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De la cavalerie dans le passe et dans l'avenir

Toutes les questions militaires ont pris une grande place dans la vie des peuples du moment où ils se sont constitués, où ils ont pu former des gouvernements réguliers disposant à la fois des richesses et des forces actives du pays. S'agissait-il de la défense du territoire menacé, de l'extension des frontières, de la conquête des pays voisins ou seulement de l’affirmation de sa suprématie vis-à-vis des nations rivales, les préoccupations devaient être les mêmes, et il fallait organiser des armées, en y combinant sous la meilleure forme les éléments divers qui pouvaient être appelés à les composer. Celte forme a varié aux diflérentes époques avec les découvertes successives de l’esprit humain et l’emploi de nouvelles armes. La cavalerie, qui avait constitué un moment la force principale des nations, a subi nécessairement les modifications qu’en-

traînaient avec l’intrôduction de la poudre les progrès de la tactique ; elle a dû abandonner le rôle qu’elle avait eu dans le moyen âge, pour ne < plus devenir qu’un auxiliaire des autres armes. A mesure que l'artillerie et l’infanterie se perfectionnent, elle semble perdre de son importance ; les boulets la décimeront au loin avant qu’elle puisse se déployer, les balles l’arrêteront dans son élan, si elle parvient à se mettre en mouvement ; son choc, qui devait être redoutable, ne se fera plus sentir sur une infanterie qu’elle ne peut atteindre: voilà ce qui s’est dit dans ces derniers temps, et les choses en sont venues à tel point, qu’une opinion considérable a cru devoir formuler comme conséquence, sinon une suppression complète, au moins une diminution notable... Il y a là évidemment une erreur contre laquelle on ne saurait trop réagir ; mais nier que le rôle de la cavalerie n’ait pas changé, que son action dans le combat n’ait pas diminué, qu’elle puisse affronter aujourd’hui comme dans le passé le feu de l'artillerie ou les décharges rapides de l’infanterie, ce serait aussi une idée fausse ; c’est entre les deux qu’est la vérité, et c’est là qu’il faut la chercher.

Pour bien apprécier le rôle de la cavalerie dans l’avenir, avec les conditions nouvelles qui lui sont faites, il semble indispensable de rechercher ce qu’il a été dans le passé. Quelle a été l’organisation de celte arme aux différentes époques, à

quel but répondait-elle ?... Quel a élé son emploi dans les combats, comment a-t-on été amené || successivement à la modifier jusqu'à nos jours?... C’est dans les enseignements de l'histoire militaire, dans l'analyse des actions de guerre, qu'on peut trouver la solution de questions aussi complexes ; la logique des faits est le meilleur des enseignements, c’est d’elle que doivent se déduire les principes propres à chaque époque, avec leurs transformations successives.

Cette étude nous amènera jusqu’à nos jours par l’enchaînement naturel des événements ; mais ici la tâche devient plus difficile, il faut pénétrer dans l’avenir et prévoir les modifications que l’emploi d’un armement nouveau, la puissance de moyens d’action et de concentration inconnus jusqu’ici doivent forcément introduire dans la tactique de la cavalerie, comme dans celle des autres armes. La stratégie elle-même voit ses anciens principes bouleversés; elle est en présence de combinaisons nouvelles, dont la cavalerie pourra devenir l’un des éléments les plus puissants. Ces questions sont à l’ordre du Jour dans toutes les armées, et déjà les puissances éirangères s’en sont préoccupées, depuis les événements de 1866 et la constatation des effets produits par le nouvel armement. Chez les unes une tactique spéciale a été inaugurée, chez les autres des dispositions particulières de combat ontété mises en usage: enfin partout la nécessité

d’une transformation est comprise et chez nous ia voie est ouverte... L'examen des changements déjà faits ou prêts de l'être sera la conclusion obligée de ce long travail, qui n'a d’autre but que de provoquer la discussion et d’en faire jaillir la lumière, dans l'intérêt d’une arme dont les grandes qualités semblent s’attiédir dans une sorte de routine et de fatalisme.

Epoque romaine. République. — En remontant d’abord dans les temps anciens, on y retrouve des idées, des principes complètement oubliés, qu’on croit nouveaux quand ils apparaissent près de nous, tandis qu'ils ne sont souvent qu’un emprunt du passé, une répétition de ce qui se faisait autrefois.

Aux vraies époques militaires, la cavalerie avait presque toujours été mêlée à l'infanterie... Chez les Romains, que voit-on en effet ?

Un peloton de cavalerie de trente hommes, appelé turme, est attaché à chaque cohorte, et comme il y a dix cohortes par légion, il s’ensuit que la légion romaine compte dans son effectif dix turmes ou trois cents hommes de cavalerie, qui se placent dans l'ordre de bataille §.ur les ailes, quelquefois en avant du front et souventen arrière.

Cette cavalerie était sous les ordres directs du tribun, chef de la légion, àmoinsque le commandement de l'armée ne fût confié à un dictateur. Dans ce cas exceptionnel, le dictateur avait près

s de lui, comme second, un maître de la cavalerie s (magister equitum), qui prenaitle commandement ) de toute cette arme et en disposait suivant qu’il i le jugeait utile... Ne paile-t-on pas aujourd’hui ! d’un commandant en chef de la cavalerie dans chaque armée?...

Les faits d’armes de cette cavalerie romaine sont trop connus pour qu’il y ait à les rappeler ici. Son harnachement était des plus simples : deux couvertures de drap pliées et retenues par une sangle, un poitrail et une croupière; il avait du moins l’avantage d’être léger. La selle ne vint que plus tard, sous Théodose, à la fin du quatrième siècle, et quant aux étriers, leur emploi ne date que du sixième siècle.

Sous Vempire romain. — La proportion pour laquelle la cavalerie entrait dans la constitution des armées romaines augmente successivement, à mesure qu’on s’écarte des lois sévères de cette première tactique qui avait donné à la république l’empire du monde ; l’introduction des barbares dans les armées impériales tend à développer de plus en plus la proportion de celle arme qui finit par composer presque seule les forces militaires des derniers Césars. Déjà sous Justinien il n’y avait presque plus que de la cavalerie. On trouve là l’explication naturelle du succès des invasions successives de ces peuples asiatiques plus habiles et plus hardis cavaliers que les soldats efféminés du Bas-Empire.

Moyen âge. — Si de celle époque qui ferme l’histoire ancienne on passeàl’ère du moyen âge, on y voit encore la cavalerie former l’élément principal des armées; l’infanterie n’est destinée qu’a préparer son action,, qu’à L’appuyer ; c’est le renversement desprincipes de la tactique romaine et de celle que nous verrons appliquer dans les dernières guerres.

Notre cavalerie toute bardée de fer, hommes et chevaux, se formait alors sur plusieurs rangs appelés haies, espacés entre eux de quarante ou cinquante pas; elle constituait ainsi le centre de bataille. La distance entre les rangs était indispensable à ces lourds chevaliers pour qu’ils pussent se mouvoir et que la défaite de l’une des lignes n’amenât pas le désordre dans celles qui suivaient.

Plus tard, sous Henri II, apparaît unecavalerie plus légère; les chevaux ne sont plus bardés, les hommes eux-mêmes sont, moins couverts. La tactique change ; on croit qu’il faut donner à la cavalerie un ordre profond,, et les rangs se serrent.

Première formation des régiments. — C’est sous Louis XIII que se constituent pour la première fois V escadron, puis le régiment qui comprend de deux à quatre escadrons. Le mousquet est alors donné à la cavalerie, qui se transforme presque entièrement en arquebusiers à cheval ou dragons. Lalanceest presque abandon née, l’arme

i! blanche n'est plus que secondaire et c’est par son feu que la cavalerie devra désormais agir, t Pour répondre à cette destination nouvelle, voici les dispositions tactiques que Ton avait > adoptées. La cavalerie se formait en une masse profonde et étendue ; le premier rang, composé d’arquebusiers, faisait une ou plusieurs décharges ; quand l'effet en avait été jugé suffisant, il démasquait les autres rangs formés d’hommes cuirassés, armés de sabres ou de lances, qui s’élançaient sur un ennemi déjà mis en désordre ; ils étaient eux-mêmes suivis d’un dernier rang d’arquebusiers chargés de couvrir la retraite ou d’exécuter la poursuite.

Retires. — À la même époque les fameux reîtres de P Allemagne qu’on voit partout sur les champs de bataille de la guerre deTrenteans, seformaient en escadrons de vingt à trente rangs de profondeur ; chaque rang faisait feu, puis se démasquait pour se reformer en arrière. Cette manœuvre se continuait ainsi jusqu’au moment où, l’ennemi paraissant ébranlé, la masse entière le chargeait l’épée à la main.

Gustave- Adolphe. — Cette longue lutte de trenteansdont nousvenons de parler avaitdonné d’utiles enseignements; un grand homme de guerre, Gustave-Adolphe, apparaît sur les champs de bataille; son génie tout militaire lui indique l’appui que peuvent se porteries trois armes : il modifie leur ordre de bataille, leur organisation

et jette les premières bases de cette science lactique que nous voyons se développer successivement sous les Turenne, les Luxembourg, le prince Eugène, pour arriver enfin à Frédéric et à Napoléon.

En faisant de l'infanterie la force principale de ses armées, Gustave-Adolphe avait compris que la cavalerie ne devait plus agir par le feu, mais bien par le choc; et contrairement aux derniers principes admis, il veut que l’épée soit son arme habituelle, et le mousquet l’exception. Son ordre profond n’avait plus de raison d’être ; aussi la forma-t-il sur trois rangs. Cet ordre de bataille inauguré par lui prévalut dans toutes les armées étrangères jusqu’à la fin du dix-huitième siècle.

Louis XIV. — - Il fut introduit chez nous, dès les premières années du règne de Louis XIV; nos escadrons chargent et manœuvrent dès lors sur trois rangs; quelquefois cependant, pour donner à leurs efforts plus de consistance, on les place les uns derrière les autres ; c’est l’origine de la colonne serrée.

Nos régiments comprenaient toujours un certain nombre d’escadrons, variable de deux à quatre.

L’escadron se subdivisait en trois ou quatre compagnies répondant à nos pelotons; il se formait en bataille à rangs ouverts, distants entre eux de 12 pieds (environ 4 mètres); mais ces rangs se serraient au moment de la charge.

Les régiments se plaçaient ordinairement sur une seule ligne, les escadrons séparés par des intervalles correspondant au quart de leur front; c'est encore l’intervalle admis aujourd'hui.

Bien que ces lignes de cavalerie fussent étendues, on ne savait ni;leur donner une impulsion unique, ni leur faire exécuter un mouvement d'ensemble ; la charge ne s’exécutait que successivement par escadron ou quelquefois, comme on l’a vu, par des escadrons placés les uns derrière les autres et formant une seule masse. On comprit vite la nécessité d’avoir une réserve pour soutenir la ligne de cavalerie, et dès 1667 nous la trouvons sur les champs de bataille, formée de la maison du roi, des gendarmes et des chevau-légers; elle constitue la deuxième ligne qui se place en arrière sous la main du général.

Enfin, comme dernier trait de ressemblance avec ce qui existe de nos jours, les régiments ne comptaient que 600 chevaux au plus; il est vrai qu’en Allemagne et surtout dans les troupes hongroises de la maison d’Autriche, leur effectif était très-supérieur ; il s’élevait à 1,200 et quelquefois même à 1,800 chevaux.

Frédéric II. — Cet état de choses se prolonge jusqu'à l’époque de Frédéric, où tout se modifie sous les inspirations du génie et les leçons de l’expérience, le rôle de la cavalerie dans le combat, son ordre de bataille, son organisation, sa tactique. Ces progrès se réalisent peu à peu

avec le cours des événements militaires, et il est intéressant d’en suivre le développement successif dans les faits marquants des nombreuses guerres soutenues par ce grand roi. On comprendra mieux ainsi les motifs qui portent à adopter de nouveaux principes tactiques et le but des instructions qu’il ne dédaigne pas de donner lui-même à ses généraux comme à ses officiers de hussards et de dragons.

C'est en 1740 que Frédéric II monte sur le trône de Prusse, tout jeune encore (il a vingthuit ans); dévoré plutôt du désir d'augmenter ses États que de conquérir de la gloire, il saisit la première occasion qui se présente et, sous les prétextes les moins plausibles , il déclare la guerre à l'Autriche, revendique la Silésie et paraît pour la première fois, en 1741 , sur les champs de bataille, à la tête de son armée. A cette époque la stratégie se mouvait dans un cerde beaucoup plus restreint qu'aujourd’hui ? la prise d’une ville, l'occupation de bons cantonnements, l'enlèvement d’un camp retranché, l’obligation de se ravitailler, tel était souvent le but d’une campagne et des opérations qui amenaient une bataille ; si l’action n’était pas assez décisive, on prenait ses quartiers d'hiver et Fon remettait Fissue de la lutte au printemps suivant. 11 y a loin de là à ce qui s’est fait plus tard et à ce qui se ferait aujourd’hui.

Tactique. — Quant à la tactique, elle était

pour ainsi dire renfermée dans des règles fixes, que le formalisme allemand ne se permettait que bien rarement de modifier. L’infanterie sur deux lignes constitue le centre de bataille ; aux ailes de chacune de ces lignes, une autre ligne de cavalerie qui en forme le point d’appui ; souvent cette cavalerie se place sur trois lignes, quelques escadrons formant la troisième ligne et débordant les flancs. Dans les cas où celte arme se trouvait trop inférieure à celle de l’ennemi, on intercalait entre ses escadrons des bataillons d’infanterie chargés de l’appuyer ou de la soutenir, si elle venait à être repoussée. C’était un des moyens que Gustave-Adolphe avait mis en pratique et qui lui avait permis de lutter avantageusement contre la nombreuse cavalerie allemande qu’il avait devant lui.

L’armée ainsi formée, l’artillerie mise en position, la bataille s’engageait presque toujours par des attaques sur les ailes, de cavalerie contre cavalerie; une de ces ailes était-elle mise en déroute, les escadrons victorieux ou ceux de la deuxième ligne se précipitaient sur les flancs et les derrières de l’infanterie opposée, en même temps que les lignes d’infanterie s’avançaient pour soutenir ce mouvement par leur feu et forcer l'armée ennemie à se retirer. Voilà comment les choses se passaient habituellement, soit que l’attaque eût lieu par les deux ailes, soit qu’elle ne fût faite que par une seule.

Bataille deMolwilz. — A la bataille de Molwilz, la première que livre Frédéric II en 1741, on le voit prendre cet ordre de bataille, qu’il modifiera plus tard. Sa cavalerie est inférieure à celle des

Autrichiens, il n’a que dix escadrons de hussard à son aile droite qui est la plus menacée ; aussi la ren force-t-il de deux bataillons de grenadiers

qu’il place au centre de la première ligne de cavalerie. Le hasard veut encore que sa deuxième ligne d’infanterie n’ail pas assez de terrain pour se former, et trois bataillons qui n'ont pu y trouver place restent à sa droite en troisième ligne.

Les Autrichiens attaquent celte aile avec cinquante escadrons, enfoncent les hussards prussiens ; mais ils sont arrêtés par le feu des deux bataillons de grenadiers et par celui de ces trois autres bataillons qui constituent ainsi une véritable réserve. Ce résultat tout fortuit n'échappe pas à Frédéric qui le constate dans ses mémoires en se promettant d’en profiter à l’avenir.

Tous les efforts de la cavalerie autrichienne viennent se briser contre ce feu de l’infanterie; un mouvement heureux de l’aile gauche dirigé au même moment par le maréchal de Schwerin détermine la retraite de l’ennemi et laisse le champ de bataille à Frédéric. La poursuite ne put être faite que mollement , parce que la cavalerie prussienne avait beaucoup souffert et que celle que le roi avait laissée en arrière et qu’il attendait, n’était pas arrivée.

Camp de Molwitz. — Instruction de la cavalerie prussienne. — Après celte bataille, Frédéric se fortifie autour de Molwitz et reste trois semaines dans ce camp, pour couvrir le siège de la petite ville de Brieg, qui est encore aujourd’hui une des places de la Silésie prussienne.

L'insuccès de sa cavalerie, le retard de celle qui ne l’avait pas rejoint l’avaient vivement impressionné ; il ne jugeait pas cette arme à la hauteur du rôle qu’il voulait lui donner, et voici ce que nous lisons à ce sujet dans ses mémoires :

« J’ai trouvé la cavalerie prussienne le corps le plus lourd, le plus pesant et en même temps le moins animé qu'il y eût dans les armées modernes; aussi ai-je profité de mon inaction pour l’exercer d’une façon toute spéciale, lui apprendre à manœuvrer et à changer sa pesanteur en célérité. J’ai voulu qu’elle acquît de l’adresse, de la vivacité, de la confiance en son initiative, et dans ce but je l’ai envoyée souvent au loin, en partis, pour que les officiers apprissent à profiter du terrain et à se fier à leurs propres forces. »

On ne saurait désirer davantage aujourd'hui!!!

