‹ De la célébration dimanche, considérée sous les rapports de l'hygièneChapitre 17 sur 17 · SÎ · texte numérisé non relu

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du discours de M. Bonaparte. Il s'agit de la politique du cabinet.

5. Cette politique était donnée par la situation, et il faut convenir que M. Bonaparte Ta saisie admirablement.

La révolution de février est non seulement politique, mais sociale.

En politique, la révolution consiste à abolir Tancienne distinction des pouvoirs et à gouverner l'État au moyen d'une Convention nationale, légiférant par ses délibérations d'ensemble, et gouvernant par ses comités. L'amendement Grévy était la transition naturelle à ce système.

En économie sociale, la Révolution consiste à abolir la distinction de propriétaires et prolétaires, entrepreneurs et salariés, capitalistes et travailleurs, au moyen de rassociation intégrale et de la soumission du capital au travail.

Jja. Révolution ayant été vaincue sur le terrain politique, devait l'être aussi sur le terrain économique : l'idée gouvernementale et l'idée socialiste étant au fond la même idée, sous une doublé formule.

L'Assemblée nationale le comprit tout d'abord ; Cavaignac y conforma sa pensée : Bonaparte, en prenant possession de la présidence, suit la même tradition, les mêmes errements.

Rasseoir la société sur ses bases, que le socialisme a ébanlées ;

Relever le pays, que la Révolution de février a abattu ;

Guérir ses plaies; — il ne s'agit déjà plus de rembourser les 45 centimes !

Ramener Jes hommes égarés, par les théories anti>malthusiennes, sans doute !

Pas d'utopie! surtout, c'est-à-dire pas de réforme, pas de papier-monnaie, pas de drojt au travail, voilà pour le dedans !

Au dehors, la paiœllti paix partout et toujours, comme au temps de M. Guizot ; aii»c cela, si nous ne faisons pas de grandes choses, nous tâcherons au moins d'en faire de bon-

nés! telle est la conclusion de cette étonnante profession de foi.

Ainsi, à Tintérieur, M. Bonaparte borne son ambition à remettre les cboses en l'état où elles étaient avant février, et à arrêter, s'il est possible, le torrent socialiste ; à l'extérieur, sa politique se résume en un mot, la paix ! Et de vrai, ce qui agite l'Europe, ce qui soulève les Allemands contre leurs despotes, les Italiens contre leurs conquérants, les Romains contre le pape, n'est-ce pas l'utopie, le droit au travail, la folie socialiste ?

A qui donc irions-nous déclarer la guerre ? Aux conservateurs de Berlin, de Francfort, de Vienne ou de Rome? Contradiction! La cause qui vient de triompher là-bas est la même que celle qui a vaincu en juin à Paris. En vertu de la solidarité des castes, notre devoir est de rester chez nous.

Bourgeois, formez une Sainte-Alliance, Et donnez-vous la main !

On ne parlera plus même de la Pologne. La Pologne ! c'est le foyer du socialisme chez les peuples slaves !...

Donc, M. Bonaparte ne vient point coatinuer la Révolution, il vient pour refouler la Révolution. C'est pour cela qu'il loue la politique du général Cavaignac* qu'il lui serre la main en signe d'intelligence, qu'il le salue comme son maître et son modèle. Cavaignac a aplani la route à Bonaparte : après Dieu et les électeurs, c'est à Cavaignac que Bonaparte doit le plus. — C'est pour cela que Bonaparte appelle à lui des hommes de toute couleur et de toute or gine : il veut, dit-il, former un ministère de conciliation, traduisez de coalition, contre la barbarie moderne, contre le socialisme. — C'est pour cela enfin que l'on parle de donner à M. Bugeaud le commandement de cette armée des Alpes qui, au lieu de regarder le Piémont, a l'œil constamment ouvert sur Paris et Lyon, les deux centres de l'insurrection prolétarienne.

Courage donc, Bonaparte ! Marchez, par les voies légales, à la restauration monarchique, contre laquelle vous avez prêté serment; organisez la croisade des exploiteurs contre les exploités, qui vou$ ont donné cinq millions et demi de voix; élu de la Révolution, étouffez, autant qju'il est en vous, la Révolution. Vous n'arrêterez point la destinée; vous ne saisirez point au vol ces idées que vous voulez proscrire , vous ne les empêcherez pas de se traduire en &its plus puissants que vo're politique et vos bataillons.

