‹ De la cécité des couleurs dans ses rapports avec les chemins de fer et la marineChapitre 17 sur 19 · Celui qui, dans cette épreuve II, prend, seul ou avec du · texte numérisé non relu

Celui qui, dans cette épreuve II, prend, seul ou avec du

pourpre (lia), du vert et du gris (8 et 9), ou l'un des deux, est complétemeiit aveugle jjour le vert.

Remarque. L'aveug-le jjour le rouge n'approuve jamais réj)reuve de l'aveugle pour le vert, et vice versâ. Cei)endaut, il arrive en certains cas que l'aveugle pour le vert prend un écheveau violet ou un bleu, mais toujours dans les nuances les plus claires. Cela ne doit pas agir sur la diagnose.

L'examen peut se terminer par cette éj)reuve, et la diagnose doit être considérée comme jyarfaitement établie. Il n'est même j^as nécessaire, au point de vue pratique, de décider si la cécité complète partielle est celle du rouge ou celle du vert. Mais pour se convaincre plus complètement soi-même des rapports de la cécité complète des couleurs avec les couleurs mêmes des signaux et surtout pour convaincre, si c'est nécessaire, les employés de chemins de fer et d'autres personnes qui ne sont pas spécialistes, on peut compléter l'examen par une épreuve de plus. Celle-ci, que nous allons indiquer, n'est donc pas nécessaire à la diagnose et remplit uniquement l'office d'épreuve de contrôle.

Epreuve III. L'écheveau rouge est remis au sujet. Il doit avoir une couleur rouge vive comme le drapeau rouge dont on se sert comme signal aux chemins de fer. Cette couleui* réj)ond à II b du tableau, qui devrait peut-être tirer un peu plus sur le rouge jaune.

Rrgle. L'épreuve, qui ne se fait qu'avec des sujets complètement viciés, doit être continuée jusqu'à ce que l'examiné ait mis à côté du si>écimen tous les écheveaux appartenant à cette nuance, ou la plujîart ou bien encore isolément une ou plusieurs couleurs de confusion (10 à 13). L'aveugle pour le rouge choisit alors, outre le rouge, des nuances de vert et de brim (10 et 11) qui, pour le sens normal, paraissent plus foncées que le rouge. En revanche, l'aveugle pour le vert choisit des nuances contraires (12 et 13), qui paraissent plus claires que le rouge.

Remarque. Ou ne peut pas toujours faire commettre à toutes les personnes découvertes, dans les examens précédents, comme complètement viciées les méprises que nous venons d'indiquer. Ces excei)tions sont ou des cas de degrés comj)arativement inférieurs de cécité complète ou des viciés qui sont exercés aux couleurs de signaux et cherchent à n'être pas découverts : ils confondent généralement alors au moins le vert et le brun, mais cela n'arrive même I3as toujours.

Note additionnelle. Nous n'avons pas donné de règle pour découvrir la cécité totale des couleurs, parce que nous n'avons pas trouvé

de cas de cette espèce. S'il devait s'en rencontrer, on les reconnaîtrait, d'après la tliéorie, à la confusion de toutes les nuances possédant la même intensité de lumière.

La cécité jpour le violet doit se reconnaître à une réelle confusion entre le jjourpre, le rouge et l'orangé pendant l'épreuve II. La diagnose doit se faire avec discernement.

L'épreuve I nous montre souvent le bleu comme couleur de confusion. Cela ^jew^ être, en certains cas, le signe de la cécitr pour le violet, mais pas toujours. Nous n'avons pas cru devoir admettre des vices de cette espèce; seuls les cas les plus marqués, que d'autres examens constatent comme cécité j)our le violet, ont le droit d'entrer en compte dans la statistique.

Enfin, pour acquérir une unité désirable, il faut ajouter que dans l'esamen préparatoire, j'ai l'iiabitude d'indiquer dans le journal tenu à cet effet les cas de cécité complète des couleurs par 2 (2 R., 2 Ve. et 2 Yi.), ceux de cécité incomjylcte j)ar 1 et ceux de sens chromatiqtie faible par 0,5.

