II. Que le principe de la monarchie, comme de it anarchie
c'est la politique.
Sur la fin du moyen-âge, il parut un livre, un livre étrange, écrit en latin, ayant pour titre De avferibilitate
papœ, c'est-à-dire^ de la possibilité pour les chrétiens de se passer de pape.
Dans cet écrit, consciencieux, impartial, savant, fort de logique et d'autorités, Fauteur se plaçant au point de yue de certains sectaires, examinait ce qu'il adviendrait de l'église romaine, du catholicisme tout entier, et, par suite, de la religion elle-même, si, comme le voulaient Jean Hus et les autres, on supprimait le pape.
Et il prouvait, et il arrivait à cette conclusion, qui est le fond de toute la controverse que soutint plus tard le gram^ Bossuet contre les églises protestantes :
Que si l'autorité du pape était ébranlée, l'Église de Rome, dont le pape est l'évéque particulier, perdrait immédiatement sa primauté entre les églises :
Qu'alors le catholicisme, manquant de centre visible et d'unité, ne serait plus qu'un assemblage d'églises indépendantes, égales en autorité et juridiction ;
Qu'aucune de ces églises ne pouvant être jugée, remontrée ni condamnée par les autres, la foi perdrait son caractère d'universalité, et de chose nécessaire et universelle, deviendrait chose individuelle et locale ;
Que par le mouvement incessant et la curiosité indiscrète de l'esprit humain, la foi chrétienne, n'ayant plus ni gouvernement ni paradigme traditionnel, serait livrée au changement, à l'instabilité, aux innovations, et conséquemment tendrait à une inévitable dissolution ; ' '
Que le lien ecclésiastique venant à se rompre, et les esprits n'ayant plus de guide, le dogme chrétien, parcourant toute la chaîne des hérésies, aboutirait, par une insensible dégradation, au déisme ;
Que le déisme conduisait fatalement au panthéisme ;
Que le panthéisme n'était qu'une étape sur la route de l'athéisme ;
Que l'athéisme se résolvait dans le pyrrhonisme, et fina-
îemént îè pyï^rhonîsme dans le nihilisme, dans la négation de Dieu, de Thomme et de Tunivers!
En sorte que, suivant le raisonnement de ce théologien, delà reconnaissance du pape et de ses sandales, dépendait l'existence, non seulement du catholicisme, non seulement encore de la foi chrétienne, mais de la religion naturelle, mais de la raison et de la philosophie.
Si bien enfin, qu'entre la croyance à Tinfaillibilité du pape et le pyrrhonisme le plus absolu, le plus absurde, il n'y avait pas de moyen terme où la raison pût s'établir; qu'il fallait choisir entre l'un ou l'autre, à peine de rester dans le libertinage^ c'est-à-dire de n'être qu'un mauvais plaisant et un raisonneur de mauvaise foi.
Et chose singulière, l'événement a justifié la prévision de ce théologien. Partout où l'esprit s'est insurgé contre le pape, soit au nom de l'autorité spirituelle locale, comme ont fait, en France^ les Gallicans; soit au nom du libre examen, comme il est arrivé pour les protestants ; soit par une distinction entre le fait et le droit, comme le voulaient les jansénistes ; on a vu la foi catholique et chrétienne se résoudre peu à peu en un pur déism^;et comme le déisme n'est, comme toutes les opinions de juste-milieu, qu'une hypocrisiç, l'immense majorité des nations a été plongée tout à coup dans l'indifiérence et le libertinage. Il n'y a pas un ministre de la confession d'Âugsbourg qui reconnaisse la divinité du Christ : demandez à M. Âthanase Coquerel I — il n'y en a pas un qui ait le courage de se déclarer pyrrbonien. C'est la même chose pour les catholiques. On parle de religion^, on invoque le Christ, on prie Dieu, on se recommande à l'Étemel, on espère en l'Être suprême. Hypocrisie l hypocrisie I nous ne croyons plus à rien ; nous n'adorons que notre fantaisie et notre bon plaisir ; il n'y a*pas plus de foi que de bonne foi, ni en deçà du Rhin, ni au-delà.
. Et ce qui est vrai en Europe du pape, est vrai en Asie du grand lama, vrai du muphti, vrai de tout sacerdoce et de
tonte religion. Partont ou vous supprimez Tantorité Tisible, TOUS anéantissez la foi ; et, la foi anéantie, ou tous arrivez au néant, ou yous créez l'arbitraire, le libertinage.
Cependant, comme il répugne également à la raison de se précipiter dans le doute absolu, ou d'admettre l'infaillibilité du pape, et que d'autre part l'expérience et la logique ont démontré des millions de fois qu'entre ces extrêmes il n'est point de parti honorable, de station possible, que c'est là une vérité passée en force de chose jugée, le premier dogme de toute philosophie, forcé a été de chercher, hors de cette ligne fatale, un point solide où pût s'accrocher la raison. Et voici ce qu'on a découvert.
On s'est aperçu que cette fatalité logique, qui conduit invinciblenMnt la raison à l'esclavage par la superstition, ou au suicide par le doute, avait sa cause dans une certaine maladie ou hallucination de la pensée, connue dans l'école sous le nom d'oirroLOGiE. L'ontologie, voilà ce qui faisait le désespoir des pauvres chrétiens autant que des libres penseurs : c'était le cauchemar de la raison et des sociétés. Qu'est-ce, me direz-vous, que l'ontologie ?
L'ontologie est cette hypothèse que personne ne s'était avisé de contester jusque-là, tant elle semble naturelle ! et qui consiste à afQrmer4a distinction substantielle de la matière et de l'esprit!... Je n'ai nulle envie, croyez-le bien, de vous embourber dans cette ornière métaphysique ; j'en ai déjà trop dit pour un pamphlet. Je répète seulement, et j'en atteste l'expérience des quatre derniers siècles, et le libertinage du nôtre, que pour quiconque croit à l'ontologie, pour quiconque admet la réalité, soit de la matière , soit de l'esprit, soit de ces deux natures ensemble , mais séparées, pour celui-là, point de milieu : ou bien il est le serviteur du pape, ou il est le disciple de Pyrrhon.
Pour ceux, au contraire, qui ne reconnaissent point l'autorité de l'ontologie, qui considèrent la matière et l'espritj non plus comme des substances réelles, mais comm^
les deux faces générales de I'Étre ; pour ceux-là, dis-jé, rafiFranchissement est complet. Ils n'ont plus rien à redouter ni des indulgences du pape, ni des séductions de Méphistophèles. Leur dialectique, établie sur un terrain solide, marche sans broncher à la construction de la science humaine, à Fintelligence de la religion et du progrès.