Combat de Jœgerndorf. — L’instruction qu'il a donnée à sa cavalerie, la confiance qu’il lui a inspirée lui permettent dans les campagnes suivantes d’exiger d’elle bien davantage sur les champs de bataille comme dans les opérations isolées. En 1745, dans la deuxième campagne de Silésie, Frédéric, abandonné momentanément de la fortune, a dû se retirer de la Bohême conquise l’année précédente et se replier sur ses places de la Silésie. Pressée par l’armée autrichienne qui Ta suivi pas à pas dans les défilés de la Bohême, il est menacé en même temps par des forces venant de la Moravie ; le vieux maré-

L citai Traun cherche aie cerner de toutes parts et

| à le forcer à quitter la Silésie, faute de vivres. Le roi veut appeler à lui un corps de 12,000 hommes, que commande le margrave Charles d’Anspach dans la haute Silésie ; mais 6,000 hussards autrichiens se sont placés entre eux et lui interdisent toute communication. Frédéric n'hésite pas et lance les hussards de Ziethen contre les Hongrois du maréchal Trau«,*ce redoutable partisan les traverse l'épée à la main et va porter au margrave, à la tête de ses hommes, l'ordre dont dépend le salut du roi. Mais le retour devrait être encore plus difficile; les Hongrois ont été renforcés de 20,000 dragons, pandours et troupes irrégulières, et ont pris position à Jœgerndorf. Le margrave fait donner toute sa cavalerie sur les deux lignes d'infanterie ennemie, négligeant les ailes de cavalerie qui ne sont pas assez ma* nceüvrières pour s’opposer à ce mouvement imprévu ; ces lignes sont enfoncées, et alors la cavalerie prussienne se rabat sur les hussards et les dragons autrichiens qui sont culbutés à leur tour. Le passage est ouvert elle margrave rejoint le roi : « Cette journée, dit Frédéric lui-même, fait époque dans l'histoire de la cavalerie prussienne, c’est d'elle que date sa réputation. » Expédition de Nadasdy dans le Palatinat.

A cette même époque la cavalerie des autres puissances exécutait aussi de grandes opérations qui pouvaient avoir une importance sérieuse sur

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les résultats d’une campagne. Ainsi, en 1774, i nous étions les alliés du roi de Prusse et de l’électeur de Bavière contre Marie-Thérèse ; notre armée, jointe aux troupes de l'électeur, défendait le Palalinat contre le prince de Lorraine. Nadasdy, qui commande les troupes hongroises de Marie-Thérèse, surprend le passage du Rhin avec 9,000 hussards et se porte sur Lauterbourg et Wissembourg, menaçant nos communications.

Le maréchal deCoigny quitte sa position et dirige ses forces contre cet ennemi entreprenant, qu’il croit être l’avant-garde de l’armée autrichienne; le prince de Lorraine, profitant de cette erreur, franchit le Rhin, prend possession du Palatinat et nous oblige à nous retirer sous le canon de Strasbourg.

C’est cette même année, en 1744, que la cavalerie autrichienne, répandue tout autour de Frédéric, brûle ses magasins, enlève ses convois et le force à quitter la Bohême où il ne peut plus vivre. En même temps que son action s’étendait dans les opérations de la campagne, le rôle de la cavalerie prussienne ne grandissait pas moins sur le champ de bataille. Dans la journée de Friedberg (dite aussi Hohen-Friedberg) , qui suivit de près le combat de Jœgerndorf, dont nous venons de parler, le roi donna à sa cavalerie les instructions les plus précises.

Bataille de Fricdberg (Hohen-Friedberg) . — L’infanterie sera sur deux lignes ; à sa droite, 10 escadrons de dragons formés eux-mêmes sur deux lignes; à la gauche mêmes forces, mêmes dispositions. En arrière de ces deux ailes de cavalerie, 1 régiment de hussards en troisième

ligne, débordant les flancs. Enfin 10 escadrons de dragons et 20 de hussards sous les ordres de Ziethen sont en arrière de la troisième ligne d’infanterie, pour y être employés suivant les besoins. C'est une réserve générale de l’armée, un corps de cavalerie de réserve que nous voyons inaugurer ce jour-là de la façon la plus frappante.. Ces dispositions eurent un plein succès, et le résultat de cette bataille assura définitivement à la Prusse la possession de la Silésie. L’attaque se fit par les deux ailes ; la cavalerie de la droite, après avoir enfoncé les Saxons, se retourna hardiment par un changement de front sur la gauche des Autrichiens qui était à peine formée et la força à se replier. En même temps la cavalerie de l’aile gauche engageait l’action, appuyée de toute la réserve des hussards de Ziethen ; la cavalerie autrichienne fut rejetée sur Friedberg; l’infanterie, qui avait perdu tout appui, se replia en arrière, de telle sorte que cette armée ne présenta plus qu’une sorte de demi-cercle ou de saillant sans défense. La cavalerie prussienne de la gauche, qui n’avait plus d'ennemis devant elle, et dont la deuxième ligne était intacte, revint en arrière, et le général Gessler qui lacomman* dait fit ouvrir alors les intervalles de l’infanterie, les traversa en trois colonnes et fondit ainsi sur l’infanterie autrichienne dont la déroule fut complète.

Bataille de Sorr. — Dans la même campagne.

à Sorr, en Bohême, le roi n'ayant pas assez de cavalerie ne la déploya que sur une ligne, tandis que les Autrichiens en avaient trois; mais ils n'avaient pu les espacer que de 20 pas, parce qu'un ravin se trouvait en arrière, double faute dont ils eurent à se repentir. Chargée vigoureu¬

sement par la cavalerie prussienne, la première ligne autrichienne fut reaversée sur la deuxième, celle-ci sur la troisième, et le toutdans le ravin. Les Autrichiens avaient jusqu’alors conservé la mauvaise habitude d’attendre l’ennemi de pied ferme et de l’accueillir par une décharge générale, puis ils mettaient le sabre à la main et chargeaient; Frédéric, au contraire, ne

voulait pour sa cavalerie que l'arme blanche; et lui demandait avant tout delà vitesse. Aussi dans celte journée de Sorr les Autrichiens furent-ils attaqués si vivement, qu’ils n’eurent même pas le temps de tirer leurs sabres.

Position de la cavalerie en quatrième ligne. — A la bataille de Kellersdorf, comme à celle de Lowositz, le pays est escarpé, il ne s’agit que d’attaquer des positions et des hauteurs, et la cavalerie ennemie n’est pas à craindre : aussi le roi forme-t-il trois lignes d’infanterie et met-il sa cavalerie en arrière en quatrième ligne.

Attaques combinées de front et de flanc. — Plus on avance dans l’histoire militaire de Frédéric, plus on le voit modifier dans les combats l’emploi de sa cavalerie et y appliquer quelques-uns des principes qui ont été maintenus jusqu’à nos jours.

A la bataille de Prague, en 1757, 65 escadrons sont lancés successivement sur l’aile droite des Autrichiens forte de 104 escadrons. Le premier eflort est repoussé; on recommence la charge et on l’appuie par une attaque sur le flanc de l’ennemi, faite par les hussards de troisième ligne et la réserve de cavalerie que Ziethen a portée rapidement au point menacé. Pris de front et de flanc, les cavaliers de l’Autriche sont mis en pleine déroute ; l’infanterie, privée de son pointd’appui, est tournée elle-mêrne par l’une de ses ailes et contrainte de se retirer du champ de bataille.

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Voilà les attaques de flanc combinées avec celles de front qui apparaissent, et Ton sait toute l'importance qu'elles peuvent avoir. Les Autrichiens, bien moins habiles que leurs adversaires, avaient conservé à leur aile gauche l’autre moitié de leur cavalerie que la nature du terrain condamnait à l’inaction ; il ne leur vint pas dans l’esprit la pensée de la reporter sur le point où elle serait utile ; ils se contentèrent de prendre au début l’ordre de bataille régulier avec la cavalerie aux ailes de l'infanterie et ils ne songèrent même pas à le modifier.

Bataille de Kolin. — Il faut cependant constater que l’entraînementdelacavalerieprussienne qui lui donne si souvent le succès, lui est quelquefois fatal, quand il n’est pas justifié par une saine appréciation de la nature du terrain ou des conditions du combat. Un des exemples les plus frappants de ce fait est la bataille de Kolin, où Frédéric attaque l’armée du maréchal Daun dans ce fameux ordre oblique qu’il employa si souvent depuis et que ses admirateurs ont voulu ériger en système absolu; Napoléon dans ses mémoires a su le ramener à sa véritable valeur. Il suffit de rappeler qu’il constituait une sorte d'attaque en échelons par la droite ou par la gauche, suivant l’aile refusée.

2e série . — N° 3.

A Kolin, c’est parla gauche que commence le ! mouvement sur la droite autrichienne ; c’est là que Frédéric a massé la plus forte portion de sa cavalerie ; les premiers efforts sont couronnés de succès, l’aile droite autrichienne formée des troupes saxonnes est mise en déroute ; déjà le maréchal Daun craint de voir ses communications coupées et donne l’ordre delà retraite. Frédéric, qui s’aperçoit de ce mouvement, lance énergiquement ses escadrons pour séparer complètement les Saxons des Autrichiens et transformer la retraite en déroule. Mais l’infanterie saxonne

Et autrichienne tenait encore sur des hauteurs boisées; son feu frappe la cavalerie de tous côtés, l’arrête, la met en désordre, et un régiment de dragons autrichiens profite hardiment de ce mouvement pour la prendre en flanc et la sabrer. Le détail de cet épisode, qui a marqué dans l’iiistoire de la cavalerie autrichienne, mérite d’être raconté; il montre bien ce que peut faire une petite troupe chargeant avec vigueur et à propos.

C’était un régiment de dragons appartenant au maréchal Laudon et récemment levé par lui; il était composé de tout jeunes gens. Au moment où l’ordre de la retraite est donné, où l’on voit la cavalerie prussienne s’élancer de nouveau, Laudon va trouver le maréchal Daun et le supplie de laisser charger son régiment. « Eh! que voulezvous que nous fassions avec ces blancs-becs? ( Weissnase.) - Ils vont vous montrer, ces blancsbecs, ce qu’ils savent faire, répond Laudon, » et sur l’autorisation qui lui est donnée, ce régiment charge, ramène toute la cavalerie prussienne; il est suivi de toutes les forces qui allaient se retirer, on prend en flanc les lignes d’infanterie de Frédéric morcelées dans des attaques partielles; les échelons n’existent plus ou du moins ne se prêtent plus un appui réciproque. Le désordre s’étend successivement delà gauche à la droite; Frédéric est contraint à la retraite et perd la bataille de Kolin.

A la suite de ce fait d'armes, le régiment de dragons de Laudon fut autorisé à ne jamais porter ni barbe ni moustache, pour immortaliser ce nom de blancs-becs qui lui avait été donné par le maréchal Daun. Ce privilège est respecté encore aujourd’hui dans les dragons de Windisch-Gratz,

qui ne sont autres que l'ancien régiment de Laudon.

C est par l'étude des faits militaires de cette époque qu’on peut se rendre compte des premières applications tactiques des principes qui nous régissent pour ainsi dire encore; car c’est d'après les formations prussiennes qu'ont été établislesrèglements de manoeuvres dont s'est servie la cavalerie française jusqu'à; nos jours, ainsi que nous le verrons tout à l'heure.

Bataille de Zorndorf. — Rappelons encore l’épisode militaire peut-être le plus instructif de toutes les guerres de Frédéric, la bataille de Zorndorf de 1758, dont le succès est dû presque tout entier à l'emploi intelligent de la cavalerie prussienne aussi bien qu’a son énergie.

Cette fbis, c'est l’armée russe de Catherine que Frédéric a devant lui ; elle occupe un vaste pla teau bordé dé ‘crêtes élevées près dèCustrin dënt elle fait le siège... Frédéric aborde cette armée par le nord, en traversant le Mie izeî; mais il ne l’attaque pas de peur d'être rejeté loin de Custrin qui forme sa ligne de retraite, et il se décide à la contourner par une marche de flanc pour venir

se placer entre elle et la ville... Il marche sur trois colonnes parallèles, les deux premières d’infanterie, la troisième de cavalerie, avec une forte avant-garde, prêta se former en bataille par un simple à-droite. La direction qu'il donne à ses têtes de colonne est telle qu'il pousse sa gauche en avant, refusant sa droite, prenant, en un mot, cet ordre oblique qui lui est devenu familier dans ses dernières campagnes.

? La Plus grande partie de sa cavalerie formant l'avant-garde est portée à la gauche, libre la place que sur une seule ligne pour mieux appuyer son aile; les hussards, qui sont habituellement en troisième ligne, forment ici la deuxième ligne ; toute cette masse est sous les ordres de Seidlitz, dont le nom seul fait époque dans les annales de la cavalerie.

L’ennemi étant en position, c’est l’infanterie de l’avant-garde et celle de l’aile gauche qui attaquent les premières les hauteurs qu’elles ont devant elles, mais elles sont ramenées par les Russes qui descendent du plateau, suivis dans la plaine par leur cavalerie. Seidlitz s’élance alors avec toute sa première ligne, dégage l’infanterie prussienne et met en déroule cette cavalerie ennemie; il dirige en même temps une partie de ses escadrons sur les flancs de l’infanterie russe qui est forcée de regagner ses positions.

Pendant cette action, la droite de Frédéric s’est avancée à son tour, d’abord avec un tel succès, que la prise du plateau semble assurée ; mais la solidité des Russes, le feu de leur artillerie triomphent des colonnes prussiennes qui se retirent en désordre; les Russes reprennent l’offensive avec vigueur et séparent l’aile droite du centre ; le peu de cavalerie qui se trouvait de ce côté ne peut arrêter la marche des colonnes ennemies, malgré les charges vigoureuses qu’elle entreprend, quand Seidlitz s’aperçoit du danger et s’élance dans l’intervalle de la ligne de bataille avec presque tous ses escadrons qu’il a ramenés de la gauche, où ils n’ont plus rien à faire. La trouée est bouchée; celte cavalerie fond à la fois sur la cavalerie et l’infanterie russe qu’elle refoule et met dans une déroute complète ; l’aile droite est dégagée, l’offensive est reprise sur toute la ligne et la victoire est complète. Il y a là un habile emploi de cette arme, une analogie frappante avec ce qui se passera dans les plus grandes journées de l’empire.

Tactique de Frédéric. — Si l’on veut résumer l’époque de Frédéric au point de vue de la cavalerie, on est frappé des progrès incessants qu’il fait faire à cette arme sur le champ de bataille comme dans les opérations de la campagne; ce sont :

Les masses de cavalerie placées sur plusieurs lignes et opérant avec ensemble, sous l’appui des

réserves des ailes et d'une réserve générale;

Les attaques combinées de front et de flanc ;

L’emploi habile de la réserve sur les points menacés ;

La place de bataille assignée et modifiée suivant la nature du terrain

La charge, déployée contre la cavalerie, en colonne contre l’infanterie

La défense de ne se servir du feu que dans des cas exceptionnels ;

L'arme blanche devenue le seul moyen d’action offensif ;

Enfin la vitesse et la rapidité, comme conditions essentielles.

Frédéric était tellement convaincu de Timportance de la cavalerie qu’il ne dédaignait pas de lui donner lui-même des instructions. Voici ce qu’on y trouve de plus intéressant :

L’escadron sera sur trois rangs, les rangs espacés, mais se serrant au moment de charger (le troisième rang est destiné à réparer les pertes des deux autres).

Il est divisé en 4 pelotons et doit être exercé à rompre par pelotons ; les mouvements de flanc s'y font par 4, bien qu’il y ait 3 rangs de profondeur.

Les régiments de cavalerie sont à 5 escadrons, excepté ceux de dragons qui en comptent 10; ils sont .habituellement réunis en brigades de 2 régiments.

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Ces brigades, en nombre variable, forment elles-mêmes des corps de cavalerie que nous voyons commandés parlesSchwerin, les Cessler, les Ziethen, les Seidülz ; soit qu'ils se placent en réserve ou aux ailes de l’ordre de bataille, soit qu’ils opèrent isolément, ils ne sont liés en rien aux troupes d’infanterie pas plus que les brigades.

Quand on arrive sur le terrain, les escadrons marchent en colonne et s’y déploient le plus rapidement possible, pour se porter au point qu’ils doivent occuper dans l’ordre de bataille.

La première ligne se forme dans le prolongement de la première ligne d'infanterie, avec 10 pas d'intervalle entre les escadrons.

Ces intervalles peuvent varier cependant en raison de circonstances et d’ordres particuliers.

La deuxième ligne est à 300 mètres en arrière, avec des intervalles de 16 pas, afin de déborder le flanc de la première ligne auquel elle sert d'appui et de permettre aux escadrons repoussés de s’écouler sans désordre par les intervalles.

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Dans la charge, les lignes doivent se suivre en conservant leurs distances ; Frédéric recommande cependant que les escadrons les plus rapprochés de l’infanterie ne prennent que 130 pas, au lieu de 300, atin de mieux protéger le flanc

intérieur de la première ligne, qui pourrait êlre menacé par une contre -attaque.

Enfin, en troisième ligne, sont 2 régiments de hussards formés en colonne et placés l’un à droite, l’autre à gauche. C’est l’ordre qui fut pris à Friedberg et adopté depuis d’une façon définitive.

Si le terrain à couvrir par l’aile de cavalerie est plus étendu, on augmente la première ligne avec des escadrons pris dans la deuxième ; si, au contraire, le terrain ne permet pas le déploiement complet des deux lignes, on en forme trois, en ayant soin que les intervalles de la troisième ligne soient plus grands encore que ceux de la deuxième.

Quand on se trouve dans une plaine qui n’offre pas de points d’appui pour les ailes dé cavalerie, le roi recommande de les soutenir avec de l’infanterie et du canon pour leur permettre de se rallier sous le feu.

S’agit-il d’attaque de postes ou de villages, la cavalerie ne sera mise qu’en troisième ou quatrième ligne ; elle débouchera alors en colonne par les intervalles de l’infanterie pour compléter le succès ; c’est la formation qu’elle prendra également dans ses attaques contre l’infanterie.

