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A. RELATION DE PROPOSITION A PROPOSITION

a) Modes relatifs.

Les langues Sémitiques sont très pauvres en modes. Toutes ont un impératif, mais quelques-unes seulement un subjonctif. Point d'optatif ni de conditionnel.

En arabe, le subjonctif ne se distingue de l'indicatif que par le changement de la voyelle finale w en a : yaqtulu devient yaqtula.

L'Ethiopien pour exprimer le subjonctif emploie la forme de l'indicatif duratif, du moins la forme primitive de ce temps. P E-ngery 2^ te-nger, fém. te-nger-i ; 3** ye-nger^ fém. te-nger était le duratif, il devient le subjonctif. L'Ethiopien devra *se refaire un nouveau duratif, il le dérivera du subjonctif en insé* rant un a sur la première consonne radicale : e-nager, te-nage7% te-nager-i, etc.

L'Hébreu, T Assyrien, TAraméen n'ont pas de subjonctif.

L'impératif se forme en Arabe du duratif en supprimant Yu final et le pronom préfixé, ya-qtulu devient u-qtul. En Ethiopien, on insère un e sur la première radicale : ye-nger devient enger.

'En hébreu, on emploie le même moyen, le dnvaiif yi-qiôl devient qetôl. De même en Araméen ne-qtôl devient qetoL En Assyrien c'est un u qu'on insère sous la V^ consonne radicale. Duratif : a-shkun ; impér. shukun,

L'Arabe joint un mode spécial qui n'existe pas ailleurs. Il se Ibriiae du conjonctif en supprimant Y a final conjonctif : a-ktuba ; passif a-A^M&. Il existe aussi un passif plus énergique a-kinbanna.

Tels sont les moyens ou plutôt le moyen d'expression des modes dans ces langues ; il est conforme à leur génie, il consiste dans la modification phonétique d'une des voyelles, tantôt de Tultième, tantôt de la pénultième ; aucun emploi des mots vides, ni synthétiquement ni analytiquement. Nous savons que la variation vocalique domine la dérivation sémitique, la formation du pluriel et les aspects des verbes, ainsi que leurs temps, tandis qu'elle ne s'applique pas principalement à l'expression des cas, elle domine de nouveau ici. Comment s'y est-elle formée ? Y a-t-elle eu pour amorce quelque désinence qui a disparu ? Nous l'ignorons.

Mais elle n'est pas primitive ; les modes n'existaient pas d'abord morphologiquement ; leur idée s'exprimait probablement par l'ordre respectif des verbes dans la phrase.

Qu'est devenue cette expression dans les langues Sémitiques dérivées ?

Dans l'arabe vulgaire le subjonctif s'exprime par une conjonction : elli que, on la fait suivre de l'indicatif au futurduratif ; il n'y a plus de modification spéciale du verbe, la fine vocalisation de l'arabe littéral ayant disparu. L'impératif se termine en : ^, djibi, apporte. L'arabe se crée im conditionnel avec l'aide du verbe auxiliaire : être ; dans ses deux termes : lou kan âraft taâjouni koimt noûedjdjed, si j'avais su vous viendrez j'aurais fait des préparatifs. Les temps de l'impératif autres que le conditionnel se rendent par le futur, de même l'optatif : allah idjazik, que Dieu te récompense = Dieu te récompense.

b) Modes absolus.

Autant les modes relatifs sont pauvres de formes, autant les modes absolus en sont riches.

L'infinitif surtout ; mais les expressions sont différentes dans chacune des langues, elles reposent toutes sur la variation vocalique.

L'Ethiopien possède un infinitif qui n'est autre qu'un substantif verbai formé par le suffixe : ôt, ô, suffixe qui se joint à l'ancien duratif devenu, comme nous l'avons vu, un conjonctif, lorsque le verbe a une forme dérivée ; lorsque le verbe a une forme principale, ce suffixe se joint au gérondif-absolutif éthiopien que nous allons décrire tout à l'heure 1** ta-lahes-ôt ou ta-lahes'ô, s'habiller, 2** fassem-ôt, ou fossem-ô, accomplir.

L'Arabe ne tire pas sa forme d'infinitif du duratif, mais emploie les désinences les plus variées au nombre de 36 : qatl'ii^ le meurtre, nïaradu^ la maladie, djhidtts-Uy l'action de s'asseoir ; ta-qtilu, qitâlù, etc.

L'Hébreu forme son infinitif du duratif comme l'Ethiopien : qâtôlj qattëly hiqqâtêl, hithqattël, et enfin avec forme passive : quttal et hoqtaL Au radical du duratif aucun suffixe, aucune modification vocalique n'est ajoutée ; les préfixes personnels seuls disparaissent.

L'Araméen forme Tinfinitif en ajoutant au duratif le suffixe : ûth ; de plus il insère sur la dernière radicale la voyelle «, â ; enfin il préfixe : m ; me-qtal, me-qattal-ùth-â.

Il n'y a pour l'infinitif- dans les langues Sémitiques ni différents temps ni différentes voix ; la forme est unique sous ce rapport, mais le passif se trouve exprimé indirectement par l'emploi des différentes formes de verbes.

Le participe est plus uniforme ; il s exprime par la préfixation de m^ ajouté au radical du duratif, excepté le participe de la première forme des verbes qui s'exprime en mettant un â ou un ô sur la première radicale, un e ou un i sur la seconde, aucune voyelle sur la troisième ; arabe, qâtïl-u, muqaU-il-u ; éthiopien : sâdeq, ma-fakker ; hébreu : qâtel, yiie-qattêl ; araméen : qôtely me-qattél.

Le participe passif se distingue nettement du participe actif ; arabe : ma-qtal-u^ mu-qattal-u ; éthiopien : sehuf, fessûm ; hébreu : qâtûl, me-quttal ; araméen : qetil, me-qattal.

Enfin, le cas gérondif ou absolutif avec son caractère propre s'exprime en éthiopien ; on le forme en mettant i sur la dernière radicale : qatîl^ tuer ; balî, manger.

L'expression des modes absolus dans ces langues repose donc, celle de Tinfînitif et du mode absolutif surtout sur la variation vocalique, avec mélange de l'emploi de la suffixation ; et celle du participe sur l'emploi de l'adformante m.

Qu'est devenue cette expression dans les langues néo-sémitiques ?

Dans l'arabe vulgaire, l'infinitif s'exprime souvent par un temps personnel ; on semble être revenu à letat archaïque, à l'expression des modes par simple position, comme nous l'avons déjà vu pour les modes relatifs : adji allemni = viens apprends moi =- viens m apprendre ; nâraf noghethos == je sais je plonge == je sais plonger ; ihabbi tekhedmi == tu veux tu travailles = tu veux travailler.

Le gérondif s'y exprime par la préposition 6, dans : bidnia^ en attendant.

Quelquefois l'infinitif se tourne par le participe : kount meâoû — oûal kharedj = j étais préparé sortant = j'étais prêt à sortir.

Cet état ' reproduit probablement l'état ancien des langues sémitiques.

B. Relations de mot a proposition.

L'expression de cette relation dans les langues Sémitiques est très curieuse. Tandis que dans l'expression des modes relatifs, elles ont abandonné le moyen antique d'ordre syntactique, elles l'ont conservé en grande partie ici.

Avant d'examiner leur procédé, il faut relever une autre particularité des langues Sémitiques consistant dans la différence profonde qu'elles font entre Yétat de détermination et celui* dUndétemiination, Dans la relation de mot à mot dite génitive c'est sur elle qu'elles basent leur état construit^ l'expression de leur génitif. C'est ici en distinguant ces deux états qu'elles emploient deux moyens difierents d'exprimer la relation de mot à proposition. Dans l'état d^indéte7^mination, Yordy^e syntactique suffit ; dans celui de détermination naît un demi pronom, relatif.

A quoi tient cette distinction profonde entre la détermination et l'indétermination ?

La détermination existe dans nos langues, où elle est rendue

par Tarticle ou le pronom démonstratif, elle désigne tel individu, tandis que Tindétermination désigne l'espèce en général, ou un individu indéterminé : tfiomme, un homme. Il ne faut pas être cependant induit en erreur par les idiotismes de certaines langues. En français on dit V homme pour exprimer thomyne en général mais abusivement, car il ne s'agit pas ici de l'individu. Cependant on peut justifier cette expression, l'homme étant pris alors comme être collectif, idéal, et ayant ainsi, comme être de raison, une individualité sut generis. Il y a entre la détermination et l'indétermination la même différence ontologique qu'entre le concret et l'abstrait.

Voyons comment chaque langue Sémitique se basant sur cette différenciation exprime la relation de mot à proposition.

L'Arabe, dans le cas d'indétermination emploie le seul moyen d'ordre syntactique: raaitû radzhulayanaimû == je vis l'homme il dormait = je vis l'homme qui dormait ; maraHu bi-raâjhult 'abà'hu na imû = je rencontrai un homme père de lui dormant (était) == je rencontrai un homme dont le père dormait ; marartu hi-radjhuli qatalù-hu = je rencontrai un homme ils tuèrent lui = je rencontrai un homme qu'on avait tué.

Dans le cas de détermination cette langue emploie un pronom relatif qui ne varie point suivant les cas, mais seulement suivant le genre et le nombre : 'allcm, fém., allati, pluriel, 'allaZîna, 'allait^ duel, allaùdniy allatôni au nominatif, allâhaini, allatoini au génitif et à l'accusatif. Exemples : 'al'racfjhulu-llciU huiva maridu == l'homme que lui malade (est) ; 'al-radjhulu- Haoi raaitU'hu fi-l-dàri = l'homme que j'ai vu lui dans la maison ; al-radjhulu-llaoi abù-hu maridu = l'homme que père de lui est malade. L'évolution se laisse ici surprendre sur le fait. Il ne s'agit point d'un relatif s'accordant en genre, en nombre avec le substantif auquel il se rapporte et en cas avec la proposition dans laquelle il va entrer ; dans celle-ci il est suppléé par un pronom personnel qui sert de sujet ou de régime ; il a seulement pour mission de marquer qu'il y a relation entre les deux phrases. Ce pronom relatif est une sorte de conjonction ; il exprime la relation de proposition à mot convertie en relation de proposition à proposition. Cependant l'Arabe fait quelquefois un pas de plus dans la voie de la formation plus complète du pronom relatif ; il supprime le corn-

plément direct ou indirect de la proposition incidente, de sorte que pour l'entendre il faut recourir au pronom relatif dont la fonction slntègre ainsi : alkitàhû 4ladi anzala -llâhu = le livre que envoya Dieu.

Pourquoi le pronom relatif s'emploie-t-il plutôt lorsque le substantif est déterminé ? C'est qu'alors la détermination employée sur le substantif appelle une continuation de détermination dans une phrase subordonnée ; la détermination appelle portout la détermination. Du reste^ elle constitue un progrès linguistique, car partout on est passé du non-déterminé ou déterminé, dune détermination moins grande à une déterminatioa plus grande.

Quelle est l'origine du pronom relatif 'alkm ainsi employé ? Nous avons remarqué ailleurs l'origine tantôt interrogative, tantôt démonstrative du pronom relatif. Ici lorigine est démonstrative, cette racine démonstrative est Sa, fém., Si, à laquelle on préfixe l'article al devenu Arf, d'où hà-dà, allaU,

A côlé de ce démonstratif l'Arabe possède l'interrogatif mani, fém. manat, manah, et inanimé nià, lequel fait fonction de relatif dans les phrases où il n'existe pas de substantif, et où la relation n'est que dans l'idée : celui qui, celle qui, nian, ma,

L'Hébreu fait la même distinction entre le cas de l'indétermination et le cas de la détermination : ^6^ lo yirqabh yïbhur == bois non il pourrit il choisit = il choisit le bois qui ne pourrit pas.

Dans le cas de la détermination, le relatif est asher, d'origine substantive, et qui a d'abord signifié : lieu, puis abstraitement où. Quelquefois on emploie aussi le démonstratif : zeh, zâ ; hà-ës 'dsher hethô-fh hag gàn = l'arbre que au milieu du jardin.

Puis rhébreu confond le cas de détermination et celui d'indétermination : meqom zeh yâsadhfà làhem = lieu que tu as fondé pour eux.

L'Ethiopien a le relatif ^a, invariable en genre, en nombre et en cas. Mais on y trouve un autre relatif : 'enta pour le féminin et 'ela pour le pluriel.

L'Assyrien prend le pronom relatif sha : bait sha 'ebush-shu ; la maison que j'ai bâtie ; mais souvent tout relatif est omis. L'Araméen emploie le relatif rfa, de, sans distinction entre le cas d'indétermination et celui de détermination.

Les langues néo-sémitiques ont-elles modifié ces procédés ?

L'Arabe moderne emploie : elli composé de l'article el, et de liy on répète ensuite le pronom personnel ou possessif : les gens mal intentionnés qui veulent , oulad-el-kharam elli ikhabbou .

2" Fmnille Chamztique.

Nous examinerons séparément V la langue Berbère, 2° la langue Egyptienne, 3° les langues Chamitiques de TAbj^ssinie.

Langue Berbère.

Le Berbère n a ni subjonctif, ni optatif ; la relation de subordination entre deux propositions se marque par la position syntactique seule, et le verbe subordonné se met au futur. Pas non plus, biçn entendu, de conditionnel. L'impératif se forme au singulier du radical nu, au pluriel on ajoute les suffixes : et, émet.

Parmi les modes absolus, les participes se déduisent des divers temps de l'indicatif en ajoutant à la 3® personne les suffixes : en pour le masculin, et pour le féminin, et in pour le pluriel ; ilkem-en, venant, ilkam-en, étant venu. L'infinitif consiste dans le radical pur.

