IP SÉRIE
Au Rédacteur en chef du Représentant du Peuple.
j^ {' Paris, 5 juillet 1848.
Monsieur le rédacteur,
Je trouve dans votre numéro d'hier, parmi beaucoup d'excellentes choses, des paroles malheureuses auxquelles il m'est impossible de m'associer.
Vous dites, répondant au Journal des Débats :
a Et n'allez pas faire semblant de croire que nous essayons a d*eœcuser. l'insurrection ; nous déclarons, au contraire, a cette insurrection coupable, parce qu'elle n'avait pas de a motifs légitimes, parce que, etc. Donc, le gouvernement a a fait son devoir en étouffant Vinsurreetion dés l'origine (X et sans ménagement aucun, — Mais, tout en condamnant <x les insurgés, nous ne voulons pas être injustes, etc. p
De telles paroles, monsieur le rédacteur, dépassent la mesure du blâme que je crois possible de déverser sur les événements des 23, 24, 25 et 26 juin.
Il en est d'une insurrection comme d'un homicide. Elle peut, suivant les circonstances, être légitime ou criminelle; mais elle peut aussi n'être ni l'un ni l'autre , c'est-à-dire qu'elle peut étre^ pour parler comme la loi, excusable.
L'homîcide commis à la guerre , pour la défense de la patrie, est un acte légitime qui honore môme son auteur. L'homicide commis dans un htt de vengeance personnelle ou de cupidité, est un crime que la loi punit de mort. L'homicide qui arrive à la suite d'une provocation, dans le cas de la légitime défense, etc., est excusable. La loi ni la morale ne l'approuvent : elles ne le poursuivent pas, elles le pardonnent.
C'est ainsi que je juge les derniers événements. L'insurrection, dont tant de citoyens ont été de part et d'autre victimes, a-t-elle eu pour motif une violation flagrante, de la part du gouvernement ou de l'Assemblée nationale, du principe républicain? Non. Donc cette insurrection, qu'aucun motif suffisant ne justifie, n'était pas légitime. Voilà un premier point.
Â-t-elle été le fait des instigations de l'étranger, conduite dans un but dynastique et dirigée contre la République? En ce cas, l'insurrection aurait été un crime, un attentat contre lequel il faudrait appeler la vindicte de la loi. Or, on ne sait pas encore que tel ait été le véritable caractère de cette déplorable collision.
Mais, si la révolte des 23, 24, 25 et 26 juin a surgi tout à coup comme un accident de la misère; si la lutte, soutenue pendant ces quatre malheureuses journées, n'a été qu'un éclat du désespoir ; si l'instruction prouve que, malgré l'or répandu, malgré les embauchements dynastiques, l'immense majorité des insurgés se composait d'ouvriers démoralisés par le chômage, égarés par la faim, déçus dans leurs espérances, irrités, à tort ou à raison, contre le pouvoir : s*il était vrai enfin, que le gouvernement, que l'Assemblée nationale elle-même, trompés d'abord sur le véritable sens de l'émeute, eussent porté au comble, par une politique &tale, l'exaspération de ces hommes, dont le cri 'déraillement était : Du pain ou du plomb! oh! alors, il faudrait reconnaître que la guerre civile qui vient d'ensau-
— Cfô —
glaoier le berceau de la République a été un affreux malheur, mais que, grâce au ciel! il n'y a point de coupables, qu'il n'y a que des victimes.
Un chômage de quatre mois s'est converti subitement en un eaiuê helli, en une insurrection contre le gouvernement de la République : voilà, en quelques mots, toute la vérité sur ees funèbres Journées. Mais, quoi qu'on ait dit, quoi que répande tous les Jours encore l'égoïste et impitoyable calomnie, la générosité, la haute moi^é des classes travailleuses n'ont point péri dans le fratricide. Le dénûment des insurgés, la misère de^ prisonniers, le respect des propriétés, qui, s'il faut en croire de nombreux rapports, n'aurait pas été toujours aussi grand du côté de la répression que du côté de l'émeute, sont là qui l'attestent.
Le prolétaire anglais vit noblement delà taxe du pauvre, le compagnon allemand, chargé d'argent et de nippes, ne rougit pas de mendier, d'atelier en atelier, le viaticum^ la passade; le lazarille espagnol fait plus, il demande la caritad au bout de son escopette. L'ouvrier français demande du travail ; et si, au lieu de travail, vous lui offrez une aumône, il s'insurge, il vous tire des coups de fusil. J'aime mieux l'ouvrier français, et Je me glorifie d'appartenir à cette race ûère, inaccessible au déshonneur.
De grâce , monsieur le rédacteur, ne répandons pas le sel et le vinaigre sur des plaies saignantes ; ne portons pas le désespoir dans ces consciences assombries, dont l'égarement a été déplorable, mais qui, après tout, ne sont point criminelles. Ayons pitié de ces pauvres blessés, qui se cachent et meurent sur la paille, en proie à la gangrène, soignés par des enfants sans pain, et des épouses folles de misère. Demain, Jeudi, sera un Jour de deuil public, consacré aux funérailles des victimes de l'insurrection. N'hésitons pas à confondre dans nos regrets, sous ce nom commun de victimes, ceux qui sont morts pour la défense de l'ordre, et ceux qui sont tombés en combcitlAnt contre \% misère. Si le
droit était de ce côté-ci des barricades, il était aussi de ce côté-là. L'épouvantable carnage auquel nous avons assisté ressemblait à ces tragédies antiques, où le devoir et le droit se trouvaient en opposition, et qui partageaient les dieux. Pleurons sur nos frères de la garde nationale, pleurons sur nos frères de l'insurrection, et ne condamnons personne. Espérons que la justice, une fois éclairée sur les faits qui ont précédé, accompagné et suivi l'insurrection, se relâchera de la sévérité de la loi, et que le décret de déportation désormais sans oliget, comme sans moralité^ sera révoqué.
Agréez, monsieur le rédacteur, ma salutation fraternelle.
P.-J. Proudhon.
Au Rédacteur du RspRisBifTANT du Peuple.
il JniUeU
Monsieur le Rédacteur,
Dans don numéro du 6 courant, le journal Y Union repro« dûît la lettre que j'avais eu Thonneur de vous écrire le jour précédent, lettre qui avait pour but Texcusabilité de l'insurrection des 23, U, 25 et 26 juin.
Mais , tout en s'associant à ma douleur, V Union répudie ma doctrine. Voici ses paroles :
< Non , la situation de l'ouvrier la plus mauvaise et la « plus désespérée ne saurait jamais être une excuse djs réff volte de coups de fusil. La doctrine de M. Proudhon n'est a autre chose qu'une déclaration permanente de guerre « sociale. En des questions dé cette nature , le plus ou le « moins de misère ou de bien-être ne saurait être une règle « de conduite morale. En définitive , c'est le libre arbitre a qui prononce ; et si la misère est par elle-même un droit a de tuer, celui qui souffre est juge du momeiït où il peut a en sûreté de conscience exercer ce droit. Faites une so- « ciété quelconque, république ou monarchie, avec ce a principe!... »
Certes , si j'avais exprimé des idées pareilles à celles que m'impute le journal auquel je réponds , je serais un abominable homme. Heureusement il ne m'en coûte rien pour désavouer de si horribles pensées. Le critique est tout à fait hors de la question.
Je disais, dans la lettre reproduite par V Union : Si le droit était de ce c6té<i ^ barricades y il était a/usH de ce
côté'là. Et tout entier à>la douleur que m'inspirent les maux de la patrie y je me suis arrêté là. J'ai négligé de dire quel était ce droit qui, à mes yeux , rendait l'insurrection sinon justifiable, du moins excusable. C'e$t cette omûsiofli de ma part qui fait toute la valeur des argiunents de mon antagoniste.
Sans doute , et il ne m'en coûte rien de l'avouer, la doctrine que je professe sur les tristes événements de juin est une déclaration permanente de guerre sociale | comme le dit mon critique ; mais cette doctrine , quelle est-elle? où l'ai-je trouvée? qui l'a le premier proclamée? quel ea est Fauteur? qui s'en est fait l'éditeur responsable?
J'appelle sur tout ceci l'attention du lecteur : je lie k*» doute pas son jugement.
N'esl-il pas vrai que, depuis le 34 février, le irmV itn ira" vail est devenu un droit coistit«»liafind, au même tHre que la liberté de la presse, le vote de Fimpôt, le droit de se i^ mt s«n8 armes, le suffrage universel ; au même titre que la liberté et la propriété.
Le gouvernement proviteire l'a formellement reconnu ! il n'a pu se constituer, se soutenir, fiiire un peu d'ordre , préparer les élections, protéger l'Assemblée nationale, deme<irer conservateur, en dépit de son origine révolutiou- Baire, qu'à ce prix.
Ce qu'a fait le gouvernement provisoire, le pays Ta ratifié; l'Assemblée nationale te proclame*
L'article 2 du projet de Cîonslîtufioû , soumis en ce moment aux délibérations de l'Assemblée, porte expressément : c La Constitution garantit à tous les citoyens la liberté, l'éa galité , la sûreté , l'instruction , le travail , la propriété , « l'assistance. »
Remarques rèrdré dans lequel sont énumérées ces garanties : la propriété arrive après le travail , où elle ft sa source et sa légitimité.
L'article 7 confirme l'article 2 ;
ff Le étioiT Ail TR&tAii est ceiai qu'a tout homfiié de vivre a en traYaillant. — La société doit^ par les moyemproduea tifr et généraux dont elle dispose, et qui seront oROAirisâ 9 ulftériefiremeiit y. fournir du travail aux hommes validés -€ qui ne peuvent s'eai procurer autrement »
Quels tont, après le gouvernement provisoire , après le pays, après la révolution de février, les auteurs de ces deux articles 1 Sont-ee des socialistes ? Sont-ce les citoyens Pierre Leroux, Louis Blanc, Proudhon ou Caussidière?
En aucune façon, les auteurs de ces articles «ont MM. Cormenin, A* Msurrast, Lamennais , Vivien^ de Tocqueville, Dufaure, Martin (de Strasbourg), Ck)querel, Corbon, Tourreîj Voirhaye, Dupin dné, Gustave de Beaumont, Vaulabelle, 0. Barrot, Pages (de TAriège) , Dornès , Considérant.
Certes, depuis M. de Cormenin, Tanti-socialiste , Tantidémoerate , Fanti - universitaire , Tanti - gallican , jusqu'à JM. Considérant , le défenseur éternel, le défenseur quand même du capital et de la propriété , il était impossible de former une réunion d'hommes animés de sentiments plus pacifiques, plus conservateurs, plus en garde contre le progrès, plus timorés en matière de révolution.
Et pourtant c'est cette commission, organe de l'Assemblée nationale , organe de la pensée de février, qui a fait passer, dans la nouvelle déclaration des droits et des devoirs , le droit au travail ; c'est même uniquement en vue de ce droit qu'a été faite la déclaration; et je défie l'A^emblée nationale, avec ses 400,000 baïonnettes, de la supprimer.
n ne s'agit donc plus aujourd'hui, comme parait le croire Y Union, de savoir si le pauvre qui demande l'aumône a le dtx)it de tuer le riche qui la refuse ; une pareiHe proposition est si monstrueuse, que toute protestation à cet égard est superflue. Il s'agit de savoir si cent mille citoyens, dont vous avez reconnu coNSTïTttîoNNfiLLEMiENT le droit au travail, sont excusables d'avoir pris les armes pour le maintien de ce
droit, violé ou travesti. Â cet égard ^ je n'ai^ue Temèarras des exemples.