Dans un autre ordre d'idées, celui dont nous nous occupons aiqourd'hui, il arrive quelque chose de tout à fait semblable.
Depuis quatorze siècles, la France s'est posée la question, de auferibilitate régis, — s'il est possible de se passer de roiî — sans avoir pu jusqu'à présent la résoudre.
L'inclination secrète du pays , l'indocilité du caractère national pousse sans cesse les esprits vers la démocratie ; l'expérience et la théorie les ramènent continuellement au despotisme, à l'autorité d'un seul. H est démontré, pour quiconque y a voulu voir, qu'entre le bon plaisir monarchique et l'anarchie universelle, deux extrêmes également inadmissibles, il n'y a pas de position tenable : ceux qui Font cru ont été frappés du sobriquet de doctrinaires ; ils ont perdu une fois déjà la République, et trois ou quatre fois la Monarchie.
Ainsi, d'une part, nous ne cessons de démolir la royauté; de l'autre l'anarchie, dernier terme de la démocratie, nous fait horreur. La monarchie, en France, est impossible ; la république impossible; tous les termes mitoyens impossibles : nous ne pouvons ni vivre ni mourir, et comme pour attester notre indélébile contradiction, nous prenons pour devise à la fois la liberté et Vordrel — Sortez de là !1!
C'est une pauvre philosophie que d'accuser tour à tour des oscillations révolutionnaires de notre malheureux pays, tantôt la sottise, tantôt le machiavélisme des princes, ou la corruption des ministres , comme de s'en prendre à la violence des passions démocratiques et à la division des démagogues. C'est toujours alléguer le fait en explication du fait, prouver la révolution par la révolution. Ce qui amène
la tyrannie et la mauvaise foi du monarque, c'est Timpoçsibilité organique du système ; ce qui produit l'anarchie des démocrates, ce qui fait qu'en ce moment même le Peuple français, républicain de cœur et d'esprit, va nommer, en jurant et maugréant, un président de la République, el recommencer la restauration de la royauté, c'est encore la même impossibilité. Pourrions-nous donc, une fois, sortir de cette alternative fatale, bien autrement intéressante pour le Peuple que la querelle des papistes et des protestants?
Je connais votre impatience, ami lecteur, et Je ne veux pas vous faire attendre.
Ce qui produit la situation fâcheuse où nous sommes en ce moment, après y être déjà tombés tant de fois, c'est une certaine maladie de l'opinion, connue dès la haute antiquité, et qu'Àristote, grand philosophe, grand historien, grand naturaliste, a nommée Politique.
La politique est dans les affaires humaines ce qu'est l'ontologie dans la qu^estion du salut : c'est une hypothèse qui, faisant du gouvernement une chose, non de raison, mais d'habileté ; non de science, mais de sentiment (appelez ce sentiment comme vous voudrez, ambition, orgueil, dévouem^it ou patriotisme), tend continuellement à distinguer d^ns l'Etat deux personnes, deux volontés, Tune qui pense, l'autre qui exécute.
Or, s'il est une chose prouvée dans la philosophie et dans l'hisloire, c'est que, de quelque manière que se fasse le partage, quelque équilibre que l'on mette entre les attributions; qu'on fasse la nation tout entière législatrice et souveraine, et le roi simple mandataire de ses volontés ; ou bien que le despote veuille et ordonne seul ce qu'auront à exécuter ensuite tous les citoyens ; ou bien, enfin, que la puissance législative soit confiée à une ou plusieurs assemblées de représentants, et la puissance executive a un conseil de directeurs ou de ministres ; toujours, par cela même qu'il y aura distinction, il y aura opposition, antagonisme,
impossibilité, toujours il y aura révolution et cajtastroplie. La pensée et ràclion doivent être daus le gouveraemeut, comme dans Thomme, indivisiblement unies : voilà le point de départ de la nouvelle critique. En conséqueuce de ce principe, FAssemblée nationale;^ représentant la nation» exerce tous les pouvoirs, le pouvoir exécutif comme le pouvoir législatif, non point par délégation à des ministres, comme le supposaient et Famendement Grévy et Tamendemenl Flocon, comme le supposent encore la plupart des démocrates, mais par elle-même, en divisant le travail entre ses comités, lesquels nomment chacun leur ministre et leurs agents, sauf ratification et contrôle de TÂssemblée.
De plus, tous les citoyens étant égaux , tous étant censés, par conséquent , participer au gouvernement et à la loi , il résulte que le gouvernement et la loi doivent découler d'une science exacte et mathématique, qui n'ait plus rien de personnel, d'occasionnel, de circonstanciel*, mais qui, absolue dans ses principes et ses conclusions, implique le consentement et l'adhésion de tous les citoyens, ce mode de participation au gouvernement et ^ la loi étant le seul possible daiis une démocratie de 36 millions d'hommes !...
Voilà, encore une fois, ce qu'ont dit, sur la politique, les nouveaux réformateurs , plus connus généralement sous le nom de socialistes.
Les socialistes sont opposés aux politiques , comme les idéalistes , ceux qui nient l'ontologie , le sont aux matérialistes et aux psycologues. Pour les premiers, la politique est tour à tour et indifféremment anarchie ou arbitraire ; comme Tonlologîe est pour les idéalistes, tour à tour et indifféremment , le culte des indulgences ou le doute absolu. Quant aux politiques , l'arbitraire est tout ce qu'ils veulent : sans l'arbitraire, en effet, il est évident qu'ils ne seraient rien.
Le socialisme aspire à gouverner la société par une science positive : la politique n'est que fantaisie.
Le socialisme dit, par exemple : Tant que le salaire du
travailleur ne sera pas égal à son produit, le travailleur sera spolié, et la production, au lieu de donner la richesse, créera la misère. Cela est démontré, cela est aussi sûr que deux et deux font quatre. Il faut donc trouver une^ormuie d'opération industrielle qui, en respectant toutes les libertés, faisant la part de toutes les aptitudes, donne le moyen d'équilibrer le travail et le salaire. — C'est possible , dit la politique, mais ces choses-là ne sont pas bonnes à dire; il faut s'en référer à la tradition révolutionnaire. Occupons-nous de dégommer les ministres et de changer les préfets !
