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III. Quelques mots encore sur ce sujet, et je termine

Le libre-Uchang^y de même que le libre travail^ la librt concurrence et une foule d'autres choses qu'il est de mode aujourd'hui, dans un certain monde, de qualifier libres^ peut se prendre en deux sens fort différents. Ou bien il s'agit, en effet, d'une liberté de commerce entourée de toutes les garanties de sincérité, de mutualité et d'égalité que réclame le droit économique et dont nous avons parlé précédemment dans la deuxième partie de ce travail; dans ce cas, il est clair que la liberté des échanges ainsi pratiquée ne peut être loyale, utile, féconde, absolument irréprochable; il est à peine besoin d'ajouter que nous sommes au plus haut degré libre échangiste. Ou bien l'on n'entend parler, avec les écomistes de l'école anglaise, que de l'échange fait ad libitum^ en toute licence, en dehors de toute réserve de droit, de mutualité, égalité et sûreté : dans ce cas, il n'est pas moins évident qu'un pareil trafic, trafic de surprise , anarchique et plein de mauvaise foi, n'est qu'un leurre grossier, que tout économiste honnête homme et soucieux des intérêts de son pays repoussera avec indignation. Cette manière d'entendre le libre échange est celle que nous repoussons et combattons de toutes nos forces ; nous en avont dit en partie les raisons, que nous allons rappeler en quelques lignes.

Les effets du commerce ad libitum ou commerce anarchique, destitué de toutes garanties , doivent étudiés à deux points de vue différents : 1*^ suivant que les marchandises échangées par les deux nations seront en quantités respectivement inégales et que l'une ayant plus livré que reçu, plus exporté qu'importé devra recevoir de l'autre un solde en

espèces; ou bien 2*», suivant que les quantités échangées ayant été les mêmes, la balance sera en équilibre et qu'il n*y aura de solde à acquitter par personne.

Le premier de ces deux cas, celui de l'inégalité des livraisons donnant lieu à un solde en espèces, est le seul dont on se soit occupé jusqu'à présent, ainsi qu'on a pu en juger d'après la dernière discussion du Corps législatif. Tout le monde, adversaires et partisans du Traité de commerce, représentants et ministreç, hommes du Pouvoir et de l'Fxole, ont parfaitement compris ce qu'aurait de grave pour les intérêts français le fait d'une balance constamment défavorable. Crise financière et^ monétaire, achat de métaux précieux, hypothèques prises par l'étranger sur le territoire national sont les moindres conséquences qui devaient en résulter. Aussi en présence des faits alarmants dénoncés par M. Pouyer-Quertier, le mensonge libre échangiste n'a pu tenir. Tous les sophismes ont été oubliés ; et l'on n'a eu de repos que lorsque, sur la foi des statistiques officielles, on a cru pouvoir dire au pays : Rassurez-vous ; nous avons à recevoir cette année même un solde de 255 millions enespèces!... Ni la prudence du pouvoir ni la critique bourgeoise ne sont jamais allées au delà.

Tout n'est pas dit cependant parce que l'encaisse de nos banques aura été préservé, voire augmenté, et de ce que, des deux côtés du détroit, la masse des échangistes n'aurait rien perdu ou même aurait fait des bénéfices, il ne s'ensuivrait point que la situation du pays ne serait pas devenue pire.

Qui dit LIBRE ÉCHANGE, au sens où ce mot est employé par l'école anarchique, dit naturellement et dans le même sens libre concurrence ; ces deux expressions peuvent être considérées comme synonymes. Ce n'est pas tout : au libre échange et à la libre concurrence viennent s'ajouter, par la loi des analogies et la force des conséquences, et toujours d'après la même définition négative de la liberté, la libre industrie, le libre crédit^ la culture libre^ la propriété libre^ Ytypothèque libre, etc. Toutes ces catégories de la liberté

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peuvent se résumer en une formule unique, qui sera V économie politique libre, c'est-à-dire anlijuridique, antimutuelliste, antisociale.