La relation de mot à proposition s'exprime par le pronom démonstratif : midden ûi gur ikka = les hommes ceux-ci chez 1 est allé = les hommes chez qui il est allé ; on n'exprime pas ensuite, comme dans les langues Sémitiques, le pronom personnel.

Langue Égyptien.

Nous devons examiner ensemble le Vieil Egyptien et le Copte.

Le subjonctif s'exprime en Vieil Egyptien par er, enti; ent, et ^n^e attirent à eux l'afiixe verbal qui pour s'y agglutiner quitte le verbe ; enti-fmeh = qu'il remplisse. De même le Copte : la particule relative en est préposée à l'aoriste : en-ti-tôm = que je ferme. Il est remarquable qu'ici le subjonctif empiète sur le futur et aide à l'exprimer ; on se sert alors du verbe : é^re, tu comme auxiliaire, et de la conjonction er, afin que ; tû-f er meh-f =- est-il afin — que remplit — il = il remplira.

L'Optatif en vieil Egyptien s'exprime par mo, moi ; mot oneh'f = qu'il remplisse ; le Copte emploie le verbe auxiliaire : 7nare^ vouloir.

Le Conditionnel sexprime en vieil Égyptien par le verbe auxiliaire : ar, faire ; ar meh-f, il remplit, il s'attache au premier membre et à la première proposition.

L'Impératif enfin est le radical nu, ou prend la forme de l'aoriste, souvent se rend périphrastiquement au moyen du verbe : ar, faire ; a^^-k hâ, reste. Cet auxiliaire a^' de\dent a en Copte.

L'infinitif est la racine, on peut comme en grec le garnir de l'article.

Pour la relation de proposition à mot le vieil Egyptien peut se servir du mode archaïque, de l'ordre syntactique seul : sâny-k mer-k smmn-k abeb-k = tu ^dvifies tu aimes tu tues tu veux = tu vivifies celui que tu aimes ; tu tues celui que tu veux. Plus tard le pronom relatif qui sert ailleurs à former le génitif est employé ; c'est en, enti qui s'accorde d'abord avec l'antécédent, puis devient invariable : ab-u en enti-û amû = les cœurs de ceux — qui morts.

En Copte on trouve ete, et, e, tandis que Tancienne forme ent est conservée pour exprimer le génitif.

Langues Abyssiniennes,

Ce groupe comprend des langues nombreuses : le Somali, le Bedjha, le Dankali, le Galla, Tlrob-Saho, le BiUn et le Chamir.

Le Somali possède le subjonctif qu'il forme en joignant le particule : o au duratif, le conditionnel formé par l'adjonction de la même particule au présent déterminé, l'infinitif qu'il marque par la suffixation d'2.

L'Irob-Saho possède le subjonctif formé dû duratif en suffixant 0.

Le Somali, l'Irob-Saho et le Galla forment leur impératif au singulier de la seule racine, au pluriel par la suffixation d'à.

Le Bedjha possède un impératif qui au singulier est la racine pure et au pluriel suffixe na ; au singulier, il prend les afflxes de genre à par le masculin, i pour le féminin. Il forme un con-

ditionnel tantôt par la prétixation, tantôt par la suffixation de êh.

En Chamir les modes sont très nombreux, on distingue : P l'indicatif, 2"" le subjonctif, 3^ le consécutif, 4"* l'impératif, 5° le jussif, 6"* le conditionnel avec deux formes différentes, 7** l'optatif. S"" le mode de concomitance, 9° le parfait subordonné, 10*^ le causal, ir le mode dit objectif, 12"^ le participe, 13^ le substantif verbal, 14** le relatif. Ce dernier appartient au rapport de mot à proposition.

Le subjonctif a une fonction restreinte et ne s'applique qu au but ; la variation vocalique est la même que celle du futur ; le futur et le subjonctif sont, en effet, psychiquement très intimement liés. Il s'emploie dans des phrases comme celles-ci : je suis venu pour entendre ton commandement ^ ku qal-t wazjd ietetun. Lorsque le verbe de la proposition principale est transitif, on peut employer à sa place le mode dit objectif qui le touche de très près.

Le consécutif indique jusqu où ou jusques à quand une action est faite ou peut être faite ; il se forme en ajoutant au futur la particule : sik ; gïdes-jir-sik = jusqu'à ce que j'ai sanctifié.

Il faut bien se garder de confondre ce consécutif impropre avec celui que nous signalerons ailleurs comme une contrepartie du conditionnel.

L'impératif emploie au singulier la pure racine, au pluriel ajoute : ten.

Le jussif, sorte de nécessitatif, ajoute cette nuance au com-^ mandement et s'applique ainsi parfaitement à la première personne : Kunâ ageja, je dois devenir ta femme.

Il y a quant au procédé de fonction, deux sortes de conditionnels. L'un se forme par la postposition de : an, l'autre par celle de s ; particularité remarquable, le premier indice s'emploie dans la proposition où en français nous mettons si, le second dans la proposition que nous marquons de notre conditionnel ; lorsqu'on emploie le second il faut aussi employer le premier, mais on peut employer le premier sans le second. Pour qu'il y ait le double emploi, il faut qu'on exprime qu'un événement ne peut avoir lieu parce que la condition nécessaire manque : Genzib jinràn, sûyir disti-s == si tu avais de l'argent, tu le boirais. Alors on obtint ce dédoublement de condi-

tionnel en deux modes que nous signalerons ailleurs ; seulement les grammairiens n'ont pas donné ici à chacun des modes composants un nom spécial ; ailleurs nous verrons que ces noms distincts sont ceux de conditionnel et de consécutif.

L'optatif se forme du conditionnel auquel on joint des particules de désir ou d'interrogation.

Le mode de concomitance se forme en ajoutant à la première forme de conditionnel la 'postposition di^ chez, pendant. Voici son emploi : An ieuil àg-an-di wurôrâ ieter-î-nâ pendant que je l'esté ici personne ne doit venir.

Le parfait subordonné s'emploie dans toutes les phrases dont le lien est temporal, et ont une flexion spéciale : sing. V^ pers. qid^-à, 2® qids-râ, 3® masc. qids-à, fém. qids-rà, plur. F® qidsnâ, 2® qids-rnà, 3^qzdse-nâ. On y postpose les diverses prépositions indiquant les nuances du temps. En voici l'emploi : V cas de coraitance des deux actions ; firha-tik bôherjûhun = comme ils étaient en chemin, ils rencontrèrent un fleuve. 2® cas où une action est terminée avant que Tautre commence : an fità't-grâ, lorsque je fus parti.

Au parfait subordonné se rattache le futur antérieur ; il se forme en ajoutant aux formes raccourcies du futur les voyelles finales du parfait subordonné.

Le causal s'exprime en sufRxant au parfait subordonné la postposition : matàn, parce que par l'intermédiaire de l'indice du génitif: t, il exprime le motif: an genzib jin-à-t matàn^ laû firzâjibjir, parce que j'ai obtenu de l'argent, j'achèterai un cheval.

Le mode dit objectif se forme en sufRxant le suffixe nominal hâ aux formes du parfait subordonné, ou aux formes accourcies du futur. C'est en réalité, comme fonction, un subjonctif duquel on a préalablement détaché le subjonctif de but, le causal, le consécutif, le mode de concomitance et le parfait subordonné. Voici un exemple de son emploi ainsi réduit : B, tas-ra-hà A. jinsù = A a raconté que tu as frappé B.

Le participe se compose du radical verbal suivi des affixes de personnes ; il se conjugue donc comme les temps personnels du verbe.

Le nom verbal est un véritable infinitif — il consiste dans le radical nu, mais à côté apparaît un nom verbal dans le sens où

nous l'entendons et qui n'est plus un mode, mais un véritable substantif qui se forme en suffixant a.

Enfin le relatif qui sort de cet ordre d'idées et a trait à la relation de proposition à mot que nous exprimons par le pronom relatif s'exprime en Chamir d'une manière très originale. Cette langue distingue le relatif du cas direct comme dans cette phrase : ma tnère qui était morte s était changée en oiseau^ et cette autre : T habit que je te donnerai est beau, et exprime les deux d'une manière absolument différente :

Relatif P*", 1^ pers. qids-à-r, 2* qicis-râ-r, 3® qids à-ù, qidsrà-y ; plur. l^ qides-nd-k, 2® qids-rna-k, 3® qids-d-uk.

Relatif 2®, F® pers. qids-âû, 2® qids-r-àù, 3® qids-àû, qids-rdû, plur. F® qideS'h-âû, 2® qids-rn-dûy 3® qids-ih-dù.

Le Chamir ne possède aucun pronom relatif, ce qui revient à dire que le pronom relatif se marque par une modification du verbe même ; nous avons observé un procédé identique dans le vieil irlandais ; nous le retrouvons en Kunam^. Mais dans cette langue celtique, il n'y a qu'un seul mode relatif, tandis que le Chamir en possède deux.

Tels sont les modes nombreux et très remarquables du Chamir. Cette langue les double encore par sa distinction entre le positif et le négatif. Nous ne pourrions insister ici sur la conjugaison négative qui fera l'objet d'une étude spéciale.

Mais d'autre côté, chaque mode ne possède qu'un seul temps, on ne multiplie pas ici l'idée modale par l'idée temporale, d'où psychiquement une certaine confusion entre l'idée du mode et celle du temps.

Bien plus, une autre confusion entré les deux idées résulte de ce qu'en Chamir le temps relatif, celui qui exprime le temps d'une autre action par rapport à une autre action (parfait, plus que parfait, etc.) ne s'exprime que par un mode et non par un temps. Le Chamii% en ceci, n'a peut-être pas tort ; il réunit toutes les relations de proposition à proposition en une seule catégorie : le mode, tandis que d'autres les répartissent entre le mode et le temps.

Le Bilin suit exactement toutes les modalités du Chamir, et ne diffère que par le choix ça et là de formes morphologiques un peu différentes.

Nous avons insisté sur le Chamir parce qu'il est le type, et

le type très curieux de Texpression et de la classification des modes dans les langues de TAbyssinie.

Parmi les autres langues Abyssiniennes, le Bilin, le Saho expriment la relation de proposition à mot de la même manière, et manquent aussi de pronom relatif.

Le Galla possède un pronom relatif : kan^ dérivé de kuniy lequel est un démonstratif et signifie : celui-ci : kan nu hune wakayOy = celui qui nous a créés est Dieu.

En Bedja, l'article démonstratif: m, lu; plur. à, ta, fonctionne comme pronom relatif. Mais à l'oblique , on y ajoute une forme verbale spéciale, comme en Khamir : û-adame û êa sanô-y-w,Thomme qui vint est mon frère ; û-tak ô ane rehan-ë sanô-y-û, l'homme que j'ai vu est mon frère.

C'est ainsi que cette langue se trouve à une période de transition entre ces deux procédés.

Autant les modes sont pauvres dans les langues Berbère, Egyptienne et même dans les Sémitiques, autant ils sont riches dans les Chamitiques d'Abyssinie.

GROUPE OURALO-ALTAÏQUE-SAMOYÈDB.

Ce groupe n'est pas une famille, car aucune parenté entre les trois parties dont il se compose n'est démontrée, mais elles ont certainement un air de famille, partageant beaucoup de phénomènes linguistiques, ce qui autorise à les grouper.

Famille Ouralienne,

Les langues Ouraliennnes sont très pauvres en temps simples et ne possèdent que le duratif et l'aoriste ; au contraire, elles sont assez riches en modes : elles ont le concessif-optatif avec l'indice : ne, le conditionnel avec l'indice, isi, shi, eza ; l'optatif- permissif avec l'indice ko, et enfin l'impératif. Parmi les temps absolus, elles possèdent le participe et l'infinitif multipliés par les divers temps. Les modes comme les temps sont différents au positif et au négatif.

Quant à la relation de proposition à mo^,elle s'exprime par un pronom relatif lequel dérive du pronom interrogatif : ka, à l'animé ; ma, k l'inanimé.

Examinons maintenant quelques-unes de ces langues avec les particularités de chacune.

En Finnois, le concessif est un véritable subjonctif. Son indice est n : saanyje prends, saal, saa ; saanen, que je prenne, saanet, saanee. L'optatif a pour indice k ; saa'on = saakon ; puissé-je prendre-, saa'os, saakoon. Le conditionnel a pour indice isi : saisin, scèisit, saisi. L'impératif à la 2" personne se forme de la racine seule ; aux autres personnes il a l'indice k de l'optatif, et s'en différencie seulement en modifiant la voyelle : saakcuxn au lieu de saakoon.

Le participe a pour indice va au présent, ut au prétérit : sanovay sanonut.

L'infinitif est un substantif déterminé, par conséquent finissant en ta^ te ; sanoà = sanota ; il se termine aussi en ma, mise, TTiaise ; c'est un pur substantif ; comme tel il se décline parfaitement ; au passif il est le même, seulement fait précéder son suffixe de dérivation de l'indice passif : ta. Au prétérit l'indice est ta + neen. La déclinaison complète de l'infinitif à tous les temps donne une physionomie particulière : par exemple, dans ces locutions : â!aimer, d'avoir aimé, de devoir aemer, à aimer y etc.

Le pronom relatif est jo-ka composé d'un démonstratif et d'un Interrogatif, comme dans le breton pe-hini, seulement dans un ordre inverse.