Lorsque, sous le dernier gouvernement, M. de Genonde refusait l'impôt, se laissait saisir, excitait, les citoyens à faire comme lui , sur ce motif que Timpôt n'étant pas voté librement par tous les citoyens, Timpôt était illé^, M. de Genoude organisait l'insurrection, et cela en toute sécurité de conscience. Il se peut que M. de Genoude fût dans Terreur; mais on conviendra que si ses raisons eussent été vraies , si, comme il le prétendait, la constitution était violée, on conviendra, dis-je, que le refus de l'impôt eût été de droit, et, si le gouvernement avait envoyé cent mille hommes pour contraindre les citoyens, que l'insurrection eût étéexcusaUe.
Pourtant, il ne s'agissait là que de l'impôt. . Lorsque, le 22 février, M. Barrot convoqua la garde nationale de Paris, cette 12*' légion qu'aujourd'hui l'on désarme, à une réunion que le ministre déclarait illicite , et que lui, Barrot , soutenait être légale , il organisait l'insurrection. La garde nationale s'est insurgée à la voix de M. Barrot; de cette insurrection est sortie la République : quelqu'un oserait-ii soutenir que l'insurrection était condamnable? . Et pourtant, le droit de réunion, revendiqué par M. Barrot , n'était pas même un droit constitutionnel ; c'était un simple droit de nature , limité par la police , et sur lequel planaient les doutes les plus sérieux.
Lorsqu'en 1830, MM. Thiers, Guizot, Laffitte, Dupont (de l'Eure) et leurs amis protestèrent contre les ordonnances qui suspendaient les libertés publiques, garanties par la charte, ils préparaient, l'événement l'a démontré, une insurrection. De cette insurrection est sortie la Révolution de juillet : dira-t-on que cette Révolution était illégitime.
Et pourtant, l'article 14 de la Charte, sur lequel se fondait Charles X, était douteux, à tel point que cet article a été depuis réformé.
Toutes ces insurrections ont été tour à tour justifiées ,
glorifiées , applaudies ; la victoire a' fait leur légitimité.
Je suis moins absolu, moins enthousiaste dans mes jugements.
Je cpois qu'en février, comme en iS30, la patience d'un excès de pouvoir eût été pour notre pays tout aussi méritoire, et surtout d'une meilleure politique. Je crois qu'en supportant quelques années de plus M. de Polignac d'abord, et {dus tard M. Guizot , la France n'aurait rien perdu dans le développement de sa richesse et de ses libertés ; je crois, dis-je, que les avantages de la Révolution de juillet ne valent pas ce que le gouvernement de juillet ngus a fait perdre ; et je ne suis pas éloigné de penser aussi qu'un peu plus de longanimité de la part de M. Barrot n'eût mieux valu pour nous que le brusque éclat du 24 février. Je rie justifie donc pas les deux révolutions, je les excuse. Mais une fois accomplies, je me range à leurs principes ; c'est pour cela que je suis républicain, et républicain socialiste, entendez-vous, inilexible et intraitable.
Ëh bien ! je raisonne absolument de même sur l'insurrection de juin. Je ne l'eusse point approuvée , même victorieuse : je ne suis pas sûr que dans le tumulte qui en eût été la suite, le bien qu'espéraient les insurgés n'eût pas été balancé par des maux plus grands encore. — Mais aussi je ne condamna pas plus cette insurrection , que je ne condamne l'insurrection de février et de juillet : je l'excuse.
Je l'excuse, dis-je, et pourquoi? Parce que le droit au travail, droit constitutionnel, garanti par le Gouvernement provisoire, posé par l'Assemblée nationale, est depuis quatre mois indignement violé.
Etait-ce respecter le droit au travail que de faire remuer de la boue par cent mille îiommes, d'en enrégimenter vingtcinq mille autres sous ce prétexte que l'Etat n'étant , ne pouvant et ne voulant être ni agriculteur, ni voiturier, ni industriel, ni commerçant , n'avait pas de travail à donner aux ouvriers î
Était-ce respecter le droit m travaii tfâé d'appeler mie aumône dégnùée le sriake de ceiit intlle odvriei:^ empio>fés aux ateliers nationaux, alors que ce salaire, d'après lé tetiè formel de la oonskitufiosy «ffâ garantit tè travtf y n^éfadt en réalité qu'une juste indenmiti»
Oui^ je Taffirme hardimeflty et mMhetir k qpi pourrait h méconndtre^ le droit au trarail ^ ooi^flis p£tr h fêîhSiûMoh de Février, recoimii par toot le peuple, proifiis p$tt te gouvernement et la constitution, ^i violé dépuis quatti^ mois.
Ou rayez-le du pacte ddcial, ou plaignez cëUx que voue avez réduits à le revendiqua les armes à Id maiit, et i^rès les avoir fusillés, ne les calomniez pat^
Oh ! je le sais aussi bien que vous : il ei^ difficile de conduire une société, république ou monarchie, à c[ui Ybh reconnaît des droits comme ceux-ci :
Liberté de conscience ,
Liberté d'examen ,
Liberté de la presse,
SuflFrage universel ,
Vote de l'impôt,
Egalité devant la loi,
Participation à tous les emplois.
Droit de réunion ,
Droit à l'instruction.
Droit au travail,
Droit à la propriété ,
Droit à l'assistance.
La garantie de tous ces droite est, Comme leur concilialion, un immense problème, qui fera mourir à la peine plus d'un législateur. Et quand on songe que chacun de ces droits implique, comme sanction pénale, le droit d'insurrection, on est tenté de désespérer du salut de notre pauvre humamanité.
Mais, je vous !e déclare : contre la philosophie, contre la liberté et l'égalité, contre les constitutions et les insùrrec-
tions^ vous n'avez de refuge que dans l'absolutisme de L'Eglise et de l'Etat : si vous, rédacteur de l' Uniony vous aviez thré cette conséquence et posé cette alternative, votre argument aurait valu contre la société, mais non pas contre moi. Moi I je ne suis qu'un raisonneur qui pèse chaque jour, au trébuchet de la dialectique, les idées et les événements. Je vous lé dis en vérité : Vous venez ici , et vous allez là ; vous ne pouvez iû vous arrêter, ni rétrograder, et votre droit, votre morale, changent et se modifient à chaque pas ^U6 vous faites dans votre inévitable route. Il est étrange que vou» me rendiiez responsable des décrets de cette Providence que vous eonfesseïs et qiie j'adore.
mm0
Le 15 JaUleU
8 Juillet.
Le terme ! voici le terme ! Comment allons-nous payer le terme?...
Depuis cinq mois nous ne faisons rien ? nous n'avons rien reçu , rien livré , rien vendu ! L'industrie est à bas ! le commerce à bas ! le crédit à bas ! le travail à bas!...
Plus d'ouvrage , plus d'argent , plus de ressources ! Le terme est échu; les tailles sont pleines ; les couverts d'argent , les bijoux des femmes , la montre du mari , le plus beau du linge, tout est au Mont-de-Piété ! Comment pourrionsnous encore payer le terme? Comment ferons-nous pour vivre?...
Que les auteurs des ordres impitoyables; que les grands politiques qui ont repris la tradition exécrée de Saint-Merri et de Transnonain ; que ceux qui ont dit qu'il valait mieux, pour la dignité de l'Assemblée nationale, au lieu d'une conciliation pacifique , le massacre de dix mille citoyens; que ces républicains hormétes, comme ils se nomment, qui sont venus à la République en parjures , qui la servent en parjures, qui en sortiront parjures; que ceux-là répondent aujourd'hui à la plainte de la bourgeoisie désespérée , s'ils peuvent !
Allez donc , maintenant , gardes nationaux égarés, allez demander à vos prétendus conservateurs, du travail , du crédit, du pain! Ce qu'ils ont à vous offrir, pour vous, pour vos femmes et vos enfants, c'est du sang et des cadavres !...
Et que leur importe ? Ne seront-ils pas ministres dans quinze jours?...
Il ne s'agit plus de sauver le prolétaire : le prolétaire
n'existe plus, on l'a jeté à la voirie. Il faut sauver la bourgeoisie : la petite bourgeoisie de la faim, la moyenne bourgeoisie de la ruine , la haute bourgeoisie de son infernal égoïsme. La question est aujourd'hui , pour la bourgeoisie , ce qu'elle était le 23 juin pour le prolétariat.
Nous ne faillirons pas à nos principes. La force des choses, la plus grande des divinités antiques, l'inflexible Némésis, a fait de ces principes un ordre absolu pour le salut du peuple.
Lorsque l'État , surpris par une révolution dont il eut le tort de ne pas reconnaître tout de suite le véritable caractère, se trouva dans l'impossibilité de payer la dette flottante, de rembourser les bons du trésor et les livrets de la caisse d'épargne, que fit-il? 11 eut recours à la consolidation; il convertit en renies les bons qu'il ne pouvait plus payer, les dépôts qu'il ne pouvait rendre. L'Assemblée nationale discute aujourd'hui même les deux décrets relatifs à cette opération. C'est-à-dire que l'État, débiteur insolvable , demande remise d'une partie de la dette et crédit pour le surplus. Personne ne le trouva mauvais ; la nécessité en faisait une loi.
Lorsque la banque de France se trouva dans l'incapacité de satisfaire à toutes les demandes de remboursement de ses billets et se vit un moment sur le gouffre béant de la banqueroute, que fit-elle encore? Elle obtint un décret qui donnait à son papier cours forcé , c'est-à-dire qu'au lieu de donner crédit aux citoyens , elle le leur demanda. Personne ne s'est plaint du décret qui sauva la banque : le salut public , la nécessité en faisait une loi.
Ce n'est plus l'État seulement, ce n'est plus la banque de France qui est dans l'impossibilité de remplir ses engagements : c'est la masse entière des locataires, dans toute la France.
Serait-il donc injuste que les locataires obtinssent des propriétaires : 'l<* un ajournement du terme ; 2° une remise sur le montant des loyers ?
J'ose le dire : non-^seulement cela ne sèràh point injuste, cela est de nécessité publique.
La cessation du commerce et de Tinduslrie prove&ant d'un événement de force majeure^ nous a {dacés tous , locataires et propriétaires y dans des condition» exceptionnelles , prévues d'ailleurs et expliquées dans tous les traités de jurisprudence.
Nous n'avons rien produit , nous iie devons rien.
Pour 400^000 locataires domiciliés dans le département de la Seine, on ne compte pas 20,000 propriétaires^ 1 sur Hf.
Quand TÉtat réduit sa dette et suspend sei? paiements ; quand la banque arrête ses remboursements ; quand le ma^ chand, le fabricant, Tentrepreneur n'écodlent plus leurs produits, ne trouvent phis l'emploi de leurs services, les propriétaires de maisons seraient-ils bien venus à exiger, comme en temps ordinaire, l'acquittement de leurs loyers? Est-ce que la Révolution et les conséquences de la Révolution ne doivent pas peser également sur tous? Et si, à la stagnation générale des afiaires, s'ajoute la dépréciation universelle des valeurs, n'est-il pas évident que les locataires ont droit, non-seulement à une prorogation de terme, mais à une réduction sur le prix du loyer?...
Est-ce là du communisme ou de la simple équité?
Et si le propriétaire osait se plaindre qu'on lui fait banqueroute , ne serions-nous pas en droit de lui répondre que ce n'est pas nous, locataires, qui faisons banqueroute, que c'est la force des choses?... Or, ce qui est vrai du locataire, l'est, et au même titre, du fermier. Le fermier ne vend plirs ses denrées ou les vend à vil prix. Le blé est à iO francs l'hectolitre, le vin à 3 centimes le litre. Les frais de production du blé et du vin ne sont pas couverts par lès prix de vente; Comment le fermier pourrait-il donc payer le propriétaire et acquitter l'impôt? Est-cô sa faute si la Révolution est venue interrompre toutes les transactions?...
