‹ De la cachexie séreuse des enceintes et des accouchéesChapitre 31 sur 31 · et 6.® Jours. — Peu de changement · texte numérisé non relu

et 6.® Jours. — Peu de changement

7. ® Jouri — Au soir la dyspnée revient , effrayante ; point de toux; râles fins à la base du poumon gauche ; sub-matité à la percussion ; pouls à 100, fort; mamelles flasques; peu de lochies séreuses. (Potion avec 0,30 de tartre stibié; large vésicatoire sur le côté gauche.)

8. ® Jour. — Dix ou douze selles liquides et involontaires; la respiration est devenue plus libre ; les râles et la matité semblent avoir complètement disparu ; un peu de toux sans expectoration ; moins de céphalalgie ; Fœdème persiste ; urines très-copieuses ; faciès meilleur ; la malade demande à manger. (Potage ; aile de poulet.)

10. ® Jour. — (Potion avec acét. de pot. 10; 4 pii. de Vallet; sachets de fleurs de sureau autour des jambes.)

11. ® Jour. — Suppression presque complète des urines; agitation, dyspnée ; accès inquiétants ; dans la nuit l’oppression est si grande , qu’on donne de nouveau la potion stibiée.

12. ® Jour. — Six selles; six vomissements; mieux notable; les râles, nettement entendus hier , ont disparu (on reprend les pilules de fer , 6 en trois fois).

13. ® Jour. — La nuit a été mauvaise; les urines ont diminué; l’œdème a augmenté; peau chaude; pouls dur, à 100; langue pâle; soif; pas de selle. (On renonce définitivement au fer , qui arrête et les urines et les selles , et l’on reprend les diurétiques ; lavement de savon.)

14. ® Jour. — Une seule selle, dure; peu d’urine, la toux augmente; point de crachats ; sub-matité en arrière , dans toute l’étendue du thorax ; respiration soufflée ; çà et là quelques râles crépitants et sous-crépitants ; pouls à 108, dur; (pot. avec 0,15 de tartre stibié.)

15. ® Jour. — Soulagement marqué; plusieurs selles; diurèse; point d’expectoration ; la toux a augmenté , mais l’oppression est moindre. (Même potion.)

16. ® Jour. — Pas de selle; point de vomissement; les râles et la matité ne sont plus perçus ; respiration libre ; vers le soir , douleurs aiguës dans le ventre ; hypogastre tendu ; la matrice , encore volumineuse , ne sup porte pas la moindre pression; point de lochies. (Catapl. émoll.; potion calmante.)

17. ® Jour. — ' Peu de changement. (Calomel 0,05 avec 0,01 d’opium; répéter la dose d’h. en h.)

18. ® Jour. — La malade refuse le calomel et toute potion. La douleur de ventre persistant, on applique sur l’hypogastre un large vésicatoire.

20. ® Jour. — Les deux dernières nuits , à onze heures , Madame C. a eu un frisson de quarante minutes chaque fois; puis de la chaleur, qui dura jusqu’à trois heures du matin ; tiraillements douloureux dans les jambes , dont l’œdème persiste ; le ventre est beaucoup moins sensible , mais il devient ascitique ; lochies rouges ; urines assez abondantes ; huit selles liquides ; teint d’une pâleur livide ; face bouffie , paupières gonflées ; respiration difficile ; matité du thorax en arrière ; râles nombreux de divers calibres , partout ; toux sans crachats. ^Le moral s’affaissse (0,60 de sulfate de quinine dans 100 d’eau).

21. ® Jour. — ^ L’accès est revenu à onze heures précises, mais moins violent; surdité, vue affaiblie ; le pouls reste à 116, très-large ^ très-dur. (0,60 de suif, quin.)

22. ® Jour. ~ Le frisson n’a point eu lieu ; il y a eu seulement de la chaleur et de l’agitation ; mais les urines se sont supprimées ; pas de selle ; la langue se sèche. (On suspend le sulfate de quinine. Eau alcaline gazeuse pour boisson.)

23. ® Jour. — Nuit horrible , étouffements , pas de selle; pouls à 130, dur et large. Dans l’après-midi, frisson de dix minutes; faiblesse extrême (Pot. cordiale). Vers le soir, diaphorèse ; amélioration momentanée; respiration assez libre ; l’œdème des jambes est plus mou ; la matrice indolore supporte une assez forte pression ; elle a sensiblement diminué de volume ; point de lochies. Dans la nuit , hémorrhagie utérine abondante ; affaiblissement rapide de la malade. (Elixir acide de Haller 2,00 dans une potion.)

24. ® Jour. — La perte continue. (Extr. aq. de seigle ergoté 2,00 dans eau de mélisse 100,00; sir. d’éc. |d’or. 30,00; — - limon, minérale.)

