‹ De la cecité congénitale sans lésions ayant guéri quelques mois après la naissance [electronic resource]Chapitre 10 sur 11 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

Dans les quatre cas qui se sont présentés à la clinique de M. Abadie, tous les petits malades ont guéri spontanément, ce qui semblerait exclure au premier abord la nécessité d'un traitement quelconque.

Néanmoins, on peut objecter à cette manière de voir qu'un aussi petit nombre d'observations ne saurait donner que des probabilités et non une certitude.

Nous savons bien que Mackenzie relate également, que cheztous les enfants qu'il a pu observer, la vision au bout de quelques mois s'est graduellement améliorée au point d'arriver à l'acuité normale, et sans qu'aucune médication ait été faite clans la majorité des cas. Mais luimême semble mettre en doute une partie des faits relatés par les mères, et bien qu'éminent ophthalmologiste, le peu de ressource dont il disposait pour diagnostiquer sûrement une semblable affection, a pu l'induire quelquefois en erreur.

Pour notre part, nous croyons qu'il y a lieu d'insti-

tuei* sinon un traitement local, qui n'aurait très-probablement que peu ou point d'influence sur le développement des granulations pigmentaires sous-rétiniennes, du moins une médication générale tonique, qut jointe à une hygiène bien entendue, pourrait peut-être amener quelques résultats favorables, ne fût-ce que pour hâter la guérison.

L'albinisme étant, comme nous l'avons dit plus haut, un étiolement général à localisation spéciale, résultant de causes plus ou moins complexes, mais où l'hérédité et la consanguinité paraissent jouer un rôle sensible, on pourrait recommander aux parents d'éviter dans les mariages futurs de leurs enfants, des unions, soit entre consanguins, soit avec des albinos, ou même avec des blonds, Cette prophylaxie à longue échéance, court, il est vrai, le risque de ne pas être suivie, Toujours est-il qu'on peut, et que Ton doit la recommander. Elle n'est certes pas irrationnelle, étant donnés les résultats que l'on obtient journellement dans l'élevage des animaux, domestiques, chez lesquels on peut presque à volonté enrayer ou faire prédominer tel ou tel défaut, telle ou telle qualité.

Quant à l'hygiène de l'aveugle-né, elle se bornera à une saine alimentation, à une bonne aération, et surtout à des promenades graduelles et de plus en plus prolongées à la lumière solaire.

Tout le monde connaît l'action pigmento-poïetique du soleil, et si faible que puisse être cette ressource, en tant que traitement local, nous recommanderions volontiers de l'employer, d'autant plus qu'elle entre pour une bonne part dans l'hygiène générale de l'enfant.

M. Maurice Raynaud, dans les articles de qui nous avons Êiit de longues recherches au sujet de l'albinisme, est également de cet avis. Voici du reste comment cet auteur s'exprime à ce sujet.

«L'état même de la pigmentation peut s'améliorer sensiblement. Il se passe alors dans une certaine mesure ce qui arrive aux négrillons, qui, presqpe blancs au moment de leur naissance, ne noircissent (qu'un peu plus tard, ou encore à ces enfants, dont les yeux, d'abord bleus, deviennent bruns à la longue. Ascherson, Herzig, Graves, de Saussure, ont vu l'albinisme disparaître insensiblement, les yeux devenir bleus et les cheveux blonds ou bruns clair. »

M. Maurice Raynaud ajoute que « si l'on étudie attentivement les histoires de quelques albinos dont le temps a favorablement modifié l'état, on s'aperçoit que ce sont toujours des individus qui ont été soumis à l'action bienfaisante du soleil et de l'air. »

Siebel enfin a publié la relation d'un en/.ant albinos chez lequel il a obtenu de remarquables effets du traitement hygiénique.

Enfin lorsque l'on constatera ou même que l'on soupçonnera une syphilis chez les parents ou chez l'enfant, il faudra, et dès les premiers jours, instituer un traitement spécifique, dont l'influence générale pourra retentir sur l'organe de la vision.

Cette médication sera certes plus rationnelle que les vésicatoires derrière les oreilles, recommandés, on peu au hasard, croyons-nous, parle D1' Mackensie.