Que si , enfin, les propriétaires d'immeubles ne peuvent,
en boi^ae jastii» > ^ refiiser d'abord à une prorogation de paiement, puis à une réduction des baux 6n faveur des locataires et fermiers ; si l'État, en consolidant la dette flottante, en donnant cours forcé aux billets de )a Banque de France , en frappant une contribution sur les créances hypothécaires, et ileyapt le iarif de» d^ils de mutations pour les gros héritages « a dûsmé U premier le signal de cette réduction universelle, ou, pour mieux dire, de cette réciprocité de crédit, pourquoi les rentiers dé TÉtat, si exactement payés jusqu'ici, resteraient-ils seuh privilégiés? Serait-ce donc leur faire tort que de leur dèn^ander à leur tour, au nom des contribuables locataires, fermiers et propriétaires, le crédit d'une fraction deleiorsreKtest..*
Main «i toua les citoyens se font mutuellement crédit de qoelq^é ehbse ; ie propriétaire de maison , d'une partie de ses loyers ; le propriétaire fermier, d'une partie du fermage; le crékncier hypothécaire^ d'une partie de ses intérêts; le rentier de Vl^tat, d'une fraction de sa rente ; n'est-il pas évident que cette mutualité équivaut à une espèce d'organisa- (ioa du crédit, et que si l'on entrait franchement dans cette rouie, on aboutirait à la reprise immédiate du travail et des ailairest...
Que la garde ïiatîonale qui s'est dévouée pour Tordre dans ces ]our$ néfastes y réfléchisse : c'est son salut que nous lui {HTOpoMBS « dftns ces quelques lignes.
Nous engageons donc tous les locataires et fermiers à B*entendre et à présenter à l'Assemblée nationale une pétition fortement motivée, une pétition qui soit, non pas une supplique, mais un ordre.
Cette pétition, rédigée en forme de décret, de manière à ee que l'Asseoiblée nationale n'e&t rien à fiiire qu'à y joindre sa sanction , dirait en substance :
Tu Targenee et le péril imminent;
Considérant que le saln^ du peaple est la loi siiprème ;
Considérant qne la rente de la terre est an privilège gratatt, qa*il appartient à la société de révoquer;
Considérant qa'il est du droit de i'Ëtat de régler le taux des usures et le revenu des capitaux ;
Considérant que les intérêts de l'État» des fermiers, locataires, emprunteurs sur gage ou hypothèque, sont identiques et solidaires ; Considérant que le seul moyen d'échapper au péril de la situation, de ranimer le travail, de sauver la famille et la propriété, est dans une vaste opération de crédit réciproque ; L'Assemblée nationale décrète :
Art. 4er ^ A dater du f 5 juillet 4848 jusqu'au 45 juillet 4854, il sera fait remise , par tous propriétaires de maisons , sur le prix de leurs loyers, du tiers des sommes dues, savoir : un sixième pour le locataire, et nn sixième pour l'État.
Art. S.— A dater de la même époque, et pendant le même laps de temps, il sera fait remise par tous les propriétaires fonciers du tiers de leurs fermages, savoir : un sixième pour le fermier, et un sixième pour l'État.
Art. 3.— A dater du 45 juillet 4848 , jusqu'au 45 juillet 4854 , U sera fait remise par tous créanciers hypothécaires du tiers des intérêts qui leur sont dus, savoir : un sixième pour le débiteur, et un sixième pour l'État.
Art. 4. ^Les fermiers, locataires et débiteurs qui désireront jouir de la réduction que leur accorde le décret sur. le prix des loyers et fi&rmages, devront faire connaître leurs baux aux percepteurs de leurs cantons et receveurs, qui seront chargés, d'établir l'état des remises. La déduction du tiers sera opérée par les fermiers , locataires et débiteurs, sur chaque terme échu de leurs obligations et contrats, et le sixième revenant à l'Etat sera versé par eux aux bureaux des contributions.
Art. 5.— Indépendamment de la retenue sus-mentionnée , le paiement des termes échus ou à écheoir du 45 juillet au 45 octobre 4848 est ajourné de trois mois , et sera réparti par quart sur les termes suivants, à partir du 45 janvier 4849.
Art. 6.— Les baux à ferme et U loyer, ainsi que les obligations hypothécaires sujettes k la retenue ci-devant stipulée, sont prorogés jusqu'au 45 juillet 4854 .
Art. 7. — U sera retenu aux rentiers de l'État , sur chaque trimestre à échoir du 45 juillet 4848 au 45 juillet 4854 , un tiers de leur rente.
Art. S.— L'impAt foncier de 45 centimes et celui sar les créances hypothécaires sont abolis.
Les droits sur les boissons seront réduits des trois quarts, et ramenés à une forme unique.
Art. 9.— L'État, au moyen des sommes qui lui seront versées pendant les trois années à courir du 45 juillet 4848 au 45 juillet 4854, par suite des retenues à opérer sur les fermages, loyers, créances hypothécaires et fonds publics, sommes qui s'élèveront à plusieurs milliards, sera chargé de réorganiser sur des bases nouvelles le crédit public, l'assurance, la circulation, les transports et les mines.
Gardes nationaux, rien n'est plus facile pour vous que de sauver votre fortune , de relever vos affaires, d'assurer le bien-être de vos familles, Témancipation du travailleur : il ne s'a^t que d'établir momentanément un impôt sur le revenu, en y intéressant le fermier, le locataire, le débiteur. Gardes nationaux, portez, pour voir,ces vœuxàrAssemblée nationale, et vous verrez bientôt quels sont vos amis et vos enneliàîs.
- no -
Lél §mr le« Cliili» et lâ Preme*
9 Adfii.
Est-ce ta faire droit? Eêt'Ce ta comme M juge f s^écrîàît Chicaneau en fureur.
Nous pouvons bien dire maintenant : Est-ce là comme on légifère?
Il y a quelques jours^ TAssemblée nationale avait à faire une loi sur les clubs.
La réaction exigeait que les clubs fussent supprimés : le gouvernement, d'ailleurs aux ordres de la réaction^ le souhaitait aussi. Mais la révolution étaitlà, qui demandait^ elle, le maintien des clubs.
Gomment faire donc pour annihiler les clubs, tout en ayant Tair de les maintenir?
La commission Dupin, Coquerel et Compagnie s'est chargée de résoudre le problème.
La commission a proposé, FÂssemblée nationale a adopté le décret dont la teneur se résume ainsi :
L'article 2 enlève aux clubs la liberté; la qualité, le lieu.
L'article 3 leur Ole la vie privée.
L'article 4 les place sous la surveillance de la haute police.
L'article 8 leur ôte la sécurité, en leur imposant pour garantie d'ordre la sui-dénonciation, le suicide.
L'article 6 leur interdit la parole.
L'article 7 leur défend l'action.
Une société est un être moral, ou elle n^est pas. Comme être moral, elle ne subsiste, elle ne vit que par les conditions qui font la vie de l'homme même : la liberté, la qualité,
- iiî —
llndmdualité, le lieu, le temps, la sécurité, la Jiéûsêe, la parole et Taction.
Qu'est-ce donc qu'une société qui ne peut se (îotistiluet que éous le bon plaisir de Tautorité ; à qui il eàt défendu de prendre un nom et dé âè qualifier ; qui n*â pas lé droit de paraître dans les lieux publics, et qui néanmoins est obligée d'admettre à ses séances le public ; une société qui n*a pas de vie privée ; qui ne délibère que sous l'œil de la police ; qui ne peut discuter rien de ce qui fait ombrage au pottTdîr ; qui, après avoit délibéré, ne peut prendre de coûclusiofis ; une société qui ne penèè, ne parle, n'agit pasï
Une pareille Société est moitis qu'un rassemblement sur leê places publiques; c^est une pàntooiinle sans idée, jouée par des âveugles-nluets. Voilà les clubs, tels que l'Assemnatiottale les a Mts, entraînée par l'éloquence des Sénard, dès Coquerel.
' Lé mensonge, la toauvaise foi, la bouffonnerie dans la loi l c'est ce qu'il était réservé à la démocratie de nous appi*endre...
Aujourd'hui, il s'agissait de la liberté de la presse, la liberté de la presse, toujôufà la première remise en question, à la suite deè jongleries révolutionnaires.
Croyez-vous que le gouvernement de février soit sî ingrat que d'en vouloir à la libet*lé de la presse ! Oh ! non : ce qu'il demande, ce sont des garai^ties contre la licence de la presse.
Des garanties, dites- vous? quoi f est-ce que le Code pénal est aboli? les lois de 1819 et 1830 ne sont-élIes pas là? Qu'est-il besoin d'autte chose que d'en changer le style, et d'en accommoder les articles aux exigences républicaines?
Les garanties que demande le gouvernement contre la presse, c'est d'abord un cautionnement.
— Voyez, dit M. Sénard, nous ne demandons que la caution de l'amende que le journaliste peut encourir, 24,000 f.l •—Mais le cautioiineitient, c'est comme la douane, une pro-»
— ila —
hibiUon, ce n'est pas une garantie ; — mais 24,000 francs sont plus difficiles à trouver aujourd'hui que 100,000 francs le % février; — mais la plus forte des amendes ne doit pas, selon vous-même, dépasser 6,000 francs ; — mais vous avez pour garantie de l'amende la contrainte par corps ; — mais vous ne pouvez poser en principe dans une loi que la loi sera violée !
n y a autre chose, M. le ministre, dans ces 24,000 francs, qu'une garantie ! dites la vérité.
— Nous demandons, dit alors le ministre, une garantie contre la presse anarchique, contre la presse socialiste, contre cette mauvaise presse qui réclame le droit au travail ; contre la presse à 5 centimes, qui s'adresse spécialement à des hommes qui n'ont pas assez d'argent pour s'abonner l Quant à la presse sérieuse, à la presse grave, qui se constitue au capital de 4 ou 500,000 francs; à cette presse qui s'honore autant par sa moralité que par son patriotisme, nous ne songeons pas à l'inquiéter.
Voyez le Constitutiotmely le Siècle, les Débats, la Gazette de France, tous les journaux dynastiques, légitimistes, anti-socialistes, les entendez-vous se plaindre du gouvernement? Est-ce que les procureurs-généraux les tracassent? Est-ce que nous nous méfions de leurs tendances? Est-ce qu'ils conspirent? Est-ce qu'ils trompent, par de fausses espérances, le prolétariat ?
Un journal qui ne pourrait trouver crédit de 24,000 francs, nous le regardons comme un journal anarchique, impie, ennemi de la famille et de la propriété.
24,000 francs ! — Voilà, pour nous, le critérium du génie, de la vertu et du patriotisme !
24,000 francs ! — Nous déclarons ennemi de la société et de la République tout journal qui, avant d'exister, ne déposera pas à notre caisse des consignations 24,000 francs !
24,000 francs ! — C'est, sous la République, le cens électoral de la presse. De 100,000 francs qu'il était sous la mor,
narchie^ nous l'avons abaissé à 24,000 francs^ et vous vous plaignez !..
A nous donc les ouvriers, les travailleurs, les prolétaires ! A nous les pauvres ! A nous le denier de la veuve ! A nous les fondateurs en haillons de la République ! A nous les héros, maintenant désarmés, des barricades ! A nous les calomniés de février, de mars, d*avril, de mai, de juin!..
Il s'agit de prouver que vous êtes d'honnêtes gens , en vous cotisant pour former au journal du Peuple une caution de 24,000 francs.
Vous vous croyiez de braves citoyens, des cœurs généreux, de vrais patriotes! — Mais, sachez-le bien, vous tous qui ne demandez à la République que la liberté^ à la propriété que du travail : vous ne serez un parti sérieux, honnête, digne de considération, estimé du gouvernement, que lorsque vous aurez formé entre vous tous 24,000 francs.
C'est un ministre du 24 février, c'est le citoyen Sénard, qui vous le déclare au nom de la République.