Le socialisme dit : La vraie et réelle fraternité des nations consiste dans la libre communication de leurs idées, dans la circulation de leurs produits et dans le juste équilibre de leurs échanges. Tant que vous n'aurez pas, d'un seul coup et par une même opération d'économie générale , aboli les douanes et garanti le travail national, les peuples, quoi que vous fassiez , seront divisés d'intérêts, séparés par des barrières : ils seront ennemis. — C'est encore possible, répond la politique ; mais je ne connais rien à votre balance du commerce, et je m'en soucie comme de cela. Commençons par déchirer les traités de 1815 ; marchons au secours de l'Italie et de la Pologne ; envoyons une garnison à Ancône !•..
Le socialisme dit encore : Il faut centraliser le crédit, réduire le taux de l'intérêt, organiser l'échange direct et mutuel.
Car le droit au travail n'est autre chose que le droit au capital ;
Le droit au capital , aujourd'hui que tout est approprié , ne peut s'exercer, pour ceux qui ne possèdent rien, que par le crédit ;
Et le crédit, là oîi manque l'hypothèque, c'est l'échange.
Tant que vous n'aurez pas trouvé moyen de créer la richesse pour tous parla facilité de la circulation, l'extension du débouché, la gratuité de l'échange, le peuple sera misé' rabie, mal nourri, mal logé, mal vêtu, vicieux, crapuleux,
ignorant, sujet à toutes les infirmités du corps et de Tâme. Cela est prouvé par A plus B , c'est certain comme une proposition d'algèbfe. >
— Et qu'y a-t-il de commun entre l'algèbre et moi, s'écrie sur ce coup la politique? Je ne connais rien à vos x. Je m'en vais décréter 400 millions d'assignats, tant pis pour les derniers porteurs ! prendre un milliard aux riches, tant pis pour les citoyens qui ne seront pas pauvres ! abolir l'hérédité, tant pis pour les pauvres qui ont des parents riches ! imposer les objets de luxe , tant pis pour les ouvriers de luxe ! faire des ateliers nationaux, tant pis pour l'industrie libre I la liberté n'est pas nationale. Je m'y connais, allez, en économie politique I Ne porte-t-elie pas mon nom ? ne suis-je pas sa marraine?...
Le socialisme reprend : Les aflFaires d'une nation doivent être administrées comme celles d'une société anonyme, suivant les règles de la science économique et de la comptabilité, par des agents dont les attributions soient rigoureusement définies , relevant directement de l'assemblée des actionnaires, et contrôlés à toute heure par un conseil de surveillance. L'autorité doit rester une, impersonnelle; les fonctions être séparées , le travail divisé, les emplois coordonnés...
— Je vous dis que l'économie politique est la s,ôrvante de la politique , répond celle-ci, et vous, vous êtes un endormeur du peuple, vous n'êtes point révolutionnaire. Je vous parle constitution, constitution, entendez- vous? c'est-à-dire séparation des pouvoirsy et vous me répondez par la séparation des emplois I... Il s'agit de gouvernemeïjt , et vous vous occupez d'équilibre î Nous sommes dans la hiérarchie, et vous faites de l'économie !... Laissez donc, socialisme rêveur, le monde aller comme il va , et mêlez- vous de vos idfaires !
— Ah ! s'écrie alors le socialisme , politique menteuse , politique hypocrite, je te connais, je sais ce que tu demandes !
Tu es aujourd'hui ce que lu étais il y a soixante ans ; tu veux toujours recommencer l'histoire ; sous le nom de démocratie, c'est la royauté que tu appelles. Tiens, te reconnais-tu dans ce tableau prophétique? Regarde :
Epoques partUlèles de r histoire de France.
Louis XYI, roi Loms-PmLippt, roi.
Mirabeau Lamartine.
Lafayette, ....... Gavaignac.
Robespierre Ledru-Rollio.
Barras TJiiers.
BoNÂPARTB, empereur . Bonaparte, empereur.
Est-il clair, à présent, qu'en votant pour la présidence ta votes pour la monarchie? Est-il clair que Ian|artine, Gavaignac et Ledru-RoUin, qui ne s'en doutent guère, te mènent droit à Bonaparte? Yeux-tu, oui ou non, politique maudite, être du Peuple? veux- tu être socialiste?.,.
Il est deux choses que les moins éclairés du Peuple on comprises : c'est, d'un côté, que la présidence est la pierre d'attente de la monarchie , tous les démocratent l'avouent; d'autre part, que, pour opérer une révolution, il faut des principes. En 89, la révolution était plus spécialement politique ; elle a eu ses principes politiques qui nous régissent encore. En 1848 „ la révolution est plus particulièrement économique et sociale ; l'idée politique étant épuisée, il faut donc découvrir de nouveaux principes , absolus en théorie , mais que la société appliquera selon la mesure de ses forces et de ses besoins.
Les démocrates, conduits par leur lanterne politique, n'en sont pas là.
Ainsi , après des votes réitérés contre la présidence , ils votent la Constitution , c'est-à-dire la présidence, puisque sans distinction des pouvoirs, en un mot sans présidence, il n y a pas de Constitution ; — c'est-à-dire qu'ils voleat la monarchie*
Ceux qui ne votent pas s'abstiennent : c'esl-â-dîre que sur la question monarchique, nettement posée par la Constitution^ ils n'ont ))as le mot à dire, ils sont indifférents.
Et ceux , en très petit nombre — dix ou douze ! — qui ont Yoté contre la Constitution , n'en trouvent pas moins très bon, très légitime, très démocratique, de poser ensuite une candidature à la présidence, c'est-à-dire d'adhérer à la Constitution I Le principe est sacrifié à l'homme , la politique immolée à la politique !
Quant aux principes qui doivent régir la société nouvelle, les démocrates s'en inquiètent peu , ou plutôt ils les nient. Hs déclarent qu'ils sont avant tout hommes politiques, qu'ils veulent vivre de la vie politique. Seulement, comme le Peuple n'est pas tout à fait du même sentiment, ils se disent, en murmurant, qu'il serait impolitique de repousser ouvertement le socialisme, et vite ils publient un manifeste^ le plus socialiste, à les en croire, de tous les manifestes.
Lisez plutôt :
Organisation da travail par l'État;
Item des banques par TÉtat ; Exploitation des chemins de fer par l'État ;
Item des canaux par l'État;
Item des mines par l'État;
Item des assurances par l'État; Colonisation par l'État ; Apprentissage par l'État ; Etc., etc., etc.. par l'État.
Rien par les citoyens, tout par l'État !