4. Règles pratiques et indications spéciales pour l'exécution de l'épreuve.

La méthode, nous l'avons dit, joue un grand rôle dans un examen de l'espèce qui nous occupe, non-seulement par son principe, mais encore par la manière dont on l'emploie. La meilleure façon d'indiquer comment il faut faire, c'est l'instruction orale et de visu, mais ici nous sommes obligé de la remplacer par la description. Or, celle-ci est toujours défectueuse à certains égards, surtout si l'on veut être bref. Ce qui précède suffit évidemment au médecin intelligent et expérimenté, mais il n'est peut-être pas inutile d'entrer encore dans quelques détails pour éviter des difficultés possibles et des pertes de temps.

Le but de l'examen est de découvrir la nature du sens chromatique du sujet. Or, comme le sort de celui-ci et celui d'autres personnes peuvent dépendre de la justesse du jugement émis par l'examinateur et que ce jugement doit se baser sur la manière dont le sujet exécute son épreuve, il importe que cette épreuve soit vraiment ce qu'elle doit être, une épreuve de la nature du sens chromatique et pas autre chose; et l'on arrivera à cette fin, si l'on s'en tient strictement à nos prescriptions. Il n'est pas seulement néces-

saire que rexaminateur les observe avec soin — ce qui ne nous semble pas difficile — mais il faut qu'il veille aussi à ce que l'examiné fasse bien ce qui lui est enjoint. Cela n'est pas toujours aussi facile qu'on pourrait le croire.

S'il n'était question que d'examiner des gens intelligents habitués à des occupations pratiques et surtout aux couleurs et sans autre intérêt attaché à l'issue de l'examen que de savoir s'ils sont viciés ou non, l'examen serait monotone et mécanique. Cela peut aussi être le cas à un certain degré, mais pas autant qu'on s'y attendrait : il s'agit, en effet, d'examiner des gens diversement cultivés, dont tous d'ailleurs ont un intérêt personnel à l'issue de l'examen. Diverses personnes se comportent très-dilféremment à l'examen j)0ur une foule de raisons. Les unes y vont sans le moindre soupçon de leur vice, d'autres sont convaincues qu'elles possèdent un sens normal. La minorité seule a conscience ou tout au moins quelque soupçon de son vice. Ces derniers peuvent se reconnaître souvent avant l'examen à ce qu'ils se tiennent derrière les autres, suivent attentivement les épreuves, mais restent volontiers les derniers, s'ils en ont la liberté. Les uns sont vifs, d'autres indolents. Ceux-là s'approchent sans souci et courageusement, ceux-ci avec un respect exagéré et une certaine appréhension. Une partie a déjà été examinée et s'est exercée en vue de l'épreuve, une autre ne s'est jamais occupée de couleurs. Parmi ceux qui ont déjà passé un examen, il se trouve aussi quelques viciés. Les uns ne sont pas au clair sur leur vice et se comportent avec une grande circonspection, les autres sont exercés à reconnaître les signaux et sont arrivés à se persuader qu'ils n'ont pas le moindre défaut. Ils font vite et sans hésiter leur épreuve, naturellement avec les confusions régulières qui distinguent leur espèce de sens chromatique.

La plupart viennent cependant avec le désir d'exécuter l'épreuve aussi bien que possible, c'est-à-dire ils veulent agir comme des personnes au sens normal. Cette circonstance doit naturellement faciliter leur examen, à moins qu'en certains cas elle n'augmente inutilement leur prudence. Mais cela rend plus difficile l'épreuve du vicié. A cet égard, l'inconvénient est essentiellement celui de faire perdre du temps. Il n'y a qu'une infime partie de personnes qui aient l'intérêt contraire, c'est-à-dire celui de passer pour viciées, bien qu'elles soient normales. Nous en parlerons plus tard, pour ne nous occuper ici que des personnes qui font leur épreuve de bonne foi ou tout au moins avec le désir de paraître normales, quand même elles seraient viciées.

Dans la plupart des cas, l'épreuve s'accomplit vite et régulièrement. Nous ne parlerons que des écarts et des singularités les plus remarquables qui se présentent. L'examinateur doit veiller à ce qu'aucune faute ne soit commise par le fait d'un malentendu. Les noms des couleurs n'ont jamais besoin d'être désignés. Cela peut être avantageux pour le contrôle dans les cas où le nom appris est une connaissance servant à fourvoyer la sensation immédiate ou lorsqu'on veut se rendre compte des rai^j^orts de nom et de la perception d'un vicié.