Les llI|iMlia«le|if •
10 ÂoftU
Le docteur Malthus, un économiste, «m Anglais, a écrit ces propres paroles :
a Un homme qui naît dans un monde déjà occupé , si sa a famille n'a pas le moyen de le nourrir, ou si la société n'a a pas besoin de son travail , «et hiHnme « dis^je, n'a pas le a moindre droit à réclamer une portion quelconque de a nourriture : il est réellement de trop sur la terre. An « grand banquet de la nature, il n'y a point de couvert mis « pour lui. La nature lui commande de s'en aller» et ne a tardera pas à mettre elle-même cet ordre à exécution. »
En conséquence de ce grand principe , Malthns recom-r mande, sous les menaces les plus terribles , à tout homme qui n'a pour vivre ni travail ni revenu , de s'en aller ^ surtout de ne pas faire d'enfants. La famille , c'est-à-dire l'amour, comme le pain, sont, de par Mathus, interdits à cet homme-là.
Le docteur Mathus était, en son vivant, ministre du saint Évangile , de mœurs douces, philanthrope , bon mari , bon père, bon bourgeois, croyant à Dieu autant qu'homme de France. Il mourut, le Ciel lui fasse paix ! en 1834. On peut dire qu'il a le premier, sans s'en douter, réduit à l'absurde toute l'économie politique, et posé la grande question révolutionnaire, la question entre le travail et le capital.
Chez nous, où la foi à la Providence est restée vive, malgré l'indilTérence du siècle , le peuple dit , par manière de proverbe , et c'est en cela que nous nous distinguons de l'Anglais : Il faut que tout le monde vivel — Et notre peuple , en disant cela , croit être aussi bon chrétien , aussi
— lis —
censervateur des bonnes mœurs et de la famille , que feu Malthus.
Or 9 ce que le peuple dit en France , les économistes le nient, les gens de lois et les gens de lettres le nient; TÉglise, qui se prétend chrétienne y et de plus gallicane , le nie ; la presse le nie, la haute bourgeoisie le nie, le gonvemement, qui s'efforce de h représenter, le nie.
La presse, le goiivernement , l'Église , la littérature , les économistes, la grande propriété, ^ut, ^n France, s'est fait anglais, tout est malthusien. C'est au nom de Dieu et de sa sainte providence , au nom de la morale , au nom des intér rets sacrés de la £amille, qu'on soutient qu'il n'y a point dfi place, dans le pays, pour tous les enfants du pays, et qu'on insinne à nos femmes d'être moins fécondes. En Frimce , malgré le t(bu du peuple, malgré la jcroyance nationale, le boire et le manger sont réputés privilège , le travail privilége, la faynille privilège, la patrie privilège.
M. Ântony Thouret dirait l'autre jour que la propriété sans laquelle il n'est ni patrie» ni famille, ni travail, ni pior ralité, serait irréprochable le jour oi} elle cesserait d'être un privilège. C'était dire assez clairement que pour abolir tous les privilèges, qui mettent, pour ainsi dire hors la loi ; hors l'humanité, une partie du peuple, il fallait, avant tout, sopr primer le privilège fbndamental.et changer la constitution de la propriété.
M« A. Thouret s'exprimait en cela comme nous-mêmes, comme le Peuple. L'État , la presse , l'économie politique jie retendent pas ainsi : ils s'accordent a vouloir que la propriété , sans laquelle , au dire de M. Thouret, point de travail, point de famille, point de République, demeure ce qu'elle a toujours été, un privilège.
Tout ce qui se fait, qui se dit, qui s'imprime aujourd'hui et depuis vingt ans , se fait , se dit et s'imprime en consaquence de la théorie de Malthus.
. La théorie de Malthus, c'est la théorie de l'assassinat po-
litique , de l'assassinat par philanthropie , par amour de Dieu. — Il y a trop de monde au monde : "voilà le premier article de foi de tous ceux qui, en^ ce moment, au nom du Peuple, régnent et gou-vernent. C'est pour cela qu'ils tra- Taillent de leur mieux à diminuer le monde. Ceux qui s'acquittent le mieux de ce devoir, qui pratiquent avec piété, courage et fraternité les maximes de Malthus, sont les bons citoyens, les hommes religieux; — ceux qui protestent, sont des anarchistes^ des socialistes, des athées.
Le crime inexpiable de la révolution de février est d'avoir été le produit de cette protestation. Aussi, on lui apprendra à vivre à cette révolution qui promettait de faire vivre tout le monde. — La tache originelle, indélébile de la République, c'est d^avoir été proclamée par le peuple, anti-malthusien. C'est pour cela que la République est si particulièrement odieuse à ceux qui furent et qui veulent redevenir les complaisants et les complices des rois, grands mangeurs d'hommes, disait Caton. On la monarchisera votre République, on lui fera dévorer ses enfants.
Là est tout le secret des souffirauces^ des agitations et des contradictions de notre pays.
t' Les économistes ont les premiers parmi nous, par un inconcevable blasphème, érigé en dogme de la Providence la théorie de Malthus. Je ne lés accuse pas plus que je ne les calomnie. Les économistes sont en cela de la meilleure foi, comme de la meilleure intention du monde. Ils ne demanderaient pas mieux que de faire le bonheur du genre humain ; mais ils ne conçoivent pas comment, sans une organisation quelconque de l'homicide, l'équilibre entre la population et les subsistances pourrait exister.
Demandez à T Académie des sciences morales. Un de ses membres les plus honorables, que je ne nommerai pas, bien qu'il s'honore de ses opinions, comme doit faire tout honnête homme, étant préfet de je ne sais quel département, s'avisa un jour, dans une proclamation, de recom-
mander à ses administrés de ne plus faire autant d'enfants à leurs femmes. Grand scandale parmi les curés et les commères, qui traitèrent cette morale académique de morale décochons! Le savant dont je parle n'en était pas moins, comme tous ses confrères, un défenseur zélé de la famille et de la morale : mais, observait-il avec Malthus, au banquet de la nature, il n'y a pas de place pour tout le monde.
M. Thiers, membre aussi de l'Académie des sciences morales, disait dernièrement au comité des finances, que s'il était ministre, il se bornerait à traverser courageusement ^ stoïquement, la crise, se renfermant dans les dépenses de son budget, faisant respecter l'ordre, et se gardant avec soin de foule innovation financière, de toute idée socialiste, telle que notamment le droit au travail, comme de tout expédient révolutionnaire. Et tout le comité d'applaudir.
En rapportant cette déclaration du célèbre historien et homme d'État, je n'ai nulle envie, on le sent bien, d'incriminer ses intentions. Dans la disposition actuelle des esprits je ne réussirais qu'à servir l'ambition de M. Thiers , s'il lui en restait. Ce que je veux faire remarquer, c'est que M. Thiers, en s'exprimant de la sorte, témoignait, peutêtre sans y penser, de sa foi à Malthus.
Entendez bien ceci, je vous prie. — Ce sont deux millions, quatre millions d'hommes qui périront de misère et de faim, si l'on ne trouve moyen de les faire travailler. C'est un grand malheur, assurément, et nous en gémissons tous les premiers, vous disent les malthusiens : mais qu'y faire ? Il vaut mieux que quatre millions d'hommes périssent que de compromettre le privilège ; ce n'est pas I4 faute du capital, si le travail chôme ; au banquet du crédit, il n'y a pas de place pour tout le monde.
Ils sont courageux, ils sont stoïques, les hommes d'État de l'école de Malthus, quand il s'agit de sacrifier les travailleurs par millions. — Tu as assassiné le pauvre, disait le prophète Elie au roi d'Israël, et puis tu t'es emparé de son
héritdgQ. O^ddiêU ié pouedistù II laAt S|^fopr4'boi re^Tafser la phrase, et dire à ceux qui possèdent el qui gouTer^ neni : Vous avez le privilège du travail| le privilège du crédit, le privilège de la propriété, comme dit M. Thouret; et c'est parce que vous oe voulez pa£ vous ea dessaisir, que vous répaudez comme l'eau la vie du pauvre : Pos$cdiêti et occidisH !
Et le peuple, sous la pression des baïonnettes, se consume lentement ; se meurt sans siH^ir et sans murmure ; le sacrifice s'accomplit da^s le silence. Coura^ ! travailleurs ; soutenez-vous les uns les autres : la Providence finira par vaincre la fatalité. Courage ! vos pères les 8<d(kits de la République, étaient encore plus mal que vous aux sièges de Gênes et de Mayençe,
M. Léon Faucher, combattant pour le cauticM^aeinent des journaux, pour le maintien des douanes sur la presse, raisonnait aussi comme Maltbus. — Le journal sé.rieinx, disaiiil, le JQurnal qui mérite considération et estime, est ceiui qui s'établit au capital de 4 à §00,ûOO francs, iie ^aurnaliste qui n'a que sa plume est comme l'ouvrier qui n'a que ses bras. S'il ne trouve moyen ide faire acheter ^es services ou créditer son entreprise, c'est ^gne q«e l'opinion le condamne : il n'a pas le moljudre droit à prendre ia parole devant le pays : au banquet de la pubUciié, il n'y 4 pas d^ place pour tout le monde.
Ecoutez Lacordaire, ce flambeau de Téglise» ce vas^ d'élection du catholicisme. Il vous dira que le socialisme ast rantéchrist. ^£t pourquoi le socialisme estril l'a^^éûbrist ? — Parce que le socialisme est l'ennemi de Malthus, at que U catholicisme, par une transformation dernière, s'apt faii malthusien.
L'Évangile nous dit, s'écrie le tonsuré, qu'il y aura toujours des pauvres : Paupera semper habebitts mbùcum :; et qu'çn conséquence la propriété, en tant qu'elle ^est fM>ivilége ^ qu'.eUe fe^ 4es pauvi^, #st sacrée. JLe pauvre est néees-
s^re à l'exercice de la charité éyangélique : au baaquet d'içi-bas, il ne saurai! y avoir place pour tout le monde.
Il feint d'ignorer, Tinfidèle, que pauvreté, dans la langue sainte, signifie toute espèce d'affliction et de peine, e^ non pas chômage et prolétariat. Et comment celui qi^i a)Iait partout dans la Judée, criant : Malheur aux riches! eûtril pu l'entendre autrement? Malheur aux riches I dans la pensée de Jésus-Christ, c'était malheur aux malthusiens.
Si le Christ vivait de nos jours , il dirait aux Lacordaire et consors : a Vous êtes de la race de peux qui , dans tous « les temps, ont versé le sang des justes, depuis Abel jusa qu'à Zacharie. Votre loi n'est pas ma loi ; votre Dieu n'est
xx pas mon Dieu ! )o Et les Lacordaire crucifieraient le
Christ comme séditieux et comme athée.
Le journalisme presque tout entier est infecté des mêmes idées. — Que le National, par exemple, nous dise s'il n'a pas toujonrs crq , s'il ne croit pas encore que le paupérisme , dans la civilisation, est éternel ; que l'asservissement d'unis partie de l'humanité est nécessaire à la gloire de l'autre ; que ceux qui prétendent le contraire sont de dangereux rêveurs qjiii méritent d'être fusillés ; que telle est la raison d'état? Car, si telle n'est pas la pensée secrète du National^ si le National veut sincèrement, résolqment l'émancipation des travailleurs , pourquoi ces anathèmes , pourquoi cette colère contre les socialistes purs, contre ceux qui, depuis dix et vingt ans, demandent cette émancipation?