Frédéric recommande encore que la cavalerie soit à une assez grande distance du feu pour qu’elle n’ait pas à en souffrir, et qu’elle soit toute fraîche au moment de l’attaque. Sa vitesse doit lui faire regagner la distance perdue. A celte

époque, cette disposition était d’autant plus facile que les lignes d’infanterie étaient elles-mêmes dans l’ordre de bataille en dehors du rayon de la mousqueterie.

Il veut qu’on exige beaucoup de la cavalerie quand elle est mise en action ; il veut même qu’elle attaque toujours la première, certain de la supériorité que donne l’offensive, et il pousse cet ordre tellement loin, qu’il menace d’unecassation infamante l’officier général qui se laisserait prévenir dans l’attaque. Il prescrit de mener les charges à fond et de pousser la première ligne ennemie sur la deuxième, sans s’occuper de ralliement, et plus loin encore, s’il est possible, pour ne pas laisser à l’ennemi le temps de se rallier. La deuxième ligne, les régiments de hussards de la troisième ligne et la réserve générale de l’armée doivent veiller sur les premières lignes engagées, les soutenir et les défendre contre toute tentative de contre-attaque.

Il recommande, dans la charge, de fermer les intervalles des escadrons, de manière à ne présenter qu’une ligne continue.

S’il n’ÿ a plus rien à craindre de la cavalerie ennemie, les réserves doivent se rabattre sur l’infanterie, qu’elles prennent de flanc ou à revers.

On ne devra jamais laisser l’ennemi se reformer ; tout officier sera tenu de s’y opposer énergiquement sans attendre des ordres.

Ce n’est que dans le cas où une charge qui n’a pas réussi doit être renouvelée que Frédéric autorise le premier rang à faire une décharge de mousqueterie, avant de mettre le sabre à la main et de repartir au galop.

Le roi constate aussi que souvent les généraux d’infanterie auxquels il confie de la cavalerie ne savent pas s’en servir et en exigent des choses impossibles ; aussi leur donne-t-il des instructions détaillées pour leur apprendre le vrai rôle des escadrons qu’ils pourront avoir sous leurs ordres.

Enfin, dans les instructions destinées aux généraux-majors commandant les brigades de cavalerie, il leur recommande, dès qu’ils ont pris leur ordre de bataille, de se porter eux-mêmes en avant, aussi loin que possible, pour reconnaître le terrain sur lequel ils sont appelés à agir ; ils doivent le faire parcourir en même temps, dans d’autres sens, par quelques officiers intelligents. Il insiste encore sur la nécessité d’entamer l’action dès qu’on est en présence de l’ennemi ; l’ataque ne devra pas être successive, par régiments ou par escadrons ; elle se fera hardiment avec toute la première ligne, suivie de la deuxième et de la réserve.

A ses officiers de hussards, à ses chefs de détachement, il prescrit de harceler sans cesse l’ennemi, de le chercher, de l’inquiéter, de le tenir sans cesse sur le qui-vive.

Tel est l’ensemble des faits les plus saillants 2e série. — N° 3. 3

relatifs à la cavalerie sous Frédéric. Si nous nous sommes arrêtés longuement sur cette époque, c’est que c’est d’elle que datent une instruction et des principes qui se sont étendus successivement aux autres armées européennes et qui s’y sont maintenus jusqu’à nos jours ; il n’y aura de progrès que dans l’emploi qu’on saura faire de cette arme sur le champ de bataille, et ce progrès ne se réalisera que sous les inspirations du génie de Napoléon.

Cavalerie française. — Pendant toute cette période, qu’était la cavalerie française ? qu’étaitelle devenue ?

Sous Louis XV. ( Puységur .) — Elle était restée malheureusement, jusqu’en 4750, à peu près ce qu’elle était au temps de Louis XIV, sous l’empire des premiers principes appliqués par Gustave-Adolphe. Elle se plaçait dans l’ordre de bataille aux ailes des deux lignes d’infanterie et appuyait habituellement ses flancs extérieurs de bataillons d’infanterie formés en carrés pour la soutenir de ses feux. Si l’on en croit Puységur, dans son Art de la guerre , notre cavalerie prenait l’initiative de l’attaque ou attendait de pied ferme celle de l’ennemi, qu’elle cherchait à repousser, d’abord par des décharges de mousqueterie, puis à l’arme blanche ; c’était ainsi, du reste, que combattait aussi la cavalerie autrichienne, comme nous l’avons vu à la bataille de Sorr. Avant Frédéric, les charges ne se faisant

qu’au trot, cette immobilité avait beaucoup moins d’inconvénients ; elle permettait même d’utiliser le feu des bataillons de soutien.

Pour attaquer une cavalerie ennemie qui se trouvait dans les mêmes conditions d’immobilité et de soutien que la nôtre, Puységur indique un des moyens qu’on prenait le plus habituellement; toute la masse de cavalerie de l’aile s’ébranlait en même temps, mais une partie s’arrêtait en dehors du rayon de feu, pendant que l’autre continuait au trot son attaque. L’infanterie de soutien ouvrait alors le feu sur les escadrons qui s’avançaient j ceux qui étaient restés en arrière profitaient de ce moment pour charger l’infanterie dont le feu se reportait naturellement sur ce nouveau danger; les premiers escadrons ainsi dégagés pouvaient continuer librement leur attaque sur la ligne ennemie. Il y a loin de là à la vigoureuse initiative de Frédéric ; c’est encore l’enfance de l’art.

Notre cavalerie était plus brillante dans les opérations de petite guerre ; les partis, les détachements, les fourrages l’occupaient journellement. Les généraux de cette époque recommandaient de l’y exercer constamment, surtout en temps de paix.

{Maréchal de Saxe.) — Voici ce que dit à ce sujet le maréchal de Saxe dans ses Rêveries :

« Il faut que la cavalerie soit leste, qu’elle soit montée sur des chevaux rendus propres à la

fatigue, qu’elle ait peu d’équipages et surtout qu’elle ne fasse pas son point principal d’avoir des chevaux gras. S’il se pouvait qu’elle vît souvent l’ennemi, cela ne serait que mieux et la mettrait bientôt en état d’entreprendre les plus grandes choses. 11 est certain que l’on ne connaît pas la force de la cavalerie, ni les avantages qu’on en peut tirer. D’où vient cela? De l’amour qu’on a pour les chevaux.

« J’ai eu un régiment de cavalerie allemande en Pologne, avec lequel j’ai fait en dix-huit mois plus de 1,500 lieues, soit en marches ou en courses, et je puis assurer que ce régiment était plus en état de servir au bout de ce temps-là qu’un autre qui aurait eu des chevaux gras ; mais pour cela il faut faire les chevaux peu à peu au mal et les endurcir à la fatigue par des courses et des exercices violents, ce qui les conserve plus sains et les fait durer bien davantage. Quand ils y sont faits, vous pouvez compter avoir de la cavalerie, au lieu que vous n’en aviez pas auparavant. De plus, cela rompt et style vos cavaliers, leur donne un air de guerre qui sied bien ; mais il faut faire galoper les chevaux, il faut les faire courir à toutes jambes en escadrons étalés mettre peu à peu en haleine. On ne doit pas se contenter de manœuvrer tous les trois ans une fois, avec une lenteur extrême, de peur que ces pauvres bêtes ne suent. Je soutiens que lorsqu’un cheval n’a pas été tourmenté et endurci au mal,

il est sujet à beaucoup plus d’accidents et ne saurait jamais être de service. »

Ne semble t-il pas qu’il y a là une sorte de critique qui pourrait avoir de l’actualité ?

Les choses se maintinrent ainsi jusqu’au moment où les nouveaux principes de Frédéric firent leur apparition sur les champs de bataille de rAllemagne; il fallut bien les appliquer à notre cavalerie.

La charge se commence au trot à 100 pas de l’ennemi, mais son allure augmente successivement, et à 20 ou 30 pas la troupe prend le galop au commandement de ses officiers. Le maréchal de Saxe trouve que ce n’est pas encore assez ; il voudrait, comme Frédéric, que lescharges fussent poussées à fond et à l’allure la plus vive. « Tout escadron, dit-il, qui ne peut charger 2,000 pas (1,400 mètres) à toutes jambes, sans se rompre, n’est jamais propre à la guerre ; la cavalerie prussienne peut le faire facilement. » C’est ce qui a lieu, en effet, encore aujourd’hui aussi bien en Prusse qu’en Autriche.

Le maréchal veut, pour arriver à ce résultat, que les chevaux soient tenus en haleine dans les quartiers d’hiver comme en temps de paix par des courses longues ou des exercices violents, renouvelés au moins trois fois par semaine ; il finit par ce conseil : « Pendant la paix, fatiguez vos hommes et vos chevaux, ce n’est qu’en cam* pagne qu’il faut les ménager. »

II blâme surtout Tordre de bataille habituel, parce qu'il n'y voit pas l'appui réciproque que la cavalerie et Tinfanterie doivent se prêter. Si la cavalerie est repoussée, les lignes d’infanterie n'ont plus leurs flancs couverts ; des bataillons qu'on jetterait sur les ailes de la cavalerie seraient en même temps perdus; il prescrit de placer de Tinfanterie en carrés en arrière de la deuxième ligne de cavalerie, pour servir de soutien et de ralliement. Il y a là un nouveau principe tactique sur l'appui des deux armes, dont la brillante application se retrouve dans le dispositif de la bataille d'Austerlitz.

Remarquons, en passant, comme le rôle de l’artillerie est laissé de côté jusqu'à présent dans toutes ces questions de soutien et d’appui des armes entre elles ; il semble que ce ne soit encore qu’un élément d’action tout secondaire.

Organisation de la cavalerie. — Nos régiments de cavalerie sont réunis dès cette époque en brigades sous le commandement d'un mestre de camp et en divisions sous celui d’un lieutenant général ; mais ces divisions sont indépendantes les unes des autres sous les ordres directs du général en chef ; elles ne sont adjointes à des troupes d’infanterie que dans des opérations secondaires.

Quant à la proportion pour laquelle la cavalerie doit entrer dans la composition de l'armée, il n;en est pas encore question; ce que nous pou-

vons dire, c*est que cette proportion était beau • coup plus forte que celle que nous admettons aujourd’hui. Si nous en jugeons par l’effectif des armées et le nombre des escadrons que nous voyons figurer dans les batailles de la guerre de Sept ans, on voit que celte proportion s’élevait quelquefois à plus du tiers, surtout dans les armées autrichiennes, où l’élément hongrois tenait une grande place; le plus habituellement il semble être à peu près du quart. C’est un chiffre bien supérieur à celui que nous avons adopté. Un homme qui fit autorité chez nous à la fin du dernier siècle, Guibert, s’élève déjà contre cet état de choses qu’il regarde comme défectueux.

[Guibert.) — « La cavalerie, dit-il, doit être plutôt bonne que nombreuse ; plus on fera de progrès en tactique, plus on sera convaincu de cette vérité. Cette arme est chère, on ne peut la maintenir en temps de paix à un effectif aussi élevé ; s’il faut l’y porter au moment d’entrer en campagne, on en est réduit à prendre des cavaliers inexpérimentés, des chevaux non dressés.»

Ce fut lui encore qui, travaillant à la rédaction des ordonnances militaires de cette époque, fit supprimer le troisième rang dans la cavalerie et disparaître l’emploi de son feu comme principal moyen d’action.

Instruction provisoire de 1777. — Au comte de Saint-Germain, ministre de la guerre, revient l’honneur d’avoir publié les premiers règlements

— kk —

sur les manœuvres de la cavalerie française, règlements presque entièrement copiés sur ce qui se faisait en Prusse et qu’il est important d’examiner, puisqu’ils diffèrent peu de ceux que nous avons encore aujourd’hui.

Une première instruction provisoire parut en 1777 ; les mouvements de flanc s’y faisaient par troiSj fait assez bizarre, puisque Frédéric prescrivait les mouvements par quatre ; il est vrai que sa cavalerie se formait sur trois rangs, tandis que la nôtre ne l’était plus que sur deux. Mais ici se présente une singulière anomalie; nous revînmes promptement aux mouvements par quatre, tandis que les Prussiens, au contraire, adoptèrent les mouvements par trois, quand ils supprimèrent le troisième rang et avec une telle conviction qu’ils les ont conservés jusqu’à ce jour.

Instruction de 1788. — En 1788, le comte de Brienne fit paraître l’ordonnance sur les manœuvres, qui remplaça l’instruction de 1777.

Elle comprend trois parties : 1® une école du cavalier; 2° une école de l’escadron ; 3° les évolutions de plusieurs régiments.

L’école du cavalier n’offre pas assez d’intérêt pour que nous nous y arrêtions; passons de suite à l’école d’escadron.

L’escadron formé sur deux rangs doitcompter de quarante à quarante-huit files; les hommes en plus sont placés à 20 pas en arrière et constituent la réserve de l’escadron.

Lorsque l'escadron est en colonne, la réserve se place sur le flanc, du côté opposé aux guides, ou en arrière contre le quatrième peloton, afin que les escadrons qui suivent ne perdent pas leur distance.

Celte réserve fournira les tirailleurs ; on peut quelquefois la mettre en ligne, au centre de l'escadron en bataille, entre les deuxième et troisième pelotons. C’est un mouvement dont on ne voit guère l’utilité et qui semble présenter tant d’inconvénients, qu’on est en droit de supposer qu’on n’y avait que bien rarement recours.

Les mouvements de flanc se font par quatre; mais il est probable que ce fait a donné lieu à de longues discussions, si l’on en juge par l’exemplaire de l’ordonnance que possède le dépôt de la guerre. Le texte imprimé indique les mouvements comme se faisant par trois, et c’est à la main que la correction est faite, que le chiffre trois est partout remplacé par le chiffre quatre.

Evolution de ligne. — Tous les ploiements en colonne à distance ou en colonne serrée se font par des mouvements de flanc, c’est-à-dire par quatre.

Les charges contre la cavalerie doivent s’exécuter en ordre déployé; les réserves des escadrons sont réunies en une seule masse ou en deux groupes placés à chaque aile de la ligne, suivant les circonstances. Dans ce dernier cas,

elles sont formées en bataille (fig. 4), ou en colonne (fig. 2), de manière à déborder les extrémités de la ligne et à leur servir de point d'appui; il leur est prescrit de déboîter en avant.

au moment de la charge et de tomber sur les flancs de l’ennemi par une conversion à droite et à gauche (1). On peut quelquefois (fig. 3) leur faire prendre à l’avance une position oblique dont le but est le même que celui des dispositions précédentes.

Les charges contre l’infanterie se font presque toujours en colonne.

S’il n’y a qu’un régiment, le quatrième escadron reste en réserve.

S’il s’agit d’une brigade de deux régiments, le premier se forme en colonne serrée (fig. 4) et le deuxième se place en arrière, débordant les flancs de la colonne. (Une erreur du dessinateur a placé la colonne trop à droite.) Dès que le premier régiment s’est mis en mouvement, le deuxième se forme à son tour en colonne serrée pour être à même de renouveler la charge, et le ralliement du premier régiment se fait en bataille en arrière du deuxième.

Le galop doit être pris à 250 pieds (160 mètres) de la troupe qu’on attaque, et c’est à 70 pieds (45 mètres) que l’allure doit être poussée à sa plus grande vitesse. Dans les charges contre la cavalerie, l’ordonnance prescrit de ne prendre

(1) Ces dispositions se retrouvent dans notre ordonnance de 1829, où il est dit que les tirailleurs rappelés avant la charge doivent s’établir derrière les ailes pour éire à portée de prendre l'ennemi en flanc et à revers.

l'allure de la charge qu’à une distance moindre, afin de ne pas diminuer l’intensité du choc.

11 n’y est aucunement question des changements de front, auxquels on supplée évidemment par la conversion des escadrons.

Cavalerie sous la République. — Tels sont les traits principaux de l’ordonnance de 1788, qui réglemente pour la première fois les manœuvres de notre cavalerie. C'est avec les principes qu’elle développe que se sont faites les campagnes delà République et du Consulat; mais, à cette époque, la proportion de cette arme avait beaucoup diminué dans nos armées. L’émigration lui avait enlevé presque tous ses officiers, les troubles de l'intérieur avaient désorganisé nos forces militaires, et quand il s’est agi de faire face aux dangers de l'extérieur, l’état de nos finances ne permit pas de donner à une arme aussi chère l'importance qu'elle avait auparavant ni même celle qu’elle eût dû avoir, proportionnellement à l’effectif.

Des hommes, des fusils, des canons, on les trouvait; les arsenaux royaux permettaient de subvenir aux premiers besoins; toutes les ressources étaient employées pour les munitions et les transports. Il n’en restait que peu pour les chevaux de la cavalerie, leur harnachement, leur nourriture. A celle cause de force majeure vint s’en ajouter une autre qui diminue encore l’effectif de la cavalerie, ce fut l’adoption du système

divisionnaire comme base de l’organisation des armées de la République. La division devait constituer une sorte de tout indépendant, pouvant se suffire à lui-même et par conséquent composé des trois armes; ellecomprenaitune brigade de deux régiments de cavalerie légère ou de dragons.

Une armée comprenait un certain nombre de divisions, dans lesquelles était répartie sa cavalerie. On n’était pas encore assez riche pour avoir de la grosse cavalerie et par suite une réserve générale de l’armée. Cependant legénéral Bonaparte, daus ses campagnes de 1796 et de 1797, sentit quelquefois le besoin d’avoir sous la main une force de cavalerie plus considérable; il détacha alors les régiments des divisionsetles adjoignit à ses réserves d’infanterie et d’artillerie. Ce fait se ‘présenta surtout dans les opérations qu’il eut à diriger au milieu des pays de montagnes, où la cavalerie n’était d’aucun secours pour les troupes d’infanterie.

