGRÉGÉS

DI U milTE DI alDICINI DI SmSBODDC.

CH. G. LÂCTH.

in 2016

https://archive.org/details/b22288910

DES ENCEINTES ET DES ACCOtCHÉES.

Introduction*

Grossesse , parturition , couches , sont les trois chaînons du grand acte physiologique qui caractérise la période active de la vie de la femme. Mais très-souvent cet acte ne peut s’accomplir d’une manière complètement normale, parce que la femme est, par le fait même de la grossesse, placée dans des conditions organiques toutes spéciales, qu’il peut se rencontrer des obstacles à l’expulsion régulière des produits de la conception, et enfin, que celle-ci une fois accomplie, la moindre imprudence peut devenir la cause d’accidents plus ou moins redoutables. De là la distinction naturelle des maladies de la grossesse , des accidents qui peuvent accompagner la parturition , et des maladies des couches. Cependant, s’il est incontestable que chacune de ces trois périodes a ses maladies spéciales, on peut se demander s’il n’en est pas d’autres que l’on puisse attribuer à l’état puerpéral lui-même , et par là je comprends toute la période , qui commence à la conception et qui se termine par le retour de l’organisme à son repos primitif; en d’autres termes , si la grossesse ne peut imprimer à l’économie des changements tels que , par le seul fait de leur extension , il puisse en résulter une véritable maladie.

C’est mie question que nous avons cherché à résoudre, en prenant pour sujet de thèse un état morbide particulier aux femmes enceintes et en couches et dont la nature a été méconnue jusqu’iei. Depuis plus de quinze ans, M. le professeur Stoltz en a fait annuellement le sujet de leçons cliniques. En 1845, un des élèves de la Faculté, M. Thierry, l’a voulu traiter dans sa dissertation inaugurale , sous le nom de diathèse séreuse; mais M. Stoltz lui a toujours donné le nom de cachexie séreuse, par la raison que ces deux mots signifient deux états bien différents.

Oélîiillion.

Diathèse^ cachexie^ sont deux mots dont on a bien voulu ne jamais se faire une idée nette ; car il nous semble qu’en recourant à leur étymologie, on eût trouvé sans peine une définition susceptible de satisfaire tous les esprits.

Diathèse vient de ÔLaviOïjiJLi , je dispose; ôiaOsŒcc, disposition; cachexie vient de xaxor, mauvais; manière d’être, malus corporis habitus.

Qui n’entrevoit pas déjà la différence qui existe entre la valeur de ces deux termes? D’un côté une disposition^ de l’autre une manière d'être; d’un côté un état morbide, de l’autre une sorte de période préparatoire, si je puis dire, par laquelle l’économie doit passer, pour arriver à cet état morbide. La diathèse est une imminence morbide , une prédisposition générale de l’économie à devenir malade; la cachexie est une maladie plus ou moins développée, primitive ou consécutive. Il y a done entre la diathèse et la cachexie toute la différence qui existe entre la cause et son effet.

Composition du sang: cliex les femmes enceintes.

La valeur de ces deux mots une fois bien établie et comprise , voyons quels sont les changements qui surviennent dans la composition ou

la crase du sang pendant la grossesse. Et d’abord, le sang de la femme, en dehors de la gestation , est-il absolument le même que celui de l’homme, ou présente-t-il quelques particularités dignes d’être notées? Voici ce que les recherches les plus récentes nous apprennent à cet égard :

Le sang de la femme est la plupart du temps moins coloré que celui de l’homme; sa pesanteur spécifique est moindre; il contient plus d’eau, ce que présente aussi le sang des femelles des animaux ; le chiffre des globules diminue d’une manière remarquable; mais la quantité de fibrine reste à peu près la même dans les deux sexes : il en résulte que la prédominance du sérum sur le caillot ou les globules est plus marquée dans le sang de la femme que dans celui de l’homme; il en résulte également que le sang de la femme contient plus d’albumine que le sang de l’homme, dont le caillot est plus riche; il en est de même de la plupart des autres éléments du sérum, par exemple les matières grasses et les matières extractives; quant aux sels, ils sont en plus grande quantité dans le sérum de l’homme, mais si l’on considère le sang dans sa masse, on trouve plus de sels solubles dans celui de la femme. Plus grande abondance de sérum, c’est-à-dire d’eau et d’albumine, nombre moins considérable de globules, voilà donc les différences principales que nous offre le sang de la femme , comparé à celui de l’homme.

Sous l’influence de la grossesse, le sang éprouve dans sa composition des changements remarquables : 1.® il prend une coloration plus foncée; 2.® sa pesanteur spécifique diminue; 3.° il devient plus riche en eau et remarquablement plus pauvre en globules; 4.° par contre, la quantité de fibrine augmente ; c’est ce qui fait que dans cette période de la vie de la femme, le sang offre d’ordinaire un très-petit caillot, recouvert d’une légère couenne.^

Mais ces modifications nombreuses se font dans un certain ordre.

1. C. G. ^Lehrbuch der ^hjsiologischenChemie , Leipzig J 1850^ t. Il, p. 244.

elles ne s établissent pas tout d’un coup, car la marche de la nature n’est jamais brusque, pas plus dans ses phénomènes physiologiques que dans ses manifestations pathologiques : ce sont des évolutions. Il était intéressant de suivre la grossesse pas à pas , et de voir l’enchaînement de ces faits, pour arriver, autant que possible, au début de ce phénomène complexe. MM. Andral et Gavarret * , dont il serait téméraire de contester l’autorité en matière d’hématologie , nous donnent à cet égard des détails assez curieux, pour que nous croyions devoir les consigner ici :

De l’analyse du sang de 34 femmes enceintes , il résulte :

I Que du premier mois à la fin du sixième , le sang offre en fibrine une moyenne inférieure à la moyenne physiologique. (Moyenne , 2,5 ; maximum, 2,9; minimum, 1,9.)