Qu'ils daignent aussi , afin que le Peuple les connsdsse , faire leur profession de foi économique, ces bohémiens de ktlittératui^, aujourd'hui cbires duioumatisiae, oaloranialeurs à prix fixe, courtisans de tous les privilèges, panégyristes de 4ous les vices, parasites vivant aux dépens d'autres parasites , qui ne -parlent tan^t de Dieu que pour dissimuler leur matérialisme ; de la famille que pour couvrir leurs aAiiUè»ss, et qu'on verrait par dégoût du mariage, care^er des guenons, s'ils ne trouvaient {)kis4e maUbusieniieç.
Faites des filles, nous les aimons , chantent ces infômesy en parodiant le poète. Mais abstenez-Tous de faire des garçons : au banquet de la volupté il n'y a pas de place pour tout le monde.
Le gouvernement était inspiré de Malthus , lorsqu'ayant cent mille ouvriers disponibles auxquels il donnait un salaire gratuit, il se refusait à les employer en travaux utiles; — lorsqu'ensuite, après la guerre civile , il demandait pour eux une loi de transportation. Avec les dépenses des prétendus ateliers nationaux , avec les frais de guerre , de procédure, de prison, de transport, on pouvait donner aux insurgés du travail pour six mois , et changer tout notre régime économique. Mais le travail est un monopole ; mais on ne voulait pas que l'industrie révolutionnaire fît concurrence à l'industrie du privilège : au chantier de la nation, il n'y a pas de place pour tout le monde.
' La grande industrie ne laisse rien à faire à la petite : o'est la loi du capital, c'est Mâlthus.
Le commerce en gros s'empare peu à peu du commerce de détail : c'est Malthus.
La grande propriété envahit, s'agglomère les plus pau* vres parcelles : c'est Malthus.
Bientôt la moitié du peuple dira à l'autre :
La terre et ses produits sont ma propriété ;
L'industrie et ses produits sont ma propriété ;
Le commerce et les transports sont ma propriété ;
L'Etat est ma propriété.
Vous qui ne possédez ni réserve ni propriété ; qui n'êtes point fonctionnaire public , et dont le travail nous est inutile, ALLEZ-VOUS-EN I Vous êtes réellement de trop sur la terre : au soleil de la République, il n'y a pas de place pour tout le monde.
Qui viendra me dire que le droit de travailler et de "vivre n'est pas toute la Révolution?
Qui viendra me dire que le principe de Maithus n'est pas toute la contre-révolution?
Et c'est pour avoir publié de telles choses, c'est pour avoir énergiquement signalé le mal, et cherché de bonne foi le remède, que la parole m'a été ôlée par ordre du gouvernement, du gouvernement qui représente la Révolution !
C'est pour cela que j'ai vu passer sur moi, muet, le déluge des calomnies^ des trahisons, des lâchetés, des hypocrisies, des outrages , des désertions et des défaillances de tous ceux qui haïssaient ou qui aimaient le peuple ! C'est pour cela que J'ai été, pendant un mois entier, livré aux chacals de la presse et aux chats-huanls de la tribune ! Jamais homme, ni dans le passé, ni dans le présent, ne fut l'objet d'autant d'exécration que je le suis devenu , pour ce seul fait que je fais la guerre aux anthropophages.
Calomnier qui ne pouvait répondre, c'était fusiller un prisonnier. Carnassiers de Maithus, je vous reconnais là ! Poursuivez donc ; nous avons plus d'un compte à régler encore. Et si la calomnie ne vous suffit pas , employez le fer et le plomb. Vous pouvez me tuer : nul ne peut éviter son sort, et je suis à votre discrétion. Mais vous ne me vaincrez pas : vous ne persuaderez pas au peuple, moi vivant, moi tenant une plume , que , hormis vous , il y ait quelqu'un de trop sur la terre. J'en fais le serment devant le Peuple et devant la République !
lia Calomnlet
12 Aeftt.
Lecteurs, rassurez-yous. Ce n*esl pas de moi que je parle ; ce n'est pas ma réputation, mon honneur traîné sur la claie que Je veux venger. Que je sois le successeur de Cartouche, de Mandrin, de Lacenaire , comme disent mes biographes ; que le Constitutionnel et ses adeptes m'appellent le théoricien du vol; que le grand Coquerel , de son prénom Alhanase , déclare mes propositions dignes de la cour d'assises et du bagne ; que celui-ci me fasse bâtard et celui-là souteneur d'une prostituée ; que ceux qui jouissent à la fois et de la mère, et de la fille, et de la sœur, et de la nièce, et de la servapte , me dénoncent comme un destructeur de la famille ; que des libertins et des renégats mettent le comble à Fhorreur publique en me signalant comme matérialiste et athée : il s'agit bien de ces misères ! Quand la Révolution est en péril, quand la faim décime le Peuple, je n'ai pas \e loisir d'entretenir le public de mes injures personnelles. Le flot de la calomnie passera : les idées que je défends ne passer ront pas.
La calomnie à la République : voilà l'objet de mes préoccupations et de mes terreurs.
Calomnie d'en haut et calomnie d'en bas ; calomnie de la gauche et calomnie de la droite ; calomnie aux feux croisés, en tirailleurs, par pelotons et par mitraille ! c'est la calomnie qui nous tue , républicains , la calomnie qui nous abîme , dans l'âme et dans le corps.
Les calomniateurs de la République^ ce sont tout à la fois ceux qui la gouvernent sans la comprendre ; ceux qui la dé-
chirent, parce qu'ils 1^ com^emeiA ; ceux qoi la trahissent et qui Texploiteat, parea qu'ils se jouent de tout, de la République, comme de la monarchie ^ de la religion.
 tout seigneur , tout l^nneur : je commence par le NationaL
En m'adresss^nt au National, je saurai distinguer les per*- £onnes de la chose, séparer les écrivains de l'imprimé y les jouriialistes dq la feuille qui est leur organe collectif, comme dit M. Léon Faucher. La coospiralion de calomnie qui s'acharne sur moi ne m'empêchera pas d'être juste , même envers d^s ennemies.
Le National est depuis vingt ans une pépinière de célébrités.
La France littéraire s'honorera toujours des Thiers et d^ Mignet : pour ma part, je dqis à leurs ouvrages plus d'une sorte de reconnaissanee.
La République est ûère d'Armand Carrel , de son talent aulant que de sa bravoure et de son caractère.
Les Magnin, les Taillefer, lesGénin^ies Bastide, quoique avec moins d'éclat, fo^t honsfeur au pays, autant qu'au journal qui les mit en lun^ière. •^ M, Armand Marrast , après avoir été dix ans le prince de la presse quotidienne, promet à la République un homme d'autant de caractère que d'esprit. J'avoue cependant que je Taimerais eoccNre mieux derrière son pupitre de journaliste qu'au fauteuil de la présidence... S'il est un écrivain que j'honore de i'approbation de ma conscience et de naa raison, c'est ce fhiXo^ «ophe , aussi profond que modeste , aussi émineot par le ^tyle que par la ^ciemQ , M, Littré. — La m(H't de Dornès , ^niio , a répandu sur le National un reflet impérissable de patriotisiide^
Comment donc se fait-il qu'avec tant de ressources, avec des esprits si puissants , le National n'ait jamais été, depuis qu'il existe, au point de vue des idées, que le plus ininteiligeui et le plus inîjaleUigiUe des jousraau3L?
Ah! c'est que le National n'est pas l'organe d'une doctrine : c'est une collection de sentiments, un éclectisme d'opinions. Le National est comme l'Académie, une compagnie de beaux esprits et de génies supérieurs, mais qui, par elle-même et précisément parce que ce n'est qu'une compagnie, est incapable de produire une idée.
Voilà pourquoi le National et son parti n'a jamais su le premier mot de la République à laquelle il travaillait avant février, et qu'il ne cesse de démolir depuis février ; — voilà pourquoi l'avènement du National , de ses opinions et de ses hommes, au gouvernement de la République, a paru au peuple un contre-sens, une usurpation : pourquoi, en deux mots, le National, usurpateur de la République, est devenu le calomniateur de la République.
Je ne connais point les rédacteurs actuels du National : Je suppose qu'ils sont en tout dignes de leurs prédécesseurs. Mais j'affirme, sans que je veuille du reste incriminer leurs intentions, que leur feuille, en dissimulant , travestissant comme elle fait tous les jours, la question révolu tionnaire> fait œuvre de calomnie et détruit la République.
La République , préparée , fondée par vingt années de discussions économiques et sociales, auxquelles le National n'a jamais voulu prendre la moindre part , la République est une chose : le National veut qu'elle soit autre.
Le National ne comprend point la République comme idée positive : il n'y voit, n'y a jamais vu qu'une négation^ la Charte constitutionnelle, moins le roi. — Lorsque M. Thiers, se tenant dans la sphère des principes, posait son fameux axiome : Le roi règne et ne gouverne pas, il définissait la république du National. Plus matérialiste que M. Thiers , le National , après avoir supprimé le principe , voulut aussi supprimer le symbole ; mais comme , à part la destruction du symbolisme monarchique, le système du National ne diffère essentiellement en rien de celui de M. Thiers, à peine la royauté expulsée, le National s'est fait partisan de
ce qui ressemble le plus à une royauté, il s'est fait partisan de la présidence, et la République, pour lui, a été constituée» Otez la personne royale , ôtez la préro gative royale , et le National, que Louis-Philippe aimait, parce qu'il l'avait deviné, est tout aussi juste-milieu, aussi doctrinaire, aussi conservateur et rétrograde que M. Guizot.
Depuis 1830, nous n'avons cessé de lui dire : La République, c'est le socialisme. Et le Peuple, dont la voix consacre toutes les vérités, le Peuple à fini par crier, comme nous, en février et depuis février : Vive la République démocratique et sociale !
A cette manifestation décisive, qu'a opposé le Nationale Il s'est fait écrire une lettre de dix lignes par un homme célèbre, chéri du Peuple, défenseur de !a propriété dans un intérêt de doctrine , comme nous en sommes l'adversaire dans un intérêt de doctrine ; lettre dans laquelle cet homme célèbre , M. de I^mennais , déclarait qu'il n'élait pas communiste ! Pour se soustraire au jugement du Peuple, le National tire en 'cause une grande renommée ; quand on lui parle économie sociale, il vous répond métaphysique ; il oppose définition à définition, et il croit en avoir fini avec la critique ! Le Peuple n'a point été dupe du sophisme : il a demandé avec un redoublement d'énergie Torganisation du travail, la République démocratique et sociale.
Combien de fois , chiffres en main , n'avons-nous pas dit au National : Prenez garde, la société est établie sur une erreur de compte. Ce qui engendre le paupérisme, c'est qu'on applique à la nation, à l'être collectif, les principes de l'économie domestique ; c'est qu'on suppose dans la société un bénéfice qui n'existe pas ; c'est que le travailleur, sur qui le capital et le privilège prélèvent ce bénéfice , ne peut pas racheter son produit , et que le travailleur ne rachetant pas son produit , il y a nécessairement stagnation , grève, puis dépréciation, faillite et banqueroute ; c'est, en un mot, que par la rente et l'intérêt des capitaux, sans que personne
soit coupable de maléfice et de mauvaise foi^ le trav^l^ur est volé!..*
Au lieu 4e vérifier le fait , le National , qui se connaît peu, à ce qu'il parait , en con^ptabilité , et dont le spiritualisme rougirait de descendre à ces vilenies de produit nti et de produit brut, le National s'est d'abord renfermé dans ua superbe silence ; et quand enfin il a daigné s'occuper des qqestipns éconopaiques; c'a été pour consacrer purement et ^inpleinQnt la productivité du capital, précisément 1^ cause du paupérisme^ une fiction, un mensonge !