A dix heures, la respiration s’embarrasse ; à trois heures, l’agonie commence, et à cinq heures, Madame C. s’éteint après une lutte désespérée. — La famille n’a point permis l’autopsie.

Nous voyons ici une personne bien constituée chez laquelle il se développe à quatre mois de grossesse un œdème des extrémités infé-

rieures et de la vulve; à cette époque, elle est atteinte d’une maladie aiguë, qui nécessite de nombreuses émissions sanguines; il n’est pas étonnant que dans ces conditions l’œdème ait fait des progrès; il est devenu général à huit mois. Cependant la malade peut se soutenir jusqu’à terme, et accouche rapidement, mais debout, la dyspnée ne lui permettant pas la position horizontale; il est à remarquer en outre que l’enfant est fort et bien portant.

Disons-le de suite, l’œdème des membres inférieurs a persisté jusqu’à la fin , et l’attention du médecin a été dirigée presque exclusivement du côté de la poitrine : là étaient les véritables dangers. A deux reprises différentes (le septième et le quatorzième jour des couches) , la submatité, les râles crépitants et sous-crépitants , le souffle qui a été entendu une fois, les caractères du pouls, ont pu faire croire à l’existence d’une pneumonie; on a prescrit le tartre stibié. Ce médicament a provoqué des selles plus ou moins nombreuses, et les accidents s’amendaient chaque fois d’une manière assez notable ; mais cette amélioration n’était que momentanée; remarquons encore ces râles qui un jour occupent presque tout le poumon, et disparaissent le lendemain , pour revenir plus tard presque aussi nombreux. Le fer a été donné à plusieurs reprises, mais comme on avait cru remarquer une singulière coïncidence entre l’administration de ce médicament et la suppression des urines et des selles , avec aggravation des symptômes, on y a renoncé définitivement. — Nous rappellerons enfin que pendant tout le temps , le pouls a été large , fort , dur, fréquent. Il est à regretter qu’on n’ait pas pu pratique!- l’autopsie; il n’est pas douteux pour nous que cette dame est morte de cachexie séreuse ; chez elle la prédisposisition était bien établie, et le développement complet de la maladie a été favorisé par des pertes de sang nombreuses; mais nous aurions été curieux d’examiner l’état des poumons, qui pendant la vie ont présenté des symptômes si variables et si difficiles à apprécier.

Anatomie patliolos»iau^*

Dans le cas où la mort n’a pas été déterminée par une complication, mais a été le résultat des progrès du mal, c’est-à-dire de la cachexie séreuse, voici ce que l’on trouve à l’autopsie :

a) Une infiltration du tissu cellulaire sous-cutané de toute la surface du corps; mais l’œdème affecte particulièrement certaines régions, à savoir, 1.® Membres : les inférieurs dans leur totalité, mais surtout le dos des pieds, les malléoles, les cuisses; souvent l’œdème est tellement considérable , que les membres paraissent n’être formés que d’une seule pièce, les saillies et les creux ont disparu; les membres supérieurs sont d’ordinaire moins gonflés , l’œdème siège le plus souvent aux mains , aux poignets ; il est rare qu’il dépasse le coude. — 2.° Tronc : la vulve, souvent œdématiée, ne présente pas souvent cette distension énorme qu’on observe pendant la grossesse , parce que des mouchetures préalables ont favorisé l’issue d’une grande partie du liquide; en revanche , les parois abdominales sont plus ou moins œdématiées , surtout à leurs parties déclives, et au-dessus du pubis, où elles forment le bourrelet sus-pubien; l'œdème peut avoir envahi la région axillaire, mais cela n’est pas constant. 3.^^ Face : ce n’est que dans les cas exceptionnels que toute la face est envahie; tantôt ce n’est qu’une légère bouffissure, tantôt c’est un œdème considérable des joues et surtout des paupières.

La peau de toute la surface du corps présente un aspect remarquable ; elle est pale, d’un blanc mat; aux membres on n’y aperçoit pas de trace de vaisseaux, on dirait que le réseau veineux superficiel a complètement disparu ; cette peau est molle , * empâtée , elle conserve l’empreinte des doigts. Lorsqu’on pratique une incision, et ceci s’applique surtout aux membres inférieurs, on est frappé de la profondeur qu’il faut lui donner pour tomber sur la première couche

musculaire. Tout l’espace compris entre cette dernière et la peau, est rempli par un amas de liquide qui baigne, ou plutôt inonde le tissu cellulaire et la graisse; mais dans d’autres cas, on ne trouve presque plus de trace de graisse; le tissu cellulaire est épaissi, induré, assez méconnaissable , souvent même il a aussi disparu en partie , et l’on ne rencontre qu’une couche très-épaisse, formée par un liquide séro-albumineux, de consistance gélatineuse, d’une coloration blancjaunàtre, comme translucide, assez homogène. Les veines sous-cutanées sont pales, exsangues, grêles, atrophiées, à tel point qu’on a souvent de la peine à timiver les saphènes mais du reste, elles ne présentent pas d’altération dans leur texture, pas plus que les vaisseaux lymphatiques. La face est également pâle , mais le liquide infiltré est plus limpide, surtout aux paupières, qui peuvent être énormément gonflées, mais sont toujours translucides.