Courage! il est une gloire que vous êtes sûr d'obtenir; comme ce dernier des empereurs^ que les contemporains nommèrent par dérision Romului Auqustulus, vous serez Bonaparte le petit, Napoléon le nain.

ToaAt à la RéTolntian.

IT OetoWe.

Citoyens,

Quand nos amis de la République démocratique, inquiets de nos idées et de nos tendances, se récrient contre la qualification de socialistes que nous ajoutons à celle de démocrates, que nous reprochent-ils? — Ils nous reprochent de n'être pas révolutionnaires.

Sachons donc une fois qui d'eux ou de nous est dans la tradition; qui d'eux ou de nous est dans la vraie pratique révolutionnaire.

Et quand nos adversaires de la bourgeoisie, inquiets pour leurs privilèges, déversent sur nous la calomnie et Toutrage, quel est le prétexte de leurs accusations ? — C'est que nous voulons tout détruire et tout perdre : propriété, famille, civilisation.

Sachons donc aussi qui de nous ou de nos adversaires mérite le mieux le titre de conservateurs.

Les révolutions sont les manifestations successives de la L JUSTICE dans l'humanité. — C^esl pour cela que toute révo- '^ lution a son point de départ dans une révolution antérieure.

Qui dit donc révolution dit nécessairement progrès, iii j par là même conservation. D'où il suit que la révolution est v en permanence dans l'histoire, et qu'à proprement parler il n'y a pas eu plusieurs révolutions, il n'y a qu'une seule | et même et perpétuelUe révolution. *^

La révolution, il y a dis-huit siècles, s'appelait TËvangile, la Bonne Nouvelle. Son dogme fondamental était VUnité de

Dieu; sa devise, Y Egalité de toiis les hommes devant Dieu. L'esclavage antique reposait sur Tantagonisme et Tinégalité des dieux, ce qui voulait dire sur rinfériorité relative des races, sur Tétat de guerre. Le christianisme créa le droit des gens, la fraternité des nations ; ce fut en raison de son dogme et de sa devise que furent abolis simultanément l'idolâtrie et l'esclavage.

Certes, on ne niera pas aujourd'hui que les chrétiens, ces révolutionnaires qui combattaient par la parole et par le martyre, ne fussent des hommes de progrès : j'ajoute qu'ils étaient des hommes de conservation.

L'initiation polythéiste, après avoir civilisé les premiers humains ; après avoir converti ces hommes des bois, sylvestres homineSf comme dit le poète, en hommes des villes, en citoyens^ était devenue elle-même, par le sensualisme et le privilège, un principe de corruption et d'asservissement. L'humanité était perdue, quand elle fut sauvée par le Christ, qui reçut pour cette mission glorieuse le double titre de Sauveur et Rédempteur y comme qui dirait, dans notre langue politique, conservateur et révolutionnaire.

Tel fut le caractère de la première et dé la plus grande des révolutions. Elle renouvela le monde, et eu le renouvelant elle le conserva.

Mais, toute surnaturelle et spiritualiste qu'elle îùi, cette révolution, n'exprimait pourtant que le côté le plus matériel de la justice, l'affranchissement des corps, l'abolition de l'esclavage. Établie sur la foi, elle laissait la pensée esclave; elle ne suffiait pas à l'émancipation de l'homme, qui est esprit et corps, matière et intelligence ; elle appelait une autre révolution. Mille ans après la venue du Christ, commençait, au sein de la religion qu'il avait fondée, une agitation inconnue, prélude d'un nouveau progrès. Lascolastique portait dans ses flancs, à côté [de l'autorité de l'Église et des Écritures, l'autorité de la raison!.... Vers le XVI» siècle la révolution éclata.

La révolution, à cette époque, sans abandonner sa première donnée, sans se renier elle-même, prit un autre nom, nom déjà célèbre ; elle s'appela la Philosophib. Elle eut pour dogme, la liberté de la raison ; et, je puis bien le dire, puisque Tune est la conséquence immédiate de l'autre, pour devise, l'égalité de tous devant la raison, /

Voici donc Thomme déclaré inviolable et libre dans sa double essence, Tâme et le corps ! Était-ce progrès? Quel autre qu'un tyran pourrait le nier? Était-ce conservation? cela n'a pas même besoin de réponse.

La destinée de l'homme, a dit un sage, est de contempler les œuvres de Dieu. Après avoir connu Dieu par le cœur, par la foi, le temps était venu pour l'homme de le connaître par la raison. L'Évangile avait été pour l'humanité comme une instruction primaire, maintenant adulte, elle avait be« soin d'un enseignement supérieur, à peine de croupir dans l'idiotisme et la servitude qui le suit.