Toute la révolution, selon nous, consiste à supprimer un ç|ot» un seul mot de l'article 8 de la déclaration des droits :
a La propriété consiste dans le droit de jouir et de dis- «t poser de ses biens, de ses revenus, des fruits de son trait vail, de son intelligence et de son industrie, o
Le revmu^ disops-nous, n'est qu'une hypothèse, dont l'analyse économique démontre la fausseté, dont la républicanisation du crédit entraîne fatalement l'abolition. Ou la Révolution est absurde et la République un non-sens, on bien par le droit de proj[^iété vous ne pouvez plus à l'avenir entendre autre chose que 1$ droit de disposer des fruits de sa» travail^ de son intelligence et de son industrie , qui ^st tout ce qu'entend, tout ce que demande le Peuple. C'est par esreur et surprise que le mot revenus s'est glissé dans la déclaration des droits de Robespierre , c'est cette erreur qui a &it, qui fera toujours avorter la République.
LeNational, qui est girondin, thermidorien, malthusieia, partisan du produit ner, qui ne veut pas de la gratuité du crédit , qui sera royaliste, quand on lui aura démontré qu'entre la royauté et le socialisme il n'y a pas de moy^ terme, le National se borne à répondre que nous sommes des anarchistes, des ambitieux ; que nous légitimons le vol, que nous détruisons la &mille et la propriété 1...
La calomnie, toujours la calomnie !..
Nous, républicains, qous qui depuis vingt ans avons ar-
bofé notre drapeau > proclamé nos principes; publié Dotre profession de foi ^ c'est nous que le National j qui q'a ni prévu , ni compris la République , taxe d'exagération , de fausse politique , de menées coupables , de tend^mces antisociales ! C'est nous qui perdons la cause du Peuple y qui compromettons le droit au travail^ par nos définitions et nos manifestes ! C'est nous qui produisons la détresse publique ! C'est nous qui attisons la guerre civile ! Si la République est suspecte à la bourgeoisie, aux capitaux, à la propriété| c'est nous qui avons fait le mal , en dénonçant à iom le principe, l'objet et la signification de la République ! Si les prétendants réussissaient dans leurs complots, c'est noju^ qui les aurions ramenés !.,.
Il faut convenir, pourtant, qu'il s'agit de bien autre chose aujourd'hui que d'un remaniement de la charte.
Le principe de la République , ainsi que vient de le reconnaître l'Assemblée nationale par un vote unanime, est le principe de la souveraineté du peuple et du suffrage uni* vcrsel.
Cela veut dire que, sous la République , il n'y a d'autres droits que ceux qui ont été garantis par le peuple, d'autre gouvernement que celui du peuple, d'autre justice que celle du peuple, d'autre force que le peuple , d'autres fonctionnaires que les élus du peuple.
Et comme le peuple n'est vraiment souverain et législateur qu'autant que tous les citoyens participeol égalemeat à la loi et à l'exercice du pouvoir, il s'enauit que r^aUté| condition essentielle de la souveraineté , est le deuxièui^ principe républicain- Pans le système qui doit surgir de pareils principes , l'inégalité des conditious , le monopole , la vénalité des charges , la distinction des castes sont imposa sibles ; et il est vrai de dire que, ou le privilège, si quelque part on le souffre, tuera la République, pu la République, si elle suit son principe, emportera le privilège, AÎAsi donc, pour employer des termes moins abstraits;;, 1^
travail, comme droit et comme devoir, pour tout le monde ; la propriété,* comme instrument de travail et comme rémunération, pour tout le monde : voilà ce que veut , ce que doit être la République. C'est encore TAssemblée nationale qui , dans le même vote , l'a ainsi décidé. Quelqiies théoriciens , pensant que la propriété impliquait nécessaÎFement privilège, niaient la propriété et demandaient en conséquence que la propriété n'existât pour personne* L'Assemblée nationale a résolu le problème d'une autre manière : elle a pensé qu'il valait mieux que le privilège de propriété fût étendu à tous ; que chaque citoyen devînt, de fait comme de droit , propriétaire ; que tout le monde fût intéressé à la propriété. En conséquence, elle a déclaré le principe de la propriété inviolable , se réservant de le définir lors du vote de la constitution.
Mais, pour que le travail soit en même temps garanti et rendu obligatoire à tous ; pour que chaque citoyen acquière la propriété, et, après l'avoir acquise, ne la puisse plus perdre : il faut remanier de fond en comble notre régime économique ; il faut refaire , non pas seulement notre constitution politique, mais notre constitution sociale.
Sur quels principes et d'après quelles lois devra s'opérer cette réorganisation ?
Voilà ce que le socialisme cherche depuis vingt ans , et ce qui soulève les malédictions du National.
Le travail qui, sous le nom de socialisme, s'est accompli dans les idées dès avant la révolution de 1830, n'a eu d'autre but que de définir le régime républicain, d'en déterminer les conditions, d'en poser les bases. Maintes fois nous avons averti le National, organe prétendu de la république sous le dernier règne. Le National n'a jamais voulu nous entendre ; il s'est obstiné dans son éclectisme constitutionnel; il a repoussé toute discussion.
En vain nous lui disions : La question aujourd'hui n'est plus politique ; elle est économique. La féodalité mercantile,
la pire des aristocraties^ envahit la société et fait rétrograder la civilisation jusque par delà Charlemagne. Dans cette France , ou Tégalilé est indigène, la capital écrase, absorbe la petite industrie, le petit commerce , les petites fortunes, un peuple de citoyens se transforme, à vue d'œil , en un peuple d'esclaves. D'autant plus nous produisons, d'autant plus nous sommes pauvres : et quand après avoir longtemps travaillé, longtemps produit , nous ne possédons plus rien , le capital alors s'arrête, renvoie les ouvriers, et dit : On ne travaille plus. Notre activité, si intelligente, si féconde, nous rend la vie de plus en plus laborieuse, de plus en plus précaire, de plus en plus misérable. Nous perdons tour à tour, parce mécanisme, la propriété, la sécurité, l'égalité, le travail, la famille, l'amour même. Que ferez-vous donc, hommes du National, après que vous aurez chassé Louis- Philippe et supprimé un article de la charte?
A ces interpellations positives, réitérées, le National n'a jamais daigné répondre , ou s'il y a répondu , c'a été pour nous reprocher que nous corrompions l'esprit du peuple en ne lui parlant que d'intérêts matériels !
Et aujourd'hui, surpris par un événement qu'il a provoqué, mais qu'il n'a pas produit , mis en demeure d'organiser la République , sommé par tous les partis de déclarer sa pensée, il bégaie, il murmure, il échange des protocoles avec ses confrères dynastiques, parfois il accuse les réactionnaires , plus souvent , presque toujours, il calomnie les républicains.
Le National y qui n'a pas donné, en vingt ans, un quart d'heure à la question sociale, un quart d'heure à la République, nous déclare , du haut de son incapacité, ennemis de la République ! Il voudrait dissimuler, ruser avec l'opinion : faire à la fois du socialisme et du privilège ; jouer à la bascule avec le travail et le capital , accorder le Christ et Bélial , persuader aux volés qu'ils sont eux-mêmes les voeurs; éterniser l'équivoque et la misère! Comme si laques^
tion rétbltttionnrii^é WéfsAt pas , deptiîâ Vingt ans , posée ; comine « la résolution de FéTrier n'était pas la fin d'un régime de prÎTiiégé , de corruption , de gâchis, et le com- Hîenèement d'utl régime fondé sur la science et l'égalité ; éomme si ridéé-mèrc de cette révolution était chose nou- Telle; comme si , en pareille circonstance, la dissimulation n'était paà trahison !
Dites-nous donc de grâce, gens du îfatimal, ce que vous entendez par ce mot de république? Définissez, s'il tous plaît, le droit att travail, le droit de propriété, la souveraineté du peuple , le suffrage universel , la démocratie, la liberté et l'égalité? Ne perdez point de temps; nous avons déjà trop attendu : Qu'est-ce que la République ? pourquoi avez-vous fait la République?
La République crie au National : marche ! marche ! Et le National répond à la République : arrête ! arrête ! .T-,a République va trop vite pour le National : il ne s'était pas attendu à cette fougue. Il trouve que nous sommes impatients ; il vient dé se mettre à la question, il commence seulement ses études! N'a-t-il pas déjà fait nommer un comité de travailleurs? ordonné une enquête sur les travailleurs? envoyé M. Blanqui, avec plusieurs économistes, en tournée dans les départements, pour faire un rapport sur la situation des travailleurs? Tous les jours ne s'essaie-t-il pas aux réformes? N'est-ce pas lui on ses hoirs qui a donné cours forcé aux billets de banque , converti en rentes les bons du trésor et les livrets des caisses d'épargne ; inventé l'impôt de quarante-cinq centimes ; fait, défait, refait l'impfil sur les boissons ; tâté de l'impôt progressif et de l'impôt somptuaire; proposé, retiré, annoncé de nouveau l'impôt sur le revenu ; ajourné la réduction de l'impôt sur le sel; engagé ou vendu les forêts de l'Etat? N'a-t-il pas, en toute occasion, protesté contre les assignats et le papier-monnaie, préparé la loi sur les assurances? N'est-il pas en train de racheter les chemins de fer? N'a-t-il pas contracté l'emprunt
à est -^ A 68 ! Certes les prêteurs ne s'exposent gûèrt l Vienne une banqueroute : on trouvera bien moyen d*obtenir, de notre fortuné pays, un concordat à 68 !...
Et la République ne veut pas attendre î la République , dalis les angoisses de la grève et de la faîm, ose lever la tête ! Gardes nationaux et soldats , feu ! sur la République démocratique et sociale !
Il nous detnandait, hier, si nous avions quelque chose à ajouter aul aménités dont nous l'avons gratifié, il y a sept ans", dans une brochure intitulée : Avertissement aux propriétmres!
Ceci nous remet en mémoire que le National , à une époque où il ne disposait pas de la forcé publique, se contentait de nous signaler pour nos idées républicaines, au procureur du roi. Nous en retrouverions au besoin les pièces. Le National se faisant éclaireur du parquet pour le salut du privilège , et désignant du doigt , comme la justice divine dans le tableau de Prudhon , les adversaires dû revenu net! Quel souvenir nous rappelez- vous là !
Ah ! républicains du National, nous ne pensions pas être proplièle, lorsque déplorant votre aveuglement fatal, et prévoyant dès lors le désespoir d'tme multitude égarée , nôUâ écrivions, en 1839 :
« L'opulence et la misère, compagnes inséparables, ctoîa iront dans une progression sans fin ; le capital envahira a tout; le paysan ruiné vendra son héritage... La misère et a l'abrutissement des prolétaires seront au comble : on ne « les empêchera pas de s'instruire ; mais ils ne pourront « vivre sans travailler, et quand ils ne travailleront pas, ils « ne mangeront rien... Le mérite des femmes ne sera plus a que le tarif de la beauté ; leur droit le plus sacré , de se « livrer au plus offrant. Les riches les posséderont toutes , « parce qu'eux seuls pourront les payer : les pauvres auront « pour épouses les êtres disgraciés et les rebuts de 1% a Wure...
a Cependant il se rencontrera des âmes fières, des hommes a qui refuseront de découvrir leurs fronts devant le veau a d'or : ceux-là voudront entrer en compte avec les favoris « de la fortune. —Comment êtes- vous si riches et somnaes- « nous si pauvres ? — Nous avons travaillé, répondront les a riches; nous avons épargné, nous avons acquis .. — Nous a travaillons plus que vous ; comment se fait-il que nous « n'acquérions jamais rien? — Nous avons hérité de nos a pères? — Âh ! vous invoquez la possession, la transmisc( sion, la prescription ! Eh bien ! nous appelons la force. « Propriétaires , défendez vous !