P) Le liquide infiltré ne se borne pas au tissu cellulaire sous-cutané, il baigne également celui qui sépare les difféientes couches musculaires, au point que celles-ci sont véritablement disséquées; dans un cas, entre autres, nous avons vu ce phénomène si bien marqué, pour les différents plans qui constituent la ceinture abdominale , qu’il suffisait de relever les muscles et que cette disposition aurait parfaitement pu servir pour une démonstration anatomique; les muscles, néanmoins, sont aplatis, pâles, exsangues , réellement atrophiés; dans d’autres cas, ils sont plus ou moins altérés, et quand la sérosité a gagné leur tissu cellulaire interstitiel, on ne rencontre plus qu’une sorte de bouillie composée de sérosité albumineuse, dégraissé, de tissu cellulaire, de fibres musculaires , mais où ces différents éléments sont plus ou moins méconnaissables.

y) Les vaisseaux de la périphérie sont pâles, vides de sang; pour trouver ce liquide, il faut ouvrir les gros troncs veineux; d’ordinaire, le système veineux abdominal regorge d’un sang abondant, tout noir, difffuent, non coagulé, ou peu; les veines caves et les veines pulmonaires sont également gorgées d’un sang pareil. Les artères sont pâles, leur

calibre a diminué, elles paraissent atrophiées et ont perdu de leur fermeté.

S) Viscères, — Canal intestinal pâle à sa surface , quelquefois atrophié ; foie souvent volumineux, gorgé d"un sang noir , épais ; rate tantôt ramollie et gorgée de sang liquide; tantôt pâle, exsangue, dure; — les reins sont anémiques , mais ne présentent pas d’altération , leur volume est variable; vessie également pâle, souvent distendue par de l’urine claire. Dans certaines circonstances , on trouve une véritable infiltration du tissu interstitiel de la matrice, soit au col, soit au corps même; mais ces cas sont rares. — Cœur pâle, évidemment exsangue; il paraît atrophié , ne contient du sang ni dans les ventricules ni dans les oreillettes; on y rencontre cependant quelquefois des caillots fibrineux. Poumons plus ou moins œdématiés et présentant des traces des diverses affections qui accompagnent presque toujours l’œdème pulmonaire ; pâles à l’extérieur ou d’une couleur ardoisée ; crépitants ; quand on les incise, il s’échappe de tous les côtés une sérosité roussâtre, spumeuse, abondante; les bronches, la trachée-artère elle-même peuvent être plus ou moins remplies d’un liquide séro-spumeux ; mais ce ne sont pas les cas les plus ordinaires. Le cerveau est pâle, anémique; à rincisinn il ne présente pas de piqueté , de sablure, il est quelquefois assez ferme.

s) Cavités séreuses, — Le péritoine, le péricarde, les plèvres, l’arachnoïde contiennent du liquide en quantité plus ou moins considérable, surtout le péritoine et les plèvres ; c’est ordinairement une sérosité citrine, verdâtre, claire, limpide, rarement trouble, ayant l’aspect du petit-lait clarifié — Le liquide épanché dans l’arachnoïde, et que l’on observe surtout dans les ventricules et à la base du cerveau , a les mêmes caractères , mais il est rarement en quantité considérable.

Complications.

Si Ton voulait réserver le nom de complications seulement aux accidents qui peuvent survenir à une époque où la maladie principale est plus ou moins développée, il est tout un groupe de maladies qu’il faudrait passer sous silence, ce sont les maladies chroniques. Elles peuvent, en effet, remonter à une époque antérieure à la grossesse, continuer leur marche pendant que cette dernière évolution parcourt ses phases, et pour le cas spécial, subir de la part de la cachexie séreuse une influence plus ou moins fâcheuse; et l’on voudrait leur refuser tout rôle actif, c’est-à-dire, nier que la cachexie séreuse puisse, dans sa marche, se ressentir de l’existence de ces maladies? Mais c’est inadmissible; nous accordons plus d’extension au mot complication , et nous considérons comme telles : 1.® Non-seulement les maladies qui se déclarent lorsque la cachexie est déjà développée, et elles sont en général aiguës; 2.® mais encore des affections chroniques qui peuvent avoir débuté avant la grossesse; il est même remarquable que ce soient celles-ci qu’on observe le plus fréquemment.

