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11 commet la faute de ne pas faire reconnaître le terrain, et quand il lance son premier régiment, il le voit tomber dans une sorte de ravin, où il est entièrement détruit avant que les dragons aient même eu le temps de le secourir. Après ce succès, la division autrichienne, qui craint pour les ponts de l’Elbe qu’elle a mission de garder, s’y porte et franchit le fleuve.
Toute la cavalerie de la 2e armée se trouve ainsi à peu près réunie, à l’exception de la division de réserve, que nous avons vue trop éloignée du champ de bataille ; elle se place entre les corps d’infanterie, pour les relier entre eux et maintenir les communications avec la gauche de la lre armée.
C’est à ce moment que Benedek se décide à donner l’ordre de la retraite ; il la fait couvrir par sa cavalerie, qui va enfin entrer en action,
et montrer par son énergie ce qu’on aurait pu en obtenir.
Dès que les Prussiens voient ce mouvement se prononcer, la cavalerie de la 4re armée reçoit l’ordre de se porler en avant; mais elle ne peut avancer que lentement, parce qu’il n’y a pas de
La cavalerie prussienne se déploie aussitôt; mais elle est chargée et refoulée au loin, jusque sur les rives de la Bistrilz.
Au même moment, la 3e division autrichienne du général Coudenhove se dirigeait sur la division Alvensleben, qui avait passé la Bistritz à Nechanitz et qui arrivait aussi sur le terrain ; un combat s'engage, dans lequel les Prussiens ne sont guère plus heureux. La formation delà division Coudenhove, au moment de charger, mérite d'être remarquée.
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La brigade autrichienne de grosse cavalerie se compose de deux régiments de l’arme et d’un troisième de cavalerie légère; la division, forte de deux brigades, comprenait donc 6 régiments : 4 de grosse cavalerie, 2 de cavalerie légère. La lTe brigade avait, en première ligne, un régiment
déployé; en deuxième ligne, l'autre régiment de grosse cavalerie, ses divisions débordant les flancs du 1er régiment; en troisième ligne, et comme réserve, un régiment de hussards formé en masse.
La 2e brigade suivait la lre et était tout entière en masse, comme le régiment léger de la lre brigade, les deux régiments de grosse cavalerie sur la même ligne, en arrière leur régiment léger.
La 2e division du général Zaïtsek avait été envoyée au secours des Saxons et de la cavalerie légère d’Edelsheim avec lesquels elle se retira en bon ordre dans la direction de Pardubilz.
Bien que repoussée dans ses premières attaques, la cavalerie prussienne n’en est pas moins réunie alors tout entière sur le champ de bataille, et il semblerait qu’elle dût redoubler d'efforts pour presser la poursuite. Mais l’attitude énergique de la cavalerie ennemie a diminué son ardeur; grâce à cette résistance, l’infanterie autrichienne s’est mise hors d’atteinte derrière l’Elbe ; les ponts sont défendus; l'artillerie autrichienne, qui rivalise avec la cavalerie, tient à distance les escadrons ennemis; le roi pense que, dans ces conditions, il n’y a pas lieu de pousser plus en avant, et l’ordre est donné à la cavalerie prussienne d’arrêter son mouvement.
Réflexions sur la campagne de 1866. — Tel est à peu près l’ensemble de la bataille de
Sadowa, si on l’examine au point de vue où nous nous sommes placés; il y a là une élude bien faite pour donner lieu à de sérieuses critiques, pour inspirer de justes réflexions; qu’il nous soit permis de livrer à l’appréciation de nos lecteurs celles qui nous ontparu ressortir le plus clairement des événements pris en eux-mêmes et des nombreux écrits publiés sur ce sujet.
