Appréciation de la compétence des sujets
La méthode que nous avons décrite peut découvrir, nous l'avons vu, non-seulement la cécité complète ou incomplète, mais encore le sens chromatique faible. De plus, il a été confirmé qu'une série continue, pour ainsi dire, de formes de transition existe entre la cécité complète d'un côté et le sens chromatique normal de l'autre. On se pose donc naturellement, au point de vue de notre but pratique spécial, la question de savoir jusqu'à quel point il est possible, dans ces circonstances, de tracer une limite tranchée entre les espèces et degrés de sens chromatique défectueux qui doivent exclure du service des chemins de fer et ceux qui n'apportent aucun inconvénient à ce service et, en cas qu'on obtienne une réponse affirmative, où se trouve cette limite.
Il faut d'abord se rappeler que dans l'état actuel des choses, ces questions ne peuvent ni ne doivent être tranchées de la même manière ou suivant les mêmes principes dans tous les cas qui se i^résentent. En effet, l'examen est établi sur des personnes de deux
catégories différentes : IMes aspirants aux chemins de fer, etc.; 2" les employés déjà au service. Il est facile de comprendre que ces circonstances pèsent différemment dans la balance, lorsqu'il s'agit de décider à quelle mesure le résultat de l'exploration effectuée doit conduire. Nous avons déjà exposé nos principes à cet égard dans le chapitre IV. L'équité exige ici une distinction essentielle par rapport slu jugement, supposé que l'examen se fasse dans tous les cas avec une exactitude suffisante. Il en résulte que sous cette rubrique nous devons traiter à part chacune de ces deux catégories.
A. As}nrants. Nous devons rappeler qu'en Suède, d'ajn-ès le règlement en vigueur ^ pour l'exploitation des chemins de l'État — et ce règlement est suivi, autant que nous sachions, sur les lignes particulières — il est réclamé que, pour être admis, chaque aspirant ))prouve par un certificat de médecin qu'il est exempt de faiblesse, de maladie ou de vice de conformation qu'on puisse considérer comme préjudiciable à l'exercice de ses fonctions,» et l'on compte aussi parmi ces vices de conformation, en ce qui concerne les signaux, les défectuosités du sens chromatique, sur lesquelles l'administration a spécialement attiré l'attention des médecins attachés aux lignes.'^
D'après les principes que nous avons énoncés (p. 80), il faut observer la plus grande sévérité dans ce cas ou, en d'autres termes, que le moindre défaut dans le sens des couleurs soit un motif suffisant de refus. Nous avons donc à essayer d'appliquer ce principe spécialement par rapport à la méthode d'exploration. Le but de nos efforts relativement au contrôle du sens des couleurs est que nul ne soit admis au service des chemins de fer, s'il ne possède un sens chromatique normal; et nous avons suffisamment indiqué, dans ce qui précède, les inconvénients qui peuvent résulter d'une conduite différente, lorsqu'il s'agit d'admission au service des voies ferrées. La limite entre le sens normal et le défectueux est, comme celle qui existe entre le normal et l'anomal dans tous les domaines analogues, de pure convention et ne peut jamais être parfaitement tranchée. Ici cependant, cela doit se faire, et nous sommes forcé, en nous appuyant sur notre expérience et tant que la question de l'amélioration du sens chromatique n'est pas parfaitement décidée, de regarder comme limite le moindre défaut que notre méthode
' Ch. I, § 2. art. 2.
* Circulaire aux intendants par intérim, 16 Sept. 1876.
puisse découvrir dans le sens des couleurs ou le moindre degré de cécité des couleurs incomplète, c'est-à-dire le sens chromatique faible. Notre méthode est tranchante et ce vice n'est pas grand, mais nous croyons cependant que cette clause n'est pas trop sévère. Il peut plutôt arriver, à notre avis, qu'on soit obligé dans l'avenir de prendre des mesures encore plus sévères.
En établissant cette limite, le problème i^ratique est singulièrement simplifié. Nous avons i^osé comme principe que le médecin ne doit pas émettre de jugement spécial sur l'emploi possible ou non du sujet pour un certain service, mais simplement se prononcer, lorsqu'il y a lieu, sur l'espèce ou le degré du vice dans le sens chromatique du sujet. Dans ce cas, le jugement de l'homme de l'art sera toujours de facto immédiatement décisif, soit qu'il donne un certificat à tous les sujets, même à ceux qui ont un sens chromatique défectueux, soit qu'il en refuse à ces derniers. Dans le premier cas, en effet, le moindre défaut remarqué dans le sens chromatique et dans le second le refus de donner un certificat équivalent au refus d'admission.