Pour terminer enfin, disons que l'on devra, lorsque lorsque la vision sera revenue, user de grands ména-

gementfiS dans l'exercice de cette fonction qui, par cela seul, qu'elle a été plus lente à se produire, doit être plus délicate et demande à ne pas être surmenée.

Observations recueillies par nous, touchant la vision des tout

jeunes enfants.

Obs. I. M... (Marie), née à terme le 22 juin, à 6 heures du matin, — à l'hôpital de la Pitié.

Enfant bien conformée, brune, cheveux bruns assez abondants, sourcils un peu plus clairs. La mère est brune, d'assez forte constitution et n'a pas eu d'accidents durant sa grossesse. Pas d'antécédents syphilitiques du côté de la mère, on nous assure qu'il est de même du côté du père.

23 juin, a ouvert les yeux dès le moment de sa naissance, et n'a presque pas dormi durant la premièie journée. Les yeux sont bleu très-foncé, et ne présentent aucune altération. Nous i'exposons à la lumière du jour, qui la fait cligner quelques secondes, mais qu'elle finitpar supporter, sans qu'il semanifestele moindre strabisme. Les yeux n'ont encore aucune expression.

Les 24 et 25. Mêmes résultats sont en présence du grand jour, soit en présence du gaz. Il y a toujours du clignement au début, quelquefois suivi, lorsque j'ai réveillé l'enfant pour l'examiner, d'occlusion complète des paupières et de sommeil. Pas de strabisme.

Le 27. Le i égard commence à avoir un peu plus de fixité et d'expression. Placé en face d'une lumière, l'enfant la regarde finement pendant quelques secondes, puis tourne les yeux vers une autre direction. 11 y revient plusieurs fois de lui-même.

Lorsque j'éloigne la bougie do 1 0u2mètres, elle nela fixe plus aussi bien. Peut-être|ne la voit-ellepas bien. Lorsqu'au contraire

je l'approche à la distance de 15 à 20 centimètres, elleoffre un très-léger strabisme convergent et ferme les paupières.

Le matin, sa vue est beaucoup plus sensible que durant la journée.

Le 28. Mêmes résultats. L'enfant me fixe durant plusieurs secondes, et semble vouloir me suivre du regard lorsque je me déplace, mais alors l'œil exécute trop ou trop peu de chemin et l'enfant regarde ailleurs, jusqu'à ce que me plaçant devant lui, j'attire de nouveau son attention.

Le 29. L'enfant part le 29.

Obs.I1. F... (Henriette), née à terme, à la Pitié, le 23 juin 1879, à 9 h., 20 du matin. — Bonne constitution, rares cheveux bruns, sourcils peu accusés ; yeux marrons. La mère se porte bien, mais est Irès-nerveuse. Elle est châtain, et a les yeux bleu-foncé. Le père est brun. Pas d'antécédents syphilitiques du côté de la mère. Doute du côté du père.

24 juin. A ouvert les yeux dès sa naissance, sans strabisme. A i dormi presque toute la journée, mais d'un sommeil interrompu par de fréquentes secousses convulsives.

Nous exposons l'enfant au grand jour, ainsi qu'à la lumière d'une bougie. Cet éclat la fait cligner quelques instants, puis à la fin, elle enirouvre les deux yeux et regarde, sans qu'il y ait le moindre strabisme.

Le 25. L'enfant a louché hier plusieurs fois mais ce strabisme est survenu au moment de ses crises convulsives qui se sont renouvelées 8 à 10 fois environ. Dans les autres moments elle ne louchait pas, même lorsqu'on l'exposait au jour de la fenêtre, vivement éclairée.

Le 26. Mêmes résultats. 2 attaques convulsives seulement.

Le 27. Les convulsions ont cessé ; nous examinons l'enfant à diverses reprises, et à aucun moment nous n'avons observé ni strabisme ni occlusion d'une seule paupière.

Lorsque nous éveillons son attention, elle nous fixe durant quelques instants puis regarde vaguement ailleurs. Le regard a du reste encore peu d'expression.