Si le sujet a appris à faire plus attention au nom qu'à la chose, signe fréquent d'une certaine instruction, il ne cliercbe pas alors seulement les échantillons de la même nuance, c'est-à-dire ceux qui, relativement à la couleur, font une même impression sur Vœil, mais encore tous ceux dont la couleur j)orte communément le même nom : c'est ainsi que plusieurs choisissent à l'épreuve I non-seulement le vert de l'échantillon, mais encore tout ce qui est vert, et à l'épreuve II non-seulement tout ce qui est pourpre (ou rose), ce qu'on appelle communément srouge», mais encore tout ce qui est rouge à proprement j)arler : écarlate, cinabre, brique, etc. Cela seul n'influe guère, car celui qui commet de ces méprises, peut difficilementêtre atteint d'un vice des espèces que nous avons en vue ici. Il est ou normal ou aveugle pour le violet. C'est seulement dans le cas où l'on veut continuer l'épreuve de la cécité pour le violet, dans un intérêt scientifique, qu'il est nécessaire de décider jusqu'à quel point la combinaison de deux couleurs a déj)endu d'une méprise sur le nom ou d'une faute dans la sensation de la- couleur. Cet examen, d'ailleurs, n'a rien à faire avec le but pratique que nous poursuivons actuellement.

En tous cas, il vaut mieux corriger cette faute, lorsqu'elle provient d'un malentendu. C'est d'ailleurs nécessaire pour la faute indiquée lors de l'épreuve L II pourrait suffire, objectera-t-on peutêtre, que le sujet ne confondît pas la couleur - d'échantillon avec autre chose que le vert; il importerait peu, au contraire, qu'il distinguât scrupuleusement entre les diverses espèces de vert. Mais cela n'est pourtant pas tellement indifférent. Car tout d'abord, ce n'est généralement pas une chose de peu de valeur que de savoir si les fautes commises contre les règles prescrites dépendent d'un malentendu, d'un manque d'exercice dans l'usage des couleurs ou d'un véritable vice dans le sens chromatique. En second lieu, l'épreuve fait perdre beaucoiip de temps tout en étant moins sûre, si elle s'étend à tout ce qui est vert. En effet, on n'a pas choisi

sans raison comme couleur d'échantillon précisément la nnance la plus claire du vert proposé. Car c'est justement ce que le vicié confond le plus facilement avec les couleurs 1 à 5. Si l'on permet au sujet de s'écarter de ce domaine restreint que lui prescrit l'épreuve, celle-ci s'étend à toutes les nuances vertes, d'où il suit que le sujet se met à recueillir de préférence toutes les nuances vives et évite par là le domaine dangereux oii son vice serait facilement découvert. C'est pourquoi il faut le forcer convenablement à entrer dans ce domaine, en s'en tenant uniquement aux sj)écimens verts purs et, pour plus de sûreté, lui recommander d'en choisir surtout les nuances les plus claires. Car s'il se jette tout de suite, comme beaucoup l'essaient, sur les nuances foncées, la transition est facile au.x autres tons et il s'égare dans d'autres domaines avec perte de temps et de sûreté pour l'examen. Ce que nous venons de dire du vert s'applique naturellement aussi au pourpre.

Il est dans le principe de notre méthode de faire révéler par le sujet lui-même, au moyen d'un acte, la nature de son sens chromatique. Or, comme cet acte doit se tenir entre certaines limites, il est clair que l'examinateur doit le dominer à un certain degré. Cela peut, en certains cas, présenter une difficulté en ce que l'examiné ne se laisse pas toujours conduire et qu'il fait ou trop ou trop peu. En ces deux cas, l'examinateur doit intervenir pour gagner du temps et de la certitude, et c'est aussi ce que l'on gagne facilement en général. Cette intervention a naturellement pour but de mettre l'examiné sur la véritable voie et peut s'elfectuer de maintes façons suivant les cas.

Nous indiquerons ici quelques-ims de ces artifices que nous avons trouvés utiles.

A. Intervention lors d'un choix iHendu. Il n'est pas toujours facile de maintenir le sujet dans le domaine que la méthode a en vue. Il se glisse facilement, à l'épreuve I par exemple, un écheveau vert jaune ou vert bleu parmi les autres et dès qu'il y en a un, d'autres suivent ordinairement et il arrive ainsi qu'en quelques instants l'un a toute une poignée de vert jaune, l'autre de vert bleu, un troisième de ces deux espèces à la fois. Le procédé suivant nous a servi dans plus d'un cas.