En vain le socialisme leur crie que ce qu'ils veulent est monarchie pure, pur despotisme : ils n'entendent pas. L'État, par lui-même, est improductif; il ne travaille point: n'importe, on le fera organisateur. L'État est obéré : c'est lui qui donnera crédit. Les travaux confiés à l'État coûtent 50 pour cent plus qu'ils ne valent : on chargera l'État des exploitations les plus difficiles.
Ajoutez à ce système des inventions comme celles-ci : Abolition des octrois, — qu'on remplacera par une autre
taxe :
Abolition de Timpôt indirect, — précisément le seul normal, le seul conforme aux principes, le seul démocratique et égalitaire, quand on l'aura ét9d)Ii sur sa véritable base.
Substitution de Timpôt direct et progressif à tous les autres : — ce qui est précisément encore reconnaître la suzeraineté du capital et consacrer le privilège.
Le socialisme dit qu'il faut faire Produire au Peuple, par la réforme économique, la liberté, l'égalité et la fraternité, comme il produit, par le travail, la richesse. La politique confisque la liberté, prend d'une main à la propriété ce qu'elle donne de l'autre au prolétariat ;' et elle appelle cela du socialisme.
Comment est-il possible que le Peuple, étourdi, démoralisé, tiraillé en tous sens, ne prenne à la fin une résolution funeste?
Comment, pour ne parler ici que de politique, alors que la prudence et les principes commanderaient de s'abstenir en masse, et de renvoyer à l'Assemblée nationale la nomination du président de la République, comment la nation ne tomberait-elle pas dans le piège tendu à sa bonne foi? Comment, échapperait-elle à la contradiction? Comment, après avoir voté la République en avril, ne voterait-elle pas la Monarchie en décembre? Comment, à une question mal posée, ferait-elle une réponse raisonnable?...
C'est en vain que le socialisme, qui, lui, cherche la paix avant tout , qui ne veut triompher que par la discussion , qui ne s'adresse qu'à la raison , montre les conséquences funestes du vote politique sur la présidence , l'essor donné aux espérances royalistes, les coups d'Élat, la guerre civile!
La politique ne veut rien entendre. Suivant elle , ragitation est nécessaire à la vie politique ; il lui faut de l'éclat, des manifestations, du mouvement. Quand elle n'y trouve
pas matière àportefeuîUes, elle j trouve madère à discourir : elle a son compte, elle est satisfaite.
Ce que cherche la politique , hélas I à moins que le bon sens populaire ne vienne déjouer ses intrigues, elle l'obtiendra. La Constitution y passera. Exaqiinons, s'il vous plaît, ce chef-d'œuvre de la politique.
m. — Que la Constitution y en organisant les pouvoirs , a
organisé la discorde.
En faisant la Constitution, l'Assemblée nationale, il faut lui rendre cette justice, a montré plus de bonne volonté que de jugement. Elle a pris toutes les précautions imaginables pour empêcher l'usurpation du président. Elle a enlacé, emmaillotté, garrotté le chef du pouvoir exécutif, de manière à faire de lui un instrument passif, docile et obéissant. Par malheur, l'Assemblée nationale ne s'est pas aperçue que ses précautions tournaient contre elle-même , et qu'en vertu des principes qu'elle a elle-même posés, si le président de la République , le jour de son arrivée au pouvoir, s'emparait de l'autorité et jetait les représentants par la fenêtre, il ne ferait , après tout, que se conformer à la Constitution, violée dans ses propres articles et par ses propres auteurs.
Si j'étais président de la Uépublique , voici la harangue que je ferais pour ma bien-venue à l'Assemblée nationale :
Citoyens représentants ,
a La Constitution est renfermée tout entière dans les articles 20 et 43, que je vais vous rappeler :
a Art. 20. Le Peuple français délègue le pouvoia LiaiSLATi? à une assemblée unique.
a Art. 43. Le Peuple français délègue le pouvoir exécut» à un citoyen qui reçoit le titre de président ds la République.
' à Ces deui articles préexistaient â votre mandat. Ils résultaient, en faitj dç la volonté du Peuple qui demandait une Constitution et qui vous a envoyés pour en iaire une ; en droite du principe reconnu par vous, article 19, et hors duquel il n'y a pas de Constitution , savoir, que la sépara' Uon des pouvoirs est la première condition d'un gouverne^ ment libre.
« Or^ la Constitution que vous avez faite, citoyens représentants, est d'un bout à Taiître la violation de ce principe, de ce droit et de ce fait. Et le premier acte de mon autorité sera de revendiquer vis-à-vis de vous les droits que je tenais du Peuple avant que je fusse désigné par ses suffrages, avant même que vous eussiez proclamé la Constitution, droits que TOUS avez arbitrairement , abusivement , frauduleusement sacrifiés et méconnus.
« Par votre article 49 , vous obligez le président de la République à j)r^er serinent d la Constitution^ en présence de r Assemblée nationale,
« Je suis prêt à jurer devant Dieu et les hommes, mais à condition que vous prêterez à votre tour serment entre mes mains. Car les pouvoirs de TÉtat sont égaux , émanés tous deux du suffrage universel, également soumis à la Constitution, et réciproquement responsables, comme douille manifestation de la souveraineté du Peuple. Pourquoi , je vous le demande, le président de la République serait-il tenu de jurer quand les représentants ne jurent pas?
« Par votre article 48, vous limitez la durée de la présidence à quatre ans, de même que, par l'article 31 , vous avez borné à trois années la durée de votre propre mandat. A cela je n'ai rien à dire. Mais vous ajoutez que le président de la République ne pourra être réélu qu'au bout de quatre autres années , pendant que les représentants demeurent , eux , toujours et indéfiniment rééligibles.
« Je serais indigne des suffrages du Peuple si je ne m'opposais à cette inégalité de conditions entre les pouvoirs, à
celle insultante cbiitraclictîoii. Ou je suisvotre égal, citoyens représentants, ou je ne suis rien : je m'en réfère à l'article 19.
a Vous dîtes j article 50 : Le président dispose de la force àrtMè sans pouvoir jamais la commander en personne.