« Et il y aura des combats et des massacres , et quand a force sera demeurée à la loi , quand les révoltés seront a détruits, on écrira sur leurs tombes : ASSASSINS, tandis « que leurs victimes seront glorifiées MARTYRS ! » {De la célébrationdu dimanche,)
Et dans ce\ Avertissement aux propriétaires que vous osez citer, ne disions-nous pas , en 1842, aux prolétaires déjà irrités :
a Maintenant que le système de monarchie représentative « tire à sa fin , c'est le tour d'une démocratie bourgeoise, « incohérente, querelleuse , babillarde... —Détruisez le a gouvernement actuel, et au lieu de cette égalité à laquelle a vos cœurs généreux aspirent , vous n'obtiendrez qu'une « répétition de la démocratie conventionnelle ou directo- « riale, interrompue violemment elle-même il y a quarantea quatre ans, au 18 brumaire. Et comme tout gouvernement a veut se maintenir et se croit légitime , vous rencontrerez a de nouvelles résistances, plus impitoyables et plus achar- « nées, de sorte qu'après avoir échappé aux balles dynasti- « ques, vous tomberez sous les balles républicaines. Il faut « que les destins s'accomplissent... »
Puis nous ajoutions , en invitant les ouvriers à la patience et à la paix, et en redisant avec eux la chanson faubourienne ;
« En avant , courage !
« Marchons les premiers :
« Du cœur à l'ouvrage ,
« Braves ouvriers ! »
c< Marchez, en chantant, àla conquête du nouveau monde, a race prédestinée ! Travaillez, instruisez-vous les uns les « autres, braves ouvriers ! Votre refrain est plus beau que a celui de Rouget de l'Isle ! »
Hélas ! nous ne pouvons plus aujourd'hui dire aux travailleurs : Marchez en chantant à la conquête du nouveau inonde, race prédestinée ! Plus de travail, plus de chansons !
Nous leur dirons plutôt :
Allez en deuil, le crêpe au bras, le drapeau noir flottant, les femmes en pleurs, les enfants répétant en chœur la romance de misère : Cinq sous! allez au National, race désespérée ! allez lui demander ce qu'il a fait de la République.
La fenaison a été belle » la moisson est riche , la vigne luxuriante, les campagnes joyeuses. La jolie paysanne ne demande qu'à échanger ses fruits, ses fromages, ses volailles, contre les modes et les passementeries de vos ouvrières. Le laboureur, le vigneron, regorgeant de bien, est prêt à vous payer des dons de la nature les produits de votre industrie et de vos arts. Mais le privilège, retirant ses écus, a jeté l'interdit sur le travail et sur l'échange ; les communications sont coupées entre la ville et la campagne. C'est pourquoi l'abondance ruine le paysan, pendant que la grève tue l'ouvrier. Allez au National , allez lui demander quand il lui plaira de vous donner la République !
Gavaignac ! nous t'aimons tous du fond du cœur, pour ton frère, pour loi ! Nous ne l'accusons pas : tu as été l'intrument de la fatalité ; tu n'es pas plus coupable du meurtre de nos frères que les balles de tes soldats. Sois donc le Washington de la France socialiste et républicaine, et gardetoi de te faire le Monck de ces égoïstes. Méfie-toi : quelque chose nous dit que la trahison t'environne, qu'autour de loi
se trament des complots contre le Peuple et contre les travailleurs. Souyiens-toi bien que les prétendants sont désormais impossibles. Eh I lequel d*entre eux serait de force à nous garantir le travail et la propriété?...
Le travail ! ce n'est point un cadeau de roi : c'est tin présent de la République.
Ee IVattonaL
15 Aoftt.
Mo» 4tiM $9t triste à mourir^ dis^t le Christ au Hvàiu des Oliviers : ôtez-moi çç ealke amer !
C'est le sentimeat que nous éprpuYloi|$ C9 iQfttin , à la lecture cla National. — Ceci, bien entendu, saiis aucune comparaisoi^ de nous avec rHomme-Dieu , pas plus que du Jfational avec Judas*
Le brave journal fait le plaisant. L'idée d'une liquidatian générale de la société le fait rire : la République est si prospère ] son crédit si bien établi !^.. Il rifiâue le socialisme^ le proHdhonisme , sans s'apercevoir que le isim ne s'accole pas pieux à notre nom qu'à nos idées, et que cet essai malheureux de barbarisme est déjà pour aous uixe justification. — Jl ergote, le pauvre N^ioml, comme un clerc de procureur :
<K Si I dit-il , nous travaillons k détruire la République , « elle existe donc ! Mais si elle existe , pourquoi nous défi mander quand il nous plairs^ de la donner? Elle n'existe a donc pas encore? mais â elle n'existe {^s encore, nous a n'avons donc pas travaillé à l'établir! Ëtsinpusa'avonspas a travaillé h rétablir, nous ne la détruisons donc poiiill... »
Vous connaissez sa^s doute, ami lecteur, c« famevpi syllogisme, type du genre : Ilphut; or il ne pleut pas; donc il pleut J Vous ave? tout te secret 4« la dialectique du If^tioual*
Ce qui i^dispos^ notre trc^ spirituel confrère, c'est que, dans je ne sais quel entrefilet, nous aurions parlé, paut-^tre étourdipient, de certaias faits d# nature h compromettre 1&, dignité du ^g^tiomif «t oil^nsants pour aa personne. U nous
somme de faire connaître ces certains faits. Le National mitonnerait-il contre nous un petit procès en diJOTamation et calomnie? Ceci serait un peu plus sérieux que Tincroyable épisyllogisme de tout-à-l'heure. Car, remarquez bien : Si nous n'articulons pas certains faits dont nous FaYODs menacé^ le National nous poursuit en calomnie. Et si nous articulons lesdits faits, le National nous poursuit , à plus forte raison, en calomnie. Comment sortir de là? C'est un si terrible raisonneur que le National!
Les faits! les faits ! — Certes nous sommes à plaindre s'il nous faut donner le bilan des faits ef gestes du National! La citation serait longue, et longue la kyrielle. Pourtant nous essaierons d'en dire quelque chose, au risque du procureur du roi, pardon, du procureur de la République. On commettrait de plus fortes méprises avec le National*
Depuis 1830, le National poursuit de sa réprobation, de sa haine , le socialisme. Cela est-il vrai , oui ou non? Voilà un premier fait. Et pourtant le socialisme , c'est la République. Qu'en dit h National f^
En 1842 , nous reprochions au National de repousser la colonisation de l'Algérie, et, par une conséquence nécessaire, de rêver l'abandon de notre conquête. Nous lui citions, à cette occasion, ses numéros des 1<", 4, 16 et 22 juin 1841. Voilà un deuxième fait. — Le National persiste-t-il aujourd'hui dans son opinion de 1841, ou bien la désavouet-il ? H nous fera plaisir de nous le dire : nous serions heureux de retirer cet article du chapitre de nos griefs.
Le National , en 1841 , était contraire à la liberté de la presse. Il nous dénonçait , à plusieurs reprises , notamment à lk>ccasion du procès Quénisset, pour nos critiques sociales; il applaudissait à la condamnation de Thoré. Et c'est sous l'influence, sous le gouvernement du National j que l'Assemblée constituante vient de voter, en 1848, un code de la presse qui ne cède en rien à celui de septembre. Voilà des faits. Le Nalùmal nous dira-t-il s'il approuve cette législa-
tion d'inquisiteurs, conséquemment s41 rétracte son intolérance de 184!i vis-à-vis des idées socialistes? — Encore une fois, nous ne demandons pas mieux que d'enregistrer les explications du National; nous ne voulons pas le juger sans l'entendre , comme en usent avec les insurgés de juin ses commissions militaires.
Nous reprochions au National ^ en 1842, de faire servir la souveraineté du peuple et le suffrage universel de marchepied à un despotisme militaire. Nous lui citions ses propres paroles sur la mort d'Armand Garrel , qu'il avait , disdt-il^ salué premier consul, — Nous lui rappelions qu'en juin 1841, interrogé par la Gazette de France^ si, au cas où le peuple, réuni en assemblées primaires, élirait un roi, lui, Nationaly accepterait cette élection, il avait répondu. Oui ! — Ce sont des faits. Actuellement le National est le grand promoteur de la présidence, et, Dieu merci, les généraux ne manquent pas au gouvernement. Le National nous dira-t-il où il entend s'arrêter sur cette pente monarchicomilitaire ? Ce que nous lui en disons est pour éviter toute calomnie : le National^ en un mot, est-il encore ou n'est-il plus royaliste?
Un des sujets les plus graves de reproches que la démocratie ait le droit de faire au National est l'embastillement de Paris. M. Bastide, par une générosité de sentiments qui l'honore , a revendiqué pour lui seul la responsabilité de cet acte ; M. Armand Marrast, par une générosité non moins louable , n'a jamais , quoique innocent , songé à décliner cette responsabilité. M. Marrast comprenait que ce qui sort du journal appartient au journal; que la critique doit s'arrêter à la porte des bureaux, et jamais, sous la feuille , ne rechercher de noms propres. Nous ferons comme M. Marrast. Les forts détachés servent , depuis février, de prison aux socialistes et de casernes aux armées de la bourgeoisie : toujours des faits ! — Le National nous dira-t-il quel usage il prévoit devoir faire, pour l'avenir, des fortifications de Paris.
On clemandalt au National quel était soa syj^tèi&ç de politique et de régénération sociale ? Et nous riépo&dîons , en 1842 , que le National, a pensant, avec Hob})es » que ta guerre est l'état naturel du genre hum/m^ n'avait p^ d'autre système que le sabre, d'autre gouvernement qpe les conseils de guerre. Rien de plus simple, ^^ions^^ns. Tous les ouvriers, agriculteurs, <somrnissiaww^, testitateurs, etc., forment soit des arin^s «pécî^es , 3oii des epm* pagnies hors rang* Les travfiux répugnants et pénibles toot exécutés par des pionniers, qu'on multiplie à voloalé en renforçant la discipline. Les filles et fei^i^s spiit enréglr mentées comme vivandières. Chaque matin un Qpdjre du jour assigne les droits et devoirs de Thomme et du citoyen; la discipline militaire est la règle mbrale, U nu code pénal énergique , avec une procédure ezpéditive, couronne l'œuvre!... •
En écrivant cela, nous prophétisions^ q»oi? gmnd ûîenl Ces ateliers nationaux^ à la suite desquels sont arrivées les commissions militaires. Or, les ateliers natiomvï OiS soai pas, cela est aujourd'hui démontré, le fait de Louis Blane ; l'idée des ateliers nationaux n'est pas sortie du Luxen)iM)urg. Louis Blanc, les délégués, les ouvriers en masse n'ont c^sé de protester contre ces prétendus ateliers, organi$és sous le ministère et avec la permission de M. Marie, alors ministre des travaux publics. -*- Qui donc a inv-enté les^teliers nationaux, puisque ce n'est pas Louis 6^^, qui 9 Ceux4à .apparemment qui; plus tard, x)nt créé les commissions miM* taires. Le National voudrait-il nous éclairer sur ce douUe fait?...
, Les économistes français, excités par l'exempte de Cobilen , se mettent à prêcher le libre échange. Q^e] parti a pris k National dans cette grande controverse, qui intéressait à la fois le commerce, l'industrie , le capital du p^ys? N<his lavons vu , et notre édification a été grande ! Le Naii^Md , sans y rien entendre, penchait secrètement pour h sappi^es-
^m i^ bariièr^s ; mais LâiMSk-Philif^ ^t plusieurs mifiistres pftrUgeai^nt h même opinion r dès lors le National a âdt Tolte-faee ; il est devenu infidèle à sa convû^ion ^ et cette convi£iij9n était nue erreur ! Le pnUic tout entier a va le MU '-^ Le National serait'-il préseotemeiat à même de noos dire s'il est ou non partisan du libre échange, et pooriqiioi?