a) Lorsque le sujet a commencé à recueillir des nuances d'une ou de quelques couleurs autres que celle de l'échantillon, on arrête son ardeur, en prenant dans la main toute la j)oignée d'écheveaux qu'il a rassemblés et en lui demandant si son œil ne lui dit pas

qu'il V en a là un ou plusieurs qui ne s'allient pas avec les autres et en ce cas on le prie de les remettre dans le tas. Il remarque alors généralement qu'il y a quelque chose qui cloche et continue d'une de ces deux manières :

1. Il rejette, l'une après l'autre, les nuances étrangères, de sorte que les vraies restent. Cependant, ce n'est souvent que l'écheveau de l'échantillon. On lui montre quelle faute il a commise. On peut se servir des noms et lui rappeler qu'une classe de vert jieut se nommer vert jaune et une autre vert bleu et les lui faire éviter, en le priant de ne chercher que les écheveaux de la même espèce de vert que le spécimen, bien qu'ils soient plus clairs ou plus foncés et ne contiennent ni plus de jaune ni plus de bleu que celuici. Si sa première faute ne dépendait que d'un malentendu ou d'un manque d'exercice dans le maniement des couleurs, il commence ordinairement à comprendre ce qu'il a à faire et à bien exécuter ce qu'on lui demande.

2. Ou bien il prend et rejette immédiatement l'écheveau de l'échantillon même. Cela prouve qu'il voit la dilFérence de couleur. On lui montre alors cet écheveau comme le seul juste, en l'invitant à refaire mieux son éj^reuve. On le remet dans la bonne voie comme tout à l'heure et l'éiDreuve se passe bien, à moins que la faute ne dépende d'un vice du sens chromatique.

Une foule de personnes semblent cependant éprouver une difficulté naturelle à distinguer entre le vert jaune et le vert bleu ou entre les nuances ternes du vert et du bleu. Cette difficulté est pourtant plus aj^parente que réelle et se corrige ordinairement par la comparaison directe. Si l'on se sert de la méthode d'après laquelle le sujet doit répondre par le nom des couleurs, on comptera une foule de méprises à cet égard. Si l'on présente un écheveau vert clair ou bleu clair tout seul, en demandant ■ au sujet de les dénommer, il appellera souvent bleu le vert et vert le bleu. Mais si, dans le premier cas, on lui montre immédiatement un écheveau bleu, il corrige sa méprise, en disant que celui-ci est bleu et que l'autre est vert. Les choses se passent ainsi dans le dernier cas, mutatis mutandis. Ce n'est pas ici le lieu d'en donner l'explication. Qu'il suffise de dire que la faute se corrige ainsi par la comparaison directe entre les deux couleurs.

Il y a d'après la théorie une classe de viciés — les aveugles pour le violet — qui, par suite de la nature de leur sens chromatique et par conséquent malgré la comparaison, ne peuvent distin-

guer le bleu et le vert. Mais notre méthode n'a rien à faire avec ces viciés, car ils ne sont pas dangereux pour les chemins de fer.

b) Autre 'procédé. Si le sujet place à côté de l'échantillon une nuance par exemple vert jaune, l'examinateur met près de celle-ci une autre nuance dans laquelle entre plus de jaune ou même du jaune pur, en faisant remarquer que si la première convient, c'est aussi le cas de cette dernière. Le sujet proteste en général. On lui montre alors, en cherchant et en classant les nuances intermédiaires, qu'il y a une transition et qu'elle mènerait loin, si l'on devait poursuivre logiquement comme l'examiné a commencé. On fait de môme avec les couleurs de nuance bleue, si le sujet choisit d'abord un vert bleu. Il voit successivement la gradation et exécute jîarfaitement cette épreuve, si son sens chromatique est irréprochable.

Pour savoir davantage si le sujet remarque les additions ou les teintures de jaune et de bleu dans le vert, on peut prendre soimême des écheveaux vert jaune et vert bleu j)our lui demander s'ils les trouve tels. Sa réponse permet de juger de son sens relativement à ces nuances, et le but de ce contrôle est atteint.