Dans les premiers jours de la campagne, en Saxe, la brigade Bismark est chargée de maintenir les communications entre la lre armée et l’armée de l’Elbe; de Bautzen, elle va à la frontière de Bohême, remonte sur Dresde où elle trouve le général Herwarth etrentreàlalre armée, après quatre jours de marche dans lesquels elle a fait plus de 60 lieues. C’était là un brillant début ; mais depuis l’entrée en Bohême, rien de semblable ; on voit la cavalerie précéder ou suivre pas à pas l’infanterie ; quant au corps de cavalerie du prince Frédéric-Charles, que fait-il? On ne sent son action nulle part, quand il semblait si bien destiné à relier la 2e armée, à faciliter sa concentration ou à rejeter le corps de Clam- Gallas en dehors de ses lignes de retraite.
A Sadowa, ce même corps est subdivisé dès le commencement de l'action et l’une de ses divisions prend une position qui n’a pas de raison d’être ; c’e6t une erreur, dit-on : soit, mais c’est une excuse sans grande valeur, quand il s’agit de juger un événement. Pourquoi ne s’en sert-on
pas pour faire diversion à l’attaque principale et forcer l’ennemi à porter ainsi sur d'autres points des forces qui affaibliront sa résistance ? A une heure, la lre armée est à peu près battue; on sait que le roi a hésité un moment à donner l’ordre de la retraite, et cependant sa cavalerie n’a encore agi nulle part; elle est partout en réserve, elle n’appuiera même pas l’arrivée des têtes de colonne du prince royal, et ce n'est qu’au moment où les Autrichiens se replieront qu’on lui donnera enfin l’ordre d'agir.
A la 2° armée, au contraire, la cavalerie est employée partout de la façon la plus intelligente et la plus vigoureuse ; nous l’avons vue assurer le débouché des défilés et se multiplier sur le champ de bataille par petites masses, par régiments ou par brigades. Il n’y a qu’une direction générale, un but, indiqués par le commandant en chef, et chacun s’y conforme, usant de son initiative individuelle pour concourir au même résultat. Malgré ses efforts, elle échoue toutes les fois qu’elle veut s’attaquer à de l’infanterie, celleci fût-elle même déjà ébranlée. Faut-il en conclure que les progrès du tir, la justesse du fusil rayé suffisaient seuls à arrêter une charge? Que serait-ce donc aujourd’hui avec les nouvelles armes 9
La poursuite est menée mollement et sans ordre, les brigades, les divisions s’égarent sur des directions différentes ; il y a loin de là à la
vigueur que nous a montrée Murat à îa fin de la bataille d’Iéna.
Si Ton se reporte à la cavalerie autrichienne, il semble qu’il y ait encore de plus grandes erreurs à signaler. Les corps d’armée n’ont avec eux qu’un régiment, insuffisant pour les éclairer; aussi sont-ils presque toujours surpris dans leurs engagements. Et cependant la cavalerie légère était nombreuse et elle avait par elle-même une véritable valeur. Mais elle est organisée en divisions^ et ces divisions sont considérées comme des sortes de réserves par les généraux qui en disposent; on veut maintenir les régiments dans la même main, et il s’ensuit qu’on ne sait rien des mouvements de l'ennemi.
Après la bataille de Trautenau, Gablentz ignore complètement la marche des divisions de la garde qui s’avancent contre lui, et il est surpris et défait le lendemain à Burgersdorf et à Sorr. Au combat de Nachod, le général Ramming est surpris de même par le 5e corps prussien qu’il croyait encore dans le défilé, tandis qu’une de ses divisions occupait déjà la ville depuis la veille.
Dans la journée du 3 juillet, à Sadowa, la cavalerie autrichienne n’a pas agi jusqu’à l’heure fatale de la retraite.
Les démonstrations de la division Edeïsheim et de la cavaierie saxonne à l’extrême gauche ont cependant suffi pour arrêter et modifier le mou-
vement des troupes prussiennes qui n’ont à leur opposer que leurs régiments divisionnaires. Si on leur eût laissé plus d’initiative, elles auraient sans doute fait davantage; les relations de Berlin avouent que c’est leur présence qui empêcha longtemps le général Herwarlh de déboucher sur Problus, comme il en avait l’ordre.