Presque à la même époque, Hoche réunissait la cavalerie divisionnaire pour en former des divisions de cavalerie, destinées à agir d’une façon indépendante dans le cours de la campagne comme sur le champ de bataille.

Celte constitution nouvelle de la cavalerie avait nécessairement modifié profondément l’ancien ordre de bataille que nous avons vu adopté par Frédéric et préconisé par ses imitateurs ; il ne

pouvait plus être question de placer la cavalerie sur les ailes, et le système des divisions mixtes de la République a cela de remarquable qu’il met en lumière le principe deviné par Gustave- Adolphe et énoncé par le maréchal de Saxe de l’appui réciproque que les différentes armes doivent se porter entre elles. 11 était donné au génie du premier Consul de se l’approprier, de le développer et d’en faire les brillantes applications que nous allons étudier pendant cette grande époque militaire.

Campagne de 1800. — Sans remonter aux premières campagnes d’Italie, ni à celles d’Égypte, où la cavalerie n’a joué qu’un rôle secondaire, on peut se reporter de suite à la campagne de

Bien que le premier Consul sût qu’il allait avoir affaire à une nombreuse cavalerie, il ne pouvait que difficilement faire entrer cette arme, pour une proportion importante, dans la composition de cette fameuse armée de réserve, qui parut.un fantôme imaginaire aux yeux de nos ennemis jusqu'au moment de son apparition dans les plaines de la vallée du Pô. Le secret de sa formation était une des conditions du succès; delà, l’impossibilité de faire de grands achats de chevaux et de concentrer beaucoup de cavalerie sur la ligne d’opération qu’on allait suivre. Le passage de cette armée à travers les rochers et les neiges du Saint-Bernard, était une opération des plus

délicates ; on ne pouvait songer, en présence des difficultés qu’il devait présenter, à y engager un nombre considérable de troupes à cheval. Aussi le premier Consul n’emmène-t-il avec lui qu’une division de 4 régiments (3 de cavalerie légère, 1 de dragons), sous les ordres de Ivellermann, avec quelques brigades légères, et quand, après sa marche sur Milan, il revient sur l’armée de Mêlas qu’il trouve en avant de Marengo, il n’a avec lui què la division Kellermann et la brigade Champeaux.

lffarengo. — Laissant de côté l’historique de cette grande journée, examinons seulement les dispositions prescrites à la cavalerie et l’emploi qui en est fait.

Au centre, derrière le corps de Yictor, est placée la division Kelleïmann ; à droite est le corps de Lànnes, et couvrant son flanc, la brigade Champeaux. Ainsi, surune des ailes est une partie de la cavalerie, destinée non plus à engager le combat, mais à appuyer les troupes d’infanterie et à les garantir des attaques de flanc de l’infanterie ou de la cavalerie autrichienne.

Quand le corps de cavalerie autrichienne de Pilati franchit le Fontanone pour tomber sur notre droite, Kellermann se porte à l’aile menacée avec sa division et rejette les escadrons ennemis, à peu près détruits, dans les abords marécageux de ce ruisseau.

Mais à ce moment, c’est sur notre gauche que

le danger devient le plus pressant; la colomv f d'infanterie autrichienne que commande Zac’ avance malgré les efforts de Victor. Desaix, qui

arrive en ligne, va tenter de l’arrêter, en se jetant sur elle tête baissée. Le mouvement autrichien est appuyé par une nombreuse cavalerie. Que fait Kellermann ? Il se reporte rapidement de la droite à la gauche, passant entre Victor et Desaix, et prend en flanc avec ses dragons la colonne que notre infanterie attaque en tête, pendant qu'une ligne de ses escadrons déployés est placée en potence en face de la cavalerie ennemie à laquelle elle impose par son attitude résolue.

La colonne de Zach est broyée sous le feu de Desaix et les sabres de Kellermann. Mais l'œuvre n’est pas encore achevée; aussitôt que cette colonne est détruite, Kellermann rallie ses escadrons et avec ceux qu’il avait déjà déployés, il s’élance sur la cavalerie autrichienne et la met en pleine déroute.

Il y a loin de là déjà aux règles formalistes de l'époque de Frédéric; c’est une union constante des deux armes entre elles, un appui réciproque et une communauté d’efforts pour arriver à un même but. Plus tard, on verra la troisième arme, l’artillerie, qui semble tendre de plus en plus aujourd’hui à la suprématie, s’imposer à ses deuî aînées dans l'ensemble des combinaisons di champ de bataille. C’est là que le génie de Na poléon se montrera dans toute la grandeur de ses conceptions, comme dans la sûreté et la vigueur de l’exécution.

Les péripéties de la bataille de Marengo, le succès dû à l’énergie de la cavalerie, ont sans doute vite fait comprendre au premier Consul le parti qu'il pourra tirer de cette arme ; car nous le voyons, à l’exemple de Frédéric, porter sur elle une attention toute spéciale. Il en augmente l'effectif, réforme la grosse cavalerie, organise une réservé générale de l’armée et répartit la cavalerie légère dans les corps d’armée. En même temps, il veut que celte arme devienne plus maniable, plus manœuvrière, et il fait rédiger pour elle en 1804 (an xm) un nouveau règlement de manœuvres qu’il faut étudier.

Règlement de 1804 {an XIII). — Ce règlement comprend, comme celle de 1788 :

1° L ’école du cavalier , qui tient lieu d’une école du peloton qui n'existe pas.

C’est dans cette première partie de l’instruction que les hommes sont exercés aux mouvements de flanc par quatre.

2° L 3 école d’escadron . Les formations et déploiements y sont faits par peloton, comme aujourd’hui, et c’est là le vrai progrès à constater sur l'ordonnance de 1788.

3° L 'école de régiment.

Les escadrons y sont en bataille à 10 mètres d’intervalle.

Cette école comprend dix-huit évolutions au lieu de douze que comporte notre règlement ac-

tuel; mais elles se confondent tellement entre elles qu’il est difficile d’en saisir la différence. Il n’y en a qu’une seule qui ait été supprimée avec raison, c’est la retraite en échiquier .

Ce mouvement s’exécutait par division (demiescadron), les divisions de droite restant face en tête, pendant que celles de gauche se portaient par un demi-tour à deux cents pas en arrière; dès que celles-ci étaient replacées dans la direction primitive, les divisions de droite faisaient demi-tour et venaient se former elles-mêmes à deux cents pas en arrière des divisions de gauche ; le mouvement pouvait se continuer ainsi successivement.

Un officier supérieur prenait le commandement de la ligne formée par les divisions de droite ; un autre, celui de la ligne des divisions de gauche. Dans chaque escadron, le capitaine commandant restait avec la première division, le capitaine en second avec la deuxième.

4° Les évolutions de ligne , avec dix-huit évolutions, comme à l’école de régiment. La retraite en échiquier se fait ici par escadrons, les escadrons pairs et impairs formant les lignes successives. Dans tout le reste, il n’y a vraiment que des différences insignifiantes avec le règlement de 1829, dont toute la supériorité consiste dans un classement mieux fait des mouvements et dans la rédaction d’une école de peloton, qui

n’existait ni dans l’ordonnance de 1788, ni dans celle de 1804.

Il ne faut cependant pas trop se plaindre de cette constance de la cavalerie française dans ses anciens errements, puisque c’es'. avec l’instruction qu’elle y a puisée qu’elle a su accomplir sous l'Empire ses plus brillants faits d’armes, élevant sa réputation à une hauteur que la cavalerie ^d’aucune nation n’a pu encore atteindre ; il faut ajouter pour son honneur qu’elle avait à sa tête des chefs vraiment dignes de la commander. Nous voici donc arrivé à l’Empire ; les faits de cette période sont plus près de nous; ils sont plus connus ; le classement en est facile. 11 faut en profiler pour examiner la question de la cavalerie aux trois points de vue : de l’organisation, de la stratégie, de la lactique.

Empire . — 1° Organisation de la cavalerie. — Ainsi qu’on l’a déjà vu, l’empereur réorganise la cavalerie, en augmente l’effectif et la répartit comme elle l’est encore aujourd’hui en :

Grosse cavalerie (carabiniers, cuirassiers, grenadiers à cheval).

Cavalerie de ligne (dragons, lanciers).

Cavalerie légère (hussards, chasseurs, chevaulégers, guides, gardes d’honneur).

La grosse cavalerie et la cavalerie de ligne constitueront les réserves; quant à la cavalerie légère, elle sera répartie par division, quelquefois par brigade, dans les corps d’armée et atta-

chée en même temps aux réserves de cavalerie, pour les éclairer et leur servir d'avant-garde. C’est le moment de rappeler ici que l’empereur a donné à ses armées une nouvelle organisation; empruntant au système divisionnaire ce qu'il pouvait avoir d’utile, la réunion des trois armes sous un même commandement, il le développe sur une plus grande échelle, plus en rapport avec l’effectif dont il peut disposer; le corps d’armée devient la grande unité tactique, avec ses divisions d’infanterie, son artillerie, sa division ou sa brigade de cavalerie légère. C’est dans la faible proportion donnée à cette arme qu’il s'écarte davantage des errements suivis dans les guerres de la République, où chaque division comprenait une brigade de cavalerie. Mais cette modification est largement compensée par la formation d’une grosse masse de cavalerie de réserve, destinée à parer à toutes les éventualités.

Dans la première campagne de 1805, la cavalerie de la grande armée est répartie d’après ces principes :

A chaque corps d'armée, 1 division ou 1 brigade de cavalerie légère (2, 3 ou 4 régiments).

Une réserve générale de cavalerie sous Murat, comprenant :

2 divisions de cuirassiers (Nansouty et d’Hautpoul) ;

4 divisions de dragons ;

Un cinquième de division de dragons à pied,

formant 8 bataillons, sous les ordres de Baraguay-d'IIilliers et devant être remontée en Allemagne.

Cette organisation se maintient dans toutes les campagnes de l’Empire ; la réserve de cavalerie seule prend de plus grandes proportions, à mesure que l'effectif de nos armées s'accroît et que le nombre des corps d’armée augmente. Il n'est plus possible de la maintenir sous un seul commandement et elle se subdivise en corps de cavalerie de réserve, placés sous des chefs directs, mais obéissant à la direction générale du commandant de la réserve générale de l'armée.

En 1812, c’est encore Murat que nous voyons à la tête de cette réserve qui ne compte pas moins de quatre corps de grosse cavalerie sous Nansouty^ Grouehy, Montbrun , Latour-Maubourg, avec quatre brigades de cavalerie légère.

En 1813, les débuts de la campagne sont difficiles; les désastres de la retraite de Russie ont détruit presque toute notre cavalerie qui n'a pas eu le temps de se reformer, et ce n'est que successsivemenl que l’on voit entrer en ligne les corps de cavalerie de réserve; ils n'ont plus l’effectif d’autrefois et ne sont à proprement parler que de fortes divisions. L'empereur tient cependant à leur conserver leur ancienne organisation, peut-être pour se faire illusion sur le nombre de sabres dont il croit disposer.

Le même fait se reproduit en 1815, où il forme

sa réserve de cavalerie de cinq corps qui ne comptent que 14,000 chevaux. Mais il ne lui donne plus de commandant en chef, afin d'en disposer lui-même suivant les circonstances.

Ainsi, pendant cette longue période de guerre, la proportion de la cavalerie avec les autres armes a sensiblement varié; considérable dans les premières campagnes, elle a diminué successivement avec nos pertes et nos revers, avec l’affaiblissement de nos ressources, avec la rapidité des exigences militaires qui ne laissent pas le temps de la reconstituer. On ne peut donc pas prendre ces chiffres variables comme base de la proportion que l’empereur voulait donner à la cavalerie, dans ses rapports avec les autres armes; il entrerait dans celte appréciation trop d’éléments étrangers, qui fausseraient l’opinion sur les idées que l’empereur devait avoir dans cette grave question. Il vaut mieux s’en rapporter à ce qu’il a écrit plus lard, à ce que disent ses mémoires, aux pages qui traitent de la cavalerie :

« Dans une armée qui opère en Allemagne, la cavalerie doit compter pour un quart de l’elfectif total ;

« En Espagne et en Italie pour un sixième ;

« Sur les Pyrénées et les Alpes pour un dixième. »

Au lieu des trois espèces de cavalerie dont il disposait, il préférait en avoir quatre :

Deux de cavalerie légère : la première, d'éclaireurs (composés de petits hommes et de petits chevaux) ; la deuxième, formant la cavalerie légère proprement dite.

Deux de grosse cavalerie : la première, de dragons (mon tés sur des chevaux de taille moyenne et pouvant combattre à pied) ; la deuxième, de cuirassiers avec des chevaux de haute taille.

Les éclaireurs seraient destinés spécialement au service d’ordonnances, d’escortes et d’avantpostes; ils seraient attachés aux divisions d'infanterie et même aux corps de grosse cavalerie, dans la proportion d’un dixième pour les cuirassiers, et d’un cinquième pour les dragons, dont ils auraient à tenir les chevaux pendant le combat à pied.

L'empereur admet donc qu’une partie de la cavalerie, les dragons, sera armée de fusils pour combattre à pied et remplacer au besoin l’infanterie qui n’aurait pas eu le temps d’arriver, et l'on sait les services que cette arme a rendus en Espagne. Il va même plus loin, en demandant que toute cavalerie appelée à être détachée, la cavalerie légère naturellement, soit pourvue d'une arme à feu, afin de pouvoir lutter au besoin contre l’infanterie qu’elle trouverait devant elle. Mais ce n’est cependant que dans des cas exceptionnels qu’il admet que la cavalerie agisse par son feu ; il veut qu’elle conserve par le choc et l'arme blanche son véritable moyen d’action.

2° Stratégie.—* Si l’on examine ensuite la question au point de vue stratégique, On ne voit; presque jamais l’empereur Napoléon confier exclusivement à la cavalerie une de ces opérations d’où peut dépendre la réussite, de ses combinaisons, ou s’il l’a tenté quelquefois,, c’est avec si peu de succès qu’il y renonce le plus habituellement.

Ainsi, en 18Q5,, dans la marche de concentration de la grande armée autour d’Ulm, Murat précède de vingt-quatre heures, le 4e corps, (maréchal Soull), avec trois divisions de dragons, et il a l’ordre de surprendre le passage du Danube. à Donawerth., Il échoue dans son entreprise et est réduit à, attendre linfanlerie de Soult, qui s’empare de la ville et. lui permet de franchir le fleuve.

Dans la même campagne, il doit poursuivre les débris de l’armée autrichienne sur la rive droite du Danube ; [mais il s’avance aventurément et compromet le corps du maréchal Mortier qui marchait parallèlement à lui sur la rive gauche. Celte imprudence lui attire une réprimande des plus sévères de la part de l’empereur. 11 enlève les ponts de Vienne, il est vrai, mais c’est avec l’appui de Cannes qui est près de lui.

Enfin, dans la même campagne, il est chargé de se porter rapidement sur la ligne de retraite de Kutusof qui cherche à gagner la Moravie, et il se laisse étrangement abuser à Hollabrünn par s’annonce d’un faux armistice,

2° série. — N° 3.

Ces résultats ne furent évidemment pas faits pour inspirer à l'empereur une grande confiance dans faction isolée de la cavalerie. Aussi ne remploie-t-il plus qu'avec l'appui de son infanterie et presque toujours sous le commandement d’un de ses habiles lieutenants, sui lequel il sait pouvoir compter.

C'est ainsi qu’en 1812, dans ce fameux déploiement en éventail de la plus grande partie de notre cavalerie qui eut lieu après l'entrée à Wilna, la direction générale du mouvement fut donnée au maréchal Davout, qui devait l’appuyer avec son corps d'armée et celui du roi Jérôme. Le but était de reconnaître les lignes de retraite suivies par la gauche de l’armée de Barclay de Tolly, de la couper s’il était possible, de la séparer complètement de l’armée du prince de Bagration qu’on devait rejeter dans le Sud... et ce but ne fut pas atteint, par suite du retard qu'éprouva dans sa marche le corps du roi Jérôme et des fausses directions dans lesquelles s’engagèrent nos divisions de cavalerie.

En 1809, cependant, après la prise de Vienne et pendant les préparatifs qu’exige le passage du Danube, nous voyons toute la cavalerie portée en ^vant du côté de la Hongrie; la grosse cavalerie ■'«si répartie sur la frontière même, la cavalerie légère est placée plus en avant; elles n’ont pas d'ennemi devant elle, mais elles n'en occupent pas moins une position stratégique des plus im*

portantes, puisqu’elles couvrent la construction des ponts et qu’elles peuvent être appelées à agir pour empêcher la réunion des troupes de l’archiduc Jean avec celles de l’archiduc Charles. Ajoutons, pour dire toute la vérité, que cette dislocation avait encore un autre motif sérieux, l’impossibilité de nourrir cette nombreuse cavalerie autour de Vienne, et par conséquent l’obligation de lui assigner des cantonnements assez éloignés entre eux pour qu’elle pût y trouver les fourrages nécessaires.

Il ne faudrait pas conclure de ces faits que la cavalerie ne s’avançât qu’appuyée et soutenue par l’infanterie; non, dans les marches, elle précédait souvent les colonnes de vingt-quatre * heures et quelquefois plus ; dans les poursuites, elle s’élançait hardiment sur les traces de l’ennemi, ne laissant pas aux corps d’infanterie le temps de la suivre et achevant seule l’œuvre de destruction commencée sur les champs de bataille. On sait les résultats qu’elle obtint après les journées d’Iéna et d’Auerstaedt. Ce qu’il faut dire, et il y a lieu d’insister sur ce point, c’est que dans les guerres de l’Empire, la cavalerie n’agit presque jamais seule, ou du moins n’exécute aucune de ces opérations importantes qui peuvent avoir une influence décisive sur les résultats d’une campagne. Il y a là une différence notable avec ce qui se passait à l’époque de Frédéric j peut-être faut-il l’attribuer à une con-

viction de l’empereur Napoléon que les trois armes n’ont de valeur qu’autant qu’elles se combinent entre elles. Personne n’avait plus que lui le droit de penser ainsi, quand on voit la merveilleuse habileté avec laquelle il sait les manier et les faire concourir à un même but.