La péritonite, la pneumonie, la pleurésie, la péricardite appartiennent spécialement à la forme aigue de la cachexie, et aggravent incontestablement la position des malades; mais remarquons que ces accidents sont inhérents à la maladie principale, et qu’en dehors de la forme aiguë, là où ils devraient véritablement prendre le nom de complications, ils sont excessivement rares.

Nous avons déjà vu ce qu’il faut penser de l’éclampsie pour être dispensé d’y revenir.

La phthisie pulmonaire, la bronchite chronique, l’emphysème, les maladies du cœur, du foie, voilà de véritables complications;

par elles-mêmes déjà , elles portent un obstacle plus ou moins considérable aux fonctions de la respiration et de la circulation; elles affaiblissent, elles minent la constitution; et il .n’est pas difficile de comprendre qu’elles doivent exercer une funeste influence sur la marche d’une maladie qui reconnaît pour cause une altération du sang, et qui a pour effet de troubler ces deux fonctions essentielles.

Si nous ne parlons pas ici de la maladie de Bright, c’est que nous avons assez fait entendre que cette maladie est très-rare pendant la grossesse; il est évident que lorsqu’elle se déclare dans ces circonstances, elle ne peut qu’ajouter un élément de complication de plus à une affection par elle-même si . complexe.

Il arrive quelquefois que les parties trop distendues par le liquide et soumises à une pression continue tombent en gangrène; il en résulte des ulcères de mauvaise nature, qui ont de la tendance à gagner dans tous les sens, deviennent souvent énormes et contribuent à épuiser les malades.

iNous ne parlerons pas des congestions séreuses métastatiques, puisque ces accidents sont sous la dépendance immédiate de la maladie générale.

Nous ne pouvons ici en dire davantage, car en voulant entrer dans les détails, nous serions nécessairement amené à faire du pronostic, ce qui sera l’objet d’un article spécial.

Proao!Stic«

Nous avons vu quelle est la marche générale de la cachexie séreuse, alors qu’elle est simple; nous avons vu que dans certaines circonstances le diagnostic peut être difficile, et donner lieu à des méprises qui ne laissent pas que d’être préjudiciables aux malades; nous venons de voir enfin que des complications variées peuvent surgir

et donner à la maladie une physionomie nouvelle. Essayons d’après cela de nous faire une idée du plus ou moins de gravité que présente cette affection.

„ La cachexie séreuse est-elle grave , oui ou non ? * On ne peut évidemment pas répondre à une question posée de cette façon ; pour pouvoir résoudre un problème aussi complexe , il faut non-seulement envisager la maladie dans son ensemble, mais encore la décomposer et étudier ses différents éléments.

1. ° Lorsque la cachexie n’est encore arrivée qu’au premier degré (p. 28); elle n’est pas sérieuse; l’œdème disparaît sans secours de l’art avant ou après l’accouchement; les femmes arrivent presque toujours à terme, et le travail est assez facile.

2. ° Au deuxième degré (p. 29) certainement la position des malades est empilée; les principales fonctions commencent à être troublées, mais on ne peut pas encore dire que la vie soit véritablement en danger , car , après l’accouchement , l’hydropisie disparaît souvent en peu de temps. 11 est cependant une circonstance, qui mérite d’être prise en sérieuse considération ; c’est que les femmes arrivent rarement au delà du huitième mois de la grossesse, la maladie devient la cause occasionnelle de l’accouchement prématuré.

3. ° Lorsque la cachexie a passé au troisième degré (p. 34) , nous n’hé tons pas à le dire, le cas est grave. Elle envahit, en effet, des organes essentiels à la vie et les attaque souvent tous simultanément; le plus ordinairement c’est le poumon, ou plutôt les poumons; l’œdème pulmonaire a de la tendance à se généraliser , et si l’on se rappelle ce que nous avons dit , savoir , que l’œdème est alors rarement seul , qu’il s’y joint assez souvent un épanchement pleural plus ou moins considérable, on comprendra que l’asphyxie, véritable épée de Damoclès, menace à chaque instant les malades de les enlever; le pouls petit , filiforme , misérable , indique assez l’état de la circulation , et explique comment le moindre mouvement peut amener une syncope; ce n’est pas tout, très-souvent il existe une bronchite chronique avec

expectoration plus ou moins abondante, mais souvent difficile; on voit alors ces malheureuses, dans des quintes affreuses, devenir toutes violacées, éprouver des angoisses inexprimables, avoir des nausées, quelquefois des vomissements et, plus d’une fois, la scène s’est terminée tout à coup par la mort. On pourrait nous reprocbei* d’avoir exagéré le tableau , de nous être laissé trop entraîner à des idées théoriques , mais ce que nous avons dit, nous l’avons vu, et nous exprimons encore une fois ici notre étonnement , de voir une maladie aussi grave à peine mentionnée dans les auteurs.