En Hongrois existent un subjonctif qui se multiplie par tous les temps de l'indicatif et dont l'indice. estj*;ind. var-unk, var-toky var-nak; subj. var-j-ùnkyVar-ja'tok, var-ja-nak, un iDptatif conditionnel aussi à plusieurs temps et dont l'indice est n; ind. prés, var-unk, var-tok, var-naki^çtailî prés, varnâ-nk, var-nà-tok, var-nâ-nak. En outre, tandis qjie l'indicatit n'a pas de futur si ce n'est périphrastique, l'optatif iSQnditiohnel a un futur simple en and : var-and-lok, var-and-otôk\ varand-anak, lequel futur contient le même indice n. Plus tù^ il passe de l'optatif à l'indicatif où il comble la lacune de celui-'SJ^. L'impératif n'est autre que le subjonctif. L'infinitif se terminée en ni. Le participe possède tous les temps, a pour indice au \ présent va devenu o, au passé t, et au futur l'indice de l'optatif \ dépouillé de ses suffixes personnels. ^

A côté de l'infinitif et du participe se trouve le mode absolu- \

tif ou gérondif identique à celui du sanscrit et terminé en vàn^ dérivé par conséquent du participe présent : hall-vâ-n ; conime absolutif il reste invariable.

Le pronom relatif est identique au pronom interrogatif.

Le Lapon confond le subjonctif, l'optatif et le conditionnel et n'a plus conservé que la forme en : ^V, itj=isi\ ind. prés, etsap, j'aime, etsah, etsa, subj. prés, etsitjap, etsitjah, etsits. L'impératif est un reste de l'ancien optatif dont l'indice k a pourtant disparu : etsom, etso, etsos.

L'infinitif de la forme en te, et, et de celle en ma, me, n'a conservé que la première : etset, aimer ; mais la seconde reparait au gérondif : étsemi-n, et au supin etse-ma-n. Le gérondif ou absolutif se forme en ajoutant n à Vmûmt\{etse'7ni-n,etse't-en,Cetn signe du gérondif ou mode absolutif dans toutes les langues Ouraliennes n'est autre que l'indice de l'inessif, du locatif; il correspond donc au gérondif en do.

Le participe a les trois temps présent, prétérit et futur : etsefje, etsan, etsejassa. L'indicatif, au contraire et le subjonctif manquent de futur simple.

Le relatif diffère de l'interrogatif en ce qu'il y joint un élément démonstratif : kà y devient y w-Mo.

En Tchérémisse l'optatif existe, mais le conditionnel et le subjonctif ont disparu ; l'indice est ne, 7îem, net, neze etc. Il a de commun avec le prétérit de l'indicatif In caractéristique. L'impératif à la deuxième personne est la racine pure, au pluriel et aux autres personnes reproduit les désinances personnelles de l'indicatif en supprimant la voyelle thématique.

L'infinitif présent est en as, le futur en sas. Le participe présent est en se, le passé en ma ; le gérondif en 7nala, maka.

On exprime le subjonctif analytiquement en postposant la i

particule objet qui dérive du verbe être et qui joue le même rôle que by dans les langues Slaves pour le conditionnel ; on ajoute cette particule soit à l'indicatif soit à l'optatif : toljam olje, que je vienne, tolnam olje, venturus essem. On forme le conditionnel marqué non sur la proposition qui le porte chez nous, mais sur celle commençant par si, en ajoutant la particule olgec ayant la môme origine que la première : tolam olgec, si je viens, ou en abrégeant : tolgecam.

■ Le Mordwin possède le subjonctif, l'optatif et le conditionnel.

et si le subjonctif et l'optatif n'ont jamais qu'un temps, le conditionnel est très riche, il possède les nuances suivantes : le conditionnel désidératif, le conditionnel duratif, le conditionnel conjonctif. Les indices sont : ele pour le subjonctif, eza pour loptatif ; hsi joint à l'indice conjonctif ele pour le conditionnel désidératif ; dàrà plus n pour le conditionnel duratif et prétérit, et dàrà, plus l'indice conjonctif el pour le conditionnel conjonctif. Parmi ces indices, dàrà est une conjonction signifiant : si. Ici le conditionnel affecte non pas la proposition principale, mais bien celle subordonnée commencée par si. Le conditionnel conjonctif a le sens suivant: sandàràlen — si je viendrais.

L'impératif se termine au singulier en lu, au pluriel en du, ce qui n'est que la désinence personnelle de l'indicatif sans la syllabe thématique. La seconde personne du singulier est aussi en k.

Le participe se termine en /, c'est un prétérit à la fois actif et passif qui s'emploie aussi au présent.

L'infinitif est toujours déclinable ; il consiste en un thème verbal en ma.

Le gérondif ou absolutif est un locatif ; il se forme par l'indice z qui se joint au radical. Il a tout-à-fait le sens d'un absolutif : saiz, quand on vient, kuliz, en mourant.

Le pronom relatif est kona, lequel dérive de l'interrogatif kià, qui.

L'Ostyake renferme de curieuses particularités. Les seuls temps sont le prétérit et le duratif, et pour modes subjectifs il n'a que le subjonctif et l'impératif. Même le subjonctif ne se forme qu'analytîquement en postposant la conjonction adang.

L'impératif emploie un indice différent à chaque personne. A la seconde personne il se termine en e om a suivant que le verbe est transitif ou intransitif, les autres personnes ont a pour caractéristique modale, sauf la 3® personne qui prend g.

L'infinitif se termine en tai, dai, dei et dage, taga. Le gérondif-absolutif n'est qu'un locatif et se termine en na : werem, faire, wermen, lorsqu'on fait. Il y a deux participes : le présent en da, de, ta, te, le prétérit en em.

Tels sont les modes relatifs et absolus de l'Ostyake, mais sa particularité consiste dans une mutation vocalique qui d'abord parmi les temps se produit du présent au prétérit et de là passe au participe et quelquefois à l'impératif.

L'o et l'a profond se changent en ^( : âmettem, s'asseoir, prétérit ûmdem ; dgaitam, cracher, prétérit ûgadem. L'impératif quelquefois se contente de cette modification, mais souvent aussi change Yu du prétérit en w, ou en i sombre ; jânttem, coudre, "pvét. jûndemy imiter, jûnde, o\xjûnde, onjynde; ârettem, partager, prêt, ûrdem, imper, ûrde.

L'a et l'e se changent en ^, quelquefois au prétérit et à l'impératif, quelquefois à Timpératif seulement : jângeltem, manger, imp. jînde.

Vô se change en il.

Dans la relation de proposition à mot, le pronom relatif n'est que l'interrogatif : œoi, xoje.

Enfin, le Syrjàne ne possède que l'impératif, l'infiriitif et le participe.

Les langues Ouraliennes sont donc aussi peu riches en modes qu'en temps. En dehors de l'impératif qui appartient à toutes les langues, elles ne possèdent guères comme mode fondamental parmi les modes relatifs que Toptatif lequel se développe ou se transforme cependant parfois en subjonctif et en conditionnel. Cet optatif sert quelquefois à constituer un futur, comme en Hongrois ; quelquefois il se rattache, au contraire, au prétérit, quand il prend le sens conditionnel.

Langues AUàiqiœs,

Le Mandchou possède, en confondant les temps et les modes P le duratif qui sert de présent et de futur ; 2"" le prétérit, les deux ne sont en réalité que des participes, le premier en rUy le second en-^^ » '^^^ ^^ conditionnel dont le sufiixe tshi signifie si; 4*^ l'optatif dont le sufiixe est ki, kini ; 5° le subjonctif qui se forme soit par la réunion de sa particule propre be au ishi du conditionnel, soit par la particule me. L'impératif consiste dans le thème verbal nu ; aux personnes autres que la 2® on emploie le sufiixe ki de l'optatif auquel on ajoute ni : genekini, qu'il aille.

. Les modes absolus sont plus riches dans cette langue. Le participe présent se termine en me, le parfait en Aa, ho, he, ka, kOy ke, l'imparfait en ra, ro^ re, un autre participe de temps indéterminé se termine en pi.

L'infinitif n'est autre que le participe présent dont il emprunte la forme. Mais à côté de cet infinitif purement abstrait, et tout-à-fait verbal, il faut placer l'infinitif déclinable au gérondif lequel a la forme du participe imparfait, ou le parfait auquel on ajoute les diverses postpositions : abo-ro, ayant lavé ; abo-7^0de, en lavant ; abo-ro-fioi, par le laver. Le cas absolutif est d'un grand usage en Mandchou, il se marque en suffisant fi, obo-fi gene-hi-bi pour laver il est allé.

C'est le participe qui domine tout en Mandchou, même l'indicatif, ce qui revient à dire que l'expression des modes, comme des temps, se fait en réalité sur le participe, sur le mode absolu.

Le Tongouse suit d'autres errements que le Mandchou ; il possède le subjonctif qu'il forme par la postposition de dza, un optatif qu'il obtient par la suffixation de caf^ et un conjonctif optatif par la réunion des deux indices ; cawdja ; l'optatif n'a qu'une seule forme qui exprime tou3 les temps, il y a donc ici confusion entre l'idée temporale et l'idée modale. L'optatif peut aussi s'exprimer par le futur auquel on postpose l'auxiliaire ôzr^a, nouvel exemple de cette confusion et de la connexion du futur et de l'optatif. La réunion du subjonctif et de l'optatif est très singulière. Le conditionnel s'exprime périphrastiquement enjoignant le gérondif du verbe : être, bimi au participe, et il s'attache à la partie de la phrase qui en français contient si ; anarô bimi, si je heurte. L'impératif se forme très irrégulièrement.

L'infinitif a pour caractéristique : wdiga, bdiga ; ce qui est singulier c'est que la 3® personne du futur sert souvent d'infinitif, c'est la première fois que nous rencontrons cette particularité.

Le participe présent se termine en rî, ou en nki, le prétérit en câ , lesquels coïncident avec la troisième personne des temps correspondants de l'indicatif ; le participe passif est en pcâ.

Le mode absolutif se termine au présent en na, et en mi, au passé en ksa et hu.

Les pronoms relatifs se confondent avec les pronoms interrôgatifs.

Les suffixes personnels ne s'expriment pas analytiquement comme en Mandchou, mais synthétiquement avec leurs verbes.

Le Burjate et le Mongol possèdent le conditionnel marqué par

hOy ho, he, ha en Burjate et par su en Mongol. Le Mongol joint ce suffixe à ba de l'imparfait. De plus le Mongol possède un conditionnel, non plus unique, mais aussi plus -que-parfait et futur, seulement périphrastique. Le Burjate exprime aussi le conditionnel au moyen de la postposition le bolbol dérivé de bolœo, devenir, quil joint à la 3® personne de l'indicatif de chaque temps en supprimant tout suffixe personnel alâ bolbol,]^ tuerais, alaham bolbol, j aurais tué. Le conditionnel qui affecte ainsi le second membre de la phrase, peut affecter aussi le premier, et alors la conjonction : si, lorsque n'est pas exprimée.

Le potentiel et le subjonctif ne forment qu'un mode ; ils s'expriment en Mongol en suffixant za, ze pour le présent et l'imparfait, au moyen de l'auxiliaire bui-dza^OMv les autres temps. Le Burjate emploie à tous les temps l'auxiliaire bize, bidze.

L*optatif s'exprime en Burjate en empruntant l'infinitif ou la 3® personne de Tindicatif futur, et enjoignant ahan, ehen, participe passé de l'auxiliaire ^oca, de là -/ahan, œehen ; il a le sens à la fois d'un optatif et d'un nécessitatif ; les autres temps de l'optatif se forment avec l'emploi de l'auxiliaire belep.

Il faut s'arrêter ici et remarquer ces deux modes : le jnécessitatifei le potentiel que nous voyons poindre et que nous retrouverons ailleurs beaucoup plus marqués. Du désir de soi à la nécessité par un autre psychiquement il n'y a qu'un pas.

Le précatif s'exprime en Burjate par la désinence tugûi, tuger qui reste invariable, mais ce mode finit par se confondre avec l'impératif.

L'impératif, simple radical à la 2® personne prend A à la troisième, en Burjate, tandis que le Mongol remplace par le précatif.

L'infinitif a pour indices dans ces deux langues : xu,œo,œa, il sert de nom verbal et se décline comme le substantif.

Le participe est en Burjate ksi pour le présent, ksan pour le passé ; en Mongol le k disparait.

Enfin le gérondif ou absolutif se termine au présent en n et tsu, et au prétérit en gat, g et.

Le Jakute possède un potentiel dont l'indice est aja, un conditionnel dont l'indice est tar. L'impératif se forme en employant des affixes personnels distincts de ceux de l'indicatif, mode de formation que nous avons déjà remarqué en Sanscrit, Le poten-

tiel-subjonctif n'a qu'un seul temps. Enfin cette langue possède un gérondif présent en an, et prétérit en ât^ a, et un supin en ary qui ne sont que des formes déclinables de Tintinitif. Le cas absolutif a pour indice tchtchy.

Enfin le Turc, congénère du Yakute, possède un conditionnel qui a pour indice : isa^sUyCe conditionnel s'applique à celui des membres de la phrase qui en français est précédé de si, un optatif faisant fonction de subjonctif ayant pour indice a, un nécessitatif ayant pour indice ly, et un impératif qui à la seconde personne coïncide avec le radical, et qui aux autres personnes prend des désinences personnelles différentes de celles des autres modes : alior^ il prend, (absence de suffixe personnel) ; alsyn, qu'il ^prenne, (suffixe personnel syn).

Les temps absolus sont très développés en turc. L'infinitif se termine en maq, meq. Le participe a des indices différents suivant les temps, au présent an, en, à l'aoriste yr, ir, au passé mych, mich, au parfait dyk, dik, au futur djaq, djek. Ce qui est très remarquable c'est que ce sont ces participes qui forment les divers temps de l'indicatif, en s unissant au verbe auxiliaire être, ou au suffixe personnel : alyr, prenant, alyr + ym, je prends = prenant-je ; almych, ayant pris, almychym, j'ai pris = almych + ym, suffixe personnel, ou almychdym = almychidym , auxiliaire être ; c'est un des cas de l'invasion des temps absolus dans les temps relatifs pour l'expression de ceux-ci.