3° Tactique. — C’est ici la partie la plus importante et la plus délicate, puisqu’il s’agit de la position à assigner à la cavalerie sur le champ de bataille et de l’emploi qui doit en être fait pendant les longues péripéties du combat. Pans un cas comme dans l’autre, il n’y a évidemment pas de règle fixe; nous sommes loin des procédés méthodiques du dernier siècle qu’ont déjà Tait oublier les guerres de la République et du Consulat. Tout va dépendre désormais de l’ennemi qu’on a devant soi, du terrain, du but qu’on se propose, des circonstances mêmes du combat, ou plutôt du génie du général; c’est là le mot qui résume tout. Et cela est si vrai, que dans toutes les batailles de l’Empire la cavalerie n’est disposée >que rarement de la même manière; quant au rôle qu’elle y joue, il varie chaque fois.

ïl faut donc étudier quelques-uns de ces grands épisodes militaires, comme nous l’avons fait pour Frédéric ; ce sera le seul moyen de se rendre compte de ce que l’empereur demandait à sa cavalerie et de ce qu’il savait en obtenir.

Campagne de 1805. — Austerlitz. — Commençons *Qr Austerlitz, cette première bataille de

l’ère impériale, (pii est devenue le type classique dans nos écoles militaires.

A la gauche et au centre, sur le plateau de

Pratzen, est massée toute la cavalerie de réserve, parce que c’est là que le lerrain pourra lui êlre favorable, et que c’est sur ce point aussi que se déploie la cavalerie autrichienne. Lannes est chargé de la défense de la position avec ses deux divisions (Suchet et Caffarelli); il dispose en même temps de toute cette cavalerie que commande Murat.

La division de dragons de Kellermann est, à droite, en première ligne en avant de la division Caffarelli, en face des escadrons autrichiens de Lichtenstein.

L’infanterie est formée sur deux lignes, la première déployée, la deuxième en colonne serrée, et en arrière de ces deux lignes se déploie la cavalerie.

Enfin, à l’extrême droite de l’armée, une brigade de cavalerie légère destinée à protéger les flancs du maréchal Soult dans l’attaque tournante qu’il va prononcer.

Laissant de côté tous les détails de la journée, examinons seulement ce qu’y fait la masse de cavalerie placée sur le plateau. A peine Paciion s’est-elle engagée sur ce point avec le corps de Bagration, que la cavalerie autrichienne se prépare à charger. La division Kellermann, qui est en première ligne, se retire aussitôt par les intervalles de l’infanterie et se forme sur la droite de la division Caffarelli. La charge autrichienne arrive, mais elle ne trouve devant elle que des

bataillons d’infanterie qui la reçoivent solidement. Kellermann profite de ce mouvement pour la prendre en flanc et la met dans une déroute complète.

Lannes a gagné du terrain en avant; il fait alors obliquer ses divisions l’une à droite, l’autre 5 gauche, pour séparer complètement Bagration du reste de l’armée. Murat s’élance aussitôt avec ses cuirassiers par la trouée qui se fait entre ces deux divisions et fond sur la masse de cavalerie autrichienne qu’il enfonce; il se rabat ensuite sur le corps de Bagration et le pousse en désordre sur la route d’Olmütz, pendant que ses divisions de dragons appuient à droite le mouvement de Cafifarelli et balayent tout le plateau.

Iéna, — A Iéna, les divisions de cavalerie légère se placent en arrière des corps auxquels slles appartiennent, pour y rester à la disposition les commandants de ces corps ; la réserve de cavalerie a l’ordre de venir se poster sur le plateau, derrière la garde. Mais elle n’arrive que tardivement, au moment où le corps de Rüchel s’eflorçe,avec une nombreuse cavalerie, d’arrêter le mouvement en avant qui se prononce sur toute nôtre ligne. Murat, qui débouchait alors à notre droite, se rend compte de ce qui se passe, et sans hésiter, il lance sa cavalerie qui fond comme un ouragan sur ces dernières réserves prussiennes et détruit tout ce qu’elle a devant elle, infanterie et cavalerie. La déroule est complète; la pour-

suite est faite avec une énergie et une rapidité presque sans exemple par les dragons et la cavalerie légère de la réserve ; à quelques jours de là, on les retrouve déjà à la frontière de la Poméranie, suivis de près par l'infanterie, pendant que les cuirassiers marchent sur Berlin avec le corps d'Augereau.

Bien que placée sous un seul commandement, on voit ainsi que la réserve de la cavalerie ne reste pas toujours réunie; suivant les besoins et les circonstances, l'empereur, en détache souvent des divisions ou des corps, pour les adjoindre à ses corps d'armée dans le cours des opérations comme sur le champ de bataille.

Eylau. — AEylau, la réserve de cavalerie est formée derrière le centre, sur deux lignes, les dragons en première ligne, les cuirassiers en deuxième; une division de dragons est seule détachée plus à droite pour appuyer la division Saint-Hilaire.

Au moment où les Russes arrivent en masses profondes sur notre centre et menacent de le percer, l’empereur donne l'ordre à Murat d’arrêter ce mouvement avec sa cavalerie. Il dispose de quatre-vingts escadrons qu’il forme en colonne par brigades, afin que son front puisse passer librement entre les obstacles que présente le terrain ; et dès que sa colonne est formée, il la lance successivement par divisions.

Les dragons de Grouchy, qui sont en tête* dispersent la cavalerie ennemie et l'obligent à se retirer derrière l'infanterie; .mais ils sont arrêtés par le feu des lignes russes et se replient. Ils sont remplacés par les cuirassiers d'Hautpoul qui chargent à leur tour ; les premières brigades sont repoussées et vont se rallier à la queue de

la colonne. Mais l’une d’elles parvient à se faire jour sur un point et à ouvrir une brèche à travers laquelle pénètre toute notre cavalerie, qui se répand à droite et à gauche, dispersant l’infanterie ennemie.

Combat d'Eckmühl. — Dans la campagne de 1809, le combat d’Eckmühl fut un de ceux où la cavalerie joua le plus grand rôle. Le maréchal Davout était aux prises avec des forces bien supérieures quand l’empereur arriveà son secours avec toute sa réserve de cavalerie. La cavalerie autrichienne, qui était également fort nombreuse, s’élance sur ce renfort imprévu ; ce fut une lutte acharnée de cavalerie contre cavalerie, et il faut ici rendre hommage à nos adversaires, qui se dévouèrent avec une sublime abnégation pour donner le temps au reste de l’armée de gagner Ratisbonne et les ponts du Danube.

Essling. — Si la cavalerie autrichienne sauva à Eckmühl l’armée de l’archiduc Charles, la nôtre sauva dans les deux journées d’Essling l’honneur de notre drapeau et les corps de Lannes et de Masséna, aventurés sur la rive droite du Danube par la rupture de nos ponts.

Première journée. L’infanterie occupe les points d’appui de notre position, Essling et Aspern ; mais l’empereur n’a plus un seul bataillon pour garnir le centre ; c’est là qu’il va placer sa cavalerie qui ne compte que trois divisions (une de cuirassiers, deux de cavalerie légère)

bien que commandée par le maréchal Bessières, elle est mise sous les ordres de Lamies.

Les colonnes autrichiennes se dirigent sur

noire centre qu'elles voient dégarni; nos cuirassiers les chargent et les enfoncent, mais la cavalerie de Lichtenstein les ramène, quand elle

est elle-même arrêtée par la cavalerie légère de Lasalle qui la prend en flanc. Autant de fois Fattaque est renouvelée, et autant de fois notre cavalerie recommence la même manœuvre et avec le même succès.

Deuxième journée. Dans la deuxième journée, nos forces s’étaient augmentées de plusieurs divisions d’infanterie, d’une division de la garde, d’une division de cuirassiers et de deux divisions de cavalerie légère. — Le centre de la position est maintenant occupé par l’infanterie, et la cavalerie est en deuxième ligne. En troisième ligne et en réserve, une division de la garde. L’offensive peut être prise ; Lannes se porte en avant, Il débouche d’Essling, en échelons par la droite, le dernier échelon formé par la cavalerie. Dès que le maréchal voit l'infanterie autrichienne chranlée, il fait charger Bessières avec ses cuirassiers. L’attaque réussit, le succès se prononce, quand une nouvelle rupture des ponts force Fempereur à donner l’ordre de la retraite. On se replie sur Essling et Fôn revient dans les premières positions, la cavalerie en deuxième ligne.

L'armée autrichienne tente alors à son tour de reprendre l'offensive et se dirige, comme dans la journée précédente, sur notre centre, ISotre première ligne la reçoit par un feu soutenu , en même temps les deux divisions de cuirassiers s’élancent en colonnes serrées parles intervalles 2e série. — N° 3, S

et enfoncent l’infanterie ennemie ; mais elles trouvent en arrière cette même cavalerie de Lichtenstein qui les ramène encore, et elles ne sont dégagées, comme la veille, que par les attaques de flanc des divisions légères de Marulaz et de Lasalle.

La Moskowa. — A la bataille de la Moskowa, la cavalerie est en deuxième ligne, en arrière des positions occupées par l’infanterie et en 1 colonne par brigades, le corps de Nansouty à droite, le corps de Montbrun au centre, le corps de Grouchy à gauche; le corps de Latour- Maubourg forme la réserve et se place en troi-

sième ligne. Quant à la cavalerie légère, elle est à la gauche, chargée de proléger notre flanc.

11 n’y a pas ici de charge d’ensemble ; tous ces corps attaquent séparément pour soutenir les efforts de l'infanterie, quand le moment semble opportun. Murat court de runàl’autre et préside lui-même aux préludes de ces différentes charges. Quand Davout et Ney prononcent leur mouvement sur la droite de l’armée russe, une trouée se fait à notre centre et on la ferme en faisant entrer en ligne les deux corps de cavalerie de Montbrun et de Latour-Maubourg, comme l’a fait Seidlilz à Zorndorf.

1813. — En 1813, au début de la campagne, nous n’avions plus de cavalerie; il n’y avait que quelques régiments répartis dans les corps d’armée, et pour toute réserve, la cavalerie de la garde. Il y a loin de là aux effectifs que l’on voyait en ligne à la Moskowa. Mais l’ennemi n’attend pas, et l’empereur veut le prévenir. Quand il le rencontre dans les champs de bataille de Lutzen et de Bautzen, qu’il voit devant lui l’innombrable cavalerie des alliés, il se croit revenu aux jours de sa jeunesse, et s’écrie : «. Voilà donc une bataille d Égypte ! » Malgré l’absence de cet élément de succès qu’il savait si bien utiliser, il triomphe. Mais ce succès reste stérile; l’ennemi ne peut être poursuivi, sa cavalerie arrête ou retarde la marche de nos colonnes d’infanterie qui veulent le suivre; il

parvient à reprendre ses lignes de retraite qu'il avait perdues, et il se retire sans être inquiété.

Il y a là un grave sujet de méditation pour ceux qui veulent restreindre aujourd’hui le rôle de la cavalerie ou qui vont même jusqu’à en nier Futilité.

On ne doit pas craindre de s'étendre ainsi sur les exemples historiques, ni de les étudier; au milieu d’événements si variés, de dispositions si différentes, il est difficile de se former une opinion sans avoir examiné sous toutes ses faces la question qu'il s’agit non pas de traiter, mais de définir... et c'est là qu'est la vraie difficulté.

Waterloo . — N’interrompons donc pas le cours des événements et arrivons à ce dernier épisode de l'ère impériale, à cette journée fatale de Waterloo qui s'annonce sous de si brillants auspices et qui se termine par cette sanglante tragédie dont le dénoûment est le rocher de Sainte-Hélène avec l’occupation du sol français.

Jamais, dans aucune bataille, l’empereur n’avait pris un ordre tactique plus méthodique ou qui se rapprochât plus des errements de Frédéric. Notre armée se forme en onze colonnes et se déploie majestueusement sur trois lignes, comme sur un terrain de manoeuvres, en face de l’armée anglaise.

L'infanterie forme lecentre de ces trois lignes. La cavalerie est aux ailes de chacune d’elles avec

un dispositif qui varie d’après la place qu’elle occupe dans l’ordre de bataille.

A la gauche, se déploie sur trois lignes la cavalerie légère du 2e corps (A), s’appuyant à la chaussée de Nivelles à Mont-Saint-Jean ; à la droite, se forme dans le même ordre la cavalerie

légère du 1er corps (B); ces divisions conservent avec elles leurs batteries qui sont destinées à entrer en action dès le début de la bataille.

La deuxième ligne d'infanterie est formée du corps du général Mouton, à 200 mètres de la première; h sa gauche, se placent les cuirassiers de Kellermann (G) sur deux lignes, distantes entre elles de 60 mètres ; à sa droite sont deux divisions de cavalerie légère, Donon et Subervie, en colonne serrée par escadrons (D, E). Plus à droite encore viennent se déployer sur deux lignes, comme les cuirassiers de Kellermann, ceux du général Milhaud (F).

En troisième ligne, et comme réserve générale, la garde impériale ; au centre les divisions d'infanterie, à gauche et à 200 mètres en arrière du corps de Kellermann, la division de grosse cavalerie (G) sur deux lignes ; à droite, mais à 200 mètres derrière Milhaud, la division de cavalerie légère (H), dans le même ordre ; la distance qui sépare les lignes de cavalerie est de 60 mètres, comme pour les cuirassiers.

A dix heures et demie le déploiement des colonnes est terminé, l'armée est formée, et l’empereur donne le signal de l’attaque. C’est sur l'aile gauche de Wellington que se portent tous nos efforts pour le séparer complètement de l’armée prussienne. On sait la résistance que notre infanterie trouva dans la prise de la Haie sainte et du plateau de Mont-Saint- Jean ; une

première charge de la cavalerie légère et d’une brigade de cuirassiers du corps de Milhaud est tentée pour appuyer le mouvement, puis une deuxième, dans laquelle Ney engage tout le corps de Milhaud et la division légère de la garde. Nos attaques se brisent contre la solidité des bataillons ennemis et l’énergie de la cavalerie anglaise qui s’élance parles intervalles des carrés de son infanterie.

Mais déjà paraît Blücher sur notre droite avec le corps de Bulow. On lui oppose les divisions de cavalerie Donon et Subervie avec toute l’infanterie du comte de Lobau qui se place en potence. L'empereur sent à ce moment la nécessité de rester maître à tout prix du plateau pour empêcher la jonction des armées alliées, et un suprême effort est tenté par Ney avec le corps de Kellermann, qui vient remplacer les escadrons décimés de Milhaud. La division de grosse cavalerie de la garde suit le mouvement de Kellermann, sans en avoir reçu l’ordre, et quand l’empereur s’en aperçoit et qu’il veut la rappeler, il est trop tard, elle est déjà engagée.

Nous n’avons plus alors de réserve de cavalerie, et cependant le danger augmente. Bulow s’est avancé, sa cavalerie et quelques brigades anglaises se précipitent dans la trouée qui s’est faite entre notre première ligne et le corps de Lobau ,* rien ne les arrête, et elles inondent le champ de bataille. Alors eut lieu cette panique

générale qui se transforma en une déroute complète et que rien ne put arrêter. L'infanterie de la garde encore intacte ne suffisait pas à elle seule à servir de point de ralliement, en présence d'un ennemi qui se répand partout et qu'elle ne peut atteindre.

Si l'on rapproche ces faits de ce qui s’est passé dans les campagnes de 1807 et de 1813, on peut en conclure de suite que, si la cavalerie est utile pendant le combat, elle devient indispensable dans une victoire pour compléter le succès, comme dans un revers, pour sauver une armée; c’est ce que nos ennemis ont fait à Eckmühl et à Lulzen, c’est ce que nous n’avons pas pu faire à Waterloo, et nous venons d’en voir la raison. Le principe à en tirer, c’est qu'une réserve de cavalerie doit rester jusqu'au dernier moment dans la main du général, comme un élément de succès ou de salut.

Résumé tactique. — Quelles autres conclusions tactiques peut-on déduire de cet exposé des faits de guerre les plus saillants de l’Empire?

La première, c'est que toutes les charges de la cavalerie ont été préparées à l'avance par un feu concentré d'artillerie ou par de grosses attaques d'infanterie.

La deuxième, c’est que ces charges Ont eu pour but d’arrêter un mouvement menaçant de l’ennemi, ou de briser sa résistance sur* le point d’attaque; aussi se sont-elles faites presque

toujours sur un des points intérieurs de la ligne de bataille. Elles y étaient mieux soutenues par l’action combinée des deux autres armes, que si elles eussent agi isolément sur une des ailes de l’ennemi.

11 faut en conclure encore qu’une charge ne produira d’effet qu’au tant que la cavalerie victorieuse sera appuyée immédiatement par l’infanterie, qui peut seule occuper efficacement une position conquise et s’y maintenir. Quand Ney envoie demander a l’empereur de l’infanterie après la charge de Kellermann à Waterloo, c’est qu’il sait bien que ses cuirassiers ne pourront pas conserver le plateau qu’ils ont enlevé.

Lorsque ces grosses masses de cavalerie étaient mises en mouvement , comment chargeaientelles ? Le plus habituellement en colonne, par régiments ou par brigades, c’est-à-dire par régiments ou par brigades déployées, et successivement; quelquefois aussi, mais plus rarement, en colonnes serrées, quand il fallait déboucher par les intervalles de l’infanterie.