Nous connaissons les effets bons et mauvais de la libre concurrence pratiquée de peuple à peuple, sur là plus vaste échelle ; nous avons vu, et Thistoire de chaque jour témoigne, qu'elle se manifeste par des différences, ce qui veut dire des soldes de 200 à 300 millions, des emprunts proportionnés, des cessions de territoire, traînant à leur suite Tinféodatlon, Texhérédatioiî, la dénationalisation. En France, pourne point sortir de notre pays, la haute banque est tenue principalement par des étrangers : Anglais, Hollandais, Belges, Allemands, Suisses, Israélites, etc.; le meilleur de nos propriétés en Touraine, Bourgogne , Bordelais , etc. ; nos crûs les plus précieux ont passé également entre les mains d'étrangers. Le peuple français, classe ouvrière et classe moyenne, ne sera bientôt plus chez lui que fermier et salarié.

Et en effet, de même que le libre échange Ou la libre concurrence implique comme corollaires la libre industrie, le libre crédit, le libre agiotage, la libre coalition, la libre propriété ; pareillement le grand commerce et la grande concurrence, organisée par le libre échange international, entraînent la grande industrie, la grande banque^ les grandes compagnies t les gros intérêts ^ la grande spéculation, la grande culture, la grande propriété : ce que vous pouvez résumer par celte formule : la féodalité capitaliste-indus-

TRIELLE-MERCANTILE-PROPRIÉTAIRE libre.

Quelques chiffres, un simple calcul va vous donner le secret de cette effrayante transformation, tant de fois dénoncée depuis vingt-cinq ans.

Dans quelles conditions un pays peut-il nourrir le plus grand nombre d'habitants, en ménageant à tous la plus grande somme de bien-être possible ? Le savez-vous, braves salariés, qui ne posséderez jamais un pouce de terre et qui battez des mains aux mots de libre échange conune à celui de nationalité? Y avez-vous seulement réfléchi?

La réponse est aisée, et rien que sur son énoncé, vous ne

DES CLASSES OUVBlÈHBS 3ll

douterez pas de âà cercitude : c'est quand tout le inonde est propriétaire que les fortunes sont les plus égales et que cha^ cun travaille.

Je ne crois pas qu'un seul économiste, pas même un aristocrate, mette en doute la vérité de cette proposition. Suivez maintenant mon raisonnement.

La France actuelle compte environ 54 millions d'hectares de superficie.

Sur ces 54 millions d'hectares, il existe approxinjativement î

Terres labourables. * i . ^ .• « .< ....<......• . 27,000,000 liet;t.

Vignes et potagers* ..«..« ^ «. « « 3,777,000

t*rés : 4,834,000

Cultures diverses 4,000,000

Landes, pâturages, bruyères 7,800,000

Bols^ forêts..* *..*.i.......i... 8,500*000

Hivières, lacs^ ruisseaux, étangs, canaux, etc. 313,800

Une famille de paysans propriétaires, cultivant de leurs propres mains, et composée en moyenne de quatre à cinq personnes, peut vivre à l'aise sur une propriété ainsi composéee :

Terres arables ..é.....^... 3 hect. «ares

Vigaes et jardins. è . . 4 i 30

Prés >. 54

Cultures diverses » i2

Part de jouissance dans les eaux et forêts^

landes, bruyères, rtc...* » 96

Ensemble 4 hect. 92 ares

En deux taots, une famille de paysans, composée de quatre à cinq personnes, vivra à l'aise sur un patrimoine d'environ 5 hectares de superficie. Elle trouvera dans cette exploitation, outre lai contribution à payer à l'État, un supplément de denrées qui lui servira les produits industriels, draps, linges, taillanderies, mobilier, poterie, fetd., dont se compose le ménage agricole : ce que nous évaluerons avec l*impôt au tiers de la consommation.

D*aprè8 cela, nous trouvons que la population de la France, sous ce régime de petite propriété et de travail universel, pourrait être de 9 millions de familles agricoles, viticoles, etc., donnant ensemble /iO millions d'habitants; plus un tiers de ce nombre pour la population industrielle, les fonctionnaires, l'armée, etc., 13,500,000 ; en tout 53,500,000 personnes pour la France entière. Beaucoup de gens prétendent que la France en nourrirait le double.