Cet Edelsheim était un véritable cavalier, passionné pour son arme ; c’est lui qui fit à Solférino cette charge audacieuse avec son régiment de hussards, sur la gauche du maréchal Mac- Mahon. Il est devenu depuis le réformateur de la cavalerie autrichienne qui lui doit sa nouvelle tactique, et il vient d’en être nommé inspecteur général. Le général Benedek, dont la trop grande prudence n’est que trop reconnue aujourd’hui, se méfiait, assure-t-on, de son entrain et de l’initiative qu’il aurait pu prendre ; aussi lui avaitil défendu de s’engager sans des ordres formels.
Dans la même guerre, sur un autre théâtre, les démonstrations de la cavalerie contribuent également au succès pour une large part. A Custozza, ce sont l’attitude et les charges des quatre régiments du colonel Pulz qui immobilisent pendant toute la journée les deux divisions d’infanterie de Bixio et du prince Humbert.
En voyant les effets qu’a produits la présence d’une troupe de cavalerie, ne doit-on pas regretter que la cavalerie autrichienne n’ait pas été portée en masse, à la droite, au-devant de la
2e armée ? Si elle n'en eût pas arrêté la marche, elle l’aurait au moins retardée par les dispositions à prendre pour repousser ses attaques. Une heure eût été gagnée, et c’était plus qu’il n’en fallait peut-être pour rejeter la lre armée et empêcher la réunion des deux masses ennemies.
Dans la suite de la campagne la cavalerie prussienne a déployé plus d’énergie et de vitesse qu’au début ; elle a marché rapidement sur les lignes de communication de l’ennemi, a détruit et occupé le chemin de fer d’Olmütz à Vienne, et forcé ainsi Benedek à se jeter dans les Karpathes et en Hongrie pour atteindre le Danube ; elle a livré là les deux brillants combats de Tobischau et de Prerau, dont la gloire revient encore à la cavalerie de la 2e armée, chargée de poursuivre les troupes autrichiennes, pendant que le prince Frédéric-Charles marche directement sur Vienne.
Rôle de la cavalerie dans V avenir, — Le passé de la cavalerie finit ici ; l’histoire a parlé, elle nous a donné des exemples, des enseignements, des préceptes, qui ont trouvé souvent leur application. Peuvent-ils encore être mis en pratique ? C’est la grosse question du moment. Nul ne peut se refuser à reconnaître les progrès et les changements qui se sont produits dans les conditions de la guerre ; mais ces progrès, ces changements n’ont eu lieu que peu à peu, et chaque puissance a pu profiter de l’avance qu’elle
avait su prendre sur ses rivales. Aujourd'hui les conditions ont changé ; l’expérience acquise a servi à tous, et dans les luttes qui peuvent s’ouvrir, chaque armée y entrera avec des armes et des ressources à peu près égales. Il y a là un inconnu complet sur les effets qui se produiront, et dans cet inconnu quel sera le rôle de la cavalerie ?
Nous n’avons pas la prétention de résoudre ce , difficile problème, mais ce qui nous est permis à 1 tous, c’est de chercher et de dire ce qu’on sera en droit de demander à celte arme et d’en attendre dans le cours des opérations, comme sur le champ de bataille. Dans ces recherches, nous ne pouvons avoir de meilleur guide que les deux petites brochures émanées du ministère et dont il a déjà été parlé plus haut; elles traitent de l’instruction sommaire pour les combats et du service en campagne de la cavalerie. Examinons donc la question séparément, au double point de vue des opérations de guerre et du champ de bataille.
1° Opérations de guerre. — Le premier principe à poser d’une manière absolue, c’est que l’infanterie, chargée comme elle l’est, ne peut s’éclairer elle-même, qu’elle doit l’être par une cavalerie qui lui est attachée, quelle que soit la forme adoptée. Dans les guerres futures, on n’opérera qu’avec de grandes masses, qu’avec plusieurs corps d’armée réunis sous un même
commandement; ces corps d’armée et leurs divisions ne pourront marcher que sur des lignes parallèles plus ou moins éloignées les unes des autres. Il est donc indispensable que la cavalerie éclaire non-seulement le front, mais les espaces intermédiaires entre les différents corps. Aux ailes, son rôle sera encore plus important, car il s'agit ici de la sécurité de l'armée, non-seulement sur ses flancs, mais sur ses derrières. Les lignes de communication doivent être mises en dehors de toute atteinte ; ce n'étaient autrefois que des routes à peine tracées, des chaussées, quelquefois un fleuve, une rivière ; aujourd'hui ce sont les chemins de fer, les lignes télégraphiques, c'est-à-dire les éléments les plus puissants de concentration et de communication ; il est donc indispensable de les conserver, c'est une condition de salut.