B. Personnel déjà au service. — Nous devons ici nous demander s'il n'y a pas lieu de modifier la limite que nous venons de tracer pour suivre le principe que nous avons émis plus haut, savoir qu'il faut adopter les règles les moins sévères pour éliminer du service des personnes qui sont déjà employées. Nous nous heurtons ici à de grandes difficultés et l'on verra qu'il n'est pas possible de trancher sommairement la question, c'est-à-dire qu'on ne peut tracer une limite bien arrêtée. Dans ces cas-là, le médecin doit toujours, lorsqu'il remarque un défaut dans le sens chromatique, en délivrer un certificat qui en indique la nature. Ces renseignements renferment, d'après ce que nous avons déjà dit, la diagnose : cécité comj[jlHe pour le rouge, cécité convplHe pour le vert, cécité incompUte des couleurs ou sens chromatique faible.
Notre méthode suit de x^rès la théorie, mais il est clair que, par suite de la quantité de formes transitoires, les plus grandes exigences de la théorie ne peuvent pas toujours être rem^^lies par notre diagnose. Si par cécité complète des couleurs nous n'entendons, d'après la théorie, que les cas dans lesquels un des trois éléments de l'appareil du nerf optique fait entièrement défaut ou est complètement paralysé et par cécité incomplète des couleurs ceux dans lesquels aucun de ces éléments ne manque tout-à-fait, mais où une espèce est comparativement très-insensible, nous arriverons vite en pratique à ranger bien des cas de la dernière
classe sous la première rubrique, tout comme, d'un autre côté, nous pouvons regarder les deg-rés inférieurs de cécité incomplète comme un sens chromatique faible. D'autre part, nous rappelons certains cas extrêmes où il peut arriver, surtout grâce à l'exercice, qu'une personne subisse son épreuve une fois comme complètement vicié et une autre fois comme incomplètement aveugle pour les couleurs, ou bien tantôt comme atteinte de cécité incomplète des couleurs dans toute l'acception vraie du mot et tantôt comme aifectée d'un sens chromatique faible. En pareil cas, le certificat sera plus complet, si l'on ajoute par exemple cécité incomplète des couleurs, s'approcliant de la cécité absolue pour le rouge ou pour le vert, ou bien encore cécité incomplète des couleurs à un très-faible degré, etc.
Nous désirerions bien qu'on agît vis-à-vis de cette sorte de personnes avec la même sévérité qu'avec les aspirants et qu'on éliminât tous ceux qui présentent n'importe quel défaut de sens chromatique : ce moyen serait incontestablement le plus sûr pour l'exploitation. Mais comme il est difficile de l'appliquer, nous ne nierons j)as que la différence entre un vicié complet et une personne atteinte de sens chromatique faible ne soit très-grande par rapport au danger résultant des méprises de signaux, et nous rappellerons que des dissemblances considérables peuvent se présenter en différents cas rangés sous la rubrique : cécité incomplète des couleurs. Si nous voulions ici chercher à tracer une limite fixe et à déterminer d'avance ceux qui doivent être éliminés du service et ceux qui peuvent être conservés, il est certes aussi facile de répondre Il la première partie de la question que difficile de trancher la dernière. En effet, nous sommes convaincu que tous les viciés complets des deux espèces aussi bien que tous les viciés incomplets il des degrés supérieurs doivent être congédiés sur-le-champ. Mais pour ce qui est de ceux qui peuvent être conservés, il est clair qu'il doit être question tout d'abord de ceux qui, lors de l'épreuve, ne donnent lieu qu'à la diagnose de sens chromatique laible et ensuite de ceux qui, à l'épreuve I, ne confondent avec la couleur d'échantillon que le gris ou la couleur de confusion 1. Mais nous n'osons poser cela en principe, car s'il devait se montrer que ces personnes peuvent généralement avec assez de sûreté distinguer les lueurs de lanternes colorées, cela ne prouve pas qu'il en soit ainsi dans tous les cas et surtout pas à toutes les distances réclamées dans le service. C'est pourquoi nous ne connaissons rien de mieux à conseiller que de renvoyer tous ces cas à l'appréciation
de spécialistes compétents, tant que dure la période de transition dont nous avons parlé (j). 92).
