‹ De la categorie des modesChapitre 13 sur 13 · TROISIÈME DIVISION · texte numérisé non relu

TROISIÈME DIVISION

SynOièse des Modes.

Nous avons plus haut sous la rubrique : Idée générale des divers procédés d! expression des modes indiqué par avance, avant de refaire devant le lecteur notre travail d'induction, quel serait le résultat essentiel de ce travail ; maintenant que nous avons fait et présenté celui-ci, il nous reste à montrer comment les conséquences de cette induction sont bien celles que nous avions préalablement annoncées pour qu'on pût se guider parmi le détail des faits grammaticaux recueillis ; nous pouvons vérifier ce que nous avions avancé et conclure.

n faut envisager séparément la relation de pensée à idée dominante et la relation de pensée à pensée.

a) relation de pensée subordonnée à idée.

Il fi'agit de la relation exprimée &Ei français par le pronom relatif.

Dans la plupart des langues primitives ou qui ont conservé le fades d'un état grammatical primitif, cette relation s'exprime par la simple position. C'est le procédé que nous avons appelé psychologique parce qu*il épargne l'expression dont la pensée doit fiaire seul le travail. Ce système domine dans les langues isolantes de l'Extrême Orient, dans i^Ues de fOcéanie, de l'AMque et de l'Amérique. Quelquefois cependant on tourne par le participe, mais il fe/ut que d^abord la langue ait possédé 4^ mode.

Puis vient Texpression par le pronom démonstratif ou personnel. C'est Yapparitkm du mot vide. Mais avec lui il y a deuœ propositions qui ne sont pas morphologiquement subordonnées. On voit paraître ce système en Chinois, on en retrouve des tracés en grec où oç dérive de o.

La transition entre ce procédé et le précédent est bien simpte. Cette proposition : Primtis qui nia donné ce livre est mort,. se tourne d'abord ainsi : Prim,us m'a donné oe livre, il est-mxyrt^ puis ainsi : Primies il m'a donné ce livre est mort (c'est encore la règle de position, mais celle déposition d! enclave, substituée à celle de position de séquence), puis ainsi : Primits il m'a donné ce livre est mort.

Un pas de plus a lieu alors, on réunit les deux propositions par une conjonction. En hébreu on dit : Pierre que fai reçu le livre de lui est mort; même accord entre la conjonction et son antécédent..

Enfin nait le pronom relatif véritable, et il emprunte sa forme d'abord au pronom démonstratif modifié : ien grec «x; dérivé de 0, puis au pronom interrogatif modifié : en latin qui dérivé de quis ; c'est ainsi tantôt l'allongement, tantôt l'abréviation qui modifie.

Comment a-t-on pu emprunter Yinterrogatif pour exprimer le relatif? C'est que Yinterrogatif b. d*abord passé i^bt Vindéter* miné : quis signifie d'abord qui, puis quelqu'un, puis modifie lequel. L'homme quelqu'un vient exprime bien : L'iiomme qui vient.

Ce n'est pas tout. Tout à fait exceptionnellement de l'expression morphologique on passe à l'expression phonétique, c'est-àdire par modification d'un des sons, et cela dans trois langues : le celtique, lepongouéet l'algonquin. C'est que l'indice de la relation a fini par pénétrer dans le verbe, par devenir infiœe de préfixe ou suffixe qu'il était, et par se fondre avec lui, de sorte qu'il simule wne modification spontanée de celui-ci. Le Basque se dirige déjà dans cette voie, il réunit, en outre, tes deux propositions en une seule, en rendant le verbe déclinabte.

b) relation de pensée à pensée.

Tout d'abord il n existe pas de phrase, il n existe que des propositions isolées les unes des autres. C'est aînsi que parlait le sauvage : c'est ainsi encore que s'exprime le paysan chez la nation la plus policée. La proposition chez lui est courte, sentencieuse ; le discours est coupé ; il parle par versets.

Ce n'est que tardivement que. le besoin de réunir deux propositions en une phrase se fait s^itir, mais tout d'abord Yinstinct morphologique est plus en retard que ï instinct psychique, on ne peut les réunir qu'en en faisant une seule proposition, on convertit l'un des verbes en substantif, c'est-à-dire qu'on le met à l'infinitif ou plutôt à l'infinitif déclinable nommé quelquefois gérondif, appellation dangereuse car elle comprend quelquefois aussi l'absolutif bien difierent. On trouve des traces de ce système dans la proposition infinitive latine. L'homme a bien alors deux pensées en liaison au point de vue psychique, mais il n'en a toujours qu'une au point de vue morphologique.