Le gérondif-absolutif est très développé, et susceptible des différents temps. On y trouve le dxxrsitif jaz-arak, en écrivant, le parfait yaxr-^jo, en ayant écrit, un îwtuv jaz-idjhak, en devant écrire, un Mmii^iiî jaz-dik-djhe, jusqu'à ce qu'on ait écrit, ^a^sr-mcJ/aÂ, jusqu'à ce qu'on écrit, Ja^a-Z^ depuis qu'on a écrit, un CBM^sXiïjaz-max-in, parce qu'on a écrit.

Enfin les noms verbaux ont pris en Turc une grande autonomie, et sont susceptibles de plusieurs temps : itmé, l'action de faire, it-diq, l'action d'avoir fait, idé-djek, l'action de devoir faire. Ces formes suppléent à la pauvreté de l'infinitif qui n'a qu'un temps. Elles permettent aussi de pouvoir faire entrer cet infinitif avec ses compléments dans le courant de la proposition.

Nous retrouverons dans d'autres familles le nécessitatif qui vient d'apparaître.

En ce qui concerne le pronom relatif, les langues Altaïques

ne s'en servent pas ordinairement. Elles le remplacent par des adjectifs-relatifs, Mandchou : ngge^ turk, M, gi, procédé très original ; elles le remplacent plus souvent en englobant sous forme de participes ou d'infinitifs déclinés la proposition subordonnée dans la proposition principale. Quand exceptionnellement on donne à la proposition exprimant la relation de proposition à mot une forme plus autonome, on emprunte le pronom interrogatif tang, ni, et ikun, Burjate kem, yen, jun\ turk, hhn, ki.

Famille Samoyède.

Les cinq langues Samoyèdes possèdent un subjonctif et un impératif parmi les modes relatifs ; le Jurak possède en plus un optatif. L'impératif est double, simple ou précatif ; le subjonctif se forme, confondu presque partout avec le futur.

L'indice du subjonctif qui en Kamassinsche sert aussi de futur est en Jurak et en Jenissei nji, ji, en Ostiake ni, ne, en Kamassinsche na, nà, ta, dà, da, du ; en Kamassinsche pour le distinguer du futur on ajoute la particule altaïque izà.

L'indice de l'impératif précatif est en Jurak, kar, gar, har, en Tagwy, kal, gai.

L'indice de l'optatif en Jurak est rawa, lawa.

Enfin l'impératif à la seconde personne du singulier coïncide avec le thème verbal ; aux autres personnes ou nombres on emploie divers moyens ; en Jurak on change de longue en brève la deuxième voyelle du thème verbal de l'indicatif, njamâ-da, vous prenez ; njama da , prenez. Par ailleurs point d'indice commun aux différentes personnes. La première a pour indice très souvent : gu, ku, hu, ggu, ha, hi, en Ostiake elle s'exprime par le futur, en Kamassinsche elle a pour indice st, s, le premier au singulier, le second au duel et au pluriel. En Kamassinsche la deuxième personne du duel a pour indice grw, g a, gà, ge, et celle du pluriel go. La 3® personne du singulier s'exprime au transitif par gei, à l'intransitif par guwi, au duel par le redoublement de cet indice : gei + gei, au pluriel par gra, gà, gît, ou n, suivant la même différence entre le transitif et l'intransitif.

Cette formation de l'impératif est très remarquable. Nous avons déjà vu ailleurs que ce mode à la 2® personne surtout du

singulier se reconnait précisément au manque d'indice modal, qu'au contraire aux autres personnes ou il emprunte d'autres modes pour son expression, ou bien il prend des indices très variés. C'est qu'autant la 2^ personne de Timpératif est ancienne, fossile, autant les autres personnes sont hystérogènes. Dans quelques langues seulement elles sont primitives, comme en Indo-Européen , et alors elles se forment non par un indice modal, mais par une différenciation du suffixe personnel.

Le participe n'existe pas à proprement parler dans les langues Samoyèdes. L'Ostiake et le Kamassinsche possèdent seuls rinfinitif et le forment, le premier par le suffixe ku, gu, forme verbale, et le second par l'indice zet qui est un suffixe dérivant. Ailleurs l'infinitif est remplacé par le nom verbal et par le gérondif. C'est que les langues Samoyèdes se fondent tout entières sur le substantif, le verbe, l'adjectif n'en sont que des dérivations, et l'infinitif était trop près du substantif pour pouvoir s'en distinguer nettement.

Le gérondif-supin-absolutif a une existence plus développée ; le supin a pour indice wa, suffixe de dérivation + ^, et ailleurs d. Le gérondif V^ est en t, s, sa, ya, si. H, di, le second en 6, bu y fuj le 3® ne s'exprime que par rallongement de la dernière voyelle de la racine, le 4® s'exprime par le au présent, bêle au passé.

En ce qui concerne la relation de proposition à mot, les langues Samoyèdes emploient un pronom relatif dérivé du pronom interrogatif, et qui a deux formes, l'une pour les êtres animés, l'autre pour les êtres inanimés, ce qui prouve une fois de plus que la distinction en genres animé et inanimé est primitive, s'est conservée sur le pronom, et est bien antérieure à celle en masculin et féminin.

Groupe Dravidien.

F Famille Dravidienne.

Signalons d'abord dans l'ensemble quelques particularités remarquables.

P Le verbe, véritable substantif, se décline, non seulement dans ses modes absolus, infinitif, participe, mais aussi dans ses

modes relatifs, et par là même se trouve supprimée la nécessité du pronom relatif, et se trouve exprimée la relation de proposition à mot. Periyên signifie : je suis grand, et prend le signe de l'accusatif, par exemple, de sorte qneperiyên-eij signifie : me qui magnus sum ; periyên-al signifie : per me qui magnus sum^ et periyên-udeiya, a me qui magnus sum. Ce phénomène ne se produit pas seulement au présent, mais à tous les temps, nada-nd'ên, je me promenais, nd est Tindice de Timparfait, et en est le suffixe personnel ; nadandën-ei, me qui ambulabam, nadandën-âl, per me qui ambulabam ; nadandën-idattil^ in me qui ambulabam ; nadandën-ukki^ mihi qui ambulabam.

Cette déclinaison du verbe est très importante ; elle se rencontre rarement dans d'autres familles. Elle prouve que si le verbe s'est formé lentement par évolution du substantif, il peut retourner aussi au substantif, ou plus exactement prendre les catégories substantives sans abandonner les catégories verbales.

Par ce moyen les langues Dra\ddiennes réalisent la contraction des diverses propositions d une phrase en une seule proposition, sans pourtant que, comme en Mandchou, le verbe soit pour cela redevenu substantif, en passant du mode relatif au mode absolu, infinitif ou participe ; il reste au mode relatif. Partout ailleurs nous avons la déclinaison des modes absolus sous les noms de gérondif ou de supin ; ici nous avons la déclinaison des anodes relatifs,

2^ L'idée du mode manque primitivement aux langues Dravidiennes. Elle se confond avec d'autres idées ; d'abord avec l'idée du temps ; l'optatif du Tulu est une réunion de l'indice du futur avec celui du parfait. Parfait de l'indicatif maltude ; futur malpe, mulve ; optatif maltûdve.

Mais la confusion avec l'idée casuelle des substantifs est plus curieuse encore. En Tamoul le conditionnel qui suit la conjonction si s'exprime par le nom verbal mis au locatif : tsheyy-il, s il fait signifie proprement : dans le faire ; tshey-dal, s'il a faity signifie proprement : dans V avoir fait ; c'est ici l'instrumental ; en Tulu le conditionnel-subjonctif est le présent suivi de l'indice du social : da ; présent malpuve, condit. subj. malpuve-da.

3^ Le gérondif-absolutif comme dans les langues Altaïques se dégage très nettement de l'infinitif; il possède, comme

celui-ci, tous les temps. On lui donne ici dans les grammaires pratiques le nom de participe verbal, tandis qu'on donne au participe celui de participe relatif.

4** Ici, à côté des modes existant ailleurs, se trouvent deux modes nouveaux très développés : le potentiel et le nécessitatif. Dans certaines autres langues, en Turc, par exemple, ils existent bien, mais ils sont des formes, non des modes du verbe ; ils se multiplient donc par tous les modes et par tous les temps ; dans les langues Dravidiennes, au contraire, ils constituent des modes véritables ; ils ne sont susceptibles que d'un seul temps. Le potentiel cependant renferme un mode potentiel absolutif formé par les particules : oli et bôdu ; malpoli signifie également Je jo6?^A? faire ou tu peux faire,

5** Ces langues ont distingué soigneusement partout la conjugaison négative de l'affirmative. Nous n'en parlons ici que pour ordre parce que nous ferons de la conjugaison négative l'objet d'une étude spéciale ; mais il faut remai^quer que les formes modales diffèrent au positif et au négatif.

6° Une autre manière d'exprimer les modes en Dravidien, c'est de suffixer au verbe un substantif jouant le rôle de conjonction agglutinée ; par exemple, en Tamoul on joint kâl^ temps, au participe relatif pour former le conditionnel avan çeydak'kaly s'il en faut, nâm çollim-kak, si nous étions. De même en Canara banda-rCy s'il est venu ; re est pour are, âru, voie, moyen. De même tcjï et uli, signifient : lieu, place , on peut les joindre au gérondif passé en w, et Ton a un conjonctif nânadappuji, tandis que je marchais. En Tamoul pôdu, poiuda, temps, est un procédé du même genre, aval vandapôdu, quand elle veut.

Tels sont les principes qui président à la constitution des modes dans les langues Dravidiennes. Examinons maintenant quelques-unes d'entre elles.

En Canara, les modes relatifs sont, outre l'indicatif, l'impératif, le potentiel, le nécessitatif, le subjonctif. Le potentiel et le nécessitatif se forment au moyen d'un procédé nouveau, celui de verbes auxiliaires, le premier par bahudu, kuduvadu, au négatif baradu et kudadu ; un autre potentiel qui est au premier ce que can est à may en anglais a pour auxiliaire ballenu, apenu et au négatif ariyenu et àrenû. Le nécessitatif a

pour auxiliaires, avec la distinction entre le sens physique et le sens moral, beku et takkaddu, au. négatif héda et takkaddalla.

Le subjonctif a pour caractéristique, re, rw, et agyû à Taoriste, hage aux autres temps.

Llmpératif a pour indice à la seconde personne u et aux autres personnes ali.

Les temps absolus se composent du participe, de l'infinitif et de l'absolutif-gérondif ; Tinfinitif finit en a, ahi, alikke. Les participes ont les temps, présent : uva, passé : ida^ négatif : adu sans compter les temps composés. L'absolutif possède aussi le présent en utta, le passé en i, le négatif en ade.

Il n'y a point de pronom relatif en Canara, le participe d'un côté et de l'autre les modes relatifs déclinés les remplacent.

Les autres langues Dravidiennes suivent un système analogue.

Le Tamoul possède un conditionnel en m, il, âl qui n'est autre chose qu'un locatif ou un instrumental du nom verbal, un optatif qui n'est autre que le futur de l'indicatif auquel on joint la particule : aga, un impératif qui au singulier consiste dans la racine, et, auquel on joint au pluriel le signe du pluriel, un infinitif en a, akka, un participe qui au présent et au prétérit se forme par les mêmes indices qu'à l'indicatif g^mc^r et d, mais en y ajoutant a, et qui au futur se termine en wm, enfin un gérondif-absolutif en du et en i.

Le Tulu possède un optatif qui réunit les indices du parfait et du futur, ûd et v, \m conditionnel-conjonctif qui réunit l'indice du duratif à un indice propre da ; puv-e-da, un impératif de formation ir régulière, un infinitif qui a pour indice ni auquel il joint l'indice présent pu, ou passé H ; un participe consistant dans la jonction à la racine pour le présent de pu, pour le prétérit de ti, indices qui servent ensuite pour l'indicatif en y joignant les suffixes personnels, de sorte que la conjugaison toute entière a une origine participiale, enfin un gérondif en toudu pour le présent et tûdû pour le prétérit. Cette langue développe pour le négatif une conjugaison dijfiférenciée pour chaque temps et mode, tandis que dans les autres le négatif ne comprend souvent qu'un temps et un mode.

Les autres langues, le Brahui, le Craon, le Todu, le Kudagu,

-Tôle Telugu, le Malayalim semblent ne posséder ni le subjonctif ni l'optatif ; quelques-unes mêmes manquent de gérondif et de participe ; toutes possèdent Timpératif.

Quant à la relation de proposition à mot, ces langues n'ont pas de pronom relatif; elles le remplacent par le participe, ou par la déclinaison des modes relatifs.

2** Langue Sing alaise.

Le Singalais possède un subjonctif présent, un prétérit, un impératif, et de modes absolus une très riche collection : infinitif, participe, gérondif, absolutif, nom- verbal.

Il est assez difficile de dégager le sens et l'origine des suffixes qui indiquent ces modes, à cause du mélange de racines et de suffixes sanscrits déformés, et du grand nombre de suffixes qui concourent alternativement à former le même temps ou le même mode. Ce qu'il importe de remarquer, c'est que l'absolutif se distingue ici nettement du gérondif; le gérondif, le vrai gérondif, n'est pas celui ainsi nommé en latin, et qui n'est que l'infinitif déclinable, déclinaison qu'il se partage avec le supin, c'est le verbe qui se rapporte adverbialement à un autre verbe, comme le gérondif latin en rfo, et qui n'est ni le sujet, ni le complément de la proposition, ni le complément ou déterminant d'un substantif, mais l'action qu'il exprime est encore relative au sujet, et il n'a encore idéalement d'autre sujet que le sujet lui-même ; quand je dis : Primus ment en marchant^ je pourrais dire encore : Primics marchant vient y quoique la nuance de l'idée fut ainsi changée. Mais on peut faire un pas de plus ; le verbe qualifiant adverbialement un autre verbe peut avoir un sujet autre que le sujet de ce verbe, alors on obtient soit l'ablatif absolu des latins, soit l'absolutit sanscrit ou Singalais : Primus vient Secundus aidant. C'est cette distinction nette entre le gérondif et l'absolutif que fait le Singalais.