L’ordonnance de 1804 semble n’admettre que la charge en ordre déployé contre la cavalerie ; le contraire a eu souvent lieu, à Eckmühl par exemple, où un combat acharné s est livré entre nos colonnes et celles de l’ennemi, sur la chaussée deRatisbonne.

En un mot, dans les charges de ces grandes journées, la cavalerie semblait n’être dans les

mains de l'empereur qu’uee forte de coin qu’il tentait de faire entrer au milieu des masses ennemies, dans la trouée qu’il lui avait préparée par le feu.

Quand plus tard la cavalerie devient moins nombreuse, qu’il faut la ménager, on s’en sert, si l’on peut dire, d’une façon moins brutale ; les lignes ne sont engagées que les unes après les autres; on les forme par échelons, pour que la répétition des efforts supplée à l’intensité de la masse qui n’existe plus. On en revient à adopter sur une petite échelle les attaques combinées de front et de flanc que l’on voit Lasalle exécuter si brillamment à Essling.

En exemple remarquable de ces dispositions est cité par le maréchal de Mac-Mahon dans la notice qu’il fit distribuer à sa cavalerie pendant le camp de Châlons de 1864.

Combat près de Méry. — En 1814, près de Méry, une division de cavalerie française, composée de seize escadrons, se trouva en présence d’une division wurtembergeoise de même force. Celte dernière était formée sur deux lignes : une brigade déployée en première ligne E,F, une brigade en seconde ligne G, H; les deux régiments de la deuxième brigade étaient formés par régiment en masse, à distance de déploiement, à quelques centaines de mètres en arrière de la première ligne.

La division française était disposée dans le

même ordre (A, B, première ligne, C, D, deuxième ligne). Elle commença le mouvement d’attaque en formant par la droite des échelons par régiment, chaque régiment de la seconde ligne suivant le mouvement du régiment correspondant de la première ligne, en arrière du premier escadron de ce régiment.

Lorsque le premier échelon A fut arrivé à quelques centaines de mètres de la gauche de la ligne ennemie, le régiment de droite de la deuxième ligne française C se déploya à droite du premier échelon de la première ligne, en formant en avant un angle assez prononcé.

La gauche de la ligne ennemie chercha, par un changement de front en arrière, à faire face

aux Français qui la prenaient obliquement; mais surprise dans ce mouvement, elle fut mise en déroute.

Le général ennemi fit alors déployer à gauche le régiment de gauche de la deuxième ligne H’ et le fit charger immédiatement. Ce régiment, par suite de sa position, prenant en flanc le régiment français C, le força à rétrograder.

C'était d’après des principes semblables que combattait la cavalerie légère dans les opérations auxquelles elle prenait part ; il y avait là une sorte d’application régulière de l’ordonnance de 1804.

Place de bataille de la cavalerie . — 11 reste à fixer la place de bataille que l’empereur assignait à sa cavalerie ; les exemples développés plus haut montrent qu’il n’y avait pas de règle absolue à cet égard. Cependant il semble qu’on peut admettre les principes suivants, comme ceux qui recevaient l’application la plus générale :

La cavalerie légère, aux ailes ou du moins à celle qui était la moins appuyée, et en arrière des corps d’armée auxquels elle appartenait ;

En deuxième ligne, et le plus habituellement au centre, la réserve de cavalerie ;

Plus en arrière et en troisième ligne, une partie de cette réserve et la cavalerie de la garde, à côté ou sur les flancs des divisions d'infanterie de la garde impériale.

Mais ce n’était là qu’une position provisoire,

la formation au début du combat. L’empereur la modifiait suivant les exigences de la lutte. Ce qu’il faut admirer surtout, c’est l’intelligence et l’énergie avec lesquelles ses ordres étaient compris et exécutés par les hommes illustres qu’il avait su mettre à la tête de sa cavalerie.

Période après l'Empire. — Après cette longue période de guerre, tous les peuples ne semblent songer qu’à panser leurs plaies et à rétablir leurs forces épuisées par ces terribles combats. C’est un travail de réorganisation établi sur des bases moins étendues, avec des éléments plus proportionnés aux effectifs de paix qu’on veut maintenir. Les armées devant être moins nombreuses, on veut qu’elles soient meilleures ; de là, l’étude de toutes les questions militaires, la promulgation de lois et de règlements nouveaux, la réorganisation de toutes les armes ; de là, la publication de nombreux écrits, l’origine de discussions intéressantes, et, comme résultat final, des modifications dans la constitution de l’armée, où l’expérience du passé permet d’introduire de profondes améliorations. Ce fut l’armée dans laquelle nous entrâmes, nous, les aînés de la nouvelle génération, et qu’il nous soit permis sinon de la regretter, du moins de lui payer ici le juste tribut de notre reconnaissance pour l’éducation qu’elle nous a donnée, les principes que nous y avons puisés.

Règlement de 1829. — Dans les transformations

des différentes armes, la cavalerie ne fut pas oubliée. Un règlement nouveau lui fut donné en 4829, et Ton a vu comme il différait peu de celui de 1804. Il n’y a donc pas eu là réellement progrès, et peut-être même serait-on porté à regretter qu’on l’eût rendu plus volumineux, en y introduisant une foule de détails; il eût semblé que l’expérience de la guerre eût dû porter, au contraire, à en simplifier les mouvements et les commandements. Ce qu’on peut surtout lui reprocher, c’est de ne considérer jamais les évolutions qu’au point de vue du terrain de manœuvres, sans distinguer entre celles qui sont applicables à la guerre et celles qu’on y doit éviter. Quelle différence avec les règlements étrangers, où tout mouvement se fait sur l’hypotiièse d’une opération de guerre, d’un ennemi se présentant dans telle ou telle condition ! Les Allemands, qui savent rarement se maintenir dans de justes limites, dépassent même le but, en abusant des suppositions.

Le règlement de 4829, qui s’appesantit tant sur le détail, semble passer bien légèrement sur la charge; il y est à peine parlé des réserves que toute troupe de cavalerie attaquant doit maintenir en arrière ou sur son flanc ; le cas n’y est prévu que pour l’attaque en échelons. Quant à la question du ralliement, l’opération peutêtre la plus difficile de la charge, puisqu’elle en est toujours la conséquence, il n’en est rien dit.

Les Allemands ont compris la chose autrement, et, à chaque école de leurs divers règlements, un chapitre spécial est destiné à assurer la rapidité du ralliement.

Les charges combinées de front et de flanc avaient donné d’assez beaux résultats sous l’Empire pour qu’il semblât utile d’en indiquer les dispositions ou au moins d’en parler; le règlement les passe sous un silence absolu.

Service en campagne. — Il est vrai que trois ans plus tard, en 4832, le service en campagne a fixé, dans son instruction sur les combats, quelques principes qu’on aurait cherchés vainement dans les manœuvres de la cavalerie. Il recommande de conserver en réserve le tiers des escadrons, soit en colonnes, soit en échelons, à hauteur et en arrière de l’une des ailes; cette disposition lui paraît préférable à celle d’une seconde ligne, qui devrait, en tous cas, être placée à une distance suflisante pour qu’elle ne se ressentît pas de l’insuccès de la première.

Place de bataille de la cavalerie. — Le service en campagne fixe également la position de la cavalerie sur le champ de bataille; elle doit être répartie en échelons sur les ailes et au centre, si le terrain permet qu’elle y manœuvre et combatte; il faut qu’elle soit à portée du point sur lequel elle peut agir, et qu’en même temps elle soit placée à l’abri du feu, pour pouvoir agir au moment voulu avec tout l’ensemble de ses

forces. C’est un principe énoncé de la façon la plus absolue dans les mémoires de l’empereur, dans Jomini et qui semble reconnu de tous, comme le dit le maréchal de Mac-Mahon dans la petite instruction dont il a déjà été parlé. Ce n'est encore là que la cavalerie en 1832; plus tard d’autres nécessités, d’autres principes vont se produire.

Organisation de la cavalerie . — Quant à l'organisation de la cavalerie, elle est également réglée par le service en campagne ; le système divisionnaire lui est appliqué, les divisions devant compter deux ou trois brigades. On peut exceptionnellement former des divisions ou des brigades mixtes d’infanterie et de cavalerie pour être employées comme avant-garde.

La cavalerie légère est réservée pour le service extérieur.

Des divisions ou brigades de cavalerie de ligne peuvent être mises à la disposition des commandants de corps d’armée ou de division.

La cavalerie de réserve fait partie de la réserve de l’armée, sous les ordres du commandant en chef. Si elle a besoin d’être couverte et éclairée dans les marches ou les cantonnements, on lui adjoint de la cavalerie légère chargée de ce service.

Changements annoncés. — - Tels sont les règlements et les principes qni ont régi notre cavalerie jusqu’à ce jour; l’artillerie s’est transformée,

l’infanterie a modifié son lir et ses manœuvres; quant à cette arme, elle est restée fidèle aux traditions du passé, sans se préoccuper des changements qui se faisaient autour d’elle, des conditions nouvelles de combat qu’elle al'ait trouver sur les champs de bataille; ce serait avec la vieille tactique de Frédéric, avec les errements de l’Empire, qu’elle pourrait être appelée demain à entrer en ligne devant une infanterie qui la couvrirait de ses feux à 800 mètres, devant une artillerie dont les boulets iraient décimer ses colonnes serrées à plus de 1,500 mètres. Le danger de cette situation n’a pas échappé au ministre qui s’est imposé la noble lâche de remettre notre armée en état de tenir tête à l’ennemi, même le plus menaçant. Aussi s’est-il empressé d’indiquer à la cavalerie les modifications que devait entraîner pour elle l’emploi des nouvelles armes. Des observations, on pourrait dire plus justement un aperçu nouveau surl’instruction sommaire pour les combats, sur le service de la cavalerie en campagne, a été rédigé par ses ordres; son emploi sur le champ de bataille, sa répartition dans l’armée, son rôle dans le cours des opérations y sont traités à un point de vue très-différent des principes qui dominaient depuis près d’un siècle. Il y a là toute une question nouvelle qu’a fait surgir la transformation imposée à la stratégie et à la tactique par l’emploi des armes à longue portée et à feu rapide, par l’application

pratique aux choses de la guerre des puissants .i, moyens de communication et de concentration que la science a mis à notre portée dans ces dernières annéeset qui doivent forcément amener un changement radical dans les anciennes com* lunaisons militaires.

Opinion de Jomini sur la cavalerie. — Pour compléter la revue de celte longue période qui nous amène à l'époque actuelle, il est intéressant de connaître quelques-unes des idées émises sur la cavalerie dans les discussions qu’a soulevées la réorganisation de cette arme. Parmi les écrivains qui se sont occupés de ce sujet, il en est un dont le nom domine tous les autres et devant l’opinion duquel les militaires ont appris à s'incliner, Jomini. Ce n'est pas à dire que toutes ses idées doivent être acceptées ; suivant la parabole, il faut séparer l’ivraie du bon grain, mais l’ivraie est plus rare que le bon grain dans toute terre bien cultivée, et c’est ici le cas.

Jomini demande que la cavalerie représente habituellement un sixième de l’effectif total de l'armée, et un dixième, dans les pays coupés ou de montagne.

Il voudrait, surtout pour la grosse cavalerie, que le premier rang fût armé de lances, le deuxième de sabres, parce qu’il ne lui semble destiné qu’à achever l’œuvre du premier. C’est l’armement qu’a adopté la Russie.

Ordre perpendiculaire. — La formation do

l’ordre de bataille a entraîné de longues discussions qui sont restées sans résultat; il s'agissait de choisir entre l’ordre parallèle et l’ordre perpendiculaire, c’est-à-dire la lre brigade d’une division formant la première ligne, et la 2e brigade la seconde, ou les régiments de la lre brigade étant placés l’un derrière l’autre sur deux lignes, ceux de la deuxième prenant une position identique à la gauche de ceux de la première. Des écrits sans nombre ont paru en Allemagne sur cette question ; on a cru chez nous devoir la négliger, le règlement de 1829, le service en • campagne n’en parlent pas. Chez les puissances allemandes, au contraire, l’ordre perpendiculaire a été admis comme base, normale de formation sur deux lignes. Jomini se prononce dans le même sens d’une manière absolue; il ajoute que le général de brigade, placé entre ces deux lignes, tient mieux sa troupe sous sa main, qu’il en est plus maître et que s’il a besoin de faire agir une réserve ou de couvrir son flanc, il peut disposer instantanément de sa seconde ligne. Dans l’ordre parallèle au contraire, c’est à un autre général qu’incombe la tâche de veiller sur la première ligne, de lui porter secours ; on sait par expérience ce qu’il en coûte à un chef, quel qu’il soit, de détacher de son commandement une partie de ses hommes, même quand il s’agit d’appuyer un mouvement dont il n’a pas la direction ; en tout cas, il est évident qu’il y aura là une perle

de temps d’autant plus regrettable qu’il s’agit de la cavalerie et que, l’ordre même fût-il donné à temps, il ne serait jamais exécuté avec la précision qu’y mettrait celui qui y est le plus intéressé.

Charges. — Jomini admet quatre sortes de charges :

1° En colonne, à distance; 2° en ligne déployée, au trot; 3° en ligne déployée, au galop; 4° en four rageurs.

Il s'étend surtout sur les charges au trot qu’il considère comme les meilleures, parce que la cohésion des escadrons se maintient plus facilement à cette allure. Il en fait consister ainsi l’efficacité plutôt dans l’intensité de la masse que dans l’action réunie du choc et de la vitesse. C’est là une Opinion toute particulière à laquelle il semble plus naturel de préférer celles de Frédéric et de Napoléon, appuyées de tant de brillants exemples. Il préconise surtout ces sortes de charges contre une cavalerie arrivant au galop, affirmant à l’avance la supériorité de l’ordre contre le désordre inhérent à la rapidité de l’allure, et il assure que c’était là l’une des idées favorites de Lasalle. Il ajoute, il est vrai, et cela vient de sa prédilection pour cette arme, que la lance est trop difficile à manier au galop ; ce n’est qu’au trot qu’il est possible de s’en servir et de lui donner celte efficacité qu’il regarde comme des plus terribles.

U insiste ensuite sur le danger qu’il y a à faire attaquer par la cavalerie une ligne en bon ordre, si elle n’est pas vigoureusement soutenue par des lignes d'infanterie, et il rappelle, à cet égard, l’insuccès de Frédéric à Kunersdorf, celui de Napoléon à Waterloo ; on pourrait ajouter celui des Russes à Balaklawa sur la brigade Campbell.

La cavalerie doit-elle agir seule, elle ne doit se lancer que sur une infanterie déjà aux prises avec l'infanterie ennemie, ou ébranlée à l’avance par le feu de l'artillerie ou de la mousqueterie. Toute charge contre des carrés qui n’ont pas été entamés est presque toujours inutile. Que seraitce donc aujourd’hui où les moyens de résistance ont quadruplé?

Place de bataille . — Formation. — D’accord avec notre service en campagne, il recommande l’ordre en échelons comme le meilleur; ce ne serait qu’exceptionnellement, selon lui, qu’on adopterait la formation sur deux lignes et, dans ce cas, les régiments de la deuxième ligne devraient être en colonne afin de laisser des intervalles assez larges pour que les escadrons de la première ligne pussent s’y écouler facilement, si leur charge venait à être repoussée.

Il admet, en effet, en principe, que dans toute charge, surtout de cavalerie contre cavalerie, le premier effort ne fait que préparer le succès qui doit être achevé par d'autres attaques successives. Quels que soient les résultats obtenus par

la première ligue ou le premier échelon, le ralliement lui semble indispensable, pour laisser aux troupes qui suivent le soin de compléter la victoire ; il devra se faire en arrière ou le plus souvent dans une position de flanc, de manière à menacer l’ennemi à revers ou sur ses ailes.

Les troupes ralliées constituent ainsi successivement de véritables réserves, et le succès doit être à celui qui saura le mieux les utiliser et les ménager pour le dernier effort.

Jomini est ici d’accord avec Napoléon qui dit dans ses mémoires que la réserve de cavalerie doit être toujours tenue à même d’agir au moment efficace. Malheur à celui qui la paralyserait pendant le combat, sa défaite serait assurée 1

Ve 1829 à V époque actuelle. — Nous venons de laisser notre cavalerie sous l’empire du règlement de 1829, que complètent les prescriptions du service en campagne. Depuis cette époque, aucun changement ne s’est produit dans son organisation, ni dans sa tactique. Des essais ont cependant été tentés en 1842 par le major Itier, qui proposa tout un nouveau système de manoeuvres, basé sur la suppression des inversions; c’était l’idée que l'artillerie avait déjà adoptée pour les évolutions de ses batteries, et que l’Au-

triche devait s'approprier plus tard pour sa nouvelle tactique, comme nous le verrons plus loin. Une commission fut chargée d'examiner et d’expérîmenter sur le terrain les propositions de M. Itier; après quelques mois d’étude, elle conclut au rejet et au maintien de ce qui existait, et les choses en restèrent là jusqu’à nos jours.