On nous demandera peut-être comment ceux-ci doivent agir, mais ce sujet réclame une exposition plus rigoureusement scientifique des méthodes d'exploration et de toute la question d'ailleurs que cela n'a été notre but ici. Cependant, nous donnerons quelques directions sommaires. Le spécialiste qui s'est voué à l'étude de ce sujet, a naturellement à sa disposition toutes les méthodes connues et doit d'ailleurs, lorsque celles-ci ne suffisent pas, i)Ouvoir en inventer d'autres. Pourtant, comme lors de l'introduction de la réforme dans les chemins de fer de notre pays, j'ai rempli l'office de spécialiste, j'indiquerai la voie que j'ai suivie.
A l'examen des cas douteux soumis à mon jugement, j'ai établi un contrôle d'ajDrès plusieurs d'entre les méthodes indiquées dans un des chapitres précédents, soit par intérêt scientifique, soit pour vider la question de compétence. En général, tous ces sujets ont subi l'épreuve d'après les méthodes de Seebeck et de Maxwell et l'exploration au moyen du périmètre et des ombres colorées, ainsi que des lanternes de mon invention et des verres colorés. Ces derniers moyens ont eu surtout en vue la compétence. Et ils sont très-propres à leur but, lorsqu'il s'agit de contrôler des personnes que ma méthode par la laine a déjà découvertes comme affectées de défectuosités dans le sens chromatique.
Des lueurs de lanternes colorées et en général des surfaces éclairantes, convenablement disposées et méthodiquement employées, peuvent surtout dans ces cas servir à nous renseigner sur la faculté du sujet relativement à l'appréciation des signaux colorés. ISTos expériences de ce genre ont montré que la plupart des emploj'és des chemins de fer viciés, quel que soit leur exercice, sont complètement incapables de reconnaître et de distinguer les couleurs réglementaires des lanternes, surtout lorsqu'on les emploie dans les nuances qui ne sont pas des plus communes dans ce service. Cela ne s'applique pas seulement aux aveugles complets pour le rouge et le vert, mais aussi aux aveugles incomplets. Ce sont justement ces derniers qui réclament le contrôle le plus minutieux, et il ne faut môme pas compter que les degrés inférieurs soutiennent l'épreuve : ils peuvent souvent, il est vrai, distinguer les feux à peu de distance avec une certitude suffisante, mais ils ne réussissent pas à une distance relativement plus grande. Comme les endroits où l'on fait ordinairement les épreuves, n'ofi'rent pas de distances comme celles qui se présentent aux chemins de fer pour l'observa-
tion des signaux, les feux ne peuvent naturellement pas servir euxmêmes à cette épreuve. Ils sont remplacés par de petites surfaces éclairantes qui, vues à une distance convenable, produisent exactement le même effet que les lanternes à grande distance. On fait de ces surfaces en mettant devant une flamme de lampe un écran pourvu d'une ouverture convenable que recouvre un verre coloré. Cela suffit pour indiquer les moyens dont on peut disposer dans les cas en question. Nous n'avons pas eu l'intention de donner ici des instructions complètes et nous ajouterons qu'il j a lieu de douter que de pareilles communications soient utiles ici. On verra pourquoi dans le chapitre suivant.
6. Tentatives pour cacher la cécité des couleurs ou la feindre.
Nous avons dit qu'aucune des espèces de sens vicié des couleurs que nous avons en vue dans cet ouvrage ne peut échapper à notre méthode. Mais cela n'a lieu naturellement qu'en supposant que le sujet aide pour sa part à l'épreuve et agisse de bonne foi. S'il arrive que quelqu'un s'obstine, soit pour cacher une cécité des couleurs consciente ou pour une autre raison, à ne pas donner le moindre renseignement ni par un acte ni par une parole, il est clair que l'examen échoue par cette simple raison et qu'il est impossible de tirer une conclusion positive au sujet de son sens chromatique. L'examinateur peut, en pareil cas, indiquer purement et simplement dans le certificat que le sujet n'a pas voulu se soumettre à l'examen ordinaire.
