‹ De la caution judicatum solviChapitre 256 sur 273 · VIRG. EGL · texte numérisé non relu

VIRG. EGL

Et si sa chasse est toujours aussi heureuse, il lui promet une statue de marbre, les jambes ornées d'un cothurne de pourpre.

Le gibier était d'ailleurs très abondant en Italie et une des principales sources du revenu de certaines propriétés. U arrivait même quelquefois que de riches Romains, avaient un esclave spécial, nommé auceps^ dont l'unique fonction consistait à

s'emparer du gibier et à le vendre au marché pour son maître. Ils possédaient des leporariaj sortes de parcs, dépendant de leurs maisons de campagne, dans lesquels on conservait toute sorte de gibier. (Varron, de re rustica^ liv. III, chap. XII.)

Quant aux modes de chasse employés par les Romains, nous les connaissons également. Deux poèmes sur la chasse nous ont été transmis, l'un de Gratien, Tautre de Némésien, et différents textes juridiques font allusion à ces procédés. Ils se servaient en général de vastes filets, retia^ à l'aide desquels ils entouraient de grandes enceintes, ou de filets plus petits, plagœ, qui se terminaient par des bourses, casses^ disposées de telle sorte que l'animal qui y tombait y restait embarrassé. Ils poussaient à l'aide de chiens le gibier dans ces filets. Le chasseur accourait alors pour s'en emparer. Ou bien encore ils se servaient de collets, laqueœj sorte de nœud coulant qui se sert à mesure que l'animal fait effort pour se dégager.

Mais les textes ne parlent pas de la chasse à courre. Il est donc vraisemblable qu'elle était inconnue des Romains.

Celle-ci est d'origine gauloise. Dédaignant l'agriculture, les Gaulois aimaient la guerre, la chasse, les exercice physiques, tout ce qui leur semblait propre à exercer leur magnanimité. Ils s'attaquaient de préférence aux animaux les plus

redoutables, tels que l'urus, aujourd'hui disparu. Ce sont eux qui sont les créateurs de la grande vénerie. Montés sur leurs chevaux, ils parvenaient avec l'aide seule de leurs chiens, à forcer les animaux les plus rapides. Les dépouilles des ennemis qu'ils avaient vaincus, celles des animaux tués à la chasse, servaient à orner leurs demeures, et quand un chef mourait, ses chiens et ses chevaux étaient enterrés à ses côtés. .

€ Les Germains, nous dit Caesar (Gom. liv VI, chap. 28), ne s'adonnent pas à l'agriculture; leur principale nourriture est le lait, le fromage, la chair des animaux ; toute leur vie est consacrée à la chasse et aux exercices, militaires >. Aussi lorsqu'ils pénétrèrent en Gaule, ils y apportèrent leurs anciennes habitudes, et leur premier soin, ainsi que nous le verrons bientôt, fut de se réserver pour la chasse, sous le nom de forêts, d'immenses étendues de territoire. < Les Barons, nous dit un historien, ne quittaient le costume militaire que pour revêtir l'équipage de chasse. Guerriers, jurisconsultes, prêtres s'honoraient d'être chasseurs et conservaient avec orgueil les bois des cerfs, les défenses des sangliers et les dépouilles des autres animaux.. >

Les dames elles-mêmes aimaient à se mêler à ces exercices. Montées sur d'élégants palefrois, méprisant la fatique, elles accompagnaient les chasseurs,

-Bêles animaient de leur présence et de leurs éloges.

Les rois des deux premières races furent d'intrépides chasseurs ; Clovis, Clotaire, Chilpéric, Dagobert se distinguèrent particulièrement. Gharlemagne lui-même ne dédaignait pas d'oublier les soins de son empire, pour se livrer à la chasse.

Il défend dans ses capitulaires, d'établir de nouvelles forêts sans son autorisation, et nous y voyons en outre que le serment de ses barons devait être prêté sur une épée et un faucon.

Pendant tout le moyen-àge, la chasse fut la grande distraction des seigneurs. Pour égayer leur vie si triste, ils en sont réduits à imaginer des redevances bizarres ou des cérémonies grotesques dans lesquelles ils ne dédaignent pas de jouer un rôle. Parfois, mais bien rarement, le troubadour vient chanter sa chanson d'amour; mais son séjour ne dure guère et il reprend bien vite sa course aventureuse. Toute vie intellectuelle a cessé, si ce n'est au fond de quelques monastères ; les péages, les droits d'épave, la diversité et la multiplicité des coutumes, le défaut de sécurité, l'absence de voies de communication rendent tout .commerce et toute industrie impossibles. Couverts de leurs armures de fer, les seigneurs ne connaissent d'autre moyen de s'enrichir que le pillage, n'aiment que la chasse et les combats. Toule colline devient une forteresse, toute plaine