Si cet état est grave pour la mère, il ne l’est certes pas moins pour l’enfant qu’elle porte dans son sein. Souvent il meurt avant de naître, soit parce que la maladie de la mère a enrayé sa nutrition, soit que la femme succombe elle-même avant d’être accouchée, et s’il vient vivant au monde, il est presque toujours chétif.

Pour ce qui concerne les complications, nous avons peu de choses à dire. 11 est un fait qui a soulevé bien des discussions, mais qui, aujourd’hui, ne doit plus laisser de doute dans l’esprit de personne; ce fait, le voici : la marche des maladies chroniques peut paraître enrayée pendant la grossesse; mais après V accouchement elle se réveille en quelque sorte y prend plus d’activité et peut mener promptement à une issue fatale. Supposons donc l’existence d’une pareille maladie au moment où la grossesse se développe, et s’accompagne plus tard de cachexie séreuse. Supposons ces deux affections non susceptibles de s’infîuencer réciproquement; supposons, enfin, l’accouchement heureusement terminé, nous aurons toujours à redouter de nouveaux accidents, dont nous connaissons à l’avance la gravité; mais qui ne voit que nos suppositions sont toutes gratuites , et dès lors, qu’une pareille complication doit rendre très -circonspect à l’endroit du pronostic, sinon pour le moment même, au moins pour l’avenir. Les maladies aiguës qui peuvent se développer pendant la cachexie séreuse sont rares, mais elles aggravent le pronostic, d’autant plus que les malades sont tellement fatiguées, tellement épuisées, qu’il leur est bien difficile d’opposer au mal

une

résistance vitale suffisante^ et que les remèdes, mal supportés, ne peuvent remonter un organisme aussi profondément atteint.

Les conditions organiques dans lesquelles se trouve la femme sont tellement différentes pendant la grossesse et après le travail, qu’il est essentiel, dans la thérapeutique, de piendre cette circonstance en sérieuse considération. Nous aurons donc à étudier le traitement pendant la grossesse et le traitement pendant les couches.

A. Traitement pendant la grossesse.

Dans les livres on parle beaucoup du traitement prophylactique, et l’on passe en revue tous les moyens hygiéniques qui peuvent être opposés au développement des infiltrations; mais on ne fait que de la théorie. Nous avons dit, en effet, que, dans la pratique civile, la cachexie séreuse est très-rare , qu’on ne l’observe guère qu’à la suite d’accidents subits, tels qu’une abondante perte de sang; ici, par conséquent, les soins hygiéniques que l’on recommande aux malades sont dirigés contre toute espèce de maladie qui peut les .itteindie pendant cette période, et non pas spécialement contre la cachexie séreuse. Dans le plus grand nombre de cas, au contraire, la cachexie reconnaît pour cause une réunion de circonstances qui se résument dans le mot misère; c’est dans les hôpitaux qu’on l’observe le plus souvent, et l’on sait que la plupart de ces pauvres femmes n’y viennent ou n’y sont reçues que dans les derniers njois de la grossesse, c’est-à-dire, à une époque où la maladie est déjà plus ou moins développée. C’est dans sa source qu’il faudrait attaquer le mal, et ce problème nous parait malheureusement bien difficile à résoudre.

Aîais s’il est difficile de prévenir le mal, l’art est-il tout à fait impuissant pour le combattre, une fois qu’il s’est déclaré?

1. ° Lorsque la cachexie se borne à un œdème plus ou moins considérable des membres inférieurs, il ne faut pas s’en inquiéter; l’infiltration disparaît en effet d’elle- même pendant le travail ou pendant les couches; il faut seulement recommander à la femme de se donner peu de mouvement, de prendre une position horizontale, de s’abstenir de boire trop d’eau; l’alimentation devra être suffisante, tonique; si la tension des membres devenait trop douloureuse , si les lèvres de la vulve étaient assez distendues pour faire craindre quelque difficulté ou quelque accident, on pourrait, surtout à la fin de la grossesse, pratiquer quelques mouchetures. Ainsi le traitement , dans cette période, est presque tout hygiénique.

2. ° Lorsque l’on voit l’œdème gagner le tronc, à plus forte raison, lorsqu’il est déjà devenu général, l’art doit intervenir; mais le but qu’il doit atteindre est multiple ; combattre la cause, c’est-à-dire, l’altération du sang; airêter ou faire disparaître les effets, c’est-à-dire, l’infiltration. Dans les cas très-rares, où l’état de la malade se rapproche beaucoup de l’état chlorotique, on peut débuter immédiatement par le fer : hors de là, il ne faut songer à reconstituer le sang qu’après avoir fait disparaître, au moins en partie, cette masse de sérosité qui, d’un moment à l’autre, peut làire irruption vers les organes internes. Trois voies sont offertes par la nature pour l’évacuation de ce liquide, mais il n’en est guère qu’une seule sur* laquelle on puisse véritablement compter; la peau, en effet, est sèche, généralement très-peu disposée à la diaphorèse; nous verrons tout à l’heure qu’il faut être réservé dans le choix des dérivatifs sur le canal intestinal; il ne reste donc plus que les voies urinaires. Les diurétiques sont d’une utilité incontestable; mais il n’est pas indifférent de prendre l’un ou l’autre.

