‹ De la carcinose herniaireChapitre 14 sur 22 · OBSERVATION XI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XI

Homme de 33 ans, typographe. Il portait depuis l’enfance une hernie inguinale droite.

Une première fois, le 25 février 1885, il était entré à la clinique de Necker pour des accidents (V étranglement . Le docteur Routier n’avait pu réduire quen partie la masse herniée, mais l’intervention avait suffi pour faire cesser la constipation et les vomissements.

Le 13 mars, le malade quittait l’hôpital avec une hernie toujours partiellement irréductible; ii ne portait pas de bandage.

Il y a huit jours, dans la nuit, la hernie sortit plus grosse et douloureuse ; mais, sous une légère compression, elle se réduisit au bout de quelques heures, ou plutôt, elle revint à son volume primitif.

Le 2 mars, dans l’après-midi, sans effort, elle sort de nouveau ; dans la soirée, les vomissements commencent pour durer toute la nuit. Ce matin, le malade entre dans nos salles et voici ce que l’on constate :

(1) Lejars. — Gazette des Hôpitaux 1889, p. 801.

La région inguino-scrotale droite est occupée par une tumeur allongée qui se soulève en trois bosselures ; l’une tout

inférieure, arrondie et rénitente, d’une sensibilité spéciale à la pression : c’est le testicule ; l'autre plus grosse, séparée de la première par un sillon circulaire très net ; la troisième, la plus développée, se dessinant sous forme de relief aplati audessus du pli de l’aine. Toutes trois sont mates, aucune n’est transparente.

Selles et gaz étaient interrompus depuis la veille ; pas de vomissements ; pouls plein et fréquent, faciès coloré. On pratique une séance de taxis sous le chloroforme, d’environ un quart d’heure sans résultat.

Le lendemain, la hernie était moins, tendue. M. Le Fort fit encore une courte tentative de taxis. Dans la journée, le malade vomit environ 2 litres d'un liquide un peu trouble, mais sans odeur, sans caractère fécaloïde. La douleur seule était vive à la moindre pression.

Le jour suivant, une nouvelle séance de taxis fut instituée ; sous la pression, la bosselure moyenne céda et le testicule devint très net, en bas ; mais le relief inguinal persistait, même sous le chloroforme ; il devenait au contraire plus tendu.

M. Le Fort fit alors une ponction aspiratrice dans cette tumeur que rien ne pouvait refouler définitivement ; il retira 100 grammes d’un liquide bien fluide, sans odeur, rougeâtre ; la pointe de la canule était libre dans une cavité close, au fond de laquelle on la sentait buter contre un corps dur.

Le malade eut une émission gazeuse dans la nuit et le lendemain une première selle. Dès lors, le cours des matières se

rétablit peu à peu et l’amélioration s’accusa de jour en jour ;

mais il restait au pli de l’aine une masse arrondie, du volume d’un œuf, mollasse à la pression, irréductible.

Quinze jours après, le 20 mai, on décida une nouvelle intervention définitive.

Le malade endormi par le chloroforme, M. Fort fait sur la tumeur inguinale une incision parallèle à son gand axe, celle de la kélotomie. Il coupe sur la sonde cannelée une série de feuillets celluleux, il ponctionne avec la pointe du bistouri. Du liquide s’écoule en quantité, séreux. Le sac est alors largement ouvert ; sa face interne, son collet sont explorés avec soin ; nulle part on 11e trouve d’intestin ou d’épiploon.

On revient à la face externe du sac ; lentement, à petits coups, on la décortique jusqu’au niveau de l’anneau inguinal externe ; là on tombe sur une petite masse arrondie, mollasse. La dissection remonte plus haut ; la paroi antérieure du canal inguinal est sectionnée et, suivant toujours la continuité du sac, on découvre sa portion intra inguinale, celle qu’011 avait toujours sentie irréduite, bosselée, grisâtre, indurée. L’isolement en est laborieux ; il se fait au doigt et au bistouri; tout-à-coup, de l’angle supérieur de la plaie, s’échappe un flot de liquide intestinal. On prolonge largement l’incision abdominale vers l’ombilic ; un fil passé dans le mésentère maintient l’anse déchirée. Enfin on arrive à enlever tout entière la masse néoplasique adhérente à l’intestin ; mais il avait fallu en réséquer une longueur de 8 centimètres environ. Les deux bouts sont rapprochés, réunis par leur bord mésentérique, suturés à la peau par le reste de leur circonférence, anus contre nature.

Les suites de l’opération furent d’abord presque rassurantes; l’anus artificiel fonctionnait bien, il n’y avait pas de douleurs, pas de vomissements. Mais la température restait haute,

39 degrés. Celte fièvre persista et s’accrut, et sans, accidents bruyants, le malade succombait à la péritonite.

L’autopsie 11e révéla que des lésions banales de péritonite aiguë ; il 11’y .avait nulle part trace d'une autre humeur.

L’examen de la pièce enlevée, bien que les difficultés de l’opération l’eussent un peu défigurée, était d’un tout autre intérêt :

C’était une plaque épaisse de 1 centimètre à 1 centimètre et demi, semée de noyaux arrondis et durs, qui occupait la paroi du sac herniaire dans la plus grande partie de son évasement intra

inguinal et, plus liant, vers le collet profond, se continuait vers Vanse herniée et sur son mésentère. Il y avait une adhérence

intime , une fusion véritable, à ce niveau, du sac, du mésentère et de l’intestin; le tube intestinal, libre encore dans le reste de sa circonférence, se confondait, par Tune de ses parois, dans le bloc néoplasique et son mésentère n’était plus qu’une lame épaisse et rigide. Les lésions étaient circonscrites à la partie herniée.

Le néoplasme était blanchâtre et sec, à la coupe. L’examen histologique pratiqué par notre collègue et ami M. Leroy aide préparateur d’histologie à la Faculté, permit de conclure à un fibro-sarcome .

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