Comment devra s'exercer celte surveillance, en supposant admis le principe que de la cavalerie soit attachée aux troupes d’infanterie ? 11 ne semble pas que l'ancien système -d'avant-postes du service en campagne réponde entièrement au but qu'on se propose ; et notre opinion sur ce point diffère sensiblement de celle qui est émise par l'auteur de la brochure. Des vedettes, des patrouilles, des petits postes reliés à des grand'gardes peuvent prévenir d'une attaque qui s’avance, mais ils n'avertissent ni des dispositions de l’ennemi, ni de sa présence au delà de leur
rayon d'observation. Ce système a, en outre, l’inconvénient d’exiger, le jour comme la nuit, un déploiement de forces d'autant plus considérable, que le front est plus étendu ; il fatigue la troupe et ne permet pas de la retrouver avec | toute son énergie, au moment où l'on en aura besoin.
Il y aurait peut-être avantage à emprunter aux § puissances étrangères, à la Russie surtout, les dispositions qu'elles ont adoptées. Les avantpostes de l’infanterie y sont maintenus avec une organisation à peu près semblable à la nôtre, c'est-à-dire avec une série de zones concentriques entre lesquelles rien ne peut passer ; mais pour s’éclairer au loin, elles usent autrement de leurs cavaliers. Quelques hommes intelligents, bien montés, choisis à l’avance, sont lancés dans la campagne par groupes de deux, de trois, de quatre au plus. Ils doivent parcourir le pays, examiner les routes, le terrain, 'voir tout ce qui semble intéressant et venir rendre compte dès qu’ils ont un. renseignement à rapporter. Les commandants des colonnes sont aussitôt informés de ce qu'ils ont à craindre, et peuvent prendre leurs dispositions en conséquence ; jamais leurs avant-postes ne seraient à même de leur donner ces informations. C’est ainsi que les Russes font agirleurs Cosaques; quant aux Allemands, ils sont tellement imbus des mêmes principes, que leurs règlements ont un verbe spécial patrouiUen , pour
indiquer tout ce qui a rapport à ce genre de service. L’empereur Napoléon est lui-même partisan de ces idées, si Ton en juge par ses mémoires ; ne Vy avons-nous pas vu demander une quatrième sorte de cavalerie; formée d’éclaireurs, pour rattacher à l'infanterie et à la grosse cavalerie ?
Les reconnaissances journalières, telles que les prescrit le service en campagne, ne peuvent pas suppléer à ce mode de surveillance. Aussi des hommes d’une grande expérience -, le maréchal Bugeaud, le général de Brack, s’élèvent-ils contre le système actuel1; ils veulent que des cavaliers, isolés ou groupés en très-petit nombre, soient envoyés assez près de l'ennemi pour qu’ils puissent venir rendre compte de tous ses mouvements. En un mot, ce qu’ils demandent, c’est la connaissance bien plus de l’attaque qui se prépare que de celle qui va arriver.
En même temps que la surveillance s’exerce, il faut pouvoir assurer la marche des colonnes, la sûreté dés communications. Il faut une force disponible et suffisante pour s’opposer aux tentatives dè l’ennemi. Les colonnes d’infanterie,/ engagées sur des directions convergentes vers un] objectif commun, ne peuvent se déplacer ou rel culer sans faire manquer souvent le but d'une opération. Ce sera donc a la cavalerie qu’il faudra confier cette mission, et elle devra être assez fortement constituée pour pouvoir résister à une 2e série, — N° 3. 8
attaque sérieuse. De là, la nécessité d'une masse de cavalerie indépendante, maintenue dans la main du chef, constituant la réserve ou au moins une fraction de la réserve de l’armée.