Le 29. Pour nous assurer qu'elle roit bien, nous faisons sur elle l'expérience suivante. 8 à 10 fois de suite et à intervalles inégaux nous touchons l'extrémité de ses cils avec le bout du doigt. Tout d'abord elle gardait les yeux ouverts et ne les fermait que lorsque notre doigt touchait f on œil. Mais peu à peu elle semble comprendre que le contact de ce doigt qui l'agace, est à éviter, et bientôt nous lui voyons fermer les paupières aussitôt que nous arrivons à 1 ou 2 centimètres de ses cils.

Part le 29.

Obs. 111. — Ueerges M., né à terme le lôjuin 1879, àl'hôpital de la Pitié, à 5 heures du matin.

Enfant assez bien constitué, blond, pas de cheveux ni de sourcils. La mère est châtaine. Père inconnu. — L'enfant qui a les yeux bleu foncé, dort très peu durant la première journée, où il ne l'ait que crier. 11 ouvre presque constamment les yeux et ne louche pas.

Le 17. — L'enfant a plus dormi ; quand au réveil, il ouvre les yeux, il cligne fortement, et se met à crier les yeux fermés, à moins qu'on ne le secoue un peu, auquel cas il se décide à ouvrir de grands yeux, qui semblent il est vrai inconstants. Nous ne parvenons pas à le faire fixer durant quelques secondes. Mais lorsque nous approchons à 15 ou 20 centimètres, la flamme d'une bougie, il cligne des yeux, puis les ferme, mais ne louche pas.

Le 20. — Le regard semble plus conscient, il se fixe un instant sur les objets vivement éclairés qu'on lui présente, puis il se dirige d'un autre côté.

Pas de strabisme, à moins que l'on n'approche par trop près une bougie de ses yeux.

Les 21-22. — Le regard se fixe de plus en plus longtemps, et suit déjà un peu les objets qui se déplacent. Au moment où nous allumons une bougie près de sa mère, dont il prend le sein, il tourne les yeux de notre côté tout en continuant à icter, et garde cette position pendant plus d'une demi-minute. Si nous venons alors à changer de place, et que nous nous met- Parenteau . g

tions en face de lui, il change aussitôt la direction de son regard et nous fixe comme précédemment, toujours sans s'imterrompre de 1êter.

Le 23. Regarde très bien sa mère, à la moindre parole et semble la reconnaître. Il crie davantage lorsque la fille de salle l'emporte pour changer ses langes, et se tait aussitôt qu'il est revenu dans le lit de sa mère.

Pas de strabisme, même à l'éclat d'une bougie placée à 25 ou 30 centimètres de lui. Expérience de l'agacement des cils. — Dès le troisième ou quatrième contact, il ferme brusquement les yeux aussitôt que nous approchons par trop près notre doigt de ses paupières.

Part le 24.

Obs. IV. — Juliette D. née à terme, le 10 juin à minuit à l'Hôpital de la Pitié, de mère brune. Père châtain. — Pas d'antécédents syphilitiques du côté de la mère.

L'enfant bien conformée, est brune avec de courts cheveux de même nuance, sourcils également bruns, bien marqués.

Ouvre les yeux dès ta naissance et supporte san3 loucher l'éclat du gaz etde la bougie, ne s'endort qu'à 5 heures du matin.

Le 17 juin. — Continue à bien ouvrir les yeux. Le matin cependant, cligne très fortement, et ouvre tantôt un œil, tantôt l'autre lorsque le jour vient brusquement impressionner sa rétine. Ne fixe pas encore. — Pas de strabisme.

Les 18 et 19 mêmes résultats.

Le 20. — Commence à fixer durant quelques secondes les objets brillants qu'on lui présente, par exemple, la flamme d'une bougie placée à 30 ou 40 centimètres de ses yeux. — Au début de l'expérience, quelques forts clignements, et quelquefois occlusion temporaire des paupières mais pas de strabismei

Le 21. a commencé hier soir à être atteinte d'ophthalmie, peu grave jusqu'à présent. La conjonctive est rouge. Il y a un peu de photophobie, mais peu de sécrétion. — Malgré son affection^ l'enfant a ouvert plusieurs fois les yeux, hier soir, et ee matin. Si on le force à les ouvrir à la lumière d'un jour intensa, ou

d'une bougie placée à 25 ou 30 centimètres, elle touche un peu en strabisme convergent, puis, referme les yeux. Si l'expérience est renouvelée coup sur coup, elle finit par regarder assez bien, et sans que cette fois il se manifeste de stabisme.