Or de combien s'en faut-il que la population actuelle de l'empire atteigne à ce chiffre? — 16 millions à peu près.

Quelle est la cause de ce déficit? — La cause, je l'ai dite tout à l'heure : c'est que les propriétaires sont en minorité, que les fortunes sont très-inégales et que trop de gens ne travaillent point ou se livrent à un travail improductif. La cause, c'est la grande concurrence^ la grande industrie^ la grande banque^ les grandes compagnies, la grande spéculation^ la grande propriiti, en un mot la féodalité capitaliste, mercantile, industrielle et propriétaire, à laquelle nous laissons toute liberté de se développer aux dépens des classes moyenne et travailleuse, et qui dans ce moment travaille à se généraliser par toute l'Europe et sur la face du globe, par le libre échange.

Nous avons vu tout à l'heure que, pour faire vivre à Taise une famille de paysans de quatre à cinq personnes, et lui procurer en outre de quoi payer avec l'impôt les divers produits de l'industrie que réclame son bien-être, il suffisait de 3 hectares de terre labourabld, 30 ares de vigne, 50 de pré, etc., en tout près de 5 hectares. — Cette superficie territoriale, partie cultivable, partie non cultivable et abandonnée au domaine public, est loin de suffire à une famille vivant de fermages et qui par conséquent ne travaille pas. Dans mon pays, qui n'est peut-être pas des meilleurs, mais qui n'est pas non plus des pires, la rente foncière, nette, est d'environ 50 fr. par hectare de terre labourable : en sorte que pour fournir à une famille de petits bourgeois campagnards un revenu de 5,000 fr., il ne faut moins de 100 hectares de terre, non compris les accessoires obligés en

prés, broussailles, pâtis, etc. ; trente fois ce qui suffit à une famille de paysans travailleurs!... Pesez ceci, démocrates qui admirez le libre échange : la propriéfé nécessaire à une famille bourgeoise, vivant modestement, mais seulement de ses rentes, est à celle qu'exige le paysan travailleur, comme 30 est à 1 . Le reste est à Tavenant.

La surface des propriétés bâties, servant à loger la nation tout entière, était évaluée, il y a douze ans, à 241,842 hectares; soit, en supposant le nombre des familles de 10 millions, 241 mètres cadrés par famille, évaluation beaucoup trop faible, puisque, dans les villes surtout, nombre de maisons sont à plusieurs étages. Une maison de 241 mètres de superficie est une grande maison de paysan, et s'il y a un étage, elle peut passer pour un castel. Or, que de familles, dans les villes susdites, occupent moins de 40 mètres carrés!

Ce n*est pas tout : il faut au grand propriétaire des avenues, des parcs, cours, basses-cours, terrains, allées, du terrain mort : là surtout éclate la magnificence. Tel particulier dépense plus à cette extermination du sol que tout un canton pour ses chemins vicinaux.

D'après quelques statistiques , on peut évaluer la quantité de viande de boucherie, charcuterie, volaille, poisson et gibier consommée en France à 900 millions de kilogrammes, soit, par personne et par an, 22 kil. 5 ou mieux encore 62 grammes (deux onces) par tête et par jour. Les prix varient^ selon les qualités et le choix des morceaux de 1 fr. 20 à 3 fr. 60 le kilogramme pour le bœuf; 90 cent, à 2 fr. 20 pour le monton et le veau; 1 fr. 40 à 1 fr. 60 le porc. En suppo'sant que, dans un régime de garantie mutuelle et d'égalité, la production de la viande ne fût pas plus considérable, ces 62 gr., soit demi-livre par famille et par jour, seraient mieux que rien : il y aurait juste de quoi graisser leur soupe et frotter leur pain. Mais ce n'est pas ainsi que les choses se passent. Chez nous, comme en Angleterre, en Flandre, en Hollande, ceux qui peuvent payer la viande en mangent de fortes quantités, en sorte que, si Ton peut porter à 12 mil-

DE LA OAPAOITé POLITIQUB

lions le nombre de ceut qui participent h la consommation) il y a 25 millions d*âmes qui s*en abstiennent.