« Je vous demanderai, citoyens, comment vous accordez ensemble la libre àisposûion et la privation de l'autorité ; l'interdiction du commandement et la qualité de chef du pouvoir exécutif^ et, qui plus est, de chef responsable ? Qui donc commandera, si je ne commande? Sera-ce vous, citoyens? sera-ce le pouvoir législatif f Entre vous et moi, il n'existe pas, il ne peut exister d'autorité mitoyenne : je demande la réforme de cet article.
a L'article 53 porte :
« Le président de la Rfpuhlique négocie et ratifie les Traités. -^ Mais, ajoute-t-il aussitôt, aucun traité n'est définitif qu après avoir été approuvé, par V Assemblée nationale»
a Quelle différence, je vous prie, mettez-vous entre l'opprobation et la ratification?... Évidemment, ce n'est plus ici le pouvoir exécutif qui exécute , c'est l'Assemblée. Car l'approbation , c'est tout. Que diriez-vous d'un conseil de surveillance qui, dans une société en commandite , ferait acte d'administration? Vous diriez que dans cette société les pouvoirs ne sont pas divisés, mais confondus ; que surveillance et gérance étant même chose, ne sont plus rien... Je demande , sur l'article 53 , que le second jparagraphe soit supprimé.
c( Art. 54. // veille à la défense de l'Etat, mais il ne peut entreprendre aucune guerre sans le consentement de l'Àssem-' blée nationale.
a Donc encore, c'est l'Assemblée nationale qui veille à la défense de l'État; ce n'est pas le président de la République, qui n'est plus qu'une sentinelle en faction devant l'ennemi*
(( Ou conservez par devers vous tous les pouvoirs, citoyens Représentants; ou bien, si la charge vous semble trop lourde, et que vous teniez à la Constitution, vous sup-
primerez le second membre de cet article, qui, sanâ cela, serait une violation flagrarile du principe constitutionnel.
a Art. b^.llale droit de faire grâce, biais il ne peut exercer ce droit qu'après avoir pris l'avis du conseil d*État, -— Les amnisties ne peuvent être accordées que par une loi.
a Toujours des mot* / — Mais le conseil d*État est votre créature, citoyens Représentants ; mais le conseil d'État est un bureau établi par vous, afin de vous assister dans vos travaux ; qoiais si le président de la Répub%ue doit, pour l'exercice de son autorité, prendre Tavis du conseil d'État, le président de la République n'est plus que le procureur de l'Assemblée nationale ! Croyez-moi, rayez ce tnais et ce qui s'ensuit.
a Par les articles 57 et S8, sous prétexte que vous seuls avez le droit de légiférer, vous ôtez au président de la République le droit de faire opposition à vos décrets, alors même qu'il les trouverait inexécutables, et ne lui accordez qu'un mois pour la promulgation.
« Ceci est de la tyrannie, citoyens Représentants. Si vous pensiez que le chef du pouvoir exécutif dût répondre de l'exécution de lois qu'il n'aurait point faites, tandis que les auteurs mêmes de la loi demeuraient irresponsables, il follait retenir par devers vous l'exécutif aussi bien que le législatif, et supprimer la Constitution. Citoyens, vous allez faire de deux choses Tune : ou vous accorderez le veto au président de la République ; ou bien, à défaut du veto, vous vous donnerez à vous-mêmes une seconde Chambre pour contrôle et contrepoids ; sans cela, nous ne pouvons marcher d'accord et je déclare dès aujourd'hui que je m'oppose à la promulgation de vos lois, je ne les exécuterai pas.
a Art. 59. -* A défaut de promulgation par le président de la République, dans le délai déterminé par l'article précédent, il y sera pourvu par le président de V Assemblée nationale,
« Usurpation de pouvoirs, conflit d'autorités. Je vous dé-
féttdsy citoyens Représentants, de promulguer quoi que ce soit ; sinon, je m'oppose à vos délibérations.
« Art; 65. Il a le droit de suspendre^ pour un délai qui ne pourra excéder trois mois, les agents du pouvoir exécutif élus par les citoyens,
a Suis-je donc le chef du pouvoir exécutif, ou n'en suisje que Yinstrument? Suis-je responsable ou non?... Je demande formellement la suppression de cette incidente, pour un délai qui ne pourra excéder trois mois,
a II ne peut les révoquer que de l'avis du conseil d'État,
a Je vous défends, une fois pour toutes, à vous et à votre conseil d'État de vous ingérer dans mes attributions.
«Art. 68. Le président de la République, les ministres, etc., sont responsables.
a Je vous rappelle, citoyens Représentants, au principe de la séparation et de l'égalité des pouvoirs. — Ou le président de la République ne répondra de l'exécution que comme l'Assemblée nationale répond de la législation ; c'est-à-dire que sa personne sera déclarée constitutionneliement inviolable, et élevée au-dessus de toute responsabilité effective ; ou bien il participera à la confection de la loi, et la loi résultera du concours des deux pouvoirs, comme disait notre ancien droit public : Lex fit consensu populi et constitutione régis» Vous ne pouvez sans injustice, sans péril pour l'autorité présidentielle et pour l'ordre public, le vouloir autrement.
a Toute mesure par laquelle le président de la République dissout l'Assemblée nationale , la proroge ^ ou empêche l'exercice de son mandat est un crime de haute trahison.
a Ajoutez donc, citoyens Représentants :
a Tout empiétement de la part de l'Assemblée nationale a dans les attributions du président de la République; « toute usurpation de ses pouvoirs, tout empêchement « à l'exercice de son autorité, est un crime de haute « trahison. »
« Par ce seul fait, h Président est ikhuy le pouvoir exécutif revient de plein droit à VAsséYnbtée nationale»
a Je demande la radiation de ces mots : Le pouvoir exécutif revient de plein droit à l'Assemblée notionalcy comme inconstitutionnels, et impliquant] cette idée anarchiqué que le pouvoii* exécutif est une délégation du législatif.
Art. 75. Le conseil d'État est consulté sur les projeta de loi du gouvernement.
a Oui, si tel est le bon plaisir du président de là République. »
<ï II (lé coilseii d*Élal) propose les règlements d'admifUstration publique.
« Oui, encore, lorsqu'il eii sera requis par le Président. »
« Il fait seul ceux de ces règlements à V égara desquels t Assemblée nationale lui a donné une délégation spéciale.
et Je renouvelle à votre conseil d'État, toutes inhibitions et défenses d'intervenir en rien dans l'administration, dont je suis seul chef plénipotentiaire et responsable.
« Tels sont les principaux articles de là Constitution pour ksquels je requiers une révision immédiate, avec les modifications indiquées par moi.