Ainsi les Galilée, les Arnaud de Bresce, les Giordano Bruno, les Descartes, les Luther, toute cette élite de savants, de penseurs et d'artistes, qui brillèrent dans les xy, XVI* et XYU** siècles, grands révolutionnaires, furent en même temps les conservateurs de la société, les hérauts de la civilisation. Ils poursuivirent, contre les représentants du Christ, le mouvement commencé par le Christ : à eux aussi la persécution et le martyre ne manquèrent pas !

Voilà quelle fut la seconde révolution, la deuxième grande manifestation de la Justice. Elle aussi rajeunit le monde ; elle le sauva.

Mais la philosophie, ajoutant ses conquêtes à celles de l'Évangile ne remplissait pas, il s'en faut, le programme de cette justice éternelle. La liberté, évoquée du sein de Dieu par le Christ, n'était encore qu'individuelle : Il fallait l'établir sur le forum ; il fallait de la conscience, la faire passer dans la loi.

Vers le milieu du siècle dernier commença donc une nou-

vellc élaboration ; et comitie la première révolotion avait été religieuse, et la seconde philosophique, la troisième révolution fut politique. Elle s'appela le Contrat social.

Elle prit pour doghie la souvetaineté du peuple : c'était la contre-partie du dogme chrétien, Yunitê de Dieu. ^ Sa devise fut Véjalité devant la loi ; c'était le corollaire de celles qu'elle avait précédemment inscrites sur son drapeàUy l'égalité devant Dieu et l'égalité devant la raison.

Ainsi; à chaque révolution, la liberté nous apparaît toujours comme l'instrument de la justice, et l'égalité comme son critérium. Le troisième terme est le but de la Justice; ce but, toujours poursuivi, toujours approché, est la fraternité.

Ne perdons jamais de vue cet ordre du développement révolutionnaire. Au témoignage de l'histoire, la fraternité, but suprême des révolutions, ne s'impose pas, : elle a pour condition la liberté d'abord, l'égalité après. Comme si la justice nous disait à tous : Hommes, soyez libres; citoyens, devenez égaux ; et puis, frères, embrassez-vous.

Qui oserait nier que la révolution entreprise, il y a soixante ans, par nos pères, et dont l'héroïque souvenir fait vibrer nos cœurs avec tant de force qu'il nous ôte presque le sentiment de nos propres devoirs ; qui niera, dîs-je, que cette révolution fût un progrès? Personne. Eh bien ! je le demande : n'est-il pas vrai qu'autant elle était progressive autant elle fut conservatrice? La société pouvait-elle vivre avec son despotisme usé, avec sa noblesse avilie, avec son clergé corrompu, avec des parlements égoïstes, indisciplinés, livrés à l'intrigue, avec un peuple en guenilles, avec une gent taillable et covéable à merci et miséricorde?

Mais qu'est-il besoin d'éclairer le soleil, de démontrer l'évidence? La révolution de 89 fut le salut de l'humanité; c'est pour cela qu'elle mérite le tilre de révolution.

Mais, citoyens, si nos pères ont fait beaucoup pour la liberté et l'égalité, ils ont ouvert plus profondément la route <le la fi*àiernité, ils nous orit laissé encore plus à faire.

La justice n'a pas dit, en 89^ son dernier mot; et qui sait quand elle le dira?

Ne sommes-nous pas témoins^ nous génération de 1848, d'une corruption pire que celle des plus mauvais jours de Thistoire ; d'une misère pareille à celle des temps féodaux ; d'une oppression de Tesprit et delà conscience, d'un abrutissement de toutes les facultés de l'homme, qui dépassent tout ce que l'on a vu aux époques de la plus affreuse barbarie? A quoi nous servent les conquêtes du passé, et la religion, et la philosophie, et les constitutions et les codes, quand, en vertu des droits mêmes que nous garantissent ces constitutions et ces codes, nous nous trouvons dépossédés de la nature^ excommuniés du genre humain? Qu'est-ce que la politique, alors que nous manquons de pain, alors qu'ion nous Ole jusqu'au travail qui donne le pain? Que nous importent la liberté d'aller et devenir, la liberté de penser ou de ne pas penser, la garantie de la loi, et le spectacle, des n^erveilles de la civilisation, et le maigre enseignement qu'on nous délivre, quand, par le retrait de tous les objets sur lesquels peuvent s'exercer Tactivité humaine, nous nous sommes plongés dans le vide absolu ; quand à l'appel de nos sens, de nos cœurs, de notre raison, l'univers et la société répondent : Néant 1 . . .