Il ressort de toiit cela que bien des personnes dont on finit par remarquer le sens chromatique normal, peuvent parfois causer de l'embarras. Au fond, le voyant normal de cette sorte fait perdre plus de temps que le vicié. On ne peut même que s'étonner de voir avec quelle rapidité les viciés trahissent leur défaut. Au moins s'est-il trouvé, dans la plupart des cas de nos examens, que le j)remier écheveau de laine tiré du tas par le vicié à l'épreuve I a été une des couleurs de confusion. '

B. Intervention lors d'un choix restreint. Ceux qui montrent trop de lenteur exigent aussi l'intervention de l'examinateur d'une autre manière. Nous pouvons laisser ici de côté les cas où, à la vue des couleurs multiples que lui offre le tas de laine, l'examiné éprouve de la difficulté à trouver un écheveau ressemblant à l'échantillon * dans une collection où toutes les couleurs particulières semblent différer entre elles, et par conséquent déclare sur-le-champ qu'il ne s'en trouve aucun semblable au spécimen. On leur réplique que la ressemblance absolue n'est pas réclamée, qu'il faut essayer de trouver, qu'on ne leur demande pas l'impossible, que le temps est restreint, que plusieurs attendent, etc.

Mais il y a des gens qui, par lenteur naturelle, par manque d'habitude de pareilles occupations, par crainte de commettre une méprise désavantageuse, surtout s'ils ont déjà été examinés et soupçonnés de cécité des couleurs ou bien par une foule d'autres motifs,

/'. Ilolincjren, Céc. des Coul. 9

procèdent avec la plus grande circonspection : ils ne veulent pas même toucher la laine ou bien ils cherchent, ils tirent et retirent avec le plus grand soin tous les écheveaux possibles sans en trouver un qui aille à l'échantillon ou qu'ils veuillent placer à côté. Il y a donc ici deux cas, d'an côté trop d'activité avec les doigts sans résultat ou pas le moindre effort. L'examinateur doit intervenir dans les deux cas.

a) Lors d'une trop grande activité avec la main sans résultat pratique correspondant, l'examinateur doit veiller à ce que l'œil et la main agissent simultanément pour le but demandé. Quelques personnes oublient que les mains doivent servir l'œil dans cette épreuve et non travailler pour elles-mêmes. Aussi les voit-on souvent fixer leurs regards d'un côté, tandis que les mains agissent d'un autre. Cela doit être corrigé, afin de gagner du temps et d'éviter un travail infructueux. Lorsque, grâce à l'activité manuelle du sujet ou à l'aide inaperçue de l'examinateur, tous les vrais écheveaux ou simplement une partie se trouvent placés sur le tas> il est sage de couper court et d'inviter le sujet à se croiser les mains derrière le dos, à faire un pas eu arrière et à considérer tranquillement tous les écheveaux et, dès que son œil aura rencontré un de ceux qu'il cherche, de l'engager à avancer la main pour le prendre. Le mieux est de le conseiller de regarder tantôt l'échantillon, tantôt le tas et de répéter cette manœuvre jusqu'à ce que son œil ait trouvé ce qu'il cherche. Cet artifice conduit en général au but, lorsqu'une inquiétude exagérée agite les mains du sujet. Mais il n'est pas toujours facile de lui faire garder les mains sur le dos, jusqu'à ce que le moment soit venu de saisir l'écheveau en question.

b) Dans les cas de grande circonspection, l'épreuve est hâtée, si l'examinateur vient à l'aide du sujet, en plaçant au-dessus du tas un écheveau après l'autre et en invitant l'examiné à dire s'il convient ou non pour la couleur à l'échantillon. On fera bien de choisir d'abord les écheveaux que l'examiné approuverait, s'il était vicié. S'il l'est, il approuve le choix et la question est vidée. Sinon, il les rejette non sans un sourire caractéristique ou avec une expression de dignité blessée. Cela nous renseigne aussi sur son sens chromatique. Mais même le vicié peut en ce cas-là refuser ce qui lui est présenté, surtout si sa prudence est préméditée et qu'il soupçonne qu'on lui tend un piège. On trouve assez fréquemment qu'il rejette aussi de vraies nuances qu'on lui met avec d'autres.

Ce n'est pas le cas lorsqu'un voyant normal, d'ailleurs lent et

réfléchi, est soumis à TépreiTve sous cette forme. Il a l'œil ouvert aux vraies couleurs. Une manière de procéder daus des cas de cette dernière espèce est de tirer de faux échantillons qui se trouvent tout ]3rès d'un vrai, à côté, dessus ou dessous, pour attirer l'attention du sujet du bon côté. Il faut agir de sorte que le vrai échantillon soit dérangé de sa position, lorsqu'on tire les autres, afin que le sujet puisse le voir en mouvement. Il n'arrive pourtant pas toujours qu'il lui saute aux yeux. Le meilleur moyen est alors de lui faire considérer le tout, les mains derrière le dos, et de le prier de faire librement son choix.