« Mais ce n'est pas tout, Citoyens.
a Le décret du 28 octobre, par lequel vous avez fixé le jour de mon élection, et auquel je dois l'insigne honneur de représenter devant vous le peuple français, ce décret renferme une série de nullités sur lesquelles j'appelle votre attention patriotique.
a Le jour où vous avez voté la Constitution, citoyens Représentants, ce jour-là, bien que non encore appelé, bien que non élu, j'existais. J'existais, dis-je, avec la plénitude de mes droits, comme l'enfant au sein de sa mère existe avec là plénitude des droits du fils de famille. Vous n'étiez plus alors, en attendant ma venue, que les dépositaires de mon autorité, que vous deviez conserver intacte, et me remettre dans son intégrité. Gomment donc avez-vous pu, en
votant le décret pour la nomination du président de la République et la mise à exécution du pacte national, vous réserver pour un temps indéfini, Texercice d'une partie de mes pouvoirs? Comment avez-vous pu donner et retenir? faire à la fois du provisoire et dii définitif; d'un côté amoindrir mon autorité, et puis confisquer le reste ?
« Vous dites dans votre décret :
<( Art. 6. Aussitôt après qu'il aura été proclamé pa^ l'Assemblée nationale, le président de la République exercera les pouvoirs qui lui sont conférés par la Constitution, à V exception toutefois det droits qui lui sont attribués par les articles ^5, 56, 57 e^ 58, le droit de promulgation étant réservé au président de l'Assemblée nationale.
a Usurpation I
a L'Assemblée nationale constituante conservera, jusqu'à l'installation de la prochaine assemblée législative, tous les pouvoirs dont elle est saisie aujourd'hui, sauf le pouvoir exécutif, confié au président,
«Usurpation!
a Art. 7. Jusqu'à la constitution définitive du conseil d'Etat, une commission de trente membres, élus par l'Assemblée, dans les bureaux, au scrutin secret et à là majorité relative, exercera les pouvoirs attribués au conseil d'État par les articles 54-, 64 et 79 de la Constitution.
a Usurpation !
« En vain prétendez-vous que les lois organiques font partie intégrante de la Constitution, que jusqu'à ce que ces lois soient votées, votre mission n'est pas remplie, et que vous gardez la plénitude de vos pouvoirs.
« Les lois organiques sont des lois comme toutes les autres, ainsi que vous l'a dit un homme qui s'y entend, l'honorable M. Barrot. Toutes les lois sont de nature organique, vous dis-je, regardez-y de plus près, et vous en resterez convaincus. .
a Elles sont si bien organiques, qu'il ne vous est pas pos-
sible de détmnmer raHomieneiiieiit le mmbre, Tobjel ni l'importance de celles anxqnelles tous [prétendez réserver cette qualification, et que le provisoire que tous avez ariâtrairement créé pourrait ne jamais finir !
€ On plutôt, la seule chose qui soit véritablement organique, c'est la séparation de nos pouvoirs respectifs. Hors de là, toute loi est loi, indistinctement, et comme telle doit être délibérée en commun entre l'Assemblée nationale qui la Tote, et le président de la République, seul responsable de l'exécution.
a En saisissant le pouvoir qui m'est confié par la Cïonstif ution, je déclare donc solennellement, à l'Assemblée nationale et au Peuple, qu'à dater de ce jour la Consùtution est eu vigueur, et que vos pouvoirs sont expirés. Je vous invile, en conséquence, Citoyens, à vous dissoudre, et à faire place à l'Assemblée législative qui doit vous succéder immédiatement. Des ordres sont donnés pour faire fermer le liea de vos séances!.. » •
Croit-on que l'Assemblée nationale constituante eût quelque chose à répliquer à cela? Et si la politique, qui n'est autre chose que la tactique de l'arbitraire, qui ue vit que de division de pouvoirs et de conflits d'autorités ; si cette politique qui, après six mois de bavardage, est enfin accouchée de la Charte-Marrast, digne sœur de la Charte-Bérard, devait prévaloir dans les conseils du pays, croit-on que le Peuple dûl protester contre les prétentions du président et remuer un pavé pour la défense de ce chef-d'œuvre?
A Dieu ne plaise que j'excite le Peuple au mépris, pas plus qu'à l'émeute, pour ce chifibn de papier qu'il appelle aujourd'hui sa Constitution ! Et puisque nous sommes condamnés, de par la politique, à prendre parti sur cette ridicule question de la présidence, puisque nous avons lamain forcée, à Dieu ne plaise que je conseille aux citoyens de rester dans l'inaction.
La politique l'a voulu : il faut voter! Votons donc, non
pour choisir^ mais pour protester. Votons, puisque la monarchie est à nos portes, et que chaque vote qui se dérobe donne une chance de plus au candidat monarchique. Votons, par égard pour nos législateurs, par respect pour Tordre et la paix publique ! Votons : mais n'oublions pas que si, aux termes de la Constitution, la présidence, la royauté, aurait tout droit contre TÂssemblée nationale, ce droit tombe devant la souveraineté du Peuple, qui seul peut dire en quelle mesure il entend donner son pouvoir et conférer son autorité.
manifeste électoral da PimPUb
Le comité électoral central , composé des délégués des quatorze arrondissements de la Seine , à TefFet de préparer rélection du président de la République, vient de terminer ses opérations.
Le citoyen Raspail, représentant du Peuple, a été désigné à l'unanimité pour le candidat à la présidence du parti républicain, démocratique et social.
Le comité central publiera incessamment sa circulaire aux électeurs.
Pour nous , qui avons adbéré d'esprit et de cœur à cette candidature ; qui, dans cette circonstance, avons jugé nécessaire, pour la dignité de nos opinions, de nous séparer des autres fractions moins avancées de la démocratie , nous croyons devoir rappeler ici quels sont nos principes : ce sera la meilleure manière de justifier notre conduite.
Nos principe*.'
Dé tout temps les hommes qui, pour arriver au pouvoir, ont recherché le suffrage populaire , ont abusé les masses par de prétendues déclarations de principes qui , dans le fond, n'ont jamais été que des déclarations de PROMBstBs !
De tout temps les ambitieux et les intrigants ont promis au Peuple,, en phrases plus ou moins sonores :
La K6er^^, V égalité^ \di fraternité ;
Le travail, la famille, la propriété, le progrès;
Le crédit, l'instruction, l'association, l'ordre et la paix ;
La participation au gouvernement, l'équitable répartition de l'impôt, l'administration honnête et à bon marché, la
justice juste, Tégalîté progressive des fortunes, raffranchîssement du prolétariat, l'extinction de la misète !
II ont tant promis , qu'après eux , il faut l'avouer, il ne 1 este rien à promettre.
Mais aussi qu'ont-ils tenu? C'est au Peuple de répondre : Rien!..