Citoyens, j'en jure par le Christ et par nos pères î La justice a sonné sa quatrième heure, et malheur à ceux qui ne l'ont point entendue !

— Révolution de i848, comment te nommes-tu?

— Je me nomme le Droit au travaiti

— Quel est ton drapeau ?

— - L'Aiêociation!

— Ta devise?

— V Egalité devant la fortune ! ^'^

— Oîi nous mènes-tu?

— A la Fraternité!

— Salut à toi, Révolution ! je te servirai comftie j'ai servi

Dieu, comme j'ai servi la Philosophie et la Liberté, de tout mon cœur, de toute mon âme, de toute mon intelligence et de tout mon courage, et n'aurai point d'autre souveraine et d'autre règle que toi !

Ainsi la Révolution, après avoir été tour à tour religieuse, philosophique , politique , est devenue économique. Et comme toutes ses devancières, ce n'est rien de moins qu'une contradiction au passé, une sorte d e renversement de l'ordre établi qu'elle nous apporte ! Sans ce revirement complet de principes et de croyances, il n'y a pas de révolution, il n'y a que mystification. Continuons à interroger Thistoire, citoyens.

Sous l'empire du polythéisme, l'esclavage s'était établi et se perpétuait, au nom de quel principe? Au nom de la religion. — Le Christ parut, qui abolit l'esclavage précisément au nom de la religion .

Le christianisme, à son tour, soumit la raison à la foi; la philosophie renversa cet ordre : elle subordonna la foi à la raison.

La féodalité, au nom ]de la politique, asservissait tout le monde, soumettant l'ouvrier au bourgeois, le bourgeois au noble, le noble au roi, le roi au prêtre, le prêtre à une lettre morte. — Au nom de la politique aussi, 89 soumit tout le monde à la loi, et ne reconnut plus parmi les hommes que des citoyens.

Aujourd'hui le travail est à la discrétion du capital. Eh bien ! la révolution vous dit de changer cet ordre. C'est au capital à reconnaître la prépondérance du travail , à l'instrument de se mettre à la disposition de l'ouvrier.

Telle est cette révolution, à qui le sarcasme et la calomnie, à qui la persécution n'aura pas manqué, non plus qu'aux autres. Mais, comme les autres aussi, le révolution de 1848 devient plus féconde par le sang de ses martyrs. Sanguis martyrum^ semen christianorum ! s'écriait l'un des plus grands révolutionnaires des temps passés, l'indomp-

table Tertollien. Sang de républicains, semence de républicains.

Qui n'ose pas avouer cette foi, scellée du sang de nos frères, n'est pas révolutionnaire : c*est un infidèle. Qui la dissimule est un renégat. Séparer la République du socia- Ksme, c'est vouloir accorder la liberté de l'esprit avec l'esclavage des sens, l'exercice des droits politiques avec la privation des droits civils : c'est contradictoire, c'est absurde.

Yoilà, citoyens, la généalogie des idées sociales : sommesnous, oui ou non, dans la tradition révolutionnaire? Il s'agit de savoir à présent si nous sommes aussi dans la pratique ; si, comme nos pères, nous serons tout à la fois hommes de conservation et hommes de progrès : car ce n'est qu'à ce double titre que nous serons des hommes de révolution.

Nous avons le principe révolutionnaire, le dogme révolutionnaire, la devise révolutionnaire. Que nous manque-til pour accomplir l'œuvre confiée à nos mains par la Providence ? Une seule chose : La Pratique révolutionnaire !

Or, quelle est cette pratique qui distingue, des temps ordinaires, les époques de révolution?

Ce qui constitue la pratique révolutionnaire, c'est qu'elle ne procède plus par détail et diversité, ou par transitions imprescriptibles, mais par simplifications et enjambements. Elle franchit, dans de larges équations, ces termes mitoyens que proposent l'esprit de routine, dont l'application aurait dû normalement se faire dans la période antérieure, mais que l'égoïsme des heureux ou l'inertie des gouvernements a repoussée.

Ces grandes équitations de principes, ces transitions gigantesques dans les mœurs, ont aussi leurs lois, rien de moins arbitraire, de moins abandonné au hasard que la pratique des révolutions.