En ce qui concerne la relation de proposition à mot, le Singalais ne possède pas de pronom relatif ; il tourne par le participe.

3° Langues Khôles.

Lés modes relatifs, outre Tindicatif, sont : F le potentieloptatif-subjonctif, avec indice : Kea^ ka ; 2** le conditionnel ; ici le procédé, comme dans les langues dravidiennes, consiste à joindre au thème verbal ou re, suffixe du locatif, ou te, suffixe de l'instrumental ; au lieu de dire : si je frappe, on dit : dans mon frapper, ou par mon frapper, et cela à tous les temps ; 3*^ Timpératif consistant dans l'affixation de la 2® personne à la racine ; pour les autres personnes on emploie le subjonctif.

Les modes absolus sont : F Tinfinitif qui en Santhal n'est que la racine, et en Mandari se forme par la suffixation de tea, 2^ le participe qui se dédouble en participe adjectif et participe substantif; le premier se forme en rejetant la copule a qui suit d'ordinaire la racine verbale, le second en suffixant au premier un i. Il n'y a pas de gérondif ou absolutif.

Le dédoublement ci-dessus est digne de remarque, et nous le rencontrons ici pour la première fois. Le participe en eiFet peut être employé sans se rapporter à un substantif antécédent, mais en se rapportant à un substantif qu'il remplace, ou mieux former lui-même substantif; il répond alors à ce que nous appelons dans nos langues un nom d! agent, et il y a la même différence entre \^ participe ordinaire et le nom d agent, qu'entre Vinfinitifet le no7n d'action. Le participe, comme Tinfinitif dans ce cas, se cristallise de plus en plus, sort de la sphère verbale, et il entre dans la sphère nominale. Il suffit de comparer d'une part ces expressions TammaZ mangeant, tuer quelqu'un et d'autre part celles-ci : celui qui mange, le mangeant, le mangeur ; le hter^ Y action de tuer, le meurtre, pour comprendre cette gradation. En ce qui concerne le participe il y a même un degré de gradation de plus, avant Y animal mangeant il faut mettre : \ animal mangeant la chair, car c'est la dernière expression qui est le point de départ : elle est le vrai participe exprimant encore l'action, tandis que dans ces mots : ï animal mangeant, laction est devenue habitude, qualité, et on en est déjà au participe-adjectif, autrement à Yadjectif i^erbal, lequel faisant un pas de plus conduit au participe substantif, au nom d'agent.

En ce qui concerne la relation de proposition à mot, ces langues ne possèdent pas de pronom relatif, elles le rem-

placent quand Tobjet est connu par le démonstratif, et quand lobjet est inconnu par l'interrogatif.

Famille Bantu,

Cette famille qui a un système si original en ce qui concerne les cas, l'expression de la relation de mot à proposition, est, sauf dans une langue, le Pongoué que nous étudierons spécialement avec soin, non-seulement très pauvre en modes, mais aussi très simple dans la manière de les exprimer.

Commençons par la langue Cafre. En dehors de l'indicatif, elle ne possède dans les modes relatifs que l'impératif, le potentiel, le subjonctif et l'optatif, parmi les absolus que l'infinitif. Elle distingue, comme nous l'avons vu dans les langues Dravidiennes déjà, soigneusement le négatif du positif.

L'impératif a tous les temps et se forme de l'indicatif en préfixant ma : u-tande^ tu aimes ; ma-u-tande^ aime ; au négatif on ajoute encore nga et i ; ma-u-nga-iandi, n'aime pas.

Le potentiel s'exprime par la suffixation depa, gCy nga, nge ; di-nga-tanday je pourrai ainsi.

L'optatif se forme en redoublant à la fois le préfixe personnel et l'indice du potentiel di-nga di-nga tanda, je désire aimer.

La langue Caire se forme un subjonctif-conditionnel analytique consistant dans la simple préposition de la préposition iikubay si, sans aucune autre modification : ukuba di-ya tanda, si j'aime ; ce n'est pas morphologiquement un mode véritable.

L'infinitif est un véritable nom verbal, un substantif, et comme tel prend un des préfixes substantifs, celui qui désigne le nom d'action : uku ; uku-tanda signifie proprement non aimer y mais Y aimer.

Les participes consistent dans la racine verbale à laquelle on prépose les divers pronoms personnels : di tanday moi aim... signifie moi-aimant; u tanda, toi aim... signifie toiaimant ; on ne dit pas simplement : aimant. Le participe négatif se forme en changeant a final en i ; et en intercalant nge signe du négatif di-nge tandi, moi n'aimant pas ; le participe passé change a en le, le passif change a en eka. Comme ces formes sont employées en y joignant un indice modal pour les différents temps de l'indicatif, il en résulte que les modes

relatifs s'expriment au moyen des modes absolus et que la conjugaison est participiale : di-tanda, je-aimant, aimant ; di-ya tanda = je vais aimant = j'aime.

Les autres langues Bantou très nombreuses ôflfrent le même système.

Mais une d'entre elles, le Pongoué présente une particularité très remarquable. Elle exprime parmi les temps le passé, parmi les modes l'impératif et le subjonctif, par une modification consonnantique initiale. Il est vrai que de plus le passé s'exprime par la préfixation de a et par le changement de Y a final en i ; 77ii dyena, je vois ; mi a-yen-i^ je vis, Timpératif, 2® personne du pluriel, par la suffixation de ni ; ronda^ aime, rondani, aimez, et le subjonctif par la préposition de ga ou ko, que, mais la mutation consonnantique n'en reste pas moins remarquable. Voici en quoi elle consiste.

La forme radicale de tous- les verbes réguliei*s commence par une des consonnes suivantes : &, d, f, g, A, m, n, p, s, t ; toutes ces consonnes initiales excepté \m et n subissent une modification au passé, à Yimpératif et au subjonctif \ le b se change en û ou en w, le d en l, le dy en y, l'/en v, le k en g, le p en v, Ys en z, le sh en J, le ^ en r ; en un mot toutes les ténues se changent en sonore correspondante, sauf le t qui se change aussi en une sonore, mais non correspondante, Yr ; et le p qui se change en la sonore mais aspirée v ; quant aux sonores, elles se changent en une sonore d'un autre ordre, plus faible : b en ii voyelle (la voyelle est moins forte que la consonne) le d en l, la vibrante étant plus près de la voyelle et par conséquent plus forte que la muette, ou bien le d s'eflface dans la groupe dy.

Voici des

exemples.

Infinitif

passé

impératif et subjonctif.

baga.

apporter

aûagi

iiaga

bena.

planter

aileni

ilena

boulia.

dire

awouli

woûlia

denda,

faire

alendi

lenda

dyonga.

boire

ayongi

yonga

fala,

quitter

avali

vala

kamba,

parler

agamhi

panga,

faire

avangi

souma,

descendre

azoumi

shava,

• maudire

ajavi

tanga.

compter

arangi

gamba

vanga

zouma

java

ranga

Ce mode d'exprimer ces temps et ces modes est-il né dynainique? A-t-on, lorsque cette modification initiale a été faite, eu en vue d'exprimer tel mode ou tel temps ? Nullement, car en linguistique rien n'est volontaire ; tout ce qui est devenu dynamique a été d'abord mécanique.

Une phonème, voyelle ou consonne, a dû exister d'abord à ces temps et modes, modifier la consonne initiale qu'il joignait immédiatement, puis disparaître. Cette disparution a rendu dynamique, ce qui en présence de la cause de la variation n'était que mécanique.

Quel est ce phénomène ? Pour le savoir consultons une langue congénère, le Ki-mbundu, et ses règles euphoniques. Dans cette langue, le phonème n ou m, la nasalisation, en touchant une consonne qui la suit produit sur elle les effets suivants : mp, nt, nk, nx, ns deviennent mb, ndy ng, nj, nz ; ni devient nd ; nz deviennent ni. Cette mutation est bien analogue, sinon identique, à celle que nous venons d'observer en Pongoué.

Il est probable que le même eftet est provenu de la même cause. Autrefois le Pongoué avait sans doute une nasale comme indice du parfait, de l'impératif et du subjonctif; cette nasale produisit son efiët, puis disparut.

Mais Teffet ayant survécu à la cause, nous avons bien ici l'expression directe de la catégorie modale par un changement de phonème, mode d'expression que nous avons trouvé ailleurs dans d'autres catégories grammaticales.

Mais ici le mot qui a amené la variation consonnantique était non suffixe, mais préfixé.

On retrouve le même processus dans les langues celtiques et dans le dialecte de Sar daigne.

Dans le Celto-Breton berv, bouillir, mais aba vero, depuis qu'il bout, komjJZy parler, mais aba gompz, depuis (juil parle, la ténue se change en sonore entre deux voyelles : supposons la chute de aba, on pourrait dire alors qu'en Celto-Breton le

subjonctif s'exprimerait par radoucissement de la consonne initiale ; cette chute sufltoait pour rendre dynamique le procédé mécanique.

C'est, du reste, ce qui est arrivé ailleurs en Celto-Breton où le féminin s'est ainsi différencié du masculin.

Il faut rapprocher de cette mutation consonnantique initiale celle vocalique médiane que nous avons signalée en Ostiake- Ouralien, et celle aussi vocalique médiane que nous signalerons tout à l'heure pour l'expression du subjonctif dans les langues Algonquines. Dans la première, la mutation se communique aussi du parfait à l'impératif et au participe passé, où elle se renforce quelquefois à un second degré.

Il faut en rapprocher aussi une mutation vocalique que nous avons signalée quant au temps, que nous avons décrite dans notre étude sur la catégorie du temps, et qui a lieu d'une part dans les langues Chami tiques, d'autre part dans les langues Indo-Européennes ; dans celles-ci elle est à deux degrés, et se propage dans les langues germaniques au participe passé.

Quant à la relation de proposition à mot, elle s'exprime d'abord par le pronom relatif invariable : a, dans les langues Bantou ; mais dans la plupart on préfixe à ce pronom l'abréviation du préfixe du -substantif dominant, conformément aux règles de Taccord que nous avons énoncées dans notre travail pour la catégorie des cas.

Famille des langues Algonquines,

Nous prenons pour type de cette famille la langue Cri.

Examinons d'abord la formation de ses modes en dehors de la modification vocalique interne de la racine, puis cette modification.

L'impératif à la 2® personne du singulier se forme en" retranchant la dernière lettre de la 3® personne de l'indicatif, ce qui équivaut à la réduction au thème ; le Cri suit ici la tendance générale ; dans une des conjugaisons pourtant on ajoute un i ; au pluriel on ajoute seulement l'indice général du pluriel : k.

Les troisièmes personnes coïncident avec celles du futur de l'indicatif.

La première personne du pluriel se forme en ajoutant tân, indice de cette personne à l'indicatif, mais à la racine.

Le conditionnel est l'indicatif auquel on a préposé jpo. Mais chose remarquable, le conditionnel dans la proposition principale amène dans l'autre proposition commençant en français par si et faisant partie de la même {)hrase, lusage d un mode spécial, le suppositif^ usité toutes les fois qu'il y a dans la proposition un si exprimant le futur. Ce dernier mode se forme en ajoutant i à toutes les personnes du subjonctif.

Cet emploi du concours de deux modes pour exprimer la phrase conditionnelle est très remarquable ; nous le rencontrons rarement, nous le signalerons pourtant un peu plus loin dans une des langues du Caucase, dans l'Hûrkan. Ordinairement, tantôt c'est la proposition principale, tantôt celle commençant par si qui porte la marque d'un mode spécial que dans ces langues on appelle le conditionnel, tandis que l'autre reste à l'indicatif. Ici chaque proposition a son mode distinct correspondant à l'autre, la proposition principale le conditionnel, la dépendante le suppositif.

Enfin le mode le plus remarquable et qui en renferme psychiquement plusieurs est le subjonctif-pariicipe-positif-éventuely ce dernier que nous appelerons conjonctif.

Quels sont ces trois modes et comment se trouvent-ils réunis ?

Le subjonctif et le participe sont connus ; quant au positif que nous appelons relatif ou conjonctif il s'emploie dans ces propositions : celui qui dit, celui qui est bon, fuis tout ce qui est mauvais, Vhomme dont je connais le courage, la femme de qui je parle. Il remplace donc l'emploi du pronom relatif. Cependant nous verrons que le Cri possède un pronom relatif ka ou e, lequel gouverne après lui le subjonctif; mais cet emploi n'est que facultatif et on peut supprimer le pronom en mettant simplement le verbe au positif. Ce procédé est très curieux et très rare, nous l'avons déjà rencontré dans le vieil Irlandais, et nous ne le rencontrerons plus que dans une langue Nubienne, le Kunama. Ailleurs ou l'on se sert du pronom relatif pour exprimer la relation de proposition à mot ou l'on tourne par le participe ; ici, on se sert d'un moyen différent ; la relation s'exprime par la conjugaison même ; la catégorie du mode s'étend de la relation de proposition à proposition qui est son domaine ordinaire à la relation de proposition à mot.

Enfin Vévenhcel est le mode employé toutes les fois que le verbe est précédé des conjonctions quand, toutes les fois que ; c'est un subjonctif avec indétermination, généralisation.

Voici maintenant comment logiquement tous ces modes se tiennent. L'éventuel n'est naturellement qu'une nuance du subjonctif. Quant au positif, exprimant la relation de proposition à mot, il est natureUement entraîné dans la sphère du subjonctif qui exprime celle de proposition à proposition ; une de ces relations peut, en effet, facilement calquer l'autre, et le sens du subjonctif s élargissant englobe l'expression modale de toutes les relations ; nous avons vu qu'une des branches du conditionnel, le suppositif, s'appuie elle-même sur le subjonctif.

