OBSERVATION III
nernie ombilicale. Etranglement interne produit par un rétrécissement squirrheux (le l’intestin grêle. Réduction de la hernie ;
persistance des accidents d’étranglement ; mort ; autopsie.
Dupuytren {Lancette française, 1834, p. 274).
Elisabeth F..., âgée de 52 ans, d'une forte constitution, d’un tempérament lympliatico-sanguin, portait depuis vingt ans une hernie ombilicale survenue à l’occasion d’efforts pendant l’accouchement. La hernie avait le volume d’un œuf de poule, n’avait jamais été maintenue par un bandage et, dans plusieurs occasions, avait fait éprouver à la malade, de graves accidents , par suite de son étranglement.
Jusqu’au 10 mai dernier, ces accidents avaient cédé à quelques moyens généraux : repos, bains, cataplasmes, sangsues, etc.
Mais, ce jour-là, vers midi, la malade fit un faux pas et,
dans les efforts qu’elle tenta pour ne pas tomber, elle entendit un craquement dans la région ombilicale et ressentit une très vive douleur à cet endroit.
Elle fut prise immédiatement d’accidents d'étranglement, tels que nausées, hoquets, vomissements bilieux, etc. Voyant que les accidents persistaient malgré l’emploi des moyens ordinaires, elle se lit transporter à l’Hôtel-Dieu, où elle fut reçue le 8 mai et couchée au lit n° 24 de la salle Saint-Jean,
L’interne de garde, qui la visita, fit quelques tentatives de réduction et les seconda de bains, d’application de sangsues, de cataplasmes émollients.
La malade, après le bain, parut soulagée.
Elle observa que, pendant qu’elle y était plongée, ses dou-* leurs avaient beaucoup diminué ; les vomissements avaient cessé et ne se renouvellent pas pendant le courant de l’aprèsmidi.
A huit heures du soir, le même jour, de nouveaux accidents se manifestèrent. Comme cette malade n’avait rendu par le bas ni matières fécales, ni gaz stercoraux depuis l’apparition des premiers symptômes, on sollicita les selles par quelques demi-lavements et elle passa une nuit assez tranquille.
Le lendemain, à la visite du matin, la hernie s’enflamma, devint douloureuse et les coliques augmentèrent d’intensité. On prescrivit un bain, une nouvelle application de sangsues, et on attendit l’effet de ces moyens.
Le deuxième jour, à la visite, la malade était dans l’état suivant : sueur froide, œil brillant, pommettes colorées, visage crispé, exprimant la souffrance ; pouls faible, lent ; ventre peu tendu, mais douloureux vers la région ombilicale.
La tumeur herniaire était élastique, sans changement de
couleur à la peau ; si on faisait quelques tentatives de réduction, elle rentrait en partie , mais, les cessait-on, elle reprenait son premier volume.
Dans le courant du troisième jour, elle parut rentrer, quelques matières stercorales furent rendues par l’anus. Cette légère amélioration fit espérer un instant que la malade échapperait à de nouveaux accidents. Il n’en a pas été ainsi et, le soir du quatrième jour, les accidents ont augmenté et la malade a succombé.
Le professeur a voulu, pour l’instruction de ses élèves, que l’autopsie fût faite à la clinique.
Une incision circulaire a permis de soulever les parois de l’abdomen et de reconnaître la nature du mal auquel la malade avait succombé.
Il n’existait pas de pus, pas d’épanchement de matières stercorales. La portion d’intestin grêle qui formait la hernie et qui était cachée en quelque sorte dans l’épaisseur graisseuse des parois abdominales était d’un rouge brun dans l’étendue de 2 pouces 1/2, mais non gangrenée. M. Dupuytren paraissait regretter de n’avoir pas pratiqué l’opération lorsque l’interne des autopsies, M. Teissier, en examinant le bout inférieur de l’intestin, trouva la cause sans cesse renaissante de la hernie»
U existait en effet, au-dessous de cette portion de l’intestin, qui était rouge, ecchymosée dans plusieurs points et livide, il existait un épaississement comme squirrheux des membranes, épaississement qui était parvenu au point d'apporter obstacle au cours des matières fécales. On a pu se rendre compte alors de la cause des accidents secondaires et de la mort qui en avait été la suite funeste.
En terminant l’histoire de cette femme, on se demande si,
dans un cas semblable, et, en supposant que l’on eût connu la cause des accidents secondaires, on n’eût pas pu (ainsi que l’ont conseillé et fait Hévin et Scarpa), attirer au dehors la portion intestinale rétrécie, couper l’anse intestinale à l’endroit de la constriction et établir ainsi chez cette malade un anus contre nature, il eût été préférable dans tous les cas d’employer ce moyen incertain plutôt que d’abandonner la malade à une mort certaine.