C'est le défaut absolu d'idées sociales et économiques qui a conduit le National, et la République avec lui, dans cet abîme de contradictions , de sang et de honte où nous sonyaiespk&gési
Avant février» le National était voltairien : c'était mi fait. Depuis, aons l'avons vu quotidiennement devenir igaoran* âû : c'est un Butns ML Lequel des deux est le National? vojttairkn ou tgnorantin? Sons, qui ne sommes ni l'ua ni r««i^re, et qni ne calomnions personne, nous serions heureux d'eniendne la réponse du National.
Le commerce arrêté^ le travail suspendu, la République ruinée, le trésor public ne se remplissant que d'emprunts, r^tai livré au^ usuriers, le Neiional, qui résumait autrefois ^a poiilîque révolatiensaire dans cette phrase énergique : Cmemiirtr la révùhUion dans Parié, etj^ter la France gwr le Rhin, le National a été forcé de renier ses liiéofies et ses promesses ; il s'est trouvé , en présence de VEurope attentive, aussi impuissant, aussi couard que Louis-Philippe.
ËQ 1848, comme en 1830, la Pologne aété abandonnée : la Na4io»al, qui avait déchiré les traités 4e 1815, s'est mis i les reccHodre* Nous dira-t4l, 4lu moins, comme l'a fait pendant dix-huil am Louis-nûlippe, si la natkmolité pokinake périra ou xie périra pas ?
L'Italie est abandonnée .: le National offire aux Mfiaaais, conjointement avec l'Angleterre, sa médiation. Quelle honte ! M. Guizot est à Londres ; Metternich est à Londres ; le sang des Italiens crie vengeance contre le roi de Piémont et contre l'empereur ; le iVafîona/ est au pouvoir!,., et les traités de 1815 subsistent toujours !
L'Espagne démocratique n'attend qu'un mot , un signe de nous j pour expulser à jamais de son territoire Isabelle , Christine , Montpensier et l'Anglais. Entre la République ibérienne et la République française, si nous voulons, plus de Pyrénées! Cela ne tient qu'au National. Le National serait-il devenu partisan des mariages espagnols?
NoD, non, jamais, jamais en France, Jamais, l'Anglais ne régnera l
C'était le chant da National disani février. Depuis février, le National est partisan de l'alliance anglaise : le lion parie comme le mouton!... M. Thiers serait-il donc président du conseil?... Hélas! oui : M. Thiers et le iVaU'ono/ ont fait ensemble un mariage morganatique. C'est pour cela que la question sociale est fusillée, la liberté étranglée, le gouvernement livré aux dynastiques, et la République vendue aux Hébreux! C'est pour cela que nous faisons des emprunts à 65!... •
Dame ! ce dit-on au comité des finances, quand on n'a point d'argent et qu'on ne peut pas se passer d'argent , on fait de bonnes conditions aux capitalistes et l'on se procure de l'argent!...
Qu'en pense le National?
Ecoutez bien ceci, gens du National. Nous ne savonsqui fera la liquidation de la société, si ce sera le citoyen Proudhon ou le citoyen Cabet. Mais ce qui est sûr, c'est que vous poussez de toutes vosibrces à la déclaration de faillite. Or, vous nous permettrez de vous le dire : de deux choses l'une, ou le National trahit la République, ou il n'est que la doublure du Représentant du Peuple.
Le» Pi*ocè)» de Préside*
20 Août.
Tu tannesy Jupiter , donc tu as tort*
Ce qui a perdu , Tune après Tautre , toutes les religions , c'est l'imbécillité des dieux, nous voulons dire l'absurdité du dogme et le fanatisme du prêtre.
Ce qui perd tous les états, c'est Taveuglement du pouvoir.
Le Représentant du peuple a été saisi, ce matin, pour la troisième fois depuis trois jours ! Saisi pourquoi? Ecoutez ceci , lecteur !
La première saisie, celle de notre numéro du 16 , aurait eu pour prétexte ou motif, d'après ce que nous a dit le commissaire de police, une attaque à la propriété , résultant de la publication d'une lettre signée J. Etex, statuaire et peintre, membre de l'Institut, dans laquelle il est dit :
a Oui , je le Mpète avec vous , toute propriété qui n'est « pas le fruit du travail de celui qui la possède , et dont on a jouit sans l'avoir gagnée de sa sueur, de ses peines, est un a vol fait à la société. »
Le citoyen Etex ne nie , n'attaque , ne discute point la propriété. Il se borne à la définir. Dans son opinion , il n'y a d'autre propriété que celle qui est le fruit du travail. La propriété ainsi conditionnée , il la déclare inviolable , il la défend : toute autre propriété, dont l'origine ne se ramène point au travail, lui semble un vol !
Le citoyen procureur de la République a vu là-dedans une prédication anarcbique, attentatoire à la propfriété. 11 y a donc pour lui deux propriétés : une propriété qui est le fruit du travail, et que sans douté il permet qu'on préconise, et une autre propriété qui n'est pa^ le fruit du travail , et
dont la discussion, suivant la jurisprudence du parquet , est interdite. Et c'est parce que le citoyen Etex s'est avisé de qualifier cette dernière espèce de propriété, que nous sommes saisis !
Mais TOUS, qui défendez la propriété acquise sans travail, qui ne voulez pas qu'on la qualifie, qu'on la discute, pourriez* vous nous en montrer les titres ? Oseriez-vous nous dire quelle est cette propriété qui m vi^at p%B dju travail , qui vient d'ailleurs que du travail? Etes-VQQS ^km sûr qu'en la défendant vous ne t^bissez pas I4 justicie, vous ne eoniftromettez pas la paix publique ? Nous vous appointofi« k la barre de l'Assemblée nationale, le jour où sefa diseutée la déclaration des droits et la dé^ition de la propriété.
Nous saurons si vous n'avez pas fait abus de pouvoir, si vous n'avez pas violé la loi et outragé la moiate publique, en saisissant un journal qui , discutant la ioi avant qu'elle fût faite, a cru pouvoir dire ce qu'il entendait par vol , ce qu'il entendait par propriété ! Certes , nous savions que la révolution de février avait été faite par les travailleurs : mais vous nous prouvez aujourd'hui que dans l'opinioa de certaines gens, elle n'existe pas pour lec^ra railleurs. Il y a des propriétés qui ne viennent pas du travail : Sic vos non vohis.
La seconde saisie exécutée contre nous a eu pour cause l'insertion d'une lettre écrite de la Conciergerie. On nous reproche d'avoir, par cette insertion* excité à la haine d'une des classes de la société* Nous avons relu cette lettre , et nous avons trouvé que si elle excitait à quelque chose, c'était à la pitié pour les malheureux incarcérés k la suite de l'insurrection de juin. Nous avons pleuré sur leurs souffrances, sur leur dénuement et leur désespoir, nous avons peint leur sublime résignatioi}, leur courage héroïque: voilà noire délit.
Mais admirez la profonde sagacité du parquet.
Il y a^ dit-il, deux classes de citoyens comme il y a deux
espèces de propriéféis : la classe de ceux qui possèdent sans fravttillér et la classe de ceux qui, en travaillant, ne possèdent pas^
La Révolution de février a élé faite pour étendre le bénéfice de la propriété^ par le travail, à tout le monde. L'insurrection de juin à été le produit de la même idée. Mais les socialistes , partisans de Funiversalisation de la pi^opHété, ùûi été vaiioctis ! et cetix de leurs partisans qu'on n'a |ias fusillés ont été condamnés à la transportation«
Lors donc que le Eeprésewtani du Peuple , organe connu de lu RépuMiquè démocratique et sociale, excite la pitié en fteveot des transpoHés, il excite indirectement la haine coittre les Tainqueurs, contre tous ceux qui ont le privilège àê posséder quelque ehosei. Lorsque le Repritentant du FêvipU révèle les atrodiés et les infamies de quelques miséral>les mêlée \têxnA les rangs de la garde nationale , c'est coftiiiie s'il acdosait tous les gardes nationaux, tous les bourgeois, de eM atrocités. Doklc il y a excitation.
Procureur sans entrailles I et quels sont ceux que le jRepfUmimt dû Peuplé etcitè à la pitié , à la compassion , si ce n'est vous et vos pareils? Donc, pour conclure votre raisonnement, c'est votre propre haine que nous cherchons à exciter contre vous! Sentez-Vous l'absurdité, maintenant!
Odi, it y a en ce moment des prolétaires qui souffrent et qui pieufent, et des aristocrates qui jouissent et qui triomphent ; oai^ nous plaignons les premiers, et nous implorons pour eux la pitié des autres : vous , vous ne savez pas que les pousser toud, cetli-Ià au désespoir, et ceux-ci à l'endurcissement.
Quelle république, que celle oh il est défendu de pleurer !
Le troisième délit dont on nous accuse, et qui a motivé la saisie de ce matin, est aussi fondé.
Dans un article intitulé : Enquête sur les évinements de Juin. — et pourquoi ne ferions-nous pas , nous aussi , une enquête T ^ nous aurions de nouveau iBxçixi à la haine
entre plusieurs classes de citoyens, plus à la haine et au mépris du gouvernement. Comme c'est commode, entre les mains d'un procureur expert, que l'excitation! Mais voici qui est instrudtif»
D'après les termes précis de l'article incriminé, les classes de citoyens que nous aurions excitées à la haine les unes des autres, sont les légitimistes, les bonapartistes, les orléanistes y les chefs de la féodalité financière , dont notre enquête signale l'action partout présente, sous le drapeau socialiste, dans les événements de juin. Les carlistes, les bonapartistes, les orléanistes, classes de citoyens! classes ayant une existence reconnue , une existence légale ! classes honnêtes, qu'il est défendu de troubler dans l'accomplissement de leurs complots ; classes parlementaires , qui s'entendent au mieux avec les procureurs de la République, et qui ont la main haute dans le gouvernement !..•
Les légitimistes, les bonapartistes , les orléanistes, les capitalistes, les égoïstes : tout ce qui conspire la ruine de la République,, voilà ceux que le procureur de la République protège de ses réquisitoires ; voilà ceux qu'on défend d'attaquer, à peine d'excitation à la haine du gouvernement!...
C'est juste ; vous avez raison, citoyen procureur. Nous ne sommes pas en République ; tout ceci n'est qu'un intérim. La France veut un roi : ce sera Henri V, Ronaparteou Joinville, peu importe , pourvu que le nouvel élu jure , sur les saints Evangiles, d'exterminer les socialistes, les derniers des chrétiens. Et voilà pourquoi , jusqu'à conclusion du marché, les bonapartistes, les légitimistes, les orléanistes ayant un droit égal, sont trois classes de citoyens également respectables, au mépris et à la haine desquelles toute excitation doit être, de par la loi de la République, réprimée sévèrement.
Pardon, encore une fois, monsieur le futur procureur du roi : vous pouvez désormais discontinuer vos poursuites. A
bon entendeur^ demi-mot. Nous ne combattrons plus vos orléanistes, vos bonapartistes, vos henriqulnquistes, nous les discuterons !
Mais dépêchez- vous. — Au train dont vont les choses , nous craignons fort que votre nouvelle monarchie ne passe plus vite encore que la dictature de Cavaignac. Le 24 février nous avait reportés, d'un saut, au 10 août 1792. Nous avons eu, depuis, coup sur coup, notre 31 mai, notre 9 thermidor, notre 2 prairial, notre 18 brumaire.
Une affiche sur les crieurs publics, signée Ducoux, et que nous venons de lire , nous ramène à 1834. Il nous reste à parcourir, pour être rendus au 24 février, quatorze ans : en aurons-nous pour quatorze jours?
Propoiittloii relative à un Emprunt natlMiiil
ET A LA RÉUNIQÏf DE LA BANQUE QE FBANGE AU DOMAINE PUBLIC PRÉSENTÉS LE 22 AOUT 4S48 A L*ASSEMBLél