OBSERVATION X
Néoplasme de l’épiploon hernié. — Le Dentu ( Gazette des Hôpitaux, 1889, p. 797).
Alfred S..., 64 ans, ciseleur, entre à l’hôpital Saint-Louis, salle Cloquct, le 12 février 1889. C’est un homme amaigri et cachectique. Sa mère est morte d’une maladie de cœur ; il a perdu un frère et une sœur de la poitrine. Lui-même a eu une fièvre typhoïde à 17 ans, puis à deux reprises (25 et 27 ans) une « fluxion de poitrine » ; depuis, il tousse tous les hivers.
L’an dernier, en juin 1888, il fut opéré, par M. Le Dentu, d'un sarcome des fosses nasales ; il était déjà pâle et affaibli et, depuis deux ans, il sentait ses forces décliner de jour en jour;
mais, nulle part, l’examen clinique ne fit alors découvrir de néoplasme herniaire.
L'opération n’améliore que pour un temps assez court sa santé générale. Six mois plus tard, il était pris d’une diarrhée presque continuelle et qui 11e s’arrêtait que pour faire place à une constipation opiniâtre. Le ventre était sensible et des crises douloureuses survenaient de temps en temps.
Les accidents herniaires proprement dits datent de 8 jours. Une nuit le malade est réveillé par des tiraillements douloureux dans l’aine gauche. Il y porte la main et y trouve une tumeur grosse comme un œuf, arrondie, assez dure, qui venait de paraître. U11 médecin appelé ordonne le repos au lit et des cataplasmes. La hernie était encore réductible en totalité; il y avait de la diarrhée.
Mais les douleurs deviennent plus aiguës ; depuis deux jours, Y irréductibilité était complète ; les selles étaient suspendues, mais les émissions gazeuses continuaient à se faire ; quelques vomissements, sans caractère fécaloïde. Ce fut alors que le malade entra dans les salles de M. Le Dentu. La tumeur herniaire était peu tendue et comme fluctuante ; on pensa à une épiploïte simple avec pincement latéral dans l'intestin.
La kélotomie fut pratiquée le 12 février.
Le sac ouvert, il s’écoule un liquide séro-sanguin, louche, d'une odeur fécaloïde très accusée ; une masse épiploïque rougeâtre, épaissie, noueuse, le remplit et adhère à sa face interne. Cet épiploon est criblé de noyaux néoplasiques , dont la grosseur varie d’un pois à une amande, noyaux durs, finement bosselés, blanchâtres à la coupe, qui s’accolent et forment masse entre les plis recroquevillés de la séreuse. D'intestin, on 11’en peut découvrir trace.
L’épiploon cancéreux est lié et réséqué ; la masse se prolonge dans la fosse iliaque; on draine et on suture.
Le lendemain , le pansement est imprégné de pus ; et le second jour ce sont des matières stercorales qu’on trouve épanchées au-dessous de lui; on enlève les sutures, un anus artificiel s’établit.
Mais l’état général avait empiré chaque jour et le malade, agonisant, fut emmené par sa famille.