Si Ton envisage les choses au point de vue de l’offensive, on se trouve en face des mêmes besoins ; il ne sufïit pas de préserver ses propres communications, il faut atteindre et détruire celles de l’ennemi; il faut pouvoir le poursuivre rapidement. Ce sera encore là le rôle de la réserve.
On aurait ainsi une cavalerie divisionnaire ou du moins attachée temporairement aux corps d’infanterie et une masse de cavalerie indépendante, constituant une réserve et participant à l’ensemble des opérations.
Dans le cours de la campagne, cette réserve pourra avec son artillerie manœuvrer au loin sur les flancs de l’ennemi, peut-être même sur ses derrières, comme dans la guerre de la sécession!; elle enlèvera ses convois, brûlera ses dépôts et surtout détruira ses chemins de fer. En Prusse, en Autriche, on attache une telle importance à la mise hors de service des voies ferrées, qu’un* règlement, avec des instructions ad hoc , a été donné aux troupes. Les procédés à employer y sont indiqués, avec la liste des outils et la répartition des ateliers qui peut seule hâter le travail, en le régularisant. Il serait donc indispensable que la cavalerie, envoyée au loin, fût munie du
matériel nécessaire, et qu’elle reçût à l’avance des notions sur un genre de travail auquel elle pourrait être souvent appelée. Quand on l’emploiera ainsi, il faut qu’elle évite de s’engager ; à l’exemple des raids américains, elle devra détruire, faire le plus de mal possible, étudier le terrain et recueillir des renseignements.
Voilà quel serait son rôle. 11 est assez important pour qu’elle s’en contente; mais elle ne peut le remplir que si ses officiers sont actifs, intelligents, en mesure de rendre les services qu’on est en droit d’attendre d’eux ; le succès est tout entier à ce prix.
Ces gros détachements de cavalerie auront encore un autre avantage; ils allégeront le service des vivres, puisque, destinés à aller vite et loin, ils devront forcément trouver sur place les ressources nécessaires ; dans toute autre condition, ils ne seraient pas possibles. Rien que ce fait constituerait un progrès dans les procédés habituels de notre administration, qui se décide si difficilement en campagne à utiliser les ressources locales.
2° Sur le champ de bataille. — Si l’on recherche maintenant le rôle que la cavalerie aura à remplir dans le combat, il faut admettre d’abord qu’avec les masses énormes qui seront mises en mouvement, avec une ligne de plusieurs lieues d’étendue, une bataille ne pourra plus être qu’une série d’attaques partielles, à chacune desquelles
les trois armes seront appelées à prendre part. On comprend de suite la nécessité d’une cavalerie placée près de l’infanterie pour l’appuyer dans ses attaques ou la dégager de celles de l'ennemi. Mais cette répartition ne sulfirait pas ; le commandant en chef doit avoir sous la main une masse de cavalerie dont il dispose instantanément, au moment opportun, pour arrêter un ennemi qui l’inquiète, entraver ou retarder un mouvement tournant ; il faut qu'il puisse déployer rapidement une force suffisante pour compléter un succès et engager la poursuite. Sur le champ de bataille, comme dans les opérations de la campagne, on est donc amené à reconnaître que la cavalerie pour agir devra être subdivisée de deux façons distinctes : une partie appuiera directement les efforts de l'infanterie, l’autre formera la réserve.
C'est là ce que propose l’instruction nouvelle sur le service en campagne ; elle attribue un régiment à chaque division, un régiment de réserve à chaque corps d'armée, et elle admet une réserve générale de l’armée comprenant une ou deux divisions de cavalerie. Cette réserve, avec les régiments des divisions et des corps d'armée, constituerait l'ensemble de l’arme, qui obéirait tout entière à un officier général, ayant le titre de commandant en chef de la cavalerie et pouvant au moment voulu en réunir les éléments épars pour les faire concourir à un même but.