11 faut reconnaître cependant que de grands efforts ont été faits pour l’amélioration de la race chevaline, et qu’on a obtenu les meilleurs résultats; aujourd’hui, la remonte est à meme de verser chaque année dans nos régiments des chevaux dont les formes et la vitesse ne le cèdent en rien à ceux des autres cavaliers du continent. La France n’est plus dans cette sorte d’infériorité qu'on se plaisait tanta l’étranger à lui reprocher, pour celle partie importante de son matériel de guerre, et elle n’a plus à craindre, de ce côté, d’autre supériorité que celle de la luxueuse cavalerie de la petite armée de la Grande-Bretagne. Il y a eu là un service immense rendu à l’armée tout entière; le mérite n’en doit pas être attribué seulement à l’administration de la guerre, et il serait injuste de ne pas reconnaître ici la part qui doit en revenir à l’administration des haras et aux efforts de l’industrie privée, qui travaille si énergiquement, depuis trente années, à l’introduction du cheval de pur sang comme reproducteur. En même temps que le cheval de guerre s’améliorait, on s’occupait d’en perfec-

tionner le harnachement et l’équipement; la légèreté unie à la solidité semblait devoir être la condition essentielle des modifications à faire. Il n’en a pas été ainsi malheureusement, et ce difficile problème, qui n’a pas été résolu, est encore aujourd’hui l’une des grandes préoccupations du comité de la cavalerie. On a changé également la méthode de dressage des jeunes chevaux, et on a pu, par l’application de nouveaux principes, les mettre plus vile à même j d’entrer dans les rangs. L’instruction première des cavaliers était développée en même temps par un travail individuel, qui donne à nos hommes une confiance et une initiative qu’ils ne peuvent acquérir dans les leçons de l’école du cavalier. C’est au dernier ministre de la guerre, au maréchal Randon, qu’on est redevable de ces mesures encore toutes récentes. 11 y a donc eu de véritables progrès réalisés dans les détails, comme dans les conditions mêmes de vitalité de l’arme ; il resterait à les pousser plus loin et à les mettre en harmonie avec les conditions nouvelles de la guerre et surtout du combat.

Pour bien apprécier l’emploi qui a été donné a notre cavalerie dans cette dernière période, le rôle qu’elle a joué, il nous faudrait suivre le cours des événements, comme nous l’avons fait pour les époques antérieures, et en déduire des applications pratiques sur le terrain les principes qui semblent avoir servi de règle générale. Noire

histoire militaire est assez riche en souvenirs, eh faits d’armes, pour que nous puissions y trouver tout à la fois une satisfaction d’amour-propre et un enseignement utile. Les campagnes d’Afrique, celles de Chiné, du Mexique, nous montrent notre cavalerie active, entreprenante, bravant les fatigues et les rigueurs du climat, ne se laissant jamais arrêter par le nombre ; mais l’ennemi qu’elle a à combattre, tout redoutable qu’il peut être, n’a rien des qualités des armées régulières de l’Europe ; notre tactique nous donne une supériorité telle, que quelques escadrons suffisent presque toujours pour disperser les masses confuses qu’ils trouvent devant eux; il y a de grandes leçons à y prendre, mais à un point de vue différent de celui qui nous occupe.

La France soutient deux grandes guerres en Europe ; l’une n’est qu’un long siège, et la cavalerie, qui ne peut y prendre part, en est réduite à un simple service d’avant-postes. Dans l’autre, la nature du terrain, le sol coupé de la Lombardie, la richesse de la végétation, entravent partout sa marche. Le jour du combat arrive, et, là encore, elle est enchaînée par le rôle passif qu’on lui impose, mais dont il faut savoir lui tenir compte ; elle ferme la trouée de notre ligne de bataille à Solférino et maintient les communications entre le corps du maréchal Mac-Mahon et celui du maréchal Niel. Les charges isolées de quelques-uns de scs régiments ou de scs brigades 2e série. — N° 3. . . 6

n’ont pas d’influence décisive sur les résultats de la journée ; son action est donc à peu près nulle au milieu de ces grands efforts [de l’infanterie et de l'artillerie, et nous n'avons aucun enseignement à en tirer. Mais depuis cette époque, dans les années les plus rapprochées de nous, d’autres faits militaires sont venus appeler l’attention de tous. A côté du canon rayé que nous avions inauguré en Italie, on voit apparaître sur les champs de bataille les armes nouvelles, avec tous les moyens d’action que la vapeur et l’électricité mettent au service des armées. Les différentes armes sont forcées de modifier leur manière de combattre, et il s’agit de définir ici le rôle que la cavalerie aura à remplir dans les nouvelles combinaisons de la guerre, puisqu’elle ne peut rester en dehors de ce mouvement général. On est ainsi conduit à examiner les derniers événements, à en détacher les faits les plus saillants relatifs à cette arme, et à déduire de l’expérience du passé comme des nécessités du moment la conclusion qui fait le sujet de cette . | étude. ^<1

Guerre de la sécession. — Reportons-nous donc \ d’abord en Amérique, sur ce théâtre de guerre : tout nouveau, où la cavalerie va se mouvoir dans des espaces immenses, au milieu de pays inhabités, dans des conditions bien différentes de tout ce qui rappelle les luttes européennes. Une scission, ou une sécession Duisaue le mot est

consacré, se fait dans la grande république des Etats-Unis, entre les Etats du Nord et ceux du Sud ; un nouveau gouvernement se forme à Richmond, en opposition avec celui de Washington, et la guerre civile s'allume. La république américaine n’avait alors qu’une armée permanente peu nombreuse ; tout entiers à leurs grands inté-j rets commerciaux, les hommes du Nord prisaient peu le service militaire et en laissaient généralement les charges et les honneurs aux planteurs du Sud, qui fournissaient à l’Académie militaire de Wesl-Point la plus grande partie de ses élèves. Aussi, quand les hostilités éclatent, la plupart des officiers prennent-ils parti pour le Sud, leur patrie ; l'armée se divise, se désorganise, et il faut presque tout créer dans les deux pays. Mais au Sud, les éléments abondent, les officiers sont prêts ; dans le Nord, au contraire, il sont peu nombreux, et c’est à coups de dollars et d'hommes qu'on devra suppléer à cette infériorité très-marquée dans les débuts. On y pensait qu'une petite armée suffirait pour réduire les rebelles et qu’elle coûterait peu d’argent ; le Congrès se montra donc d’abord fort parcimonieux, habitué qu’il était à n’accorder que des subsides insignifiants à son ministre de la guerre.

L’organisation de la cavalerie se ressentit de cette économie du budget; elle fut d’autant moins nombreuse, qu’elle coûtait plus cher à créer et qu’elle manquait à la fois d’éléments, de tradi-

— ICO —

tions et d’officiers. C’est une arme qui ne s’improvise pas, et il se produisit là quelque chose d’analogue à ce qui se passa chez nous dans les premières guerres de la République.

Organisation de la cavalerie dans les armées du Nord et du Sud. — Dans chaque armée, la cavalerie fédérale était en grande partie attachée aux corps d’infanterie ; mais elle était tout entière sous les ordres d’un commandant en chef, qui maintenait une réserve près de lui. Dans Farméedunorddu Potomac, pendant la deuxième campagne de 1862, la cavalerie était sous les ordres de Sloneman et comprenait deux régiments environ auprès de chaque corps, plus une réserve de deux brigades. Elle ne savait pas manœuvrer ou manœuvrait mal, et jamais sur le champ de bataille ; elle se contentait de charger en fourrageurs et de pousser quelques pointes hardies sur le terrain occupé par l’ennemi. Elle eut peu de succès au début et fut presque entièrement détruite la seconde année , dans une charge maladroitement conduite, à celle longue bataille dite des Sept jours, qui se livra autour de Richmond et sur les bords du Chichkahominy,

Avec les premiers revers, l’orgueil et le pa~ Jiolisme grandissent dans le Nord; on veut la victoire à tout prix, et l’on ne connaît plus de bornes aux dépenses. Tous les moyens d’action sont mis en œuvre : pièces rayées ou se chargeant parla culasse, fusils à répétition, carabines-

ré volve rs, fusils à culasse mobile* transports* voitures* télégraphes et signaux; la cavalerie est réorganisée; son armement, son équipement sont modifiés ; elle devient l’arme de prédilection pour laquelle on ne saurait trop faire de sacrifices. Son effectif grossit de jour en jour* et le Nord applaudit* parce qu’il se croit désormais à l’abri des pointes hardies que les escadrons du Sud ont poussées jusque sous les murs de Washington.

En 1863, celte même armée du Potomac comptait déjà 8,000 à 10*000 chevaux répartis en divisions indépendantes* mais attachées le plus souvent à l’infanterie. Cette cavalerie eut à sa tête* comme commandants en chef, d’abord Stoneman, puis le général Pleasanton ; le principe de l’unité de commandement y fut maintenu jusqu’à la fin des hostilités.

A mesure que les ressources du Nord augmentent, que le théâtre de la guerre s’étend* la cavalerie prend de plus grandes proportions, et dans l’année qui termine cette lutte gigantesque* en 1865* on ne voit pas moins de 35,000 cavaliers, formant des divisions de 4,000 à 5*000 hommes dans les différentes armées que le Nord a mises en mouvement.

Au Sud* l’organisation est la même : un officier général a sous ses ordres toute la cavalerie* qui ne possède pas, du reste, de qualités plus manœuvrières que celle qui lui est opposée. Mais

elle est plus hardie, plus entreprenante au début, et c’est elle qui ouvre la série de ces courses hardies en territoire ennemi, qu’on a désignées sous le nom de raids , et qu’il faut étudier comme des exemples à suivre dans l’avenir.

I Raid du général Sluari. — A l’automne de la deuxième campagne, en 1862, les armées ennemies luttaient encore sur les rives du Potomac, dont la possession assurait l’indépendance ou la chute de Washington. Après des alternatives de succès et de revers, Mac-Clellan, qui commande l’armée fédérale, gagne la bataille d’Antietam et de Harpers Ferry et pousse ses avant-postes sur la rive droite du fleuve. Lee, qui est à la tête des confédérés, évacue ses positions du Potomac et se retire plus en arrière, dans la vallée du Rappahannock.

C’est alors que le général Stuart, qui commande la cavalerie du Sud, entreprend, sur les flancs et les derrières de l’armée fédérale, une iapide incursion, dont le but est d’enlever les convois, de détruire les lignes ferrées, de faire 311 un mot le plus de mal possible. (Voir le croquis n# 1 .)

Il se porte sur le Potomac le 10 octobre, avec 2,000 cavaliers et une batterie d’artillerie à cheval, en tournant l’extrême droite des positions de Mac-Clellan ; il franchit le fleuve au gué de Coys-Creek, enlève quelques avant-postes, refoule les autres et change souvent de direction pour

dérober sa marche à l’ennemi et le laisser dans l’indécision sur ses projets. On le croyait le long du Polomac, tandis qu’il s’était avancé par Mercesburg jusqu’à Chambersburg, en Pensylvanie, où il détruisait les magasins et le chemin de fer qui va de Mittleburg à Harrisburg et à New- York.

Convaincu que Stuart n’osera pas s’avancer dans l’intérieur du pays, qu’il ne peut s’écarter du Potomac et qu’il sera bien vite contraint de le repasser, Mac-Clellan envoie une partie de la cavalerie à sa poursuite et fait prendre au reste une position centrale telle qu’elle puisse se porter rapidement dans toutes les directions pour couper la retraite aux confédérés. Des troupes d’infanterie sont échelonnées en même temps le long du fleuve et du chemin de fer de l’Ohio, pour appuyer les mouvements de la cavaleire. Mais Stuart a compris à l’avance qu’il ne pourra revenir par la même route, et, déroutant les prévisions de ses adversaires, il change de direction d’abord à l’est, puis au sud. Le 11 octobre, il se porte sur Getlysburg, où il détruit la voie ferrée de Baltimore à Philadelphie, passe à Emmetsburg et atteint la ville de Frederik et le chemin de fer de l’Ohio, dont il enlève une partie des rails et coupe les fils télégraphiques. Le 12, il continue sa marche vers le sud, par Barnesville et Pooîesville, semant partout sur son passage la crainte et la destruction, ayant fait tout le tour de Par-

niée du Nord. De cette dernière ville, i! se dirige sur l'embouchure du Monocacy, où il compte franchir à gué le Potomac qu’il vient d'atteindre ; mais il y trouve les fédéraux en position avec le général Sloneman ; il redescend le fleuve, le passe à quelques milles plus bas, au gué de Whiies-Ford, et rejoint l’armée de Lee, sans autre perte que celle de quelques chevaux. Toute cette course n'a duré que trois jours, pendant lesquels il a parcouru 240 kilomètres.

Washington avait été menacée; l'armée de Mac*Clellan avait fait à la hâte un mouvement rétrograde pour couvrir la capitale, dont l’effroi avait été aussi grand qu’imprévu. C’est à ce moment que le Nord se décide à réorganiser sa cavalerie, qu'il veut mettre à même de rendre au Sud les terreurs qu'il vient de ressentir. Aussi, dès la campagne suivante, en 1863, voibon Stoneman commander encore toute la cavalerie du Potomac et tenter une entreprise semblable sur les flancs de l'armée confédérée, qui a dû évacuer la vallée du Rappahannock pour couvrir Richmond.

Raid du général Sloneman. — Ce général part de Warrenton le 27 avril, avec trois divisions (divisions Averill, Gregg, Buford), formant un effectif de 10,000 chevaux , et trois batteries (voir croquis n° II). Dès qu'il a passé le Rappahannock à Kellys-Ford et qu’il se trouve en territoire ennemi, il partage sa troupe en trois co-

lonnes. Celle de droite, formée de la division Averill, est destinée à couvrir Tune des ailes, à agir dans la direction de Culpeper, d’Orange- City, de Gordonsville, le long du chemin de fer de Baltimore et de Washington, et à maintenir Stuart qui se trouve avec 2,000 chevaux aux environs de Culpeper. Les deux autres divisions continuent leur marche au sud, tantôt sur une seule colonne, tantôt sur des directions divergentes ; elles traversent ainsi le Rapidan, les deux rivières de North et de South-Anna, la ligne ferrée du Tennessee et se réunissent le 1er mai, près du JamesRiver, à Thompson-Cross, que Stoneman a choisi comme centre des opérations qu’il veut diriger autour de Richmond et dans le pays au milieu duquel il a pris pied. La marche s’est effectuée jusque-là presque sans résistance ; les fédéraux n’ont trouvé devant eux que quelques avant-gardes qu’ils ont enlevées et un petit corps de cavalerie, venu de Gordonsville, que sa faiblesse rend peu redoutable.

De Thompson-Cross, Stoneman fait rayonner des colonnes dans différentes directions; l’une d’elles, commandée par le colonel Wyndham, fut envoyée à Colombia sur le James-River ; elle y détruisit le canal, les ponts, les aqueducs, les magasins du gouvernement, pendant que d’autres pillaient Cartersville, Ashland, Tolersville et enlevaient sur plusieurs kilomètres les rails des nombreuses voies ferrées qui partent de Rich-

mond. De toutes ces opérations, la plus extraordinaire fut celle de la brigade Kilpatrick, qui marcha directement sur Richmond et pénétra jusqu’au milieu des ouvrages avancés de la place. La capitale confédérée ressentit à son tour une terreur égale à celle qu’avait éprouvée Washington dans la campagne précédente ; une grande partie des habitants évacua la ville. Lee prit toutes les mesures de défense, convaincu qu’il avait devant lui l’avant-garde de l’armée fédérale du Rappahannock. Kilpatrick u’osa cependant pas pousser la témérité plus loin ; il remonta vers le nord, passa le Chichkahominy au pont de Meadow et atteignit le Pomunkey qu’il traversa sur un bac, suivi de près par la cavalerie confédérée qu’on avait lancée à sa poursuite, dès que la vérité s’était faite sur sa situation. Mais la retraite sur Thompson -Cross lui est fermée ; il prend immédiatement son parti et franchit le Mattapony, descend le Pomunkey et va rejoindre à Yorktown l’armée de Buttler qui menace Richmond par le sud, ayant fait ainsi 400 kilomètres en dix jours.

En même temps qu’il faisait poursuivre Kilpatrick, Lee donnait l’ordre à Stuart de marcher avec toute sa cavalerie contre Stoneman, et il faisait appuyer son mouvement par de forts détachements d’infanterie et d’artillerie. Le général Hooker, qui a remplacé Mac-Clellan à la tête de l’armée fédérale, est prévenu à temps des dispo-

sitions de l'ennemi ; il ne veut pas encore engager sa cavalerie contre celle des confédérés et il prescrit à Stoneman de rentrer dans sa position de Warrenton. Les divisions Gregg et Buford se retirent par la même direction, séparées de la brigade Kilpatrick que la nécessité a conduite à l’armée du sud; elles sont rejointes en route par la division Averill, et le corps entier de Stonenan repasse le Rappahannock, après s’être maintenu en pays ennemi pendant onze jours, du 27 avril au 8 mai 1863, sans avoir éprouvé de pertes sensibles dans les petits engagements qu’il avait eus.

Raids du général Morgan. — On pourrait citer encore plusieurs autres entreprises de la même nature ; parnp les plus remarquables, on doit mettre en premier rang celles que fit le général confédéré Morgan dans les Etats du Tennessee, du Kentucky et de l’Oliio. Son premier raid, entrepris avec 900 hommes à peine armés, dura vingt-quatre jours, pendant lesquels il parcourut 1,000 kilomètres environ ; il rentra sans avoir eu d’engagement sérieux, ayant pris dixsept villes et détruit, pour plus de 40 millions de dollars, de magasins, de matériel et de chemins de fer.

Il se servit habilement dans cette course du télégraphe, y installant ses officiers, recevantes dépêches de l’ennemi et lui en envoyant de fausses pour le dérouter sur la direction de sa marche.

Le raid qu il fit Tannée suivante, en 1863, à peu près sur le même terrain, fut moi ns heureux. Cerné par les fédéraux de trois côtés différents, il est acculé à l’OIiio qu'il franchit ; poursuivi de l’autre côté du fleuve, il est enfin entouré par des forces supérieures; sa troupe est détruite en partie, le reste met bas les armes et lui-même est fait prisonnier. Sa marche avait été plus rapide encore que dans le raid précédent; il avait fait quelquefois jusqu’à 100 kilomètres par jour, pour se dérober à la poursuite des fédéraux.