Les vrais amis du Peuple doivent changer d'allure désormais. Ce que le Peuplé attend de ses candidats, ce qu'il leur demande, ce ne sont plus des promesses, ce sont des
HOTENS.
C'est sur les moyens qu'ils proposent qu'il faut juger les hommes : c'est ainsi que nous demandons qu'on nous juge.
Démocrates-socialistes, nous ije sommes, à vrai dire, d'aucune secte, d'aucune école ! Ou plutôt, s'il fallait à toute force nous classer nous-mêmes, nous dirions que nous sommes de l'écoîe critique. Le socialisme n'est point pour nous un système ; c'est tout simplement une protestation. Toutefois, nous croyons que des travaux socialistes il s'est dégagé un ensemble de principes et d'idées en opposition avec la routine économique, et qui ont passé dans la foi populaire : et c'est pour cela que nous nous disons socialistes. Faire profession de socialisme, et ne rien accepter du sociar lisme, comme le font de plus habiles, ce serait nous moquer du peuple et abuser de sa crédulité.... Ce n'est pas tout d'être républicain ; ce n'est pas tout de reconnaître que la République doit s'entourer d'institutions sociales ; ce n'est pas tout d'écrire sur son drapeau : République démocratique et sociale , il faut marquer nettement la différence de l'ancienne société d'avec la nouvelle ; il faut dire ce qu'a produit de positif le socialisme ; en quoi et pourquoi la révolution de Février, qui en est l'expression, est une révolution sociale. Rappelons d'abord le dogme fondamental, le dogme put du socialisme.
Le socialisme a pour but Taffranchissement du prolétariat et l'extinction de la misèbe , c'est-à-dire l'égalité effective
des conditions parmi les hommes. Sans égalité ^ il y aura toujours misère, toujours prolétariat.
Le socialisme, égalitaire avant tout, est donc la formule démocratique par excellence. Si des politiques moins sincères éprouvent quelque répugnance à l'avouer, nous respectons leur réserve ; mais il faut qu'ils le sachent j à nos yeux ils ne sont point démocrates.
Or, quelle est la cause de l'inégalité ?
Cette cause, selon nous, a été mise en lumière par toutes les critiques socialistes qui se sont succédé, notamment depuis Jean-Jacques ; cette cause est la réalisation dans la société de cette triple abstraction : Capital , — travail , — talent.
C'est parce que la société s'est divisée en trois catégories de citoyens correspondantes aux trois termes de cette formule ; c'est-à-dire parce que l'on a fait une classe des capitalistes ou propriétaires, une autre classe des travailleurs, et une troisième classe des capacités , que l'on est arrivé constamment à la distinction des castes, et que la moitié du genre humain a été l'esclave de l'autre.
Partout où l'on a prétendu séparer de fait, organiquement, ces trois choses, le capital, le travail et le talent, le travailleur a été asservi : il s'est appelé tour à tour esclave , serf, paria, plébéien, prolétaire ; — le capitaliste a été exploiteur : il se nommait tanlôt patricien ou noble, tantôt propriétaire ou bourgeois ; — l'homme de talent a été un parasite, un agent de corruption et de servitude ; c'a été d'abord le prêtre, plus tard le clerc, aujourd'hui le fonctionnaire public, toute espèce de capacité et de monopole.
Le dogme fondamental du socialisme consiste donc à résoudre la formule aristocratique : Capital-Travail-Talent en celle-ci plus simple : travail 1-^à faire, par conséquent, que tout citoyen soit en même temps, au même titre et dans un même degré, capitaliste, travailleur, et savant ou artiste.
Le producteur et le amsommateury dans la réalité des
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choses Comme dans la science économique, c'est toujours le même personnage, considéré seulement de deux points de Tue différents. Pourquoi n'en serait-il pas de même du capitaliste et du travailleur? du travailleur et de Tartiste? Séparez ces qualités dans l'organisation sociale, vous créez fatalement les castes , l'inégalité , la misère ; unissez-les , au contraire, dans chaque individu : vous avez Fégalité , vous avez la République.
C'est encore ainsi que dans Tordre politique doivent s'effacer un jour toutes ces distinctions de gouvernants et gouvernés, administrateurs et administrés , fonctionnaires publics et contribuables, etc. Il faut, parle développement de ridée sociale , que chaque citoyen soit tout : car, s'il n'est pas tout, il n'est pas libre ; il souffre oppression et exploitation en quelque endroit.
Quel est donc le MOYEN d'opérer cette grande fusion?
Le moyen, il est indiqué par le mal même.
Et d'abord, tâchons de mieux définir encore, s'il est possible, le mal.
Puisque le prolétariat et la misère ont pour cause organique la division de la société en deux classes : l'une qui travaille et ne possède pas ; l'autre qui possède et ne travaille pas, qui, par conséquent, consomme sans produire ; il s'ensuit que le mal dont souffre la société consiste dans cette fiction singulière, que le capital est, par lui-même, productif ; tandis que le travail, par lui-même, ne l'est pas. En effet, pour que les conditions fussent égales, dans cette hypothèse de la séparation du travail et du capital , il faudrait que , comme le capitaliste recueille par son capital, sans travailler ; de même le travailleur pût recueillir par son travail, sans capital. Or, c'est ce qui n'arrive pas. Donc l'égalité, la liberté, la fraternité sont impossibles dans le régime actuel ; donc la misère et le prolétariat sont la conséquence fatale de la constitution présente de la propriété.
Quiconque le sait et ne Tayoue pas, ment également à la bourgeoisie et au prolétariat ;
Quiconque sollicite les suffrages du Peuple et dissimule avec lui, n'est ni socialiste ni démocrate.
Nous le répétons :
La productivité du capital, ce que le christianisme a condamné sous le nom d' usure , telle est la vraie cause de la misère, le vrai principe du prolétariat, l'élernel obstacle à l'établissement de la République. Point d'équivoque, point d'imbroglio, point d'escobarderie ! Que ceux qui se disent démocrates-socialistes signent avec nous cette profession de foi ; qu'ils adhèrent à notre communion : à ce signe, mais à ce signe seulement , nous reconnaîtrons en eux des frères, de véritables amis du P^ple ; nous souscrirons à tous leurs actes.
Et maintenant, le moyen d'extirper le mal, de faire cesser l'usure, quel est-il? Sera-ce d'attaquer le produit net, de nous emparer du revenu ? sera-ce , en professant le plus grand respect pour la propriété , de ravir par l'impôt , à mesure qu'elle s'acquiert par le travail et se consacre par la loi, la propriété?