On calcule qu'il se récolte en France, bon an, mal an, 38 millions d'hectolitres de vin. Sur ce nombre 5 à 6 millions sont convertis en eau-de-vie et autant peut-être livrés à l'exportation. Restent 20 millions d'hectolitres pour la consommation quotidienne, soit 50 litres par tète et par an. Tout individu qui boit plus d'un canon de vin par jour oblige on autre individu à s'en abstenir.

Voici à peu près de quoi se Compose la nourriture quotidienne de l'ouvrier à Paris :

Pain, 780 gramtnel.*.

Potage

Viaude et légumes....

Vin, un quart de litre. Café

ToUl

» fr.

1 fr.

Faisons maintenant la carte, non pas du millionnaire, mais simplement de Thomme aisé et modeste :

Déjeuner : taré, cAtelette ou beéfteack

Dîner : pain *

Viande, poisson, yolaille* .««... é <....«

Potage...; ..* ^..,.

Légumes ou salade

Dessert

Vin

Café, liqueurs «

fi*. 50 c.

Total.

6 fr. 75 c.

Rien de plus aisé, comme l'on voit, à un homme ordinalî-e que de consommer, sans fatigue, autant que cinq autres : la question est qu'il puisse payer. Mais il ne s'agit pas en ce moment de cela. Existe-t-il un rapport économique entre cette inégalité de jouissance et le libre-échange? A quoi je réplique que personne ne conservera à cet égard le moindre doute, pour peu qu'il réfléchisse à ce qui vient d'être dit dans

DBS clàssbs ouybiâbes 315

les pages qui précèdenti et que nous allons résumer en quel* ques mois :

Dans une société démocratisée, où la propriété foncière a élé rendue divisible et aliénable ; où le partage dans les successions est égal ; où le paysan qui cullive paye la terre à plus haut prix que le rentier, qui Tafferme à 2 pour 100, où, enfin, par l'égalité du droit civil et politique, il y a tendance énergique au nivellement, il ne reste qu'un moyen de conserver le parasitisme et l'inégalité des jouissances, c'est de combiner ensemble : 1® la centralisation; 2° V impôt (V. plus haut, ch. P'); 3^ la dette publiqm {ibid); 4° les grands mo^ nopoles (compagnies financières, de chemins de fer, de mines, de gaz, notaires, agents de change, etc.); 5' Yimolidaritéow anarchie iconomiqiie; 6® la liberté des usures; 1^ le libreéchange.

En résultat, pour faire vivre, je ne dis pa§ magnifiquement, mais confortablement 250,000 familles, soit un million de personnes sur un effectif de 40 millions, il faudra, à raison de lOjOOO francs en moyenne par famille, prélever sur la consommation du pays 2 milliards 500 millions; — la rente foncière ne* suffisant pas, puisqu'elle ne donne guère plus de 50 francs net par hectare, il faudra organiser une vaste féodalité mercantile et industrielle; créer une -foule d'emplois publics, des sinécures; — il faudra diminuer la production des céréales afin d'augmenter d'autant celle des avoines et fourrages, c'est-à-dire de la viande, puisque la quantité produite, en toute nature, ne suffira pour en donner au demi-quart des habitants ; il faudra reconstituer de grandes propriétés, des domaines somptueux, où le luxe ait de l'espace et s'étende à Taise; il faudra, en un mot, réduire la population, attendu qu'il y en aura toujours trop, ainsi qu'il est aisé de s'en convaincre.