Le.25. L'ophthalmie a persisté et est devenue franchement purulente. Ouvre rarement les yeux. La lumière du grand jour semble la fatiguer. Elle cligne fortement, mais sans strabisme, puis, fiait par refermer les yeux ce matin. Il a fallu plus d'une demiheure, nous dit sa mère, pour la décider à ouvrir les yeux. Il y a eu également un peu de strabisme, qui du reste n'a pas duré, et qui nous semble relever de la photophobie provoquée par l'ophthalmie.

Le 25. — L'ophthalmie est presque guérie aujourd'hui. 11 y a peu de sécrétion, mais encore un peu de bousoufflement des paupières, ce qui gène la petite malade pour bien ouvrir les yeux.

Néanmoins, après quelques tentatives infrutueuse, nous parvenons à lui faire tenir les yeux ouverts pendant quelques minutes, et nous constatons que son regard nous suit lorsque nous nous déplaçons insensiblement. Lorsque l'écart est brusque, il ne ne nous suit pas. Pas de strabisme, excepté lorsque nous transportons l'enfant près de la fenêtre de la cour qui est vivemement éclairée, ou qu3 nous mettons une bougie à 20 ou 25 centimètres de sa figure.

Parti aujourd'hui.

Obs. V. — D. (Eugène), né huit jours avant terme, de mère châtaine, père très-brun. L'enfant l'est également. Ses yeux qu'ils ouvre dès la naissance, et tient ouverts une grande partie de la journée, sont tellement noir-s que c'est à peine si la pupille se distingue de l'iris.

Le 21. Nous n'avons pas pu observer l'enfant hier 20 juin. Aujourd'hui, nous l'examinons à un mauvais moment, il venait à peine de s'endormir, nous dit sa mère; aussi ne parvenionsnous à lui faire ouvrir les yeux qu'à moitié.

11 cligne fortement à la lumière du jour, mais il n'a pas de strabisme."'

Le 22 et 23. Ouvre bien et facilement les denx yeux. Commence à fixer les objets brillants. Le lit de sa mère est devant un bec de gaz qu'il regarde dis qu'on l'allume, pendant quelques minutes, et auquel il revirnt souvent. Le bec de gaz est pourtant éloigné de près de quatre mètres.

Expérience concluante, comme aux autres bébés de l'agacement des paupière par le contact du doigt.

Le 24. Mêmes résultats, l'enfant commence à suivre parfois du regard; mais ces mouvements sont encore peu nets, et semblent le fatiguer. Car il ferme bientôt les yeux et s'endort.

Le 25. A suivi plusieurs fois sa mèra du regard. Pas de strabisme, et peu de clignements au grand jour survenu brusquement. Pas de clignement du tout dans le demi-joar.

Nous parvenons, comme cela nous était arrivé po.r les autres, à le faire loucher en appochant une bougie à 15 ou 20 centimètres de ses yeux.

Le 26. A un commencement d'erysipèle au bras gauche. Fièvre. L'enfant ouvre rarement les yeux. Pas de strabisme.

Le 27, 28. L'erysipèle s'est étendu. La fièvre a redoublé. Mêmes résultats oculaires.

Le 28. L'erysipèle semble diminuer. Hier, nous dit sa mère, a louché un peu en regardant le grand jour.

Lorsque nous l'examinons dans un demi-jour, il n'y a pas de strabisme, et l'enfant suit bien nos mouvements. Il commence même à faire de petits mouvements de tête, lorsqu'après avoir agacé plusieur fois ses paupières, nous venons à approcher un peu trop près notre doigt de ses yeux. Il y a alors occlusion brusque et clignements.

L'éclat d'une lumière, placée à 30 centimètres, ne le fait pas loucher. Mais, si nous la rapprochons à 15 ou 20, il louohe un peu et ferme les yeux. Il agit de même, lorsque nous le portons près de la fenêtre qui est vivement éclairée. Le strabisme existe alors tantôt sur un œil, tantôt sur l'autre, et quelquefois sur les deux.