A l’extérieur on fait faire plusieurs fois dans la journée des frictions avec de la teinture de scille et de digitale, étendue dans de l’eau-devie eamphrée ou dans du vin aromatique; dans l’intervalle on entoure, les membres de flanelles, de taffetas ciré, on les couvre de sachets chauds aromatiques, ou même on fait des fomentations aromatiques.

On donnera à boire aux malades une tisane de chiendent nitrée, ou une infusion de genièvre, soit simple, soit vineuse; l’infusion vineuse est plus agréable, et généralement mieux supportée; on peut y ajouter un peu d’oxymeî , ou bien donner une potion dans laquelle on fera entrer l’oxymel à la dose de 30 à 40 grammes.

Dans les cas où l’infiltration a une marche un peu plus active, où même le pouls aura quelque chose de fébrile, c’est plus particulièrement aux diurétiques salins qu’il faudra avoir recours, et à la tête de ceux-ci il faut, sans contiedit, placer le nilre. On le donne, soit dans une potion, soit dans une tisane à la dose de 4 à 5 grammes; l’acétate de potasse, le tartralede potasse, le sous-carbonate Je soude, à la même dose; l’éther nilrique, de 2-6 grammes dans un litre de tisane, dans une potion, ou dans une eau légèiement aromatique; l’esprit de sel ammoniac anisé (même dose) ; le sirop de pointes d’asperges à la dose de 30 à 40 grammes.

11 faudra toujours tenir le venire libre, et l’on pouna, si l’on remarque une heureuse tendance, aider la nature par quelques déri- Yatifs sur le canal inteslinal ; njais il faudra être très-réservé dans l’emploi de ces moyens; ils seront choisis parmi les moins énergiques, pour ne pas provoquer d’in itation, ou pour ne pas fatiguer les malades par une diarrhée tiop abondante.

Sous l’influence de ces moyens divers, l’on voit souvent l’infiltration générale disparaître ou diminuer notablement. C’est alors qu’on peut songera refaire la constitution; c’cst aux toniques et aux analeptiques qu’il faut s’adresser: au (ér et au quinquina. La meilleure préparation dans ces cas-là, ce sont les pilules de Vallet; on commence par trois pilules, que l’on donne pendant les repas, et l’on augmente successivement, selon le degré de tolérance; il ne faut cependant pas aller trop loin, et nous croyons, saul’ les cas particuliers, qu’il est bon de s’ariêter à 8 ou 10. 11 peut arriver que ces pilules ne soient pas supportées; on leur substituera alors le tartr'ate de potasse et de fer à la dose de 1 gramme par exemple, ou bien une eau ferrugineuse.

On se trouvera quelquefois bien d’associer le quinquina au fer, de donner des pilules composées par exemple de qua re parties de citrate de fer et d’une partie de citrate de quinine, ou bien du vin de quinquina ferrugineux, contenant une, deux parties de citrate de fer pour cent grammes de vin. On comprend que nous ne pouvons ici formuler le traitement : c’est au lit des malades seulement que le médecin devra peser le pour et le contre dans le choix des remèdes qu’il prescrira, parce qu’il n’y a pas deux cachexies séreuses qu’il pourra traiter identiquement de la même manière , pas plus qu’il n’y a deux pneumonies qui se ressembleront sîcut omm ovo.

3.® Si, quoi qu’on fasse, l’infiltration ne diminue pas ou augmente, si des accidents se déclarent du C(Mé des viscères importants, surtout s’il se fait un épanchement dans la plèvre, ou si l’œdème du poumon se développe, il faut : a) si la femme est arrivée au moins à la fin du septième mois , songer sérieusement à la provocation de l’accouchement ; mais très-souvent la nature se charge elle-même de résoudre cette question difficile; elle épargne ainsi à l’accoucheur une besogne délicate, en lui disant: «jW fait ce que fai pu, à toi à faire le reste,

— h) Dans certains cas, moins nombieux à la vérité, la cachexie n’attend pas jusqu’à cette époque pour se développer , et l’on voit de bonne heure survenir des accidents pulmonaires : c’est vers ces derniers qu’il faut alors diriger toute son attention.

Si l’on réfléchit que beaucoup de ces malades vomissent facilement, que les médicaments ne sont pas bien supportés, que les accès de toux provoquent souvent à eux seuls des vomissements, et menacent les malades d’asphyxie , on comprendra que le choix des remèdes n’est pas toujours chose facile.