Puis la possibilité d'obtenir même morphologiquement les deux pensées, et d'établir cependant leur liaison se fait jour. La dépendance sera marquée par la place respective qu'occupera chaque proposition ; de même aussi la position indiquera qu'il y a coordination entre elles. Le dernier de ces deux cas est plus rare ; nous l'avons cependant constaté en Jagan, où on fait des verbes des deux propositions un verbe composé. Le premier est très fréquent, alors la conjonction n'est pas encore née. Quand il s'agit d'exprimer le subjonctif, le moyen est très simple, le fiitur suffira \je veux que tu viennes se tournera ainsi : je veux tu viendras ; de même : je pense il viendra == je pense qu'il viendra ; le conditionnel est plus difficile à rendre ainsi : s'il venait, je serais heureux, peut bien se tourner quand il viendra je serai heureux, mais le conditionnel passé est moins flexible ; s'il était venu j aurais été heureuxc peut cependant s'exprimer ainsi : quand il était venu je serai heureux ; le désaccord logique entre le temps exprime bien la condition.

La relation est donc exprimée par la position seule. Cependant ce moyen rûdimentaire se corrobore par l'emploi logique de certains temps. D'abord il est vrai, pour rendre : j espère quil viendra y on dit : f espère, il vient, mais bientôt on rend mieux la relation avec le second des temps et on s'exprime déjà plus clairement lorsqu'on àiij espère, il viendra. De même : f espérais quil viendrait se rend d'abord ainsi : f espérais il venait ; puis beaucoup mieux en établissant un écart entre les temps des deux verhQsf espérais il vient, ou mieux encore en augmentant ainsi cet écart : f espérais il viendra. Risquez entre ces deux verbes une conjonction, vous aurez l'étape d'évolution des langues modernes. On peut donc dire qu'après l'étape d'expression par la position seule, il y a celle à'etvpression à la fois par cette position et par T emploi de certains temps.

Ici nous touchons à un point grammatical très intéressant, celui de \à confusion primitive des temps et des modes. Cette confusion a lieu surtout entre Xoptatif et le futur. Un autre non moins curieux est celui de la confusion entre les différents modes. Ce qui est encore obscur, c'est de savoir si tel mode a précédé tel temps, ou tel temps tel mode, et aussi de savoir si tel mode a précédé tel mode ou si c'est l'inverse.

Occupons-nous d'abord de la confusion des temps et des modes. Nous avons observé cette confusion dans un foule de langues. Le futur est un temps très hystérogène ; au point de vue psychique, nous l'avons qualifié ailleurs de temps imaginaire, ce qui ferait croire qu'il est dérivé de Xoptatif D'autre côté dans d'autres langues Toptatif se grefie sur le futur. Ce qui est certain, c'est que tout d'abord chaque mode ne se multiplie point par tous les temps, qu'il faut nombrer ainsi : présent, passé, futur, impératif qX subjonctif, comme si ces deux derniers étaient aussi des temps. Cette confusion primitive ne vient-elle pas de ce qu'autrefois on a exprimé les modes seulement à la fois par la règle de position et par l'emploi dé temps appropriés ?

La confusion des divers modes entre eux à une autre cause.

Lorsqu'on voulut relier plusieurs propositions entre elles, on ne s'occupa d'abord que de cette idée simple qu'il y avait lieu de les lier, et non des diverses sortes de liaisons, des diverses nuances de relations. L'expression linguistique, et aussi le concept grammatical psychique passent successivement de

différenciations en différenciations. C'est ainsi que subjonctif optatif et conditionfiel très souvent ne font qu'un.

Bientôt la simple règle de position même aidée du choix approprié des temps ne suffit plus ; d'ailleurs dans l'ordre, des relations d'idée à idée et d'idée à pensée on arrivait à la déclinaison, c'est-à-dire à l'expression par l'emploi de mois vides, la même évolution devait se produire ici.

Quels mots vides employa-t-on, et comment les employa-t-on l

On employa d'abord comme en Chinois des adverbes ou des verbes, surtout des adverbes. Ils exprimèrent les temps, ils exprimèrent aussi les modes ; quand tu es venu, je tai vu, se tourne bien ainsi : alors tu es venu, alors je fai vu, La corrélation entre les deux adverbes est très indicative, on peut même supprimer le second ainsi : alors ta es venu, je tai vu ; alors tu viendras, je te verrai.

U adverbe ainsi placé devient bientôt une conjonction. Il se localise dans sa fonction.

Cette conjonction tantôt précède le verbe qu'il affecte, tantôt le suit. Cette différence s'explique aisément. Des deux adverbes devenus conjonctions, tantôt on n'a conservé que le premier qui se trouve avant le verbe subordonné, tantôt on n'a conservé que le second qui se trouve avant le verbe principal, mais par cela même après le verbe subordonné. Dans le premier cas ce dernier verbe acquiert une conjonction préposée, dans le second, une conjonction postposée.

Nous avons vu comment les postpositions dans la déclinaison deviennent des suffixes ; de même les conjonctions postposées I deviennent suffiœées, et alors a lieu la véritable conjugaison \ modale, celle qui se marque sur le verbe lui-même.