Le libre-échange est le grand ressort de cette machine. Par lui, la concurrence anarchlque est élevée, dans tous les pays échangistes, à sa plus haute puissance; le petit commerce, la petite fabrique, sont écrasés; la petite culture est dans une certaine mesure atteinte ; la classe moyenne anéan-

tie, la plèbe ouvrière domptée; tout cela d'autant plus sûrement, que le dernier et le plus rude coup partant du dehors, semble Teffet du destin et ne laisse aucune place à la plainte; et que, grâce au prestige de ce mot liberté^ si étrangement prostitué, on a rendu les travailleurs, euxmêmes complices de leur propre infortune (V. au chapitre suivant).

Ainsi la fatalité des choses conduit les sociétés européennes à une sorte de pacte tacite qui, s'il n'y est mis ordre par la perspicacité de Topinion publique et la vigilance des Gouvernements, pourra quelque jour se formuler en ces termes :

i. Une coalition est formée eutre les grands propriétaires, grands capitalistes, grands industriels, grands fonctionnaires, grands exploitât eurs, entrepreneurs, armateurs et agioteurs des TEurope et du globe, centre la multitude associée, en garantie des petits propriétaires, petits capitalistes, petits industriels, commerçants, \oituriers, laboureurs, et généralement contre tous ouvriers, journaliers, manouvriers, employés ou salariés, tendant, par Tégalité politique et civile, là droit économique et le contrat de mutualité, au nivellement des conditions et fortunes, et cooséquemmeot à la défaite des susdits grands propriétaires, grands capitalistes, etc.

2. L'association des petits propriétaires, petits capitalistes, etc., ayant pour principe et moyen d*act>on leur protection et garantie mutuelle, la coalition des grands capitaux, grandes industries, grandes propriétés adopte le principe contraire, Tinsolidarité ou libre-écbauge.

3. En vertu de ce principe, le prix des marchandises de toute nature est fixé par les coalisés provisoirement k un taux qui permettra de faire cesser le plus promptement possible la concur/ence des associés garantistes, et d'amener de leurs industries et propriétés dans les grandes.

4. Du môme coup, la spécialité industrielle-agricole se ûéterminera dVlle-méme en chaque région et se fixera d*un commun accord sur le genre de production oîi elle excellera. — Les terres de qualité inférieure seront replantées en forêts, prairies naturelles, ou livrées à la vaine pâture. La coalition regarde comme un devoir pour elle d'arrêter Texor- * bitance de population par une forte organisation des grands capitaux, grandes indusU*les, grandes propriétés et du libre-échange.

5. Après la victoire de la coalition, il sera procédé à une constitation économique et définitive de la société, sur les bases d'une hiérarchie nouvelle, oui fixera à jamais les droits, rapports et obligations de tous, ainsi que les prix des produits et services, appointements, revenus et dividendes^ et mettra un terme aux révolutions.

Quand je donne au libre-échange ce nom de coalition, il est entendu que je n'accuse pas de complot les hommes du Pouvoir et les représentants de Faristocratie capitaliste, mercantile et industrielle; personne, ni dans la bourgeoisie haute et moyenne, ni dans le Gouvernement , ni même dans l'école, n'a jamais suivi jusqu'au bout les conséquences du libre-échange : l'intelligence des intéressés, nous l'avons vu par les discours prononcés au Corps législatif, n'est jamais allée au delà de ce que l'on a appelé balance du commercé. Ce que j'ai voulu dénoncer, c'est la connexité des faits écomiques, de laquelle natt dans le Gouvernement et dans l'aristocratie une sorte de logique ou instinct qui les fait aller à leur but avec une certitude qui ressemble à dé la préméditation. Mais, je le répète, le savoir économique de tout ce monde est loin d'atteindre à cette profondeur, et s'il est un Irait qui caractérise aujourd'hui les classes élevées, c'est, ainsi que je l'ai fait voir ailleurs (II* partie, ch. ix), l'absence totale de principes, ou, pour mieux dire, l'inintelligence absolue des idées qui les font mouvoir, et le parti pris d'une existence au jour le jour.

Un dernier mot à présent sur la conduite qu'avaient à tenir, lors des dernières élections, à propos du traité de commerce, les démocrates adversaires du libre-échange.