Il n'est pas difficile de dire comment il faut se comporter à l'égard de ces personnes. Il doit en efiet être dans l'intérêt de chaque voyant normal, désireux d'entrer au service des chemins de fer, etc. de chercher à être compétent sous tous les rapports et par conséquent de donner à l'examen des preuves manifestes de son sens des couleurs. Seul le vicié a intérêt à cacher son vice. Aussi cherche-t-il à échapper à l'épreuve. Tout candidat qui essaiera d'éviter l'épreuve prescrite doit donc être considéré et traité comme un vicié. Une pareille obstination de la part d'un employé doit être considérée et traitée comme une infraction au règlement.
Mais il peut se présenter aussi des cas où un voyant normal feindra la cécité et se comportera comme s'il était vicié. Cela peut arriver lorsque quelqu'un compte recevoir une pension avant le temps ou bien qu'à la suite d'un accident survenu on veut échapper
à la punition. Ce sont justement ces cas-là qui mettent le plus à répreuve et la métliode et la perspicacité de l'examinateur. L'exploration prend alors le caractère d'une espèce d'instruction criminelle, où le juge et le prévenu doivent prêter toute l'attention dont ils sont capables à leurs actes et expressions réciproques pour chercher à se surprendre l'un l'autre. L'examiné doit s'efforcer de prouver qu'il est vicié, tandis que l'examinateur cherche à i^rouver que cet individu a la vue normale. La perspective de sortir vainqueur de ce combat singulier dépend, en dernier ressort, de la partie qui connaît le mieux la nature de la cécité des couleurs et qui possède la plus grande expérience sur la manière dont les viciés se comportent. Pour qu'un simulant puisse tromper à cet égard l'examinateur, il faut absolument qu'il l'emporte sur ce dernier par ses connaissances en fait de cécité des couleurs.
Il y a déjà là une raison pour laquelle l'examinateur peut compter sur le succès, car il sera extrêmement rare qu'un employé de chemins de fer ou un marin soit soumis, dans les circonstances dont nous parlons, à l'examen d'une personne qui lui soit inférieure à cet égard. Il est clair en effet qu'un examen aussi difficile, aussi minutieux et entraînant une si grande responsabilité, doive être confié à la personne la plus compétente |)0ssible. Mais il est en revanche fort peu probable qu'il puisse se présenter un cas où il faudrait soumettre à l'examen un spécialiste savant et expérimenté.
Tout d'abord des explorations de cette nature doivent se ^î^ésenter rarement et lorsque cela a lieu, ce doit être — au moins pour les cas les plus difficiles, c'est-à-dire d'après un sinistre — dans des circonstances telles que l'examiné n'a pas eu beaucoup de temps pour étudier son rôle. On verra généralement alors que ce dernier n'a pas une bien profonde connaissance de la nature de la cécité des couleurs, mais qu'il se la représente comme une difficulté ou une incapacité de distinguer entre des couleurs de signaux ou des couleurs en général. Il devra donc se régler sur cette idée, et de deux choses l'une : ou il distinguera parfaitement entre toutes les autres couleurs pour ne faire erreur que sur les couleurs de signaux ou bien il croira devoir confondre n'importe quelle couleur. Mais, nous l'avons vu, chaque espèce de cécité des couleurs suit des lois aussi déterminées que le sens normal. Un pareil stratagème ne manquera pas de les violer, et l'individu sera pris flagrant délit.