Le 29. Ne louche plus au grand jour, cligne seulemont au début de l'expérience, puis finit par regarder fixement.

Suit de mieux en mieux sa mère, du regard. Quitte l'hôpital le 29.

Obs. VI. — Alfred M..., né à terme le 20 juin, à dixheurcp du matin, de mère châtain. Le père est très-brun. Pas d'antécédents syphilitiques. Pourtant nous remarquons que la mère a perdu beaucoup de ses cheveux, bien qu'elle n'ait qu'une trentaine d'années. Quelques boutons aussi sur la peau, mais peu ou point caractéristiques.

L'enfant, qui est très-brun, a ouvert les yeux dès le moment de sa naissance, puis au bout d'une heure, s'est endormi, et à part quelques courts intervalles de réveil, est resté dans cet état toute la journée.

Le 21. Nous constatons que ses yeux sont noirs et qu'il les ouvre facilement, même au grand jour; pas de strabisme.

Le 23. Mêmes résultats. De plus, si nous nous penchons sur son côté en faisant quelque bruit, il tourne immédiatement les yeux vers nous, et pendant quelques secondes, semble regarder, quoique d'une façon un peu vague.

Regarde attentivement le gaz, sans loucher. Le bec est à la distance de 4 mètres environ du lit de sa mère.

Le 24. Nous le portons près d'une fenêtre bien éclairée. Quelques clignements. Pas de strabisme; puis, il finit par ouvrir les deux yeux et fixe le jour pendant quelques instants.

Nous suit mieux du regard.

Le 25. Mêmes résultats. Louche seulement si l'on approche la bougie à 15 ou 20 centimètres de ses yeux.

Les 26 et 27. Rien de particulier. La fixité du regard s'accentue. Vision périphérique très-nette.

Le 28. Le grand jour ni la lumière ne le font loucher, même lorsqu'on approche cette dernière à 20 ou 25 centimètres de lui. Suit sa mère dans ses divers mouvements. Se tourne toujours du côté de la fenêtre ou du bec de gaz. Pas de strabisme.

Part le 29.

Obs. VII. — Joséphine B..., née le 28 juin. Nous n'avons pas d'autres renseignements, l'enfant ayant été examinée par nous à l'hôpital des Enfants assistés, le 14 juillet, c'est-à-dire le seizième jour.

Nous constatons que l'enfant, qui est assez chétive, et qui est de plos syphilitique, est brune et a les yeux bleu très-foncé.

Lorsque nous provoquons son attention, elle nous fixe trèsbien et nous suit des yeux très-facilement. Transportée près d'une fenêtre éclairée, elle a à peine quelques clignements, et finit pas regarder sans qu'il y ait le moindre strabisme.

Si nous approchons une lumière de ses yeux à la distance de 1 mètre ou 50 centimètres, elle la suit très-bien jusqu'à ce qu'elle soit éloignée de 3 mètres 1/2 etmême 4 mètres. A ce moment, elle semble ne plus la voir, car au bout de quelques instants, elle tourne la tête et les yeux d'un autre côté.

Nous ne parvenons à la faire loucher qu'en lui mettant la lumière à 10 ou 15 centimètres de sa figure. Alors elle clôt fortementles paupières.

Si nous portons la lumière sur ses côtés, elle tourne immédiatement les yeux vers elle, mais cet exercice semble vite la fatiguer.

Obs. VIII. — Jeanne-Joséphine M..., née le 20 juin, de mère blonde. Pas de renseignements sur le père. La mère ne semble pas avoir été atteinte de syphilis.

Enfant blonde, venue à terme. Au moment où nous l'examinons, 14 juillet, c'est-à-dire le vingt-quatrième jour après sa naissance, nous constatons qu'elle a d'assez rares cheveux blonds, peu de soumis et de cils. L'enfant ne paraît pas non plus être atteinte de syphilis.

Ouvre bien et facilement les yeux (qui sont bleu pâle), et fixe volontiers tous les objets qu'on lui présente- Nous suit du regard dans toutes les positions et fait même quelqnes légers mouvements de tête, lorsque nous nous écartons trop pour qu'elle puisse encore nous voir avec le seul secours des yeux.