Mais quelle est-elle enfin cette pratique?

Je suppose que les hommes d'État que nous avons vus au pouvoir depuis le 24 février ; que ces 'politiques à courte-

vue, à petits moyeils, à routine étroite et méticuleuse, eussent été à la place des apôtres : je vous le demande, citoyeps, qu'auraient-ils fait?

Ils seraient tombés d'accord avec les novateurs dans des conférences particulières, en conciliabule secret, que la pluralité des dieux était chose absurde ; ils auraient dit, comme Cicéron, qu'ils ne concevaient pas que deux augures pussent se regarder sans rire ; ils auraient condamné très philosophiquement, et à voix basse, l'esclavage.

Mais ils se seraient récriés contre cette propagande téméraire qui, niant les dieux et tout ce que la société avait de plus sacré, soulevait contre elle la superstition ei tous les intérêts ; ils auraient cru de bonne politique, au lieu d'attaquer les vieilles croyances, de les interpréter; ils auraient voulu qu'au lieu d'abolir le culte, on le purifiât Hs se seraient inclinés devant Mercure le larron, Véaus l'impudique, Jupiter l'incestueux. Ils auraient parlé avec estime, avec respect, des jeux Floraux et des Ba4M:haoale8. Ils anraient fait la philosophie du polythéisme, raconté l'histoire des dieux, renouvelé le personnel des temjdes, publié des règlements pour les sacrifices et les fêtes publiques, accordé, autant qu'il eût été en eux, la raison et la monte avec les impures traditions de leurs pères, à force de mena* gements, de complaisance, de respect humain ; au lieu de sauver le monde, ils l'auraient fait périr.

Il y eut, dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, une secte, un parti puissant par le génie et l'éloquence, qui, en face de le révolution chrétienne, entreprit de continuer l'idolâtrie à ce point de vue d'une république modérée el progressive ; ce furent les néoplatoniciens, auxquels se rattachent Appolonius de Thyane et l'empereur Julien. C'est ainsi que nous avons vu, de nos yeux, certains prédicateurs essayer la rénovation du catholicisme, en interprétant ses symboles au point de vue des idées modernes.

Vaine tentative l La prédication chrétienne; je veux dire

la pratique révolutionnaire emporta tout, les dieux et leurs hyp ocrites adorateurs ; et Julien, le plus grand politique et le plus bel esprit de son temps, pour s'être follement opposé à la justice évangélique» est resté flétri dans l'histoire du nom (Xapostat.

Citons encore un exemple.

Supposons qu'en 89, les conseillers prudents du despotisme , les esprits avisés de la noblesse, les tolérants du clergé, les sages de la bourgeoisie, les patients du peuple ; supposons, dis'je, que cette élite de citoyens, aux vues les plus droites, aux idées les plus saines, aux intention» les plus philanthropiques, mais pénétrée du dangerdes brusques innovations, se fût entendue pour ménager, suivant les règles de la haute politique, la transition entre le despo-* tisme et la liberté? Qu'auraient-ils fait?

Ils auraient voté, après longue discussion, mûre délibération, en mettant entre chaque article dix ans au moins d'intervalle, une charte octroyée ; ils auraient négocié avec le pape, et avec toute sorte de soumission, la constitution civile du clergé ; ils auraient traité avec les couvents, à l'amiable, le rachat de leurs biens ; ils auraient ouvert une enquête sur la valeur des droits féodaux, sur l'indemnité à accorder aux seigneurs ; ils auraient cherché des compensations aux privilèges pour les droits accordés au peuple. Ilis auraient fait durer mille ans une révolution que la pratiqué révolutionnaire accomplit en une nuit.

Et tout ceci n'est point une vaine hypothèse : il ne manqua pas d'hommes en 89 pour enchaîner avec cette fausse sagesse de révolution. Le premier de tous fut Louis XVI, L.ouis XVI, révolutionnaire de cœur et de théorie autant que porsonne, mais qui ne comprit pas qu'il devait l'être également en pratique. Louis XVI se mit à niarchander et chicaner sur tout, tant et si bien, que la révolution, impatientée, l'emporta !...

Voici donc ce que j'entends, aujourd'hui, par pratique révolutionnaire.

La révolution de février a posé le droit au travail^ c'està-dire la prépondérance du travail sur le capital.