Mais il n'y a absolument rien qui s'oppose à ce que cet individu ait une certaine connaissance de la nature de la cécité des couleurs ou au moins qu'il ait une idée de sa régularité relativement à la
confusion des couleurs. Il peut avoir appris les épreuves que nous avons citées et grâce à l'exercice et à l'observation des viciés, il saura les exécuter convenablement à son but. L'examinateur a pourtant toujours la ressource de choisir d'autres couleurs d'échantillon, grâce à sa connaissance de la nature de la cécité des couleurs. Et la méthode par la laine à broder offre à cet égard un grand choix. Si cela ne suffit pas et que l'individu ait aj^pris, grâce à . de véritables viciés, à ranger toute la provision de laine d'après leur sens chromatique, c'est-à-dire qu'il puisse soutenir l'épreuve d'après la méthode Seebeck; et s'il s'est tellement mis dans son rôle qu'il n'v a pas moyen de l'en faire sortir par des questions abruptes ou contradictoires, l'examinateur peut employer comme contrôle une quantité d'autres méthodes connues, mais probablement ignorées de notre individu. Il ne faut -pas oublier ici qu'il est en général plus facile de découvrir des fautes commises par d'autres que de les éviter soi-même dans ses actes, et l'on doit être j)rofondément entré dans son rôle d'emprunt pour ne pas commettre d'inconséquences. Pour ce qui est de simuler une certaine espèce de cécité des couleurs, nous savons par l'expérience que nous avons faite spécialement à cet égard, que c'est une chose très-difficile et qui ne réussit guère devant un observateur attentif et expérimenté. Toutes ces circonstances sont à l'avantage de l'examinateur, mais sa supériorité ne se borne pas là. Car s'il devait arriver — chose extrêmement invraisemblable — qu'un simulant fût au fait de toutes les épreuves et méthodes connues et que d'ailleurs il eût non moins d'exercice que de talent pour pouvoir les exécuter aussi exactement qu'un vicié, l'examinateur a néanmoins la ressource, grâce à sa connaissance spéciale, d'inventer de nouvelles épreuves et des variations de celles qui sont connues.
A propos de l'examen du personnel déjà employé et des mesures qui en résultent, nous avons considéré comme nécessaire de procéder avec la plus grande précision dans les cas équivoques. Cet examen devrait être fait par une personne spéciale, compétente, et nous n'avons pas cru devoir prescrire ni même rendre compte en détail des méthodes qu'on peut ou qu'on doit employer alors. C'est encore moins le cas ici. Il y a sans aucun doute très-peu de cas dans lesquels le devoir et le désir d'un auteur ou d'un professeur, dans n'importe quel domaine, ne soient pas de fournir autant de renseignements que possibles. Nous avons cependant une exception ici. Il est clair que tout renseignement que nous livrerions de plus serait une arme dans la main d'un simulant et par conséquent
contribuerait à diminuer les chances de succès de l'examinateur. En pareil cas, il n'est pas seulement sage, mais encore il est juste de se taire. On peut même se demander si bien des choses n'ont pas été dites que nous aurions dû passer sous silence. Nous répondrons que nous avons donné tous ces faits pour convaincre d'autres personnes de la possibilité de découvrir une cécité des couleurs simulée. Il est à peine nécessaire d'indiquer qu'il serait très-fâcheux que les autorités éprouvassent vraiment le moindre doute à cet égard. Il est même possible que par les indications que nous venons de mentionner nous ayons efîrajé tel ou tel qui se serait senti poussé à jouer le rôle difficile de pseudo-vicié.
Il est évident qu'un examen de cette espèce est particulièrement délicat et qu'il doit être exécuté avec un soin extrême ainsi que d'une manière complète et sûre, avant qu'on se prononce. Cela est suffisamment justifié par les intérêts en jeu et bien qu'un pareil examen doive toujours être fait par une personne parfaitement compétente, on est cependant en droit de se demander, s'il j a lieu de confier à un seul homme le soin de juger si une autre personne doit être absoute ou condamnée, surtout si cette condamnation amène la prison ou de fortes amendes.
Outre la précaution — qui ne doit pas être négligée — d'exécuter l'exploration en présence de personnes expertes et compétentes, il y a un moyen particulier qui, tout en étant sûr pour empêcher toute tentative de fraude, juge l'accusé de la manière ordinaire, c'est-à-dire sur le témoignage de deux personnes. Ces deux témoins doivent être deux viciés de la même espèce que simule l'examiné. Si ces deux personnes se soumettent d'abord à part et indépendamment l'une de l'autre et du pseudo-vicié, à la même épreuve que lui, qu'on note le résultat avec soin et qu'ensuite on les examine tous trois ensemble, on verra bientôt ce qui eu est du sens chromatique de notre individu. Les deux viciés auront par là rendu le témoignage nécessaire, sans dépendre de l'arbitraire de l'examinateur. Cette manière de procéder doit cependant être employée avec circonspection et discernement, puisque la conformité entre deux viciés de la même classe n'est pas absolument parfaite à tous les égards. Aussi le résultat doit-il toujours être éclairé par l'explication de l'examinateur.