Dans celle brochure, qui n’est à tout prendre qu’un projet, un énoncé d’idées nouvelles, il nous semble que la réserve générale n’a pas été portée à un effectif suffisant. Une ou deux divisions forment une trop petite masse pour une armée de 150,000 hommes. Le chiffre pour lequel la cavalerie doit être comprise dans l’effectif total, serait fort inférieur à la proportion admise généralement et peut-être même au-dessous des besoins. On a sans doute été obligé de tenir compte de l’effectif actuel de notre cavalerie ; mais il en résulterait alors qu’il serait trop faible et qu’il y aurait lieu de l’augmenter.
60 régiments ou 30,000 chevaux ne correspondent pas, en effet, aux chiffres que nous prétendons atteindre avec notre nouvelle organisation de 800,000 hommes. En supposant seulement 350,000 hommes en campagne, et prenant un terme moyen de 1/8 (entre 1/6 et 1/10) pour la proportion de la cavalerie, [nous devrions avoir plus de 40,000 chevaux. C’est ainsi que les Prussiens l’ont compris, en portant le nombre de leurs régiments à 76 (50,000 hommes environ sur le pied de guerre).
Quel que soit d’ailleurs le chiffre de cette réserve, sa réunion sous le commandement d’un seul chef, qui disposerait en même temps de toute la cavalerie de l’armée, réaliserait un progrès véritable dans l’intervention de cette arme sur le terrain.
Il reste encore deux questions à résoudre. Gomment cette cavalerie sera-t-elle répartie? Comment sera-t-elle employée?
Si l’on fractionne la réserve pour la distribuer sur les ailes, il sera peut-être impossible d’en disposer au moment utile, en raison de la longueur du front, et, en tout cas, si sur ces poinls un effort est à faire, on n’en aura qu’une partie sous la main. Il y aura évidemment tout avantage à la placer au centre au début de l'action, puis à la porter rapidement sur le point menacé qu'elle devra couvrir. Quant à la cavalerie destinée à appuyer l’infanterie, elle se maintiendra le plus près possible, se mettant à l’abri du feu, mais à une distance assez rapprochée cependant pour qu’elle puisse agir instantanément.
La manière dont la cavalerie devra être engagée offre des difficultés plus sérieuses. En présence des nouvelles armes, il ne s'agit plus de songer à ces attaques brillantes de l’Empire contre une infanterie ennemie en position ; la guerre de la sécession, la campagne de 1866 nous ont montré la cavalerie échouant presque toujours dans ses entreprises, aussi bien contre une infanterie déployée que contre celle qui se formait en carrés. A peine y a-t-il quelques rares exceptions dont on ne peut guère tenir compte, comme à Langelsalza, où l'on 11’avait devant soi qu'une infanterie en déroute ; ce n’était plus
qu'un épisode de la poursuite où le rôle et l’efficacité de la cavalerie se modifient.
Il semble donc qu’aujourd’hui la cavalerie doive se borner à des démonstrations contre l’infanterie; ce genre d’action n’en sera pas moins utile, et l’expérience de la guerre de Bohême en a donné d'assez heureux exemples. Ce sera contre la cavalerie ennemie qu’elle retrouvera sa liberté d’action ; là, rien ne l’arrêtera et elle pourra sans danger se laisser aller à toute sa vigueur et son entrain. Plus tard, l’ennemi est-il ébranlé, commence-t-il un mouvement de retraite, la cavalerie tout entière devra s’élancer sur lui, le déborder, réserve aussi bien que régiments isolés, et le poursuivre à outrance. Ce sera à elle qu’il sera donné de compléter réellement le succès.
Tactique. — Voilà comment nous comprenons le rôle nouveau de notre cavalerie ; mais pour le remplir, se servira-t-on encore des formations habituelles, de la colonne serrée, cette base fondamentale de ses manœuvres ? Cela paraît douteux, quand on songe à la complication des mouvements, à leur lenteur, à la multiplicité des commandements* préparatoires ou d’exécution. Rien n’a encore été fait pour modifier l’état des choses ; les autres peuples n'ont pas attendu si longtemps, et il est intéressant de savoir ce qui s’est passé dans ces dernières années chez quelques-uns d’entre eux.