Partant de ce principe, je dis qu'avant de passer outre à toute réforme, nous avons à nous occuper d'une institution généralisatrice, qui exprime, sur tous les points de Téconomie sociale, la subordination du capital au travail ; qui, aa lieu de faire commanditer comme auparavant le travailleur par le capitaliste, rende le premier arbitre et commandeur du second, une institution qui change le rapport entre les deux grandes puissances économiques, le travail et la propriété, et de laquelle découlent ensuite, par voie de conséquence, toutes les autres réformes.

Sera-ce donc procéder révolutionnairement que de proposer ici une banque agricole servie, comme toujours, par les monopoleurs d'argent ; là, de créer un comptoir de garantie, monument de stagnation et de chômage ; ailleurs, de fonder une salle d'asile, un mont-de-piété, un hôpital, une crèche, une pénitencerie, une prison cellulaire, d'augmenter le paupérisme en en multipliant les foyers?

Sera-ce faire œuvre de Révolution que de comnaanditer de quelques millions, tantôt une compagnie de tailleurs, tantôt une société de maçons; de réduire l'impôt sur les boissons et de le relever sur les propriétés ; de convertir des obligations à terme en fonds perdus ; de voter des graines et des pioches à douze mille colons partant pour l'Algérie ou de subventionner un phalanstère d! essai ?

Sera-ce parler ou agir en révolutionnaire que de disputer quatre mois durant si le peuple travaillera ou ne travaillera pas, si le capital se cache ou s'il s'expatrie, s'il attend la confiance ou si c'est la confiance qui l'attend , si les pouvoirs seront divisés ou seulement les fonctions , si le président sera le supérieur, ou le subordonné, ou l'égal de l'Assemblée nationale, si le premier qui remplira ce rôle sera neveu

d'empereur ou fils de roi , ou s'il ne vaudrait pas mieux , pour ce bel emploi, d'un solat ou d'un poète ; si le nouveau souverain sera nommé par le peuple ou par 4es représentants, si le ministère de réaction qui s'en va mérile mieux la confiance que le ministère de conciliation qui vient , si la République sera bleue, blanche, rouge ou tricolore ?

Sera-ce être révolutionnaire , quand il s'agit de reporter au travail la production fictive du capital, de déclarer le revenu net inviolable, puis de le saisir par l'impôt progressif; quand il faudrait organiser l'égalité dans l'acquisition des biens , de s'en prendre au mode de transmission ; quand 25,000 commerçants implorent un concordat , de leur répondre par la banqueroute; quand la propriété ne reçoit plus ni fermage ni loyer, de lui refuser encore crédit ; quand le pays demande la centralisation des banques, de livrer ce crédit à une oligarchie financière qui ne sait que faire le vide dans la circulation et entretenir la crise en attendant que le découragement du peuple ramène la confiance?

Citoyens, je n'accuse personne.

Je sais qu'à l'exception de nous autres, démocratessocialistes, qui l'avons prévue et préparée, la Révolution de février a été une surprise pour tout le monde ; et s'il est difficile à de vieux constitutionnels de passer en si peu de temps de la foi monarchique à la conviction républicaine, il l'est encore plus à des politiques de l'autre siècle de comprendre rien à la pratique de la nouvelle Révolution. Autre» temps, autres idées. Lés grandes manœuvres de 93, bonnes pour Fépoque, ne nous vont pas plus que la tactique parlementaire des trente dernières années ; et si vous voulez faire avorter la Révolution , vous n'avez pas de plus sûr moyen que de reprendre ces errements.

Citoyens, vous n'êtes encore dans le pays qu'une minorité. Mais déjà le flot révolutionnaire grossit avec la rapidité de l'idée , avec la majesté de l'Océan. Encore quelque temps de cette patience qui a fait votre succès , et le triomphe de

la Révolution est assuré. Vous avez prouvé, depuis juin, par votre discipline, que vous aussi vous étiez des hommes politiques : vous prouverez désonnais, par vos actes, par votre association, que vous êtes des organisateurs.

Le gouvernement suffira, je Tespère, avec TAssemblée nationale , à maintenir la forme républicaine : telle est du moins ma conviction. De ce côté, vous n'avez rien à redouter, rien à craindre. Mais le pouvoir révolutionnaire , le pouvoir de conservation et de progrès, n'est plus aujourd'hui dans le gouvernement; il n'est pas dans l'Assemblée nationale : il est en vous. Le peuple seul, opérant sur lui-même sans intermédiaire, peut achever la Révolution économique fondée en février. Le peuple seul peut sauver la civilisation et faire avancer l'humanité !

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