Rôle de la cavalerie américaine. — La cavalerie avec quelques bouches à feu prenait seule part à ces opérations; autant ici son rôle était brillant, autant il s’effaçait sur les champs de bataille ; sachant à peine manœuvrer, il était difficile de la faire entrer dans les combinaisons lactiques, il ne faut pas oublier d’ailleurs que, dans cette guerre, les Américains développèrent sur une grande échelle l’emploi de la fortification passagère, et que la plupart de leurs batailles se résumaient dans des attaques de positions, défendues soit par des obstacles naturels, soit par des lignes ou des retranchements. La cavalerie leur devenait ainsi à peu près inutile, et on la voit le plus souvent loin du combat, occupée à des opérations isolées sur les flancs ou les derrières de l’ennemi; elle y assistait cependant quelquefois et y prenait part. Elle se plaçait alors généralement sur les ailes, en arrière des

masses d’artillerie, qui appuyaient toujours les premières lignes d’infanterie. Elle était destinée à agir sur le flanc ou à poursuivre l’ennemi; rarement on la faisait charger contre l’infanterie en position. Le fameux Stuart le tenta une fois, à la bataille de Frédéricsburg contre la division Doubleday de l’armée de Burnside, mais sans succès.

Dans les marches, au milieu des immenses plaines qui servaient de théâtre d’opérations, les armées américaines s’avançaient habituellement en trois colonnes parallèles, l’aile droite, le centre, l’aile gauche. La cavalerie se répartissait à peu près également en avant des deux ailes et les précédait.

La destination qu’on donnait de préférence à la cavalerie américaine avait dû nécessairement modifier les idées sur l’emploi qui devait en être fait. Ne la considérant plus comme un élément d’action sur le champ de bataille, on voulut en faire une sorte de corps mobile, agissant au loin et isolément, et trouvant en lui-même toutes les ressources nécessaires pour parer aux différentes éventualités ; il fallait, en un mot, que ce corps renfermât de l’infanterie pour combattre celle de l’ennemi ou enlever une position, de la cavalerie et de l’artillerie. L’introduction des armes se chargeant par la culasse sembla donner la solution de ce difficile problème ; et dès les dernières années de la guerre, en 1804 et 1865 série. — N° 3. 7

fl

nous voyons cette cavalerie armée de la cara-i bine Spencer, arme à répétition qui permettait; de tirer huit coups; un régiment d'élite reçut même la carabine Henry, à quinze coups; enfin un revolver à sept coups complétait ce formidable armement. Ainsi équipés, munis d'une nombreuse artillerie, ces corps de cavalerie pou- i vaient se suffire en toutes occasions, et c'est : ainsique Sherman put entreprendre ses grandes opérations tournantes jusqu’à l'Atlantique, et plus tard autour de Richmond. Ce n'est plus la cavalerie telle que nous l'avons vue jusqu’ici; elle devient une sorte d’infanterie rapide destinée aux petites opérations de la guerre. Ne peuton pas conclure de celte destination nouvelle, que les Américains ont compris toutes les difficultés qu'elle trouverait sur un champ de bataille, en présence des pièces rayées et de ces nouveaux fusils, à jet presque continu ? Leur artillerie, ils la placent à de telles distances qu'elle n'a à craindre que le boulet; leur infanterie, ils la masquent dans un fossé, derrière le moindre épaule ment; mais que faire de la cavalerie? comment la soustraire aux coups qui peuvent la menacer et l’atteindre de toutes parts? Ils croient résoudre la difficulté, en l’éloignant du combat.

Campagne de 1866 en Bohême. — Nous arrivons maintenant aux derniers événements militaires de l'époque actuelle, à cette campagne de 1806 dont les résultats firent une telle iiripres-

sion, que tous les Etats de l’Europe se crurent obligés de modifier leur système militaire en même temps que leur armement. En examinant les faits au point de vue de la cavalerie, on y trouve d’importantes remarques à faire sur l’organisation et la répartition de celle arme comme sur sa manière de combattre. Ce ne sont plus de grosses masses qui vont agir et décider le succès comme dans les guerres du premier Empire : chez les Prussiens, des régiments, des brigades s’engagent isolément pour concourir à une action commune avec les troupes auxquelles elles sont attachées. Quant aux Autrichiens, ils ont bien conservé l’ancienne organisation en divisions ; mais ces divisions restent à la disposition du général en chef et n’agissent pas simultanément. Tels sont les principes généraux qui semblent réglementer dans les deux armées le dispositif et l’emploi de la cavalerie. Yoici quelle en était l’organisation :

Organisation de la cavalerie des deux armées . — Les forces prussiennes qui envahissent la Bohême constituaient, au début, trois masses distinctes ainsi réparties : l’armée de l’Elbe et la première armée, qui entrent par le nord, venant de la Saxe et de la Lusace, et qui se réunissent bientôt à Munchengrâtz et Gitschin, pour ne plus former qu’une seule armée dite première armée ; puis la deuxième armée, qui vient de la Silésie et pénètre en Bohême par les défilés de Trau te-

«au, Braunau et Nacliod. Ces armées se composaient d'un certain nombre de corps d’armée constitués ou de divisions d’infanterie détachées d’autres corps.

A chaque division est adjoint un régiment de cavalerie.

Dans la première armée, le 2e corps a seul une brigade de cavalerie, outre ses régiments divisionnaires.

La réserve y est formée d’un corps de cavalerie de 2 divisions, formant 5 brigades.

Dans la deuxième armée, tous les corps ont une réserve de cavalerie, à l’exception du 5e.

Au corps de la garde est une brigade de cavalerie de la garde.

Au 1er corps, une brigade de la ligne.

Au 6e, un seul régiment.

Comme réserve générale, une division mixte de 3 brigades: la lre de cuirassiers, la 2e de cavalerie légère, la 3e des régiments de landwehr.

Il ne faudrait pas croire que la différence de cette répartition entre les deux armées n’eût pas été calculée à l’avance; l’état-major prussien avait apprécié de longue date les difficultés de la marche du prince royal à travers trois défilés éloignés les uns des autres; ses colonnes devaient ’ se trouver isolées jusqu’à leur réunion, et on avait voulu donner à chacune d’elles tous les éléments de résistance et de succès. A la première armée, au contraire, la voie était toute

tracée ; dès ses premières étapes, elle se trouvait concentrée dans le bassin de l’Elbe; la cavalerie pouvait y être plus réunie sans inconvénients.

Dans l’armée autrichienne, un seul régiment est attaché à chaque corps d’armée; le reste de la cavalerie forme h divisions : 2 de cavalerie légère, 3 de grosse -cavalerie, auxquelles il faut ajouter encore la cavalerie saxonne, qui marche avec sa petite armée.

Si l’on admet que le général en chef puisse détacher à temps des régiments ou des brigades près des corps d’armée engagés, il n’y a que peu d’objections à faire contre la répartition adoptée par l’Autriche, et, en effet, au début de la campagne, nous voyons la lre division de cavalerie légère marcher avec le 1er corps, qui est chargé d’arrêter le prince Frédéric-Charles. Mais si les mouvements sont décousus, les troupes engagées isolément et inopinément, alors se fait sentir tout le vice d’une semblable organisation. Les divisions sont forcément cantonnées sur des points différents pour pouvoir vivre, elles sont éloignées des corps qui combattent et qu’elles ne peuvent soutenir, les ordres leur arrivent mal ou trop tard, et, pendant ce temps perdu, la défaite est consommée. Et c’est ainsi que les choses se sont passées dans la plupart des combats qui ont été livrés contre la deuxième armée, à Trautenau, à Burgersdorf, à Sorr, etc.

Combats avant Sadowa. — Dans toutes les af-

faïres qui précèdent la grande journée de Sadowa, on voit des combats partiels de cavalerie, mais pas un engagement sérieux de grosses masses. A Münchengratz, à Gitschin, où le prince Frédéric-Charles a devant lui le corps de Clam- Gallas,qui, réuni auxSaxons, ne compte pas moins de 60,000 hommes, la cavalerie n’entre que pour peu de chose dans le succès ; il n'y a même pas de poursuite pour compléler la victoire, pas de tentative pour établir les communications avec la deuxième armée.

La cavalerie autrichienne ne se montre pas plus entreprenante : dès les premiers engage* ments, elle a essuyé le feu de l'infanterie ennemie et elle semble redouter de s’attaquer de nouveau à ses terribles armes; sa situation se comprend mieux que celle delà cavalerie prussienne, qui n’a pas le même danger à craindre. Mais ajoutons, pour être justes, que, dans tous ces petits engagements, les escadrons prussiens sont menés avec une vigueur, une énergie remarquables.

Nachod-Skalitz. — ANachod, deux escadrons de dragons se forment rapidement, devant le 6e corps autrichien* en colonne par pelotons dans chaque escadron (c’est la colonne d'escadron) et se maintiennent ainsi sous le feu de son artillerie ; ils se déploient ensuite instantanément et s’élancent bravement sur les colonnes du général Hamming, pour laisser à la lre division de

Steinmetz le temps de se déployer et de sortir du défilé. Et quelles étaient ces premières colonnes autrichiennes? La brigade de cuirassiers du prince de Solms, la seule que Benedek eût détachée pour arrêter la marche du prince royal. Les deux escadrons prussiens n'ont pas hésité à charger à fond cette cavalerie, dont ils percent la première ligne ; ramenés, ils recommencent de nouvelles attaques et arrêtent les Autrichiens par leur audace, jusqu'au moment où l'infanterie vient les dégager.

Le lendemain, au combat de Skalitz, cette même brigade de cuirassiers prend à revers les troupes de Steinmetz, qui veut tourner la gauche des Autrichiens. L'infanterie prussienne fait demi-tour et reçoit déployée cette cavalerie qui tourbillonne sous les feux des fusils à aiguille. Un régiment de uhlans veut profiter du désordre pour charger la réserve de la brigade de Solms, mais il est ramené à son tour.

L'insuccès de la charge des cuirassiers n’aurait pas suffi pour assurer la réussite du mouvement de Steinmetz ; cet honneur était réservé à la brigade de grosse cavalerie de la garde que le prince de Wurtemberg avait envoyée à la hâte de Braunau au secours du 5e corps. Elle arrive avec son artillerie et se forme à l’extrême droite, menaçant l’aile gauche des Autrichiens ; rien que sa présence arrête toute tentative de résistance, la retraite est ordonnée et Steinmetz reste

maître du défilé par lequel vont déboucher après lui le 6e corps et la cavalerie de la deuxième armée.

Ce fait mérite d’être remarqué, parce qu’il montre sous un jour nouveau les services que pourra quelquefois rendre la cavalerie ; il l’a, du reste, été beaucoup en Allemagne et on le voit cité dans presque toutes les brochures qu’ont enfantées depuis deux ans les discussions relatives à la cavalerie. Les Autrichiens doivent regretter de ne pas l’avoir apprécié de suite à sa juste valeur; peut-être eussent-ils pu profiter de l’expérience acquise, dans cette journée si fatale pour eux où nous allons voir toute leur cavalerie immobilisée derrière les lignes d’infanterie.

Bataille de Sadowa. — Nous n’avons pas à entrer ici dans le détail de la bataille Sadowa :ce serait nous écarter du sujet qui nous occupe. Mais il faut essayer d’en dégager tout ce qui a trait à la cavalerie; sa composition est connue; voyons comment elle était répartie sur le champ de bataille. (Voir le croquis n° 3.)

L’armée autrichienne a devant elle la petite rivière de la Bistritz ; elle forme un vaste demicercle autour de Kôniggratz, ayant sa droite à à Masloved, sa gauche à Nieder-Prim et Problus, avec le 2e corps et les troupes saxonnes; le reste de l’infanterie occupe le centre de la position, que coupe la grande route de Kôniggratz à Gitschin ; les réserves sont placées en arrière, autour deChlum, de Rosberitz et de Wsestar.

A. l'extrême gauche se trouvent la cavalerie saxonne et la lre division de cavalerie légère du général Edelsheim, avec mission de couvrir le flanc de l'armée ainsi que les lignes de retraite sur Kôniggratz et Pardubitz et de s'opposer au débouché des Prussiens par le pont de Nechanitz. A l'extrême droite, entre Sendrasitz et Lochenitz, surveillant le cours de la Trotinka et les ponts de l'Elbe, est placée la 2e division de cavalerie légère du prince de La Tour et Taxis. Les trois divisions de grosse cavalerie sont en arrière du centre, ainsi disposées ; la irc (prince de Schleswig-Holstein), entre Chlum et Smeti; la 2e (Zaïtsek), en dernière ligne et sur la gauche de la route; la 3e (comte Coudenhove), plus en avant, derrière le 10® corps du général Gablentz, qui défend les hauteurs de Langenhof et qu'elle doit appuyer au besoin.

Du côté des Prussiens, la lre armée comprend, comme nous l’avons vu, l’armée du prince Frédéric-Charles et celle de l’Elbe du général Herwarth ; elle est seule en position en face des Autrichiens, sa droite à Nechanilz, formée par l’armée de l'Elbe, sa gauche à Benatek ; le centre doit forcer le passage de la Bistritz à Sadowa et attaquer les hauteurs qui s'élèvent jusqu’à Chlum. C'est ici que l’action sera engagée par le 2« corps, en arrière duquel est placée, sur la rive droite de la Bistritz, sa brigade de réserve de cavalerie commandée par le général de Goltz. Le corps de cavalerie du

prince Albert avait été porté le matin sur la droite, dans la direction de Suclia ; mais, aux premiers coups de canon, on le rapproche et on le place à droite et à gauche de la route, près de Dub, en arrière du centre. Ce corps comprenait deux divisions : l’une commandée par le général Alvensleben, l'autre par le général Hann.

Quant à la cavalerie de 'la 2e armée, il n'en était pas encore question ; les réserves des corps et les régiments divisionnaires précédaient les colonnes d’infanterie auxquelles ils étaient attachés, dans les directions que le prince royal leur avait indiquées, pour se porter le plus rapidement possible sur le flanc droit de l’armée de Benedek. La division de réserve du général Hartmann seule n'avait pu recevoir à temps les instructions du commandant de la 2e armée; elle s’était mise en marche dès la pointe du jour, dans la direction d’Horsitz, et le contre-ordre lui arriva trop tard pour qu'elle pût arriver dans la journée sur le théâtre du combat. Tel était l’ensemble des dispositions prises par la cavalerie dans les deux armées, au moment où le roi de Prusse se décida à donner le signalée l’attaque.

A peine l’action est-elle engagée, que la brigade Goltz est envoyée à la droite pour soutenir les divisions du général Henvarlh; elle est bientôt rappelée derrière le corps auquel elle appartient et qui trouve devant lui une sérieuse résistance.

A ce moment, l’une des divisions du corps de cavalerie, la division Alvensleben, se porte très en arrière de ces mêmes divisions du général Herwarth et va y rester inactive une grande partie de la journée.

La relation officielle de I etal-major prussien attribue ce mouvement à une erreur, à un ordre mal compris par le prince Albert; elle le déplore amèrement, parce qu’il prive le roi d’une partie de sa cavalerie au moment décisif, et elle cherche à expliquer ainsi le peu de succès qu’eut la poursuite.

A la droite, les Prussiens dirigent leurs attaques contre l’aile droite des Saxons, pour les séparer de l’armée autrichienne. Mais la cavalerie saxonne et la division légère d’Edelsheim menacent leur propre flanc, qui n’est pas couvert, et les arrêtent dans leur mouvement, ce qui permet aux Saxons de se concentrer en bon ordre autour de Problus. Cette cavalerie se borne, du reste, à des démonstrations; le feu de l’artillerie la maintient à une grande distance.

Nous savons la résistance que la lre armée trouva dans ses attaques; tousses efforts avaient été inutiles, toutes ses réserves étaient engagées, quand apparurent à la gauche les têtes des colonnes du prince royal. Ce furent, d’un côté, la lre division de la garde du général Hiller; de l’autre, le 6e corps, tous deux précédés de leur cavalerie.

Ici se reproduisent des combats partiels semblables à ceux qui se sont livrés aux débouchés de la Silésie, soit contre l'infanterie, soit de cavalerie à cavalerie.

A Racitz,un régiment de hussards, qui forme l’avant- garde, met pied à terre pour attaquer le village, quand l’infanterie du 6e corps arrive et l’emporte.

Plus loin, ce sont des escadrons de uhlans et de dragons qui chargent des bataillons autrichiens déjà mis en désordre; mais ils sont repoussés. Une autre charge, que dirige le général Hiller contre un carré autrichien, n’a pas plus de succès.

La garde prussienne a marché droit devant elle, presque sans rencontrer d’obstacle, à l’abri des hauteurs et de la fumée. Ce n’est que quand elle approche de Smeti que la lre division de grosse cavalerie autrichienne l'aperçoit et se porte au-devant d’elle, en colonne double par brigade. La division Hiller, à son approche, se déploie au lieu de se former en carrés et la reçoit avec un feu des plus soutenus; les escadrons se dispersent et vont se rallier au loin, entre Chlum et Smeti.

Quant à la 2e division autrichienne de cavalerie légère, qui était la plus avancée sur la droite, elle a tenté d’arrêter une brigade de cavalerie qui menace de la couper de sa ligne de retraite. Le lieutçnant-colonel de Wichmann,

qui commande cette brigade, composée de deux régiments, l’un de hussards, l’autre de dragons, déploie ses hussards en première ligne et place les dragons en arrière de la gauche, en colonnes d’escadrons à distance entière.

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