PRONOSTIC
De tout ce que nous venons de dire précédemment, il résulte comme l'a très-bien fait remarquer M. Abadie, que Ton doit être actuellement très-réservé sur le pronostic de la cécité congénitale, lorsqu'elle se manifeste surtout dans les conditions énoncées plus haut.
Avant la découverte de ophthalmoscope, et même depuis, alors que les expériences de Boll et Kûhne n'étaient pas encore venues jeter la lumière sur l'acte de la vision et les organes qui le produisent, il était à peu près impossible de se rendre un compte bien exact de Pamaurose congénitale à guérison spontanée.
L'œil étant normal, et ne présentant pas iraco de lé-
Parenteau. 7
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sion appréciable (abstraction faite bien entendu de l'absence de pigment, dont on ne connaissait pas alors toute l'importance), la cause de la cécité demeurait inconnue; aussi la plupart des médecins appelés à se prononcer sur des cas semblables, n'hésitaient-ils pas à les déclarer incurables (1).
Aujourd'hui, il n'en est plus de même, et autant le pronostic est sérieux lorsqu'il s'agit d'une lésion manifeste, palpable, et souvent as^ez prononcée, «oit de l'appareil cristallinien, soit du nerf optique, ou des membranes profondes de Fœil, autant il devient bénin, lorsque l'œil, normal dans ses diverses parties, milieux ou enveloppes, ne présente qu'un arrêt de développement cle la couche épithéliale, ou pour parler exactement, du pigment sous-rétinien.
Chez les albinos proprement dits, c'est-à-dire chez chez les enfants où l'insuffisance pigmentaire ne se fait pas seulement sentir dans le globe oculaire, mais est généralisée à toutes les surfaces normalement pigmentées, lorsque la peau sera d'un blanc laiteux, le système pileux, rare et blanc, que le corps entier, en un mot. se montrera décoloré par l'albinisme , le pronostic de-
(1) Qu'on nous permette de rapporter le fait suivant qui prouve l'exactitude de notre dire. Il y a un certain nombre d'annéts, un praticien distingué, M. le docteur Wiard, médecin de l'hôpital de Caen, fut consulté par une femme an sujet de son enfant, sujet très-blond qui était atteint de cécité congénitale. Etant données les circonstances défectueuses énoncées plus haut, et ne connaissant pas encore cette affection, M. le docteur Viard en fut réduit à formuler son opinion sur l'incurabilité* du petit malade, qu'il ne revit plus par la suite (communication orale.)
viendra an peu plus sérieux que chez les enfants trèsblonds.
Chez les premiers, en effet, le temps et une hygiène bien entendue pourront très-probablement amener une amélioration due à quelque poussée pigmentaire. Mais la vision, tout en étant possible, sera néanmoins fort pénible, surtout à la lumière intense, et restera toujours au-dessous de ses limites minima d'acuité normale.
Quant aux enfants blonds, chez lesquels le retard pigmentaire sous-rétinien n'est pas accompagné d'albinisme généralisé, il y a beaucoup de chances pour que la vision, ainsi que le prouvent les quatre observations de M. Abadie, devienne peu à peu, sinon normale, du moins très-suffisante pour les principales nécessités de l'existence. Ce résultat est surtout à espérer (et j'insiste tout particulièrement sur ce point), si l'enfant est placé, dès sa naissance, dans de bonnes conditions hygiéniques, tendant à neutraliser la cause, connue ou inconnue, qui aura produit l'arrêt de développement pigmentaire.
La coïncidence de la syphilis, surtout lorsqu'elle est reconnue à. temps et convenablement soignée, ne nous paraît pas entraîner un pronostic plus sérieux que dans le cas où elle n'existe pas; c'est, du moins, ce qui semble résulter de l'observation II.
Cependant, on pourrait objecter ici (pie, daas le cas précité, le père seul était atteint de syphilis, et que l'en- J'mit n'en présentait aucune trace. Peut-être, dans le cas où l'arrêt pigmentaire sous-rétinien se f ùt coin pliqué de syphilis personnelle, la vision fût-elle restée plus défectueuse, ou eût-elle mis plus de temps à reve-
nir à l'état où nous l'avons vue s'arrêter. On ne peut faire que de simples hypothèses sur ce cas, qui ne s'est pas encore présenté, ou, du moins, que l'on n'a pas encore pu observer.
Néanmoins, étant donnée l'efficacité presque absolue du traitement spécifique, lorsqu'il est pris à temps et convenablement dirigé, il y a lieu d'espérer que cette complication disparaîtrait sous l'influence du mercure et, de l'iodure de potassium.