Mais de quelque manière qu'on procède, il faut, dans tous les cas où l'on a aidé le sujet à tirer un certain nombre d'écheveaux qu'il a trouvés analogues à la couleur d'échantillon, se faire une loi de ne pas achever l'épreuve sans avoir contrôlé l'effet du secours accordé. Il faut prendre dans la main le paquet approuvé et demander au sujet s'il est content ou s'il n'y a jîas quelque chose à changer. S'il apj^rouve le choix, la diagnose est établie. On doit agir de même avec le sens chromatique défectueux, que l'épreuve ait été exécutée avec ou sans aide. On peut également demander, pour être complet, le nom que le vicié donne aux couleurs en question.

Dans les cas où une personne soupçonnée de cécité des couleurs est restée quelque temps à voir l'épreuve des autres et lorsque, comme il arrive souvent, elle a remarqué les échantillons appartenant à une nuance verte demandée, elle peut naturellement en tirer parti pour sa propre épreuve. Mais on prévient cela, en cachant furtivement un ou deux de ces échantillons. Si le sujet se montre disj)0sé à confondre le vert et le gris, il sera plus facile de l'attraper. Si on ne réussit pas, même en l'aidant, à le faire tomber daus ce piège, on peut replacer les échantillons cachés et se convaincre que l'épreuve est juste.

On voit par ce qui précède que beaucoup d'artifices peuvent être nécessaires à notre examen. On peut regarder comme un avantage de notre méthode de disposer de ressources multiples et variées. Nous sommes loin de les avoir indiquées toutes, et cependant bien des persoimes qui ne font que lire cette description, nous reprocheront peut-être de nous être occupé de trop de détails qui leur paraissent puérils. Mais nous croyons que ceux qui ont examiné le sens chromatique d'un grand nombre de personnes et ont acquis par là une certaine expérience, en jugeront autrement. Nous sommes convaincu qu'on gagne du temps et de la certitude par ces artifices et qu'un examinateur exercé, dont l'habileté à les employer

a réussi à atteindre un certain degré de virtuosité, accomplira sa tâche et plus vite et plus sûrement que celui qui les rejette.

Nous avons exposé comme un des avantages de la méthode le fait que la masse des personnes qui doivent subir l'épreuve, peuvent être toutes présentes à la fois et voir leur conduite réciproque, sans que l'éiDreuve^y perde le moins du monde de sa sûreté. Bien au contraire, celle-ci s'exécute plus rapidement pour chacun et l'on gagne ainsi du temps. Mais il y a encore un autre avantage à indiquer. Les véritables viciés, même le voyant normal qui s'est peu ou point occupé de couleurs, éprouvent ordinairement une certaine appréhension pour une épreuve d'après n'importe quelle méthode. Mais dans les circonstances où notre examen se passe, il leur inspire moins de crainte. Cela même a souvent été un plaisir pour la plupart d'entre eux. La vieille règle d'après laquelle il est toujours plus facile de voir les fautes d'autrui que de faire mieux soi-même, se confirme parfaitement ici; et l'examinateur qui observe attentivement non-seulement l'examiné du moment, mais aussi les assistants, peut voir à leur jeu de physionomie comment ils remarquent non-seulement les fautes positives commises par le sujet, mais aussi comment il néglige les nuances cherchées, lorsqu'elles se trouvent devant ses yeux. Ils sont naturellement encouragés par là et ont une certaine confiance en euxmêmes, jusqu'à ce que vienne leur tour. Souvent ils se montrent alors tout aussi incertains qu'ils étaient certains auparavant. Il 3^ a là quelque chose de piquant qui stimule l'intérêt, et cela n'est pas toujours inutile.

On peut conclure que ce n'est pas seulement du résultat matériel — c'est-à-dire des écheveaux tirés par le sujet — qu'il est possible d'établir sou jugement sur son sens chromatique, mais encore, dans bien des cas et à bien des égards, de la manière dont il se comporte dans l'exécution de l'épreuve. Nous citerons spécialement un procédé ordinaire qui a, en certains cas, une véritable valeur diagnostique. Il arrive souvent qu'en cherchant la vraie couleur, le sujet saisit subitement un écheveau pour le mettre près de l'échantillon, mais il remarque qu'ils ne vont pas ensemble et il le rej)lace dans le tas. Le manège est très-caractéristique, et si on l'a remarqué plusieurs fois, on le reconnaît facilement et l'on trouve qu'il est sans aucun doute une expression d'une certaine difficulté à apprécier la différence entre les couleurs en question. Il se présente souvent à l'épreuve I avec les nuances vert jaune et vert bleu. Il ne signifie pas grand'chose alors. Mais il en est autrement lorsque cette ma-