Reste l'identification du subjonctif et du participe. Si le subjonctif peut exprimer la relation de proposition à mot, il pourra exprimer par là même le participe qui n'est autre chose. Mais ,il faut aller plus loin, dire que c'est le participe qui est antérieur et renferme le subjonctif, et voir ici un nouveau cas d'expression primitive des modes relatifs par les modes absolus. Nous avons vu ailleurs le substantif faire d'abord office de verbe, ou plus exactement l'infinitif, ou plus exactement encore le aiom verbal. Ici c'est Tadjectif, ou plus exactement le participe adjectif, qui fait office des modes relatifs autres que l'indicatif. Dans cette famille très ancienne, c'est un état psychique très ancien qui a survécu. Sipwatteyân, signifie à la fois : moi partant, que je parte, et avec quelques additions, si je pars, quand je pars, toutes les fois que je pars, moi qui pars,

\jQ participe, en Cri, fait donc fonction des temps relatifs, de même que 1 infinitif en fait souvent fonction ailleurs.

Comment s'exprime, par le moyen externe, ce participe-subjonctif et les autres modes qui en sont une modification ?

Tandis que l'indicatif se rend en faisant précéder le thème verbal d'un pronom personnel, et en le faisant suivre seulement de quelques signes du pluriel aux personnes de ce nombre, le participe-subjonctif k toutes les personnes et à tous les nombres emploie un procédé radicalement différent. Point de pronoms personnels ni préposés ni suffixes, mais un indice modal y an dans certaines conjugaisons, man, dans d'autres, et qui fait supposer qu'en réaJité l'indice est an ; cet indice au pluriel ajoute le A signe du pluriel dans cette langue, d'où : an + A,

lequel devient ak. A la 3® personne Tindice n'est plus an, mais tj lequel au pluriel s'adjoint l'indice pluriel k et devient tjik. Ainsi deux indices an pour la F® et la 2® personnes, t pour la 3®. Il n'est peut-être pas inutile de dire que dans d'autres parties de la grammaire Cri an, n^ apparaît partout comme le signe de la relation.

Pour différencier les deux premières personnes qui seraient semblables on emploie an pour la F® et an pour la 2®.

Le positif se forme comme le participe-subjonctif, mais en joignant la mutation vocalique interne dont nous parlerons.

Vévenluel se forme en joignant ensemble le suppositifet le positif.

En quoi consiste maintenant la mutation vocalique interne, appelée changement par les grammairiens ?

Ce changement s'opère sur la première syUabe du verbe ou d'un mot précédant le verbe d'après les règles suivantes : *

V â long se change en iya et eya ; âkkusiwy il est malade ; eyâkkusii, lui qui est malade ; sâkihew, il l'aime, siyâkihât, lui qui l'aime.

2*^ a bref se change en ê ; apiw, il est là, epit, étant là ; akusiWy il est perché, ekusit, celui qui est perché.

3® e se change en iye ; tepwew, il crie ; tiyepwet, celui qui crie.

4*^ i long se change en iye ; nipin, il est Tété ; niyepik, quand c'est l'été.

5° i bref se change en e, nipiw, il est mort ; nepiki, quand on meurt ; ituttew, il va, etuttet, celui qui va.

6° précédé d'une consonne se change en iyOy ponam, il fait du feu ; piponaman, toi qui fais du feu.

To commençant le mot se change en me; oiinam, ïl le prend ; wetinak, celui qui le prend.

Quand le verbe est précédé par un signe qui sert d'auxiliaire ou de préfixe, ki signe du passé, ka signe du futur etc., c'est le préfixe et non le verbe qui subit le changement. De même si le verbe est précédé d'adverbe, c'est sur la première syllabe de l'adverbe que le changement a lieu. Enfin quand plusieurs mots de cette nature précèdent le verbe, c'est le premier de ces mots qui subit le changement.

V ayowy il est ; 2"* eyât, lui qui est ; 3^ meyo-ayat^ lui qui est

bien ; 4° ketchi-miyo ayât, lui qui est très bien ; 5** wa-kitchi miyo-ayât, lui qui veut être très bien ; {wi devenu wa par le changement est une particule qui exprime la volition) 6^ ejivn-kilchi-miyo ayât, lui qui veut être ainsi très bien.

Dans quels cas a lieu le changement ?

Il a lieu 1"^ au participe présent^ 2^ au suppositif, 3° au positif; 4° à Yéventuely tous modes dont nous avons expliqué le sens et qui dépendent du participe.

Il ne s'emploie pas au conjonctif pur, dans son sens de conjonctif, par exemple dans cette phrase : je partais quand tu es venu.

Par contre, il s'emploie en dehors de la sphère participiale, partout où il y a généralisation, indétermination, par exemple dans ces phrases : ow tu es ordinairement^ toutes les fois que je lui parle ^ je ferai comme je voudrai.

Il en résulte que le changement est le signe par excellence du subjectif dans les temps relatifs, du subjectif pur, celui qui n'a pas trait à une action réelle, individuelle et faite.

Comment s'explique morphologiquement le changement ?

Cette explication est difficile. Psychiquement, on conçoit bien la dépendance par une • altération phonique du verbe dépendant, et cette expression de la dépendance par une mutation de phonème est bien le procédé, la sensation actuelle.

Mais quelle a été l'origine? Y a-t-il eu simple développement, brisement de son, ou bien influence primitive d'un mot vide préfixé qui aurait ensuite disparu ?

Le système du développement pourrait se soutenir, quoiqu'il ait l'inconvénient de faire intervenir directement Tinfluence psychique, si l'on n'était frappé par le retour du phonème i quand même la voyelle radicale ne contient rien qui lui ressemble ; â long devient m, iya ; a bref devient ê «= ai ; e bref devient ie, iye, et même o, iyo. Donc partout introduction d'un ^. Le changement n'est donc, en réalité, que l'introduction d'un i dans la première syllabe du radical. C'est un infixe.

Mais cet infixe n'a pu apparaître tout-à-coup, et être placé

yolontairement, car rien n'est volontaire dans les langues. D'ailleurs l'expérience de la linguistique, et surtout l'observation des langues Malaises, nous a appris que les infixes ne sont que des préfixes marchant en avant et pénétrant dans la racine. Pourquoi ne serait-ce pas le cas ici ? Le Cri aurait marqué son participe-subjonctif par la préfixation d'un e, phonème pénétrant, qui de sa place avant la consonne aurait passé après. Quel serait cet i préfixe ? Un mot vide, comme Aa, ki et les autres préfixes temporaux du Cri, soit ayant autrefois été plein, soit ayant toujours été vide.

Mais ce n'est qu'une hypothèse. Pour nous, cette hypothèse concorde avec un système général que nous avons émis ailleurs et qui consiste à dire que certaines langues arrivent à exprimer leurs catégories par une simple mutation phonique, mais que cette mutation a eu pour origine l'action périphonique d'un mot vide disparu depuis.

Peut-être le mode vide ne serait-il pas ici un mot vide spécial, et voici comment 1'/ aurait pris naissance. Nous savons que, tandis que l'indicatif prépose à toutes les personnes le pronom personnel, le participe-sulyonctif n'en fait rien, mais tandis que l'indicatif ne suffîle pas, suffixe im indice modal : mâ«, y an y de telle sorte que le verbe se trouve raccourci au commencement, . allongé à la fin. On a sans doute avant de perdre l'indice personnel préfixé, pris l'indice modal suffixe ; le centre d'équiUbre se déplaça, le poids du mot se dirigea vers la fin, et les pronoms préposés s'oblitérèrent, puis tombèrent. Or ces pronoms, m, M finissent par ^; cet i a pu survivre quelque temps, puis en disparaissant dé sa place, entraîné par le déplacement d'équilibre du mot, pénétrer dans la racine après sa première consonne.

Groupe des lanoues du Caucase.

L'Àbchaae n'a pas de pronom- relatif et on tourne par le participe.^l-g'/i(v^«^« «-^-&fe«« '= la maison je elle-je-brûlaht ^= la maison que je brûle.

Les modes relatifs sont dans cette langue F le conditionnel ayant pour indice zr, 2° le consécutifs ir + m, 3** l'optatif in-da^ 4° le subjonctif 2>-fee, 5° Timaginatif û, shfa^ 6"^ l'impératif qui à la seconde personne coïncide avec la racine, et qui à la 3® ajoute dit. Quelques-uns de ces modes demandent explication.

Uimaginaiif signifie : comme si, suivi du verbe : si-bl-izshfa = comme si je brûlais ; c'est la première fois que nous rencontrons ce mode.

Le consécutif est le correspondant du conditionnel, il se place là où en français nous plaçons le conditionnel, tandis que le conditionnel se place où nous mettons l'indicatif avec si : condit. si-bl'ir, si je brûlais, conséc. si-hl-ir-in, je brûlerais.

Il faut remarquer que l'indice ir, ij est le suhstratum commun de presque tous ces modes.

Parmi les modes absolus, les participes sont nombreux, ils ont pour indice commun la préfixation de i à la racine ; puis chaque temps se termine par un suffixe difierent, ressemblant, mais non toujours identique à ceux de l'indicatif ; cette langue possède aussi un gérondif.

L'Aware n'a pas non plus de pronom relatif. Il possède pour modes relatifs ; en dehore de l'indicatif F deux formes de conditionnel, 2° un consécutif nous venons de voir le sens de ce terme, 3° mi optatif, 4"" deux impératifs, et pour modes absolus, P le participe, 2^ le gérondif, 3** l'infinitif terminé en ze.

Chacun de ces modes, du moins les modes absolus et le conditionnel, sont susceptibles des temps nombreux et surdéterminés de cette langue.

Le Kazikumûk manque aussi de pronom relatif. Il possède pour modes relatifs : F le potentiel, l'optatif, le conditionnel, le consécutif et l'impératif. Le conditionnel et le consécutif seuls sont susceptibles de divers temps.. Lçs temps absolus sont un grand nombre de participes, et des gérondifs. L'infinitif est la racine même.

L'Hûrkan qui manque de pronom relatif a pour modes rela-

tifs, outre l'indicatif, le conditionnel, le œnsécutifet l'impératif. Le conditionnel mérite d'attirer notre attention.

Il y a trois conditionnels en Hûrkan, le 1^ en fo*, indique la condition réelle ; le 2® en litti = li •{- U, la condition possible, le 3** en lilla^ la condition supposée possible ; l'indice fondamental li s'ajoute à la forme du futur de l'indicatif ; le consécutif a pour caractéristique sh.

Voici des exemples de ces 3 conditionnels qui en préciseront le sens : 1^ condit. Si fêtais riche, je vous donnerais de t argent ; 2® condit. si cela ne m'avait pas plu, je n aurais rien acheté ; 3^ condit. si je crains les sangliers, je ne les crains pas plus que toi. On voit que les nuances sont assez délicates.

Les modes absolus sont les participes présent et fixtur, et les gérondifs. Ces derniers qui forment les véritables absolutifs répondent au sens de chacune de nos conjonctions : afin que, iusquà ce que, quoique, etc.

Le Kûrine possède pour temps relatifs en dehors de lïndicatif, le conditionnel à suffixe tha qui s'applique à tous les temps de l'indicatif, le consécutif à indice r s'appliquant au futur de l'indicatif, et l'impératif qui coïncide avec la racine.

Les modes absolus sont nombreux : F l'infinitif en n, le participe présent en dai-di, et parfait en r-di, le gérondif présent en z et parfait en na.

L'Ude, à la différence des langues précédentes, possède un pronom relatif; c'est le démonstratif mano.

Les modes relatifs, outre l'indicatif, sont : le subjonctif, l'optatif, le conditionnel et l'impératif. Plus ici de consécutif.

Le subjonctif a pour indice : a, et la syncope de la voyelle thématique : he-sa-zû, je fais, he-sa-nu, tu fais ; he-sa-ne, il fait ; subj. h-a-z, b-a-n, b-a-ne. Un autre subjonctif se forme de la particule qa jointe au participe passé.

L'optatif se forme du futur en y ajoutant l'indice i.

Le conditionnel, du plus-que-parfait au moyen de l'indice gi.

L'impératif consiste dans le thème.

L'infinitif est un nom verbal formé par la suffixation de sun et se décline à tous les cas.

Le participe a pour indice au présent al et au prétérit i.

Le Tschetschenze n a pas de pronom relatif, le Thusch en possède un qu'il tire du pronom interrogatif.

Ces langue possèdent les modes suivants : V le subjonctif, indiœ : il-ylCy l, 2° le conditionnel du présent et du futur sur lequel nous allons revenir, 3^ l'impératif qui comme partout ailleurs consiste- dans la racine pure.

Le condiHonnel a ceci de très remarquable qu il s'exprime en convertissant la relation de pensée à pensée en relation cCidée à pensée ; autrement dit, il contracte la phrase en une seule proposition ; le conditionnel est la racine déclinée à Yinessif ; son sufl^e comme celui de Tinessif est he, h en Thusch, ieh, h en Tschetschenze.

Quant aux modes absolus déjà dans les autres langues, celles-ci possèdent : r l'infinitif, lequel n'est qu'un nom verbal avec un suffixe de dérivation en ar ; il se décline couramment comme un substantif, 2^ le participe présent qui suffixe n, 3^ le gérondif qui est un véritable adverbe, puisqu'il se formé par le suffixe adverbial : s.

Ici existe donc une tendance très remarquable à réduire les relations de- pensée à pensée en relations d'idée à pensée ; on va mêïne plus loin, l'infi^nitif qui est un des résultats de cette tendance tend à son tour à devenir un nom verbal pur et simple.