D'après la Constitution de 1852 et la plupart de celles qui l'ont précédée, le Chef de l'État fait les traités de commerce. La Constitution de 1848 avait eu soin de le répéter en propres termes. Napoléon III, en signant celui de 1860, n'avait donc fait qu'user de sa prérogative. Aussi M. Pouyer-Quertier, tout en critiquant le traité, ne s'est-il pas permis d'en demander la résiliation; il s'est borné à d'humbles remontrances, suppliant qu'on s'arrêtât dans cette voie s'il en était temps encore.

Mais nous, démocrates mutuellistes, qu'eussions-nous pu dire? Sans doute que parmi les nôtres il en est plus d'un qui eût aimé à voir nos idées, si radicales, si nettes, se produire en pleine tribune ; Que le traité violait la loi de garantie, fondamentale, selon nous, en démocratie et en économie pu^

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blique; que le gouvernement, en interprétant, comme il l'avait fait, la prérogative impériale, avait méconnu le sens de la Constitution ; que c'est à la nation elle-même, convoquée dans ses conseils généraux, ses chambres de commerce, ses comices, à déterminer, d'accord avec le prince, les conditions de ses échanges avec l'étranger; mais qu'on ne saurait, depuis 89, reconnattre dans le chef de TÉtat une sorte d'omnipotence sur le commerce, l'industrie, la propriété, les valeurs, les salaires; enfin, que la conduite du pouvoir était contradictoire, puisque, après avoir proclamé le principe du libre-échange pour faire le traité de commerce, il s'efforçait de justifier le susdit traité par des arguments empruntés au système de la protection; en conséquence, que l'on demandait l'abrogation du traité.

Mais remarquez qu'une pareille déclaration de principes, en supposant qu'elle n'eût pas été arrêtée dès le début comme offensante, n'aurait pas échappé à un ordre du jour, qui l'eût déclarée incompatible avec le système économicopolitique établi. Ne voyez-vous pas, en effet, que tout est ici d'accord et marche d'ensemble : la centralisation et l'anarchie économique; les gros budgets et les gros monopoles; la dette publique et la dette hypothécaire; la liberté des Usures et le libre-échange?... Son discours prononcé, le représentant de la démocratie mutuelliste n'avait plus qu'à donner sa démission; était-ce la peine de poser sa candidature et de prêter serment?...

Post-scriptum, — Il est inutile, ce mie semble, d'insister davantage et d'expliquer par le menu comment, avec le principe de mutualité, la Démocratie ouvrière entend résoudre le problème du commerce international, si mal à propos nommé du libre-échange. Il est évident que là où la prime d'assurance serait réduite à 1/2 ou 1/4 pour 100; où les transports par eau s'effectueraient à \/2 centime par tonne et kilomètre, ceux par fer à un et deux centimes au plus; — où les effets de commerce s'escompteraient à 1/2 ou 1/4 pour 100; où le crédit agricole et industriel, organisé sur d'autres principes,

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consisterait surtout en fournitures vendues à long terme, non en numéraire, ce qui équivaudrait à des prêts à 2 pour 100 ; — où la dette publique et la dette hypothécaire actuelle seraient éteintes; où l'impôt serait diminué de moitié et même des deux tiers; où, par une organisation mieux entendue de la propriété, un territoire comme le nôtre pourrait entretenir neuf millions de familles agricoles; où l'industrie serait rendue solidaire de l'agriculture; où l'instruction publiqite serait réorganisée sur le principe du travail des enfants, de neuf à dix-huit ans; où l'association ouvrière aurait posé ses larges fondements; ou la centralisation gouvernementale enfin, aurait fait place à l'autonomie provinciale et municipale; il est évident, dis-je, que le problème serait résolu; la protection existerait, ipso facto, dans les conditions les moins onéreuses, les plus libérales et les plus efficaces; la douane serait inutile et pourrait être partout abolie ; et chaque nation maltresse chez soi, sûre d'elle-même, n'aurait rien à craindre ni de la concurrence ni de l'hypothèque étrangère.

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