iiœnvre a lien pour le gris on Tune des couleurs de confusion 1 à 5. En effet, lorsque l'incertitude s'applique justement aux couleurs que le véritable vicié ne peut pas disting-uer de Fécliantillon, même en les comparant directement avec celui-ci, cela prouve que son sens chromatique est atteint d'un défaut très-voisin de la véritable cécité des couleurs. Il est incontestable que la catégorie de sens chromatique défectueux que nous avons appelé cécité incomjplHe des couleurs, renferme plusieurs espèces ou degrés. Ce n'est pas ici le lieu de rendre compte davantage de notre expérience à cet égard, et ce n'est pas non plus nécessaire pour notre but pratique. Parmi ces formes, il s'en trouve cependant, comme nous l'avons déjà remarqué, qui marquent une sensible transition au sens normal des couleurs. Cette forme est, d'après notre expérience, celle qui se trahit de la manière que nous avons indiquée, et c'est celle que nous avons désignée sous le nom de sens chromatique faible.

Il n'est probablement pas facile de découvrir ce vice avec une autre méthode ou avec une autre manière d'appliquer notre méthode que celle qui vient d'être exposée. La seule des méthodes citées dans une section précédente qui puisse servir à ce but est celle qui tend à déterminer la distance à laquelle le sujet peut reconnaître la couleur d'une petite surface colorée (voy. p. 98). En effet, il s'agit ici d'une faiblesse du sens chromatique, qui ne rend pas impossible mais difficile la distinction des couleurs. Nous nous représentons que le sens chromatique faible dépend ou d'une faible sensibilité ou d'un nombre relativement restreint d'organes percevant les couleurs sur la rétine, en comparaison avec le sens chromatique normal (voj. ]). 37, 40). Et dans les deux cas, la méthode doit amener le même résultat, à en juger par l'expérience que nous avons faite dans nos explorations périmétriques par rapport aux parties excentriques du champ visuel.

Cette épreuve nous fournit aussi l'occasion d'observer les effets de l'exercice et de l'habitude, et il n'est pas sans importance d'en savoir quelque chose d'avance. Il n'est pas rare qu'une personne subissant pour la première fois l'épreuve I et méritant alors d'être notée comme incomplètement viciée, exécute une seconde épreuve de manière à être notée »sens chromatique faible,» après avoir remarqué sa faute et s'être exercée aux couleurs. Cela pourrait sembler confirmer l'idée émise par D' Favre sur l'amélioration d'un sens chromatique défectueux. Cette possibilité n'est pas contraire à nos hypothèses théoriques relativement à la nature du sens chromatique faible. Mais elle ne change pas non plus notre point de

vue dans la question. Le même fait se présente quelquefois dans l'épreuve II et s'explique facilement alors par le fait déjà indiqué plus haut qu'il se trouve des formes transitoires entre les espèces tjj)iques de cécité complète des couleurs jusqu'à la cécité incomplète et que dans ce cas aussi l'exercice peut influer sur l'examen.

Ces exemples nous fournissent cependant une nouvelle preuve que les petits détails et les stratagèmes ne manquent pas de valeur dans l'exécution de l'épreuve. On trouve entre autres l'avantage qu'il y a à mettre l'échantillon un peu de côté comme à s'elforcer d'éviter tout ce qui peut amener de l'hésitation et de l'incertitude. C'est pourquoi il faut interdire au sujet de recueillir dans la main plusieurs écheveaux à la fois comme certaines personnes cherchent à le faire. La règle est que chaque écheveau saisi par le sujet doit être placé, soit à côté de l'échantillon, soit dans le tas. Plusieurs désirent, dans leur incertitude sur les ressemblances et les dissemblances avec l'échantillon, mettre sur le bord du tas, du côté où se trouve cet échantillon, les nuances qui à leurs yeux semblent analogues à ce dernier, afin de pouvoir jDar là, petit à petit, et sans être remarqués, essayer de se faire comme un pont, de la solidité duquel toutefois ils ne veulent pas prendre la resj)onsabilité. Mais toutes ces demi-mesures sont prohibées.

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