un champ de bataille. Le seigneur se retranche derrière les créneaux de ses tourelles et le son du cor vient seul le distraire de l'éternelle monotonie de son château : < Toute la joie du manoir, tout le sel de la vie, ditMichelet, c'était la chasse; au matin, le réveil du cor; le jour, la course au bois et la fatigue ; au soir, le retour, puis le triomphe, quand le vainqueur avec sa bande joyeuse siégeait à la longue table, où il posait la tête superbement ramée, la hure énorme, et où il refaisait son cou- -rage avec la chair des nobles bêtes tuées à son péril. Quiconque portait l'épée devait tirer l'épée >. Au XIV® et au XV* siècle, les chasseurs renommés sont nombreux. Les citer tous serait chose inutile. Louis XI, toutefois, jaloux d'affirmer son pouvoir en toutes choses, et désireux d'humilier Torgueil des seigneurs par tous les moyens, revendique pour lui seul le droit de chasser dans tout le royaume. Mais cette éclipse du droit de chasse ne fut que momentanée. Après sa mort, ses successeurs rendirent à la noblesse cette prérogative V dont il avait cherché à la dépouiller. Charles VIII, François F, Charles IX, Henri IV, Louis XIII, se distinguent par leur habileté à la chasse, et leur exemple est suivi par tous les seigneurs de leur temps. Même lorsqu'on est occupé à des expéditions lointaines, ils n'oublient pas leurs goûts et ne dédaignent pas ce genre de plaisir (1).

(i) C'est ainsi que nous voyons les Français se livrer à la

Sous Louis XIV, la chasse devient presque une aflaire d'Etat. Ce prince veut chasser en Roi. P'aisant consister une partie de sa grandeur dans l'étiquette et aimant le faste, il organise de somptueux équipages et en règle avec soin le cérémonial. Toutefois il abandonne les vieilles traditions de la vénerie pour se servir des armes à feu. Les membres de la famille royale ou quelques hauts dignitaires de la cour étaient seuls invités à ces cliassos et admis à tirer en même temps que le roi.

Louis XV, au début de son règne, Louis XVI furent aussi do passionnés chasseurs.

Pondant la Révolution, il y eut peu d'équipages d(^ chasse. Mais Napoléon F, en établissant TEmpire, et en organisant sa Cour sur le modèle de celle de l'aucienne France, ne pouvait oublier la chasse. Parmi les gi'ands dignitaires qui furent immédiatement (îréés à cette époque, Berthier fut nommé grand veneur, Caulaincourt, grand écuyer.

chasse pendant la conquête du Milanais, sous le règne de Louis Xll. i< Le comte de Ligny estait logé hors la ville à la Chartreuse, Tung des plus beaulx et excellens colliége du monde, que fonda Jehan Galeaz, duc de Millan, duquel est faicle mencion. Le surplus de Tost estait logé au parc de Pavye, ouquel furent par les Francaiz plus de cinquante bcstes fauves et rouces,à course de cheval, prinsesel tuhées; et tant y en avait que a grant compaygnies et trouppes, comme brebiz, en tous les lieux du parc, on les voyait marcher et courir, septembre 1499 ». (Chroniques de Louis XII, par Jean d'Anton, publiées par R. de Maulde la Clavière)*

Sous le règne de Louis XVIII et de Charles X, on monta de splendides équipages et la chasse à courre fut de nouveau en honneur. Louis XVIII lui-même que sa corpulence empêchait de monter à cheval suivait les chasses en voiture. (La Vallée, La chasse à courre. Introduction).

Louis-Philippe aimait trop la simplicité pour reprendre les traditions de la grande vénerie. Mais sous son règne, le goût de la chasse se répandit de plus en plus dans le public.

On se rappelle enfin que le second Empire se hâta de restaurer les anciennes chasses et les forets de Fontainebleau, Marly, Rambouillet, Compiègne, Saint-Germain furent affectées aux chasses impériales.

Tel est, brièvement exposé, le rôle considérable qu'a joué la chasse aux diflférentes époques traversées par l'humanité. Ce goût unanime des peuples a eu des résultats heureux : il a débarrassé les campagnes d'animaux qui les eussent dévastées et les eussent troublées par d'incessantes incursions. Cette passion n'est pas près de s'éteindre.

Aujourd'hui encore, le rôle économique de la chasse,est important. Malheureusement, le gibier déjà trop rare en France, semble menacé, dans un avenir prochain, d'une destruction totale. Estce la faute de la législation qui nous régit ? Doiton augmenter les mesures ayant pour but la con-

servation du gibier, ou, au contraire, y a-t-il lieu de donner satisfaction à certaines réclamations et d'admettre un plus grand nombre de personnes à l'exercice du droit de cliasse ? Le droit de chasse, en effet, ainsi que nous allons le voir, plus que tout autre, suit la même marche que les sociétés, et nous pi-ésente le reflet des grands mouvements politiques de notre liistoire.

Page 1