‹ De la cautérisation dans le traitement des maladies chirurgicalesChapitre 1 sur 15 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La cautérisation n’est point une opération tellement précise et bien limitée, qu’elle ne se prête à des interprétations variées. Elle comporte avant tout, dans le langage chirurgical, l’idée d’une destruction rapide, sinon instantanée, des tissus organisés. Aussi, pensons-nous qu’il convient de faire intervenir cette notion, de destruction rapide , dans la définition qu’en donnent les savants auteurs du Compendium1, définition qui nous a semblé la meilleure de toutes celles qui ont été proposées.

Ainsi comprise, la cautérisation est une opération par laquelle on détruit rapidement, à l’aide du calorique ou des caustiques, l’organisation et la vie dans une partie circonscrite du corps.

Nous disons calorique parce qu’en effet, les éléments de nos tissus sont presque aussi instantané-

1 Bérard et Denonvilliers. Compendium de chirurgie. Paris, 1859 ^ p. llo.

1869 — Angcr.

ment frappés de mort par un froid intense que par une température éfevée : l’acide carbonique solidifié, le mercure congelé, produisent des eschares qui, par la rapidité de leur formation, ne sont pas sans analogies avec celles du fer rouge ; mais jusqu’à ce que l’on ait trouvé un moyen pratique, simple et facile, d’attaquer instantanément les tissus avec le froid , comme on le fait avec le feu , le froid ne saurait être considéré comme un agent de la cautérisation, telle qu’elle a été définie. Aplus forte raison, ne doit-on pas avecFollin1, M. Broca 2 , regarder la réfrigération , la congélation , qu’Arnott3 et Simon4 ont tenté d’appliquer à la destruction des tumeurs, comme une variété de cautérisation. Pour la simple réfrigération, le doute n’est pas possible. Mais une congélation prolongée peut produire la gangrène ; et, à ce titre, Velpeau5 s’est demandé si elle ne pourrait pas, dans certains cas, remplacer les caustiques. Mais rien de plus incertain que l’action des mélanges réfrigérants, les seuls employés dans ce but jusqu’à ce jour. Alors même que l’insensibilité et l’arrêt de la circulation semblent annoncer une mort irrévocable, les tissus reviennent à la vie ; et, si des eschares se produisent, ce n’est plus le froid,

1 Follin. Thérapeutique du cancer. Archives de médecine, 1 855, 5e série, t. V, p. 732.

2 M. Broca. Traité des tumeurs, 1866.

3 Arnott. Transactions of the Pathological society ofLondon, 1854; in-8°, p. 311. Application de la congélation à la destruction des tumeurs.

1 Simon. Bulletin de thérapeutique.

5 Velpeau. Traité des maladies du sein, 1858.

qui est F agent destructeur, mais un travail organique secondaire et consécutif.

La galvano-caustique, empruntant son action cautérisante au calorique, rentre manifestement dans le sujet qui nous occupe : la différence d’origine de la chaleur, combustion ou électricité, ne saurait constituer un motif suffisant d’exclusion. Mais en est-il de même de l’électrolysation ou de la galvano-puncture, également présentées , dans ces premiers temps, comme un puissant moyen de destruction des tissus pathologiques?

Les observations de Haën l, Mauduyt2, Grapengiesser3, La Beaume4, Massé5, etc., démontrent que, sous l’influence de décharges ou de courants galvaniques, des tumeurs diverses ont pu s’arrêter dans leur développement, quelques-unes même disparaître. Prouvent-elles que l’électricité, à l’état statique, soit un mode de cautérisation? M. Broca, qui résume ces faits, ne le pense pas : la seule conclusion légitime qu’on puisse en tirer est que les courants électriques sont susceptibles de produire sur nos tissus des modifications profondes, qui en altèrent la nutrition. Nous ne voyons là aucun des caractères essentiels de la cautérisation.

Mais l’idée d’utiliser les actions chimiques de l’élec-

i Haen. Traité des tumeurs de M. Broca.