Les antimoniaux peuvent rendre de très-bons services, mais quand on les administre d’une manière pailicuîièie ; c’est-à-dire qu’il faut éviter en général de les donner à haute dose , autrement dit, comme vomitifs, nous venons d’en indiquer les inconvénients. Aussi le soufre doré convient- il rarement dans ce cas là. Nous avons vu

au contraire le tartre stibië , à petite dose , provoquer des selles plus ou moins nombreuses et être suivi d’un soulagement marqué ; ce n’est pas à dire pour cela, que l’on doive proscrire d’une manière absolue les vomitifs ; il est des cas où l’on se trouvera bien d’un ëmélo-cathartique (p. ex. : ipëc. , 1,00; tart. stib. , 0,05). Le kermès aussi a ëtë suivi de bons effets, à la dose de 0,15, 0,20; mais on fera bien d’y ajouter un peu d’opium, pour faciliter la tolérance. Dans certains cas, on pourra se contenter de donner la potion pectorale simple.

Remarquons que ces médicaments ne s’attaquent, si je puis dire, qu’à l’élément catarrhal ou subinflammatoire; que si les accidents locaux étaient très-intenses, et s’accompagnaient d’un état véritablement fébrile , on pourrait se décider à une petite saignée; mais disons-le de suite, il faut être extrêmement sobre de ce moyen qui d’une part affaiblit, et de l’autre, fournit encore à rinfiltration. Dans l’observation XIV les circonstances étaient certainement de nature à faire prescrire la saignée ; le médecin cependant qui crut un instant à l’existence d’une pneumonie, et dirigea le traitement dans ce sens, ne la prescrivit pas, parce qu’il savait bien à quels dangers il exposait sa malade.

L’élément principal, celui qui tue les malades, c’est le liquide séreux lorsqu’il s’épanche dans le péricarde, ou dans les plèvres, ou bien lorsqu’il infiltre le tissu pulmonaire lui-mème; ch bien, c’est encore aux diurétiques qu’il faut s'adresser, aux diurétiques salins surtout; à l’éther nitrique, à l’esprit de sel ammoniac anisé, etc. Quoique les symptômes locaux ne se soient guères modifiés par le carbonate d’ammoniaque, la malade de l’observation VU nous disait cependant quelle s’en trouvait bien, que sa potion était la seule chose qu’elle pût supporter; on l’a donné successivement de 0,50 à 1,25. On donnera également des boissons diurétiques, on fera sur les membres les frictions et les fomentations dont il a été question.

Lorsque les accidents se sont bien amendés, lorsque l’infiltration montre une tendance franche vers la résolution, alors on commencera

le fer seul, ou associé au quinquina, ou aux alcalins; car^ administré seul , il supprime souvent les urines. Notre malade prenait alternativement un verre de limonade ferrugineuse et un verre d’eau alcaline : elle s’en trouvait assez bien.

B. Traitement pendant les couches.

Ce serait se faire une idée bien incomplète de ce qui se passe pendant les couches, que de ne considérer que l’écoulement des lochies et rétablissement delà sécrétion laiteuse, c’est-à-dire des faits palpables qui sautent aux yeux, pour négliger ou au moins méconnaître un phénomène plus intime, mais bien plus important? N’est-ce pas en effet une véritable révolution qui s’opère dans l’organisme, alors que la nature, après avoir profondément modifié le sang de la femme pendant la grossesse, travaille à le recomposer, à lui rendre ses qualités premières? Avons-nous besoin d’insister sur la légitime surveillance que le médecin exerce continuellement sur sa malade, pour que le retour à l’ordre se fasse tel que l’a voulu la nature?

La cachexie séreuse, avons-nous vu, reconnaît pour cause une altération du sang, dépendant du fait même de la grossesse; dans les cas les plus heureux , elle se dissipe après l’accouchement « ablata causa y tollitur effectus,^^ Si donc elle persiste ou augmente, à plus forte raison si elle ne se développe que pendant les couches , c’est Un signe que l’altération du sang est très-profonde, que l’économie entière est bien affaiblie, bien malade, et que la nature par ellemême est insuffisante pour remonter l’organisme : elle réclame hautement les secours de l’art. Quelle sera donc la conduite que devra tenir le médecin pendant cette période critique?