MaiB on ne s'arrête pas là ; de même que la déclinaison

— lOÔ —

agglutinante devient flexion, de même la suffixation de la conjonction devient une combinaison entre la conjonction et le verbe; la conjonction entre même jusqu'en la racine verbale, devient infixe, et nous avons le phénomène, dit changement, que nous avons décrit en Algonquin ; le plus souvent, comme en Sanscrit, l'indice modal reste seulement enclavé entre le théine verbal et le pronom personnel suffixe, mais là encore U s'opère une fusion, une flexion dans un certain sens.

Cependant cette expression par une flexion modale se double souvent d'un autre moy&n,\ emploi de la conjonction. Comment ce cumul a-t-il lieu. V explication en est bien simple. Nous avons vu plus haut que la relation entre les deux propositions s'est exprimée par l'emploi d'un double adverbe, l'un préposé au verbe subordonné, l'autre postposé au même ; le postposé s'est agglutiné, puis fondu dans ce verbe, et est devenu ainsi indice modal ; le préposé est restée préposé et a formé la conjonction proprement dite ; ces deux adverbes devenus prépositions avaient d'ailleurs pris de bonne heure une fonction différente, le postposé une fonction abstraite, celle d'exprimer la relation de pure dépendance, de dépendance psychique, le préposé une fonction concrète, celle d'exprimer la relation de temps et de lieu. Cette différence de fonctions explique comment la coexistence s'est perpétuée.

Cependant à un point de l'évolution cette coexistence a cessé, phénomène qui d'ailleurs est dû à un processtis purement morphologique. Les désinences verbales tant personnelles que modales se sont effacées, ne laissant que des traces encore nombreuses en français, presque nulles en anglais.' Mais la conjonction préposée non préfixée a survécu, elle s'est chargée alors du double rôle d'exprimer à la fois la relation abstraite et les relations concrètes, I love, that I love, we love, that we love.

Nous avons dbservé exactement la màne évolution dans la déclinaison, où la préposition a seule survécu, et se charge désormais seule d'exprimer à la fois les cas concrets et les cas abstraits.

Telle est révolution certaine.

Nous avons laissé en dehors des modes relatifs, Yimpératif qui mérite, en effet, une place à part.

Ce mode, un des plus anciens, a une analogie psychique à la fois et morphologique avec le vocatif dune part et Xinterjeciion de l'autre. Comme eux il résume à lui seul une proposition. I^ous avons ailleurs fait ressortir cette ressemblance. Morphologiquement tous les trois s'expriment par la rame ^wre. L'impératif, outre ce moyen, en emploie quelques autres ; on peut signaler Yeœpression accentueïle, tantôt comme en grec il recule T accent le plus loin possible, tantôt au contraire, le verbe à l'impératif devient oxyton. Un autre mode original d'expression consiste dans une modification formelle des pro^ noms suffixes à la racine dans l'impératif, ils diffèrent de ceux employés à l'indicatif..

Les personnes de l'impératif . autres que la 2® ne font pas partie de l'impératif proprement dit ; aussi emportent-elles le plus souvent la forme d'un autre mode, du subjonctif ou de l'optatif. Souvent cette forme atteint ensuite par analogie même la seconde personne.

Plus rarement l'impératif se marque par un suffixe spécial comme les autres modes.

Enfin il se remplace par le futur y on dit : tu viendras y au lieu de viens.

Passons à l'évolution morphologique des temps objectifs. A l'origine Vinfinitifest traité comme un véritable substantif un substantif verbal y ce n'est nullement un mode. 11 en est de même du participe. Cette origine est encore nettement marquée en latin où les infinitifs en e et i ne sont que des datifs et des locatifs cristallisés. Ce substantif verbal se forme de la racine du verbe en y ajoutant des suffixes de dérivation. Ce n'est que plus tard que le substantif verbal, nom d'action, et que l'adjectif verbal, nom d'agent, se rattachent au verbe et deviennent l'infinitif et le participe proprement dits. Tout d'abord ces substantifs et ces adjectifs verbaux se déclinent pleinement, plus

tard leur déclinaison est plus rai^e, et on distingue alors IVn/înitif indéclinable qui est un m/îne^//* proprement dit, et Tm/Înitif déclinable à certains cas qui est le gérondif. Ce gérondif remplace aussi Yabsolutif, mode très ancien, lorsque celui-ci a disparu.

Telle est Y histoire des modes.

Nous avons dans une précédente étude intitulée de la Catégdrte des Cas établi la syzifhèse des relations d^idée à idée, et de celles d'idée à pensée, soit de 77iot à mot et de mot à proposition, tant au point de vue psychique qu'au point de vue morphologique ; si l'on réunit à notre présent travail un certain nombre de chapitres de celui précédemment publié sur la catégorie des temps, on aura la synthèse des relations de pensée à pensée soit de proposition à proposition et des relations de pensée subordonnée à idéjS. En réunissant les trois ouvrages, on aura la synthèse des idées et des expressions des relations logiques et grammaticales dans les langues les plus connues, telle que l'état actuel de la science permet de l'établir provisoirement.

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