Les langues Méridionales du Caucase, Géorgien, Mingrélien et Laze, ont un pronom relatif exprimant la relation subordonnée de la pensée à l'idée ; ce pronom relatif comme en latin a été emprunté à J'interrogatif ; en Géorgien c'est romeli, et pour les êtres inanimés ra; en Laze, c'est nam, namu, tandis que l'interrogatif est mu.

Parini les modes relatifs, ces langues possèdent ; iMe conjonctif présent formé par la suffixation de de, 2"" rimpqratif qui çpnsiste dans la racine .

EJn outre deux modes hystérog.ènes : P l'optatif formé du futur p^r une légère différenciation consistant à établir partout un désinentiel qui manque parfois à certaines persounes du

futur ; comme on a dû passer des formes pleines aux formes apocopées, nous croirions plutôt que l'optatif est primitif et que le futur ne Test pas et lui a été emprunté ; ce n'est pas la première fois que ce procédé se rencontre, car le futur est un temps imaginaire et de seconde fonnation^ 2^ le conjonctif parfait ou aoriste qui dérive de Tindic'atif plus-que-parfait et ajoute au suffixe de celui-ci un suffixe propre na.

Parmi les modes absolus, ces langues possèdent : r l'infinitif qui est un véritable nom verbal, formé par les suffixes de dérivation des substantifs, et qui se décline couramment, 2!" le

participe.

Langues Nubiennes.

La langue Poul possède deux pronoms relatifs : P mo pour les êtres animés , no et ko pour les êtres inanimés, mais ce pronom semble plutôt une conjonction ; en effet très souvent il est corroboré par la présence d'un pronom possessif; ainsi au lieu de : Yhomme dont le fils est ici, Ton dira Vhomme que son fils est ici, 2" un pronom qui se compose du pronom démonstratif abrégé et de la nasale gutturale n, auxquels on joint même souvent encore fto, racine démonstrative: fihgari-ndi ndi-n, les fiisils qui.

Les modes relatifs dans cette langue sont : V l'impératif, 2^ le conjonctif. Le premier consiste dans la racine pure à laquelle on ajoute quelquefois euphoniquement un u soui'd ou muet. Le second qui ne possède que le temps •présent se forme par la préfixation de yo qui apparaît aussi à la 3® personne de l'impératif ; le cbnjonctif renferme un sens optatif et nécessitatif.

Parmi les modes absolus l'infinitif se marque par la suffixation de goly un participe au sens à la fois actif et passif paf celle de nde, de.

Le Nuba ne possède pas de pronom relatif. Il le remplace par deux procédés très curieux, le second surtout. Tantôt il réunit les deux propositions par la conjonction ta, comme : ai firgimun habakkâ ta ir kabnan = je ne veux pas la nourri-

ture comme tu manges = je ne veux pas la nourriture que tu manges ; tantôt il met la proposition dépendante toute entière au génitif en y mettant son verbe : Mosë illâhi-g â-lagèsin-nan diebel-gi Sinâ ëran = Moïse avec-Dieu il-parla-de la montagne Sinai ils nomment = on nomme Sinài la montagne sur laquelle Dieu parla avec Mdise. C'est nân qui est l'indice du génitif.

Nous appelons l'attention sur ce dernier procédé ; cette mise au génitif dune proposition tout entière. C'est un mode original de l'expression de la relation subordonnée de pensée à idée. On a bien ailleurs converti le verbe en substantif au moyen de l'infinitif et surtout de la proposition infînitive, mais ici il s'agit d'un verbe garni de ses pronoms personnels et à l'indicatif.

Parmi les modes relatifs le Nuba possède : F l'impératif consistant en la racine pure , qui pourtant emphatiquement se termine en ê, 2^ le conditionnel qui cumule les deux procédés d'expression, d'un côté l'allongement de la voyelle finale et la suppression de la consonne finale à la fois, d'autre côté la suffixation aux pronoms personnels des particules ton, Zowz, on, ont.

Les modes absolus -du Nuba sont : r l'infinitif lequel est un véritable substantif capable de gouverner un génitif. Quant à ses formes et à ses temps ils sont nombreux ; le duratif est semblable à l'impératif et se termine en e, ou bien il se forme par la suffixation de nan, innan ; laoriste se forme par la suffixation de sïn; le futur se dérive du futur de l'indicatif en ajoutant le suffixe eâj eiâ, eion, 2^ le participe se formant par la suffixation de ily el.

Le Kunama n'a pas de pronom relatif. Il le remplace par un procédé très original, en joignant à la forme aoristique abrégée ou à la forme future pleine le suffixe ma ou ya, et en traitant le résultat de cette combinaison comme un substantif : ka y-ina i-yà-ma-si i-yàke = l'homme son — frère — aîné il — avait — tué — lui il tua = il tua l'homme qui avait tué son frère aîné. Si est l'indice du pronom de la 3® personne ; après avoir exprimé la proposition subordonnée comme si elle était seule et indépendante, on la rend dépendante en lui suffixant

le pronom à l'accusatif. Des modes relatifs, il possède l^'le conditionnel, exprimé par la suffixation de iâ, yâ, 2P un mode final dans le sens à'afin qice, s'exprimànt par la suffixation du mot : na, but, au fixtur ; 3** un optatif, par l'addition du suffixe si au futur.

Le Barea possède un pronom relatif ko, ke, ge, go qu'on suffixe au verbe et qui est lui-même un suffixe de dérivation adjective ; quelquefois on le supprime, et la proposition subordonnée ne marque plus sa subordination que par sa place ; elle précède le mot qui la gouverne.

Des modes relatifs, cette langue possède r l'impératif, tantôt racine pure, tantôt suffixant A, 2^ le conditionnel qui suffixe a au suffixe du parfait, 3*" l'optatif qui emploie à la fois deux procédés, celui de suffixer g as y kas, et celui d'ayoir des désinences personnelles spéciales.

Dans leur ensemble les langues Nubiennes tendent à confondre le verbe avec le substantif, ce qui convertit leur infinitif en véritable substantif-verbal, et ce qui leur permet de décliner des propositions entières même au mode personnel. Quant aux modes relatifs, elles les expriment par des suffixes.

Langues Atcsfy^aliennes .

Ces langues sont encore fort peu connues et nous iie pourrons donner que quelques brèves indications.

La langue du Lac Macquarie possède un optatif dont l'indice est le suffixe voilj un impératif qui suffixe ala, un infinitif marqué par U.

Le Wiradurei n'a pas de pronom relatif, il le remplace par le pronom démonstratif. Il possède un impératif qui est laracine pure, un optatif en aliy un infinitif en ali-gu.

Le Kamilaroi possède un conjonCtif-optatif en daiy des parti* cipes aussi en dai, un infinitif en le- go (dans cette combinaison le est un suffixe de dérivation ; go est l'indice du datif ; on peut donc le comparer à l'infinitif latin lequel est un datif cristallisé)^

' ha, langue d'Encounter-bay n'a pas de pronom relatif ; elle le remplace par l'emprunt du démonstratif. J'ai vu Vhomme qui tria parlé hier se tourne ainsi : par — moi fui — vu Vhomme parlé il — moi — lui hier.

Les modes relatifs se forment par la suffixation au conditionnel de ilde, à l'optatif de il.

La langue d'Adélaïde possède un impératif, racijie nue, un optatif formé de la même manière et un conditionnel qui suffixe ma y nyerlay nyidla.

La langue de Parnkalla forme un conjonctif par les suffixes ra, riy ru, un potentiel par intyara, un infinitif par yu, yi, un participe présent par ngala. L'impératif se forme d'une manière originale et comme en sanscrit par Remploi de formes pronominales spéciales.

Groupe dit hyper boréen,

L'Iénisséi-Ostiake et le Kotte ont un pronom relatif qui est identique à l'interrogatif, et qui diffère suivant qu'il s agit d'un être animé ou d'un être inanimé.

Parmi les modes Us ne semblent posséder que l'impératif ; au moins, c'est le seul qui. soit relevé dans la grammaire de Schiefner.

L'Aléoute possède un impératif, un conjonctif, \xn potentiel et nn infinitif, et même parmi ces modes le conjonctif et le potentiel sont, comme l'indicatif, passibles des divers temps, savoir : présent, aoriste, parfait et trois futurs. Le conjonctif a pour inàicegum, le potentiel an, et l'infinitif g^am.

L'Esquimau possède l'optatif avec l'indice li, le conjonctif avec l'indice ma, le subjonctif avec Yinàice pa, enfin l'infinitif et le participe.

Ce qu'il faut remarquer surtout en Esquimau, c est la distinction entre le conjonctif et le subjonctif', le premier exprime l'égalité entre les deux propositions ; l'autre la subordination de l'une d'elles. Dans la plupart des langues la conjonction ne se

distingue de l'indicatif^que par Taddition d'une conjonction, la forme verbale n'est pas affectée ; ce qu'on nomme conjonctif n'est en réalité qu'un subjonctif. Ici, au contraire, il y a bien un conjonctif distinct formellement et de l'indicatif et du subjonctif, ce fait est très curieux, l'existence d'un conjonctif proprement dit est très logique et l'on peut s'étonner qu'il n'ait pas existé partout. Quand deux propositions sont unies par les conjonctions et, ou, parce que, pendant que, lorsque, il est naturel que cette union s'exprime aussi par la forme du verbe lui-même ; si bette forme porte le reflet de la subordination, pourquoi ne porterait-elle pas celui de la coordination ?

Les indices modaux souvent se combinent en Esquimau avec les indices personnels de manière à se confondre.

Une particularité très remarquable de cette langue, c'est son indigence en temps relatifs. EUe possède tous les temps absolus, c'est-à-dire ceux qui expriment le degré d'accomplissement de l'action, et cela avec une grande richesse. Mais pour les temps relatifs, il n'y a ni présent, ni passé proprement dit. Quant au futur, et c'est ce qui nous intéresse ici, il s'exprime par l'optatif, car l'optatif suppose forcément une action future. Ce n'est pas la première fois que nous apercevons une confusion entre Vidée de temps et celle de mode, la préexistence de ce dernier au temps relatif, et la génération du futur par l'optatif.

Langues Américaines.

La connaissance de la plupart de ces langues est encore bien imparfaite, aussi ne choisirons-nous que quelques types principaux. Nous avons déjà observé le groupe Algonquin.

La grande famille Iroquoise pour son pronom relatif emprunte le démonstratif ne, nene, ou Yinterrogatif nahotè, en y préposant une autre particule démonstrative : tsi.

Elle exprime le conjonctif qui a surtout un sens conditionnel, mais qui frappe la proposition précédée en français de si, par l'indice a.

Le Mutsun forme un conjonctif en suffixant t au pronom personnel.

Le Nahuatl exprime le pronom relatif par le démonstratif m, en y joignant quelquefois Tinterrogatif tlein. Parmi les modes relatifs il possède le cohx>rtatif o^^^ exprime en préposant ma, et l'optatif en suffixant ni au cohortatif ou en suffixant kia au futur. Cette double formation d'un mode qui s'appuie sur deux temps différents est assez curieuse.

Le Totonaque possède un conjonctif qu'il exprime en cumulant la préfixation de ii et la suffixation de Ih à la 1'^ et à la 3® personne du singulier, et d'autres syllabes aux .autres personnes. Ce cumul est assez singulier et se rencontre souvent dans les langues Américaines, soit pour l'expression des modes, soit pour celle des temps. Ce conjonctif possède tous les temps de l'indicatif.

L'Arrouague possède un optatif avec le suffixe ma, cet optatif a les mêmes temps que l'indicatif. Parmi les modes absolus il présente, outre l'infinitif, Yabsolutifàoni nous avons décrit plus haut la fonction particulière.

Le Yaruro possède un conjonctif exprimé en suffixant re.

En Guarani se trouvent un optatif exprimé par le suffixe, monta, un conjonctif par le préfixe t, un conditionnel parle suffixe mo.

Le Kiriri a un optatif en suffixant pro, un conjonctif en préfixant no.

Le Molushe possède un optatif qui se confond avec le futur et s'exprime en suffixant a, et un conjonctif qui suffixe li.

Le Muzuk a l'impératif, pure racine verbale, l'infinitif qui suffixe en, le participe à la fois actif et passif qui dérive de l'infinitif en y préfixant ie.

Le Timucua possède un optatif exprimé analytiquement en préposant les mots inibilehe, inteka, un conditionnel qui suffixe hana, hanima et un impératif.

En Kolosche on relève un potentiel et un conditionnel, un permissif et un impératif.

En Chiapanèque le pronom relatif est remplacé par Une conjonction : notre père qui es dans le ciel se tourné âinèî : notre père que tu es dans lé ciel : Kopoûa-ho-mé ni lona nakopaho. Le conjonctif a pour indice mo^ l'impératif o, le c^hottàtif he, le prohibitif ambiy le tout préposé. L'infinitif proprement dit n'existe pas ; ou il se résout en nom verbal, ou il devient une proposition au mode personnel dont la place indique seule la dépendance. Il ordonna d^ annoncer la nouvelle se tourné ainsi : il ordonna V annonce de la nouvelle ou bien il ordonna on annonça la nouvelle.

Le Koggaba n'a pas de pronom relatif, il possède un conjonctif et un conditionnel, le premier ayant pour suflSxe gahi^ le second se confondant avec le futur et ayant pour snflSxe commun lli.

Le Jagan, une des langues Fuégiennes, n'a pas de pronom relatif et le remplace tantôt par des participes, tantôt par un adverbe de lieu. Le marchand où foi acheté signifie : le, marchand duquel f ai acheté: Il possède trois formes de conjonctif; la F® est un véritable conditionnel, alors les deux propositions qui forment la phrase conditionnelle sufflxent toutes les deux à leur verbe asa, la 2® signifie une coordination temporale et s'exprime en suffixant dâra^ le temps, la 3® marque une nuance conditionnelle et s exprime en suffixant môs. L'impératif s'exprime en suffixant nina.