A moins qu’il n’existe des symptômes locaux imminents, il faut éviter dans les commencements d’entreprendre un traitement énergique. D’une part, en effet, il pourrait favoriser le développement d’accidents toujours sérieux; de l’autre, il pourrait troubler, em-

pêcher, supprimer l’évacuation des lochies et la sécrétion du lait. Dùtmême la mère n’être pas dans le cas d’allaiter, les mamelles pourront toujours servir d’émonctoire à l’écoulement de la sérosité. Quant aux lochies, leur suppression serait doublement lâcheuse. Le traitement sera donc spécialement dirigé contre l’hydropisie, et ne différera guère de celui que nous avons indiqué plus haut; nous n’y reviendrons pas. Le ventre sera tenu libre, et s’il était nécessaire de donner des purgatifs, il faudra être réservé. Il arrive même que la maladie donne par elle-même lieu à des selles diarrhéiques, séreuses, mais trop abondantes, qui fatiguent et affaiblissent les malades. Les opiacés sont alors indiqués; on les donnera, soit en potion, soit en lavements; les malades se trouvent souvent bien de deux demi -lavement s amylacés et opiacés, donnés dans la journée. En même temps que l’on cherche ainsi à modérer ce flux séreux par l’intestin , il faut le rappeler vers les voies urinaires, et insister davantage sur les diurétiques, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Lorsqu’on n’a plus à craindre d’accident, lorsque l’état général est plus satisfaisant, que le pouls est devenu tout à fait apyrétique, que l’inliltration marche franchement ver s la résolnlion , alors il faut s’occuper de reconstituer le sang , en commençant par le fer ; les pilules de Vallet doivent être piéférées en général; on peut donner simultanément le quinquina : ces deux médicaments s’associent trèsbien ensemble et exeicent sur leur tolérance une influence réciproque incontestable. Les malades boiront une tisane tonique; du vin de quinquina leur sera donné dans l’intervalle; l’alimentation devra être bonne, également tonique, et on ne leur permettra de sortir, que lorsqu’elles seront complètement débarrassées de toute infiltration; il serait même bon , qu’elles pussent continuer encore pendant quelque temps les pilules ferrugineuses.

Conclasilons.

De tout ce qui précède nous croyons pouvoir tirer les conclusions suivantes :

Les causes mécaniques par lesquelles on a cherché à expliquer Tœdème des membres inlérieurs chez les femmes enceintes, et qui se résument dans la pression exercée par l’utérus sur les vaisseaux veineux et lymphatiques, sont insuffisantes pour expliquer la production de ce phénomène morbide.

2. ® On doit le regarder au contraire comme l’expression d’un fait plus général; le sang éprouvant par l’existence même de la grossesse une série de modifications, d’où résulte une diathèse séreuse.

3. ” Ce qui produit les infiltrations, ce n’est pas l’altération du sang dans sa totalité, mais la diminution d’un de ses éléments, de l albumine.

4. ® Toute cause, occasionnelle ou prédisposante, qui aura pour effet d’affaiblir la constitution, favorisera le développement de la cachexie séreuse,

5. ® Cette maladie se déclare d’ordinaire à la fin de la grossesse; mais elle peut ne se manifester qu’après- l’accouchement.

6. ° Le plus souvent elle a une marche lente; mais elle peut aussi revêtir une forme active, aigue, fébrile.

7. ® Elle présente trois degrés ; 1.® œdème local, disparaissant de lui -même avant le travail ou après les couches; 2.° leucophlegmasie générale, empêchant d’ordinaire les femmes d’arriver à tei me, provoquant souvent d’elle-même l’accouchement prématuré; 3.° épanchements internes : celui dans les plèvres et le péricarde, et l’œdème pulmonaire sont les accidents les plus fréquents et les plus redoutables.

8. ® Dans la cachexie arrivée au troisième degré, les malades sont

sous l’imminence continuelle de l’asphyxie; les accès de toux provoquent souvenl des vomissements fâcheux; l’accouchement a presque toujours lieu prématurément, et la mort arrive quelquefois avant que le travail ne soit achevé.

9. ° Dans ces circonstances, le fœtus est plus ou moins arrêté dans son développement , et son existence est gravement compromise.

10. ° Dans la forme aigue, la marche du mal est quelquefois tellement rapide, que la distinction de ses différentes périodes n’est plus possible.

11. ° Lorsque la cachexie séreuse persiste après l’accouchement; à fortiori, lorsqu’elle ne se déclare que pendant les couches; il faut être très-circonspect dans le pronostic.

12. ° Dans le traitement il faut avoir égard à deux choses, à yeffet et à la cause, D’ordinaiie on doit commencer par chercher à résoudre l’infiltration, c’est aux diurétiques qu’on s’adressera de prélérence : les diurétiques salins conviennent surtout lorsqu’il y a un élément fébr ile, ou quelques vSymptômes locaux dominants, cependant, pas assez intenses, pour nécessiter un traitement spécial : il faut éviter les remèdes énergiques, qui provoquent des vomissements ou de l’irritation vers le tube digestif. La saignée ne trouve son application que dans des cas exceptionnels. Une fois maître du mal, il faut reconstituer le sang: le 1er, le quinquina, un régime tonique seront la base du traitement.

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