Fixe la lumière d'une lampe à 5 et même 6 mètres. Au delà

semble ne plus bien la distinguer. Pas de strabisme. L'éclat subit du grand jour ou de la lumière lui fait faire quelques clignements au début, et c'est tout.

Lorsque nous approchons la lumière à 15 ou 20 centimètres de ses yeux, a un léger strabisme, et finit par clore fortement les paupières.

Obs. IX. — Jeanne B..., née le 15 juin. Nous l'examinons le 15 juillet, c'est-à-dire juste un mois après sa naissance.

Enfant venue à terme, m'a-t-on dit, est bien constituée, est châtain, avec des yeux bleus, peu foncés.

Ne loucbe ni à l'éclat du grand jour ni à la lumière d'une bougie, à moins qu'on ne mette cette dernière à 15 centimètres de sa figure.

Suit trés-bien nos mouvements à 4 ou 5 mètres, suit à 6 ou 7 mètres la flamme de la bougie, dans les diverses positions où nous la plaçons. Voit les lueurs que l'on fait naître sur ses côtés, et y porte immédiatement les yeux.

Son regard est très-intelligent.

Obs. XL Marie B. . . , née le 6 juin. Nous l'examinons le 14 juillet, c'est-à-dire le 36e jour après sa naissance. Enfant blonde, yeux bleu foncé.

Ouvre facilement les yeux, même à la lumière du jour intense. Quelques légers clignements au début,, pas de strabisme.

Suit bien du regard dans toutes les positions, la flamme d'une bougie distante de 5 à 6 mètres. Tourne immédiatement la tête et les yeux, lorsqu'on provoque brusquement une lueur sur ses côtés.

Offre de forts clignements, et de l'occlusion des paupières, mais pas de strabisme, lorsqu'on approche la flamme d'une bougie à 20 centimètres environ de ses yeux.

Obs. XL . C. . . . Alexandre), né le 11 juin 1870, observé par nous le 14 juillet, c'est-à-dire deux mois après sa naissance.

Enfant gros et bien portant, brun, a des yeux biens tarésfoncés.

Regard intelligent. Sourit souvent et à tout le monde. Si nqus

le portons près de la fenêtre, il regarde fixement dans la cour qui est très-éclairée. Ni clignement, ni strabisme, non plus qu'à la lumière d'une bougie, qu'il suit dans ses diverses positions, à la distance de 6 à 7 mètres.

Obs. XII. Le G... Elisa, née le 8 avril 1879. Nous l'observons le 12 juillet, c'est-à-dire trois mois après sa naissance. Yeux marrons.

Vision périphérique très-nette. Le grand jour et la flamme d'une bougie sont bien supportés sans beaucoup de clignements, et sans le moindre strabisme, à moins que l'on n'approche la bougie à 15 centimètres environ de sa figure.

Suit très-bien du regard les objets qu'on lui présente. Quand ils deviennent trop latéraux, la vision continue par suite d'une légère conversion de la tête.

Nous fixe et nous sourit, lorsque nous nous plaçons immédiatement au-dessous ou au-dessus de son regard à 6, 7 et même 8 mètres fixe très-bien et suit la flamme d'uné bougie.

Obs. XIII. J... (Marie-Thérèse), enfant blonde, iris bleus. Trèsbien conformée, née à terme de mère brune et père châtain. Pas d'antécédents syphilitiques.

A trois mois et demi, l'enfant regarde bien son père et lui sourit lorque ce dernier provoque son attention et l'appelle, futce à la distanoe de 5, 6 et même 7 mètres.

De plus au moindre reflet, à la moindre lueur provoquée sur les parties latérales de son champ visuel, l'enfant détourne immédiatement les yeux, et fixe ces parties brillantes.

Jamais il n'y a eu de strabisme.

Nous nous bornerons à ces quelques observations, le cadre de ce travail ne nous permettant pas d'en citer davantage. Du reste elles ont été prises au hasard ; parmi toutes celles que nous avions recueillies, et qui offrent aux diverses époques de l'enfant une identité presque complète.

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