L'infinitif a deux formes : l'une consiste dans la racine pure, l'autre n'est que le locatif de la forme verbale ; il y a là une remarquable coïncidence avec la genèse de l'infinitif latin qui est un datif.

Le participe a quatre formés, amenant autant de suffixes différents.

Le Jagan a une manière très remarquable d'exprimer le conjonctif logique y lorsqu'il est marqué en fi[*ançais par la conjonction ety et qu'il y a un rapport de simultanéité ou séquence immédiate entre les deux actions ; par exemple dans ces phrases : il se tourna et dit^ vous verrez et connaîtrez ; alors cette

langue affiice la conjonction et des deux verbes simple ne fait plus qu'uA seul mot, qu'un seul verbe composé.

Le Chibcha possède un subjonctif-conditionnel, qui correspond à la proposition subordonnée marquée en français par si ou par quoique. Il a aussi un impératif futur et un optatif étroitement apparentés. Il possède enfin des participes à tous les temps. Quant au subjonctif véritable, il s'exprime par ïordre des propositions^ et dans cet ordre la proposition subordonnée vient ia première, en outre la première proposUion se ^net au locatif dont l'indice est sa, s, de telle sorte que grammaticalement les deux propositions n'en font plus qu'une : Dios amuys nu'pquyquy choc nu-zarnga-s a^nmchy-su^ca-co «= Dieu vers ton cœur à bien tu dirigeras — dans il espère « Il espère que tu te convertiras à Dieu.

Quant aux conjonctions : comme, tandis que, après que^ elles se postposent au verbe.

Langues Océaniennes,

Ces langues comprennent trois familles : la Mélanésienne, la Polynésienne et la Makisienne plus ou moins apparentées.

a) Famille Mélanésienne.

Le Fidji présente parmi les modes relatifs 1 impératif et le coujonetif, tous les deux apparentés et marqués par la préposition de me auquel on suffixe les pronoms personnels : me-u laho, que j'aille ; me-iewton lako, que nous allions, et lako^ mo Jdko, va. L'infinitif consiste dans la racine déclinable.

Il n'y a pas en cette langue de pronom relatif, la position seule marque la relation, dans cette position la pensée tantôt précède, tantôt suit Tidée qu'elle détermine,un pronom personnel .dans une des propositions exprime où se trouve la relation : $a tiko e na vale ni Iota e Dua na ta;mata sa curuma na yalo Éawa savmfirva -«^ il y avait dans l'école un homme, il y avait

en lui un démon ~ il y avait à Técole un homme que possédait un démon. Le simple adjectif est quelquefois transfonné en proposition entière incidente. Au lieu de dire : apportez ici le veau gras, on dit : apportez ici le veau il est gras doû kaida mai hike na gone ni pulomokau sa iiro.

Il en est souvent dé même de la relation conjonctive ou subjonctive, seulement alors on intercale la conjonction ni : il vit qu'ils étaient inquiets, se trouve : il vit eux que ils étaient inquiets. 11 y a là un pas vers l'expression formelle, mais plus souvent on dit : il vit eux ils étaient inquiets.

Ce sont les phrases subordonnées qui expriment le but qui emploient me ; celles causales sont précédées de ni.

Le conditionnel, le concessif s'expriment par de véritables conjonctions analytiquement préposées. Kevaka, ni dans le premier cas, dina dans le second.

L'Annatom possède loptatif, le concessif, le conjonctif et 1'%pothétique qui n'est autre que le conditionnel marqué sur la proposition que noits commençons par si en français ; les indices se fondent avec le pronom personnel ; enfin l'impératif ; parmi les modes absolus l'infinitif consistant dans le radical, et un gérondif ou supin formé en préposant au verbe l'article m, an, n et en lui suflObtant vaig. Le concessif renferme bien des nuances ; il peut exprimer, en outre, le facultatif, l'optatif, l'impératif et le iutur ; c'est une preuve de \ indivision primitive de toutes ces idées.

Le pronom relatif n'existe pas, on y supplée comme en Fidji : il ne comprend pas un mot il disait à eux.

U hypothétique disparait quand on emploie le conjonction el si, ce qui revient à dire qu'il s'exprime tantôt synthétiquement en affectant le verbe lui-même, tantôt en dehors et analytiquement.

Le Mare emploie la particule cho pour désigner le nécessitatif et le facultatif, et par extension le conjonctif et Vinterrogatif. Il faut remarquer soigneusement ce rapport qui lie un mode à une voix, Yoptatif conjonctif à Vinterrogatif, de même que nous

avons remarqué ailleurs Yunion étroite dun temps et dun mode.

Cette langue n'a ni pronom relatif ni participe ; la position seule imprime ce sens. Quelquefois cependant la fonction participiale est marquée par la préposition de l'article.

Il n'y a pas de subjonctif, au moins lorsque le rapport est causal, la position seule exprime ; quand il y a un rapport de but, on emploie la conjonction cho ou thu.

Le conditionnel met la conjonction kachene où nous mettons si ; quelquefois la position seule suflBit pour Texprimer, mais cette position varie eUe-méme, et le contexte est alors, en réalité, le seul moyen de fixer le sens.

Le système général est le même dans la langue de Lifii ; non-seulement les formes verbales, mais les conjonctions ellesmêmes manquent le plus souvent. En conséquence le style indirect est presque toujours remplacé par le style direct quand on rapporte un discours. Cependant le but s'exprime aussi par la suffixation de ia au verbe.

Ces exemples sont suffisants pour illustrer le système des langues Mélanésiennes qui, à raison de leur état primitif, sont curieuses à observer. A la base, expression par le contexte, puis par la règle de position qui devient fixe ; plus tard par des conjonctions préposées ou postposées [analy tiquement , enfin mais rarement par des formes verbales.

b) famille polynésienne.

Il n'y a pas ici de pronom relatif proprement dit, mais on y supplée par le pronom démonstratif, ou par des tournures spéciales.

Les seuls modes relatifs sont le subjonctif, le conditionnel et le potentiel qu'on exprime en préfixant diverses conjonctions. Quelquefois ces divers modes se confondent. Le conjonctif emploie en Samoa ia, ina, en Tonga Ae,en Maori A/a, ma, dans lès autres langues ia, i ; le conditionnel emploie en Samoa a, a/ai fçtita, pe, pea\ en Tonga ka, kabau^ en Maori kite, mete, en

' x w w . tf " «a - *

Tahiti ahiri, en Hawaï, me, enfin le Potentiel se marque en Tonga par fau.

Le participe se forme partout en préposant ana.

c) famille Malaisienne.

Le système est le même. Il y a cependant un pronom relatif, sauf dans quelques unes, par exemple le Makassar.

Quant aux modes, ils s'expriment aussi par la simple préfixation de particules.

Langue Japonaise,

Elle ne possède point de pronom relatif, la proposition aâisi subordonnée s enclave simplement dans la principale.

Parmi les modes personnels, elle possède, outre l'impératif , le conditionnel qui s'exprime par la suflSxation de la conjonction naraha.

L'infinitif se distingue par une terminaison vocalique du radical différente de celle* de Tindicatif .

Langue Coréenne,

Le Coréen n'a pas de pronom relatif ; il y supplée par l'emploi du participe.

Parmi les modes relatifs il possède P le conditionnel qui peut se mettre au présent ou au futur ; le premier emprunte les indices du iutur keit, du passé t, et y joint un indice propre eni ; le second se forme du premier en ajoutant une seconde fois l'indice du passé t ; 2° Timpératif avec les indices : ie-ra.

Parmi les modes absolus on trouve P le participe présent en on, le passé en n, le futur en Z, 2^ les gérondifs qui sont les temps de l'indicatif après l'apocope de la particule ta caracté-" ristique du verbe. Cette apocope a lieu aussi au gérondif.

C'est un fait curieux à noter : les gérondifs et participes, au

lieu de se fonner comme le plus souvent en ajoutant un suflixe au radical verbal, se forment ici, au contraire, en réduisant d'abord le radical à la racine.

Langues monosyllabiques.

Le Thibétain n'a pas de pronom relatif ; la règle de position indique seule cette relation. L'impératif présente la suflSxation soit d'o, soit d*5. Le précatif se forme en sufflxant tsig, iig, le conditionnel (phénomène que nous avons déjà remarqué ailleurs) n'est qu'une forme verbale mise au locatif par le suffixe na : bjeârna^ s'il fait « dans son faire.

Le gérondif n'est qu'une forme verbale mise à Tablatif par le suflixe nas^ pas ; smra-s nasy lorsqu'il eut écrit.

En Birman point de pronom relatif, les participes et les gérondifs y suppléent. Le conditionnel s'exprime par les suffixes (muy raû.

En Siamois point non plus de pronom relatif. L'impératif se marque en postposant l'une des particules thM, thôs^ assez, si, Uy certainement. — C'est par des particules aussi postposées que s'exprime la subordination.

Le Khassia possède un pronom relatif formé en suffixant ha aux pronoms personnels de la y personne. Il a un impératif, en préposant to qui signifie maintenant, un conjonctif en prépo • sant lada ou nah.

En Annamite point de pronom relatif; cette relation s'exprime en postposant à l'autre la proposition subordonnée. Au lieu de dire : ce travail quej'aifini, on dit : ce travail j ai déjà fini ; thomm^ que f ai vu, devient : Thommefai dé^à vu lui. L'impératif s'exprime soit par la racine pure, soit en lui préposant x^^-

Enfin le Chinois emploie les pronoms démonstratifs pour faire fonction de pronoms relatifs ûà, so, isi qui se mettent tantôt au commencement, tantôt à la fin ; les modes s'expriment tous analjrtiquement par des mots séparés qui consistent tantôt en adverbes, tantôt en verbes.

Langues des Nègres.

La plupart de ces langues qui forment un groupe et non une famille n'ont pas de modes, ou tout au plus les expriment analytiquement par des conjonctions ou des adverbes préposés ou postposés. Nous n'indiquons donc que quelques unes d'entre elles où l'idée et l'expression modales paraissent s'être mieux dégagées.

Le Kanuri possède un impératif marqué par l'abréviation de la seconde personne de l'aoriste. Le conjonctif q\ii a le double sens de conditionnel et de futur passé se forme dans le premier cas en suffîxant nyâ, dans le second en sufBxant ia. Ces suffixes se fondent avec le radical d'une manière remarquable. Par exemple wûgoskrô -\- nyà devient wûgasganyâ ; loûgan + nyâ devient wûgàmiâ^ wûngê + ïa devient wUngiâ.

Le Woloff exprime le pronom relatif en empruntant l'article défini dont il suit toutes les variations ; en conséquence &î, di, gi, ki, H, mi etc. remplissent successivement la fonction du qui français. Cette langue possède un optatif qui s'exprime en suffixant onté ; l'impératif est la racine nue. Le conditionnel a pour indice hon ou konté qu'on prépose, le suppositif (la proposition en français précédée de si) su qu'on prépose aussi. Le gérondif a pour indice ma. Quant au subjonctif, il s'exprime sans conjonction, par une forme spéciale qui marque aussi Yinterrogation, la réponse, et qui s'emploie après le pronom relatif

En Nupé le pronom démonstratif remplace le pronom relatif ; le poids que fai porté aujourd'hui est lom^d, se tourne ainsi : poids celui-ci, fai porté lui aujourd'hui, est lourd. Le potentiel s'exprime en préposant ga au verbe et en lui suffixant wô, le tout à la fois ; le conditionnel se forme en ajoutant gâ, kagan, kaha ou waike au futur.

En Basa et en Grebo le potentiel se forme en postposant be.

En Bari le pronom relatif n'est qu'un pronom démonstratif. Parmi les modes l'impératif s'exprime en plaçant l'accent sur la

dernière syllabe. L'infinitif se forme par un élargissement de racine ; un des élargissements consiste dans la réduplication de la première syllabe.

Le Serer possède un conjonctif qu'il exprime en suffixant anga^ un optatif en préfixant yasan, un impératif dont l'indice est 2, enfin un gérondif.

Langue Basque,

Le Basque exprime le pronom relatif d'une manière très originale ; la proposition relative précède l'autre, et on suffixe à l'ensemble de cette proposition, en la suffixant à son verbe, la particule relative non, abrégée en n : ikuslen nau-n aura = il me voit — qui l'enfant = l'enfant qui me voit ; ikusten dedan aura = je le vois — qui l'enfant = l'enfant que je vois ; ematen dugu == nous donnons, ematen dugu-n = que nous donnons, ou : ce que nous donnons ; ematen dugu-n-a = ceux ou ce que nous donnons ; emaien du-en-a == celui qu'il donne, ou : ce qu'il donne ; ematen du-en-ar-en = de celui qui donne.

La proposition entière devient ainsi un substantif déclinable.

L'impératif se forme de la racine verbale avec les pronoms personnels ; le conjonctif s'exprime dans les verbes transitifs en suffixant au verbe la particule relative n que nous venons d'observer. Ce fait est remarquable ; il indique une confusion entre la relation de pensée à idée et celle de pensée à pensée, de plus une confiision des deux, au point de vue morphologique au moins, avec la relation d'idée à pensée. Les deux relations dont nous nous occupons ici s'expriment en eifet au moyen d'un pronom relatif, mais suffixe au verbe, en union étroite avec lui et rendant la proposition incidente tout entière déclinable. On touche d'ailleurs au point à partir duquel la relation exprimée d'ordinaire par le pronom relatif s'exprimera en Algonquin et en Celtique par une modification verbale, comme les modes proprement dits. Dans les verbes intransitifs cependant le con-

jonctif se forme en suflSxant la à Tindicatif. Le potentiel se forme en suffixant ke dans les transitifs, te dans les intransitifs n-a-tor-key je voudrais venir.

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