2. ® Que pendant les trois derniers mois , la moyenne de la fibrine devient supérieure à la moyenne physiologique. (Moyenne, 4,00; maximum , 4,8.)

3. ® Que cet accroissement de la fibrine devient le plus grand possible vers le dernier mois de la grossesse (moyenne, 4,3) ; qu’il atteint son maximum au moment de l’accouchement , et que ce maximum se soutient, si même il n’augmente pas, pendant les premiers temps qui suivent l’expulsion du fœtus.

4. ® Que le chiffre des globules tend à diminuer pendant la grossesse. Sur 34 fois il y a eu 1 fois 145 globules; 1 fois 127 ; 6 fois de 125 à 1 20 ; 26 fois de 1 20 à 95 , et il est à remarquer que le seul cas où le chiffre des globules était au-dessus de la moyenne , était celui d’une femme pléthorique. D’où il suit^ ajoute M. Andral, que le plus grand nombre de ces femmes présentaient un commencement d’anémie. Cet état du sang est d’ailleurs parfaitement en rapport avec la décoloration remarquable et la demi-bouffissure de la face, que présentent beaucoup de femmes dès qu’elles ont conçu.

1. Monneret et Fleury, Comp. de méd. prat., 1846, tome Vil , p. 450.

Nous regrettons beaucoup de ne pas apprendre ce que devient l’albumine; serait-il que la grossesse, qui modifie si profondément la composition générale du sang , fût sans influence sur un élément dont l’importance est cependant si grande? Nous ne le pensons pas.

ScANzoNi ^ , dans sa Blutcrasis bei Schwangeren , dit que l’albumine subit une diminution , mais assez insignifiante; cela ne nous satisferait que fort peu , si nous ne trouvions pas un peu plus loin ces mots : « Nehmen aile festen Bestandtheile des Blutes ab , w 'àhrend der fV asser- « gehalt zunimmt , zeigt sich die serbse Crase, ®

MM. Becquerel et Rodier^ ont analysé le sang de neuf femmes enceintes et ont eu pour résultats : moyenne, 66,1 ; maximum, 68,8; minimum, 62,4; la moyenne chez la femme non enceinte est de 70,5.

M. Regnauld^ a consigné dans sa thèse un tableau indiquant le résultat de 25 analyses ; dans presque toutes l’albumine s’est trouvée audessous de la moyenne , et cette diminution se manifestait déjà au troisième mois.

En résumé donc, sous l’influence de la grossesse, le sang perd de ses globules , la quantité d’eau devient plus considérable , le chiffre de la fibrine augmente d’une manière progressive dans les derniers mois , enfin l’albumine a plutôt de la tendance à diminuer qu’à augmenter, souvent même diminue d’une manière notable.

Voilà ce qui s’observe à l’état normal , ce qui est constant, ce qui dépend immédiatement du fait même de la grossesse. Mais il est facile de comprendre que, placé dans des conditions si variées, le sang peut éprouver des troubles divers , de façon que ses éléments ne conservent plus entre eux le rapport que nous venons d’établir : chacun de ces éléments, pris isolément, peut ou augmenter ou diminuer d’une manière assez considérable pour amener un état morbide spécial. Ce fait

1. Fr. W. Scanzoni, Lehrbuch der Geburtshilfe , JVien , 1849, 1849.

2. Becquerel et Rodier , Nouvelles recherches d’hématologie. Gaz. méd. de Paris , juin 1852.

3. C4ZË4ÜX, Traité théorique et pratique de l’art des accouchements, 1850, p. 294.

a été bien établi par M. Andral* et surtout par Scanzoisi ^ qui a fait une étude approfondie du sang des femmes enceintes. Cet auteur admet que la composition du sang peut être modifiée des cinq manières suivantes ;

Le chiffre des globules peut descendre assez bas pour produire un état analogue à l’état chlorotique,

2. ® Le contraire peut arriver : les globules peuvent atteindre un chiffre considérable, tandis que la fibrine subit une diminution absolue et relative : c’est la pléthore,

3. ° La fibrine peut diminuer tandis que l’albumine augmente notablement, ce qui produit un état qu’il appelle Jlhurninose ou Hypinose,

4. '^ La fibrine à son tour peut éprouver une augmentation tout à fait anormale , et produire ce qu’il nomme die fihrin'ôse Crasis ou Hyperinose,

5. ^ Enfin tous les matériaux solides du sang peuvent diminuer , tandis que l’élément eau augmente, ce qui donne lieu à la serose Crase.

Cette dernière altération est la seule qui doive nous occuper, puisque c’est elle qui fait le sujet de notre travail.

Nous croyons devoir rapporter en entier le passage dans lequel ScANzoNi expose les caractères de sa crase séreuse : « Diese der Schwan- « gerschaft hdujiger zukommende Blutanomalie bedroht , in Folge der durch sie gesetzten oft massenreichen serosen Exsudate in die H'ôhlen ^^der serosen Haute ( Pericardium , Pleura, Peritonæum) , in das « suhcutane and subserose Zellgewebe (der unteren Extremitdten , der « Schamlippen , V agina , etc,) , in das Parenchym einzelner Organe (der « Lungen , des Gehirns) , ja selbst durch Trans sudation , in die Eihôhle « (Hydroamnios) und an die innere Uteruswand (Hydrorrhœe) , nicht « selten das Leben der Mutter und des Kindes , und ihr Einfluss ist « wdhrend der Schwangerschajt um so bedeutungscoller ^ als sich zu

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