2 Mauduyt, id.

3 Grapengiesser, id.

4 La Beaume, id,

5 Masse, id.

tricité pour désorganiser les tissus ne saurait être passible du même reproche. Il y a là véritablement cautérisation, c’est-à-dire destruction rapide et formation d’eschare. Ce n’est plus, il est vrai, à l’aide du calorique, que le chirurgien opère; il résulte des expériences de Ciniselli 1 que, sous l’influence d’un courant continu, les matières salines qui entrent dans la composition des tissus sont décomposées : les acides se rendent au pôle positif, les bases au pôle négatif, et ces nouveaux corps, agissant alors sur les éléments anatomiques à la manière des caustiques alcalins ou acides, en détermineraient la désorganisation. Si tel est le mode d’action de la galvano-puncture, elle devrait être complètement assimilée à la cautérisation potentielle. Nous verrons plus loin quel parti M. Nélaton2 a tiré de ce nouvel ag’ent pour le traitement de certaines maladies.

La cautérisation bien définie, l’usage voudrait que nous en écrivions l’histoire. Depuis les traités de Costœus3,Severin4 et Percys, jusqu’à ceux de HoppeG et Philipeaux7, la cautérisation a été l’objet de recher-

t Cineselli. Bulletins de la Société de chirurgie. lre série, p. 471 ;

2 Nélaton. Académie des sciences, 18 juillet 1864.

3 Costæus, De ignœis medicinæ præsidiis, libri duo, in-4°. Venetiis, 1695.

4 Séverin (Marc-Aurèle). De la médecine efficace.

5 Percy. Pyrotechnie chirurgicale, 1811.

6 Hoppe. Das feuer als heilmittel oder die théorie dei brenneus in der heilssunde. Bonn, 1847.

7 Philipeaux. Traité de ia cautérisation, 1856.

ches historiques qui, nous l’avouons, ne nous ont pas paru avoir une importance pratique incontestable. Nous bornera reproduire ici ce que tous ces écrivains ont si bien dit, nous paraît une tâche ingrate et inutile. La seule chose réellement importante à constater ici, c’est les efforts tentés dans ces trente dernières années pour érig*er la cautérisation en méthode générale de traitement des affections chirurgicales. Préparée par Ganquoin ', inventée par Girouard1 2, proclamée par quelques chirurgiens et beaucoup de charlatans comme la panacée universelle à tous nos maux, cette méthode a reçu son couronnement scientifique dans fouvrag’è de Philipeaux publié en 1856, sous la grande autorité de Bonnet. Dès lors les succès des caustiques remplissent les journaux ; les procédés se succèdent, et leurs applications se multiplient; il n’est peut-être pas une seule maladie chirurgicale qui n’ait trouvé son caustique infaillible : tumeurs, amputations, cataractes, tout s’est fait à la pâte de Ganquoin ou au g’alvano-caustique.

Bien que leur valeur en ait été souvent exagérée, plusieurs de ces nouveaux procédés sont entrés dans la pratique, etrendent chaque jour des services incontestables. Pour d’autres, l’expérience est en voie de se faire, et le moment est venu de reprendre les faits, de les coordonner, de les passer au creuset d’une analyse

1 Canquoin. Traitement du cancer par le chlorure de zinc. Paris,

2 Girouard. Études sur l’action du caustique de Vienne et du chlorure de zinc; Revue médico-chirurgicale de Paris, 1854.

impartiale pour en extraire ce qu’il y a de bon et d’utile pour le progrès de la science et de l’art.

Tel sera le but que nous essayerons d’atteindre : pour y parvenir, nous ne croyons pas qu’il soit indispensable d’exposer dans tous leurs détails les innombrables procédés de cautérisation qu’on trouve décrits dans les auteurs qui nous ont précédés. Nous ne saurions avoir dans un sujet aussi vaste la prétention d’être complet. Passer rapidement en revue les agents de la cautérisation, en décrire les effets sur nos tissus, en apprécier la valeur comme méthode générale de traitement des maladies chirurgicales, en étudier les principalesapplications, telles seront lesquatre grandes divisions de notre sujet.

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