C'est ici surtout que les vrais amis du Peuple se distinguent de ceux qui ne veulent que commander au Peuple ; c'est ici que les vrais socialistes se séparent de leurs perfides imitateurs.
Le moyen de détruire l'usure , ce n'est pas , encore une fois, de confisquer l'usure ; c'est d'opposer principe à principe, c'est, en un mot, d'organiser le crédit.
Organiser le crédit, pour le socialisme, ce n'est point emprunter à intérêt , puisque ce serait toujours reconnaître la suzeraineté du capital ; c'est organiser la solidarité des travailleurs entre eux, c'est créer leur garantie mutuelle, d'après ce principe d'économie vulgaire, que tout ce qui aune valeur d'échange peut être un objet d^ échange, peut^ par con- >séquent, donner matière à crédit*
De même que le banquier fait crédit de ses écus au négo^ ciant qui lui en paie intérêt;
Le propriétaire foncier crédit de sa terre au paysan qui lui paie un fermage ;
Le propriétaire de maison crédit d'un logement au locataire qui en paie loyer ;
Le marchand crédit de sa marchandise à la pratique qui achète à terme ;
De même le travailleur fait crédit de son travail au patron qui le paie à la fin du mois ou à la fin de la semaine. Tous tant que nous sommes , nous nous faisons réciproquement crédit de quelque chose : ne dit-on pas , vendre à crédit , travailla à crédit y boire, manger à crédit ?
Donc, le travail peut donner crédit de lui-même, il peut être créancier comme le capital.
Donc encore deux ou plusieurs travailleurs peuvent se faire crédit de leurs produits respectifs, et s'ils s'entendaient pour des opérations suivies de ce genre , ils auraient organisé entre eux le crédit.
C'est ce qu'ont admirablement compris les associations ouvrières, qui spontanément, sans commandite, sans capitaux, se forment à Paris et à Lyon, et par cela seul qu'elles se mettent en rapport les unes avec les autres^ qu'elles se font crédit, organisent, comme l'on dit, le travail. En sorte que, organisation du crédit, organisation du travail, association, c'est une seule et même chose. Ce n'est pas une école, ce n'est pas un théoricien qui dit cela : c'est le fait actuel, le fait révolutionnaire qui le prouve. Ainsi l'application d'un principe conduit le Peuple à la découverte d'un autre, une solution obtenue amène toujours une autre solution.
Si donc il arrivait que les travailleurs s'entendissent sur tous les points de la République, s'organisassent de la même manière, il est évident que, maîtres du travail, et produisant incessamment, par le travail, de nouveaux capitaux, ils auraient bientôt reconquis^ par leur organisation et leur con*
currence, le capital aliéné ; ils attireraient à eux, d*abord la petite propriété , le petit commerce et la petite industrie ; pois la grande propriété et les grandes entreprises ; puis les exploitations les plus vastes, les mines, les canaux, les chemins de fer : ils deviendraient les maîtres de tout par Tadhésion successive des producteurs et la liquidation des propriétés, sans spoliation ni rançonnement des propriétaires.
Par cette organisation du travail et du crédit s'opérerait l'alliance de Tagriculture et de Tindustrie , maintenant en perpétuel antagonisme. Car, qui peut faire crédit au laboureur, si ce n'est l'industriel? Et quel sera le débouché de l'agriculture, si ce n'est l'industrie?
Telle est l'œuvre commencée spontanément sous nos yeux par lé Peuple, œuvre qu'il poursuit avec une admirable énergie , à travers toutes les difficultés de la chicane et les plus affreuses privations. Et il ne faut pas se lasser de le dire , ce ne sont pas les chefs d'école qui ont commencé ce mouvement, ce n'est pas l'État qui a donné la première impulsion, c'est le Peuple. Nous ne sommes ici que ses interprètes. Notre foi, la foi démocratique et sociale, n'est déjà plus une utopie, c'est une réalité. Ce n'est point notre doctrine que nous prêchons ; ce sont les idées populaires que nous prenons pour thèmes de nos développements. Ceux-là ne sont pas des nôtres, qui le méconnaissent, qui nous parlent d'association et de République, et qui n'oseot avouer pour leurs frères les vrais socialistes, les vrais républicains.
Dévoués depuis dix ans à cette idée , nous n'avons pas attendu le triomphe du Peuple pour nous ranger avec lui ; nous n'avons pas attendu la résurrection du Ghi'ist , pour croire à la divinité de sa mission.
Que le gouvernement, que l'Assemblée nationale, que la bourgeoisie elle-même nous protège et nous assiste dans l'accomplissement de notre œuvre, nous en serons reconnaissants, mais qu'on ne cherche plus à nous distraire de ce que
nous regardons comme les vrais intérêts du Peuple ; qu'on n'essaie pas de nous leurrer par de vains semblants de rér forme. Nous sommes trop éclairés pour être encore dupes, nous savons mieux comment va le monde que les hommes politiques qui nous honorent de leurs remontrances.
Nous serions heureux que l'État , par des allocations prises sur le budget, contribuât à Témancipation des travailleurs : nous ne verrions qu'avec méfiance ce que Ton appelle organisation du crédit par l'État, et qui n'est, selon nous, que la dernière forme de l'exploitation de l'homme par l'homme. Nous repoussons le crédit de l'État , parce que l'État, endetté de huit milliards, ne possède pas un centime dont il puisse donner crédit; parce que sa commandite ne repose que sur un papier à cours forcé ; parce que le cours forcé entraîne fatalement la dépréciation , et que la dépréciation atteint toujours le travailleur de préférence au propriétaire; — parce que nous, producteurs associés ou en voie d'association , nous n'avons besoin ni de l'État, ni de cours forcé pour organiser nos échanges ; parce qu'enfin le crédit par l'État est toujours le crédit par le capital, non le crédit par le travail , toujours la monarchie , non la démo* cratie.
Dans le système qu'on nous propose, et que nous repoussons de toute l'énergie de nos convictions, l'État, pour donner crédit , doit au préalable se procurer des capitaux. Ces capitaux, il faut qu'il les demande à la propriété, parla voie de l'impôt. C'est donc toujours revenir au principe , alors qu'il s'agit de le détruire ; c'est déplacer la richesse tandis qu'il faudrait la créer ; c'est retirer la propriété, après l'avoir déclarée par la Constitution inviolable. Que d'autres, aux idées moins avancées et moins suspectes , à la morale moins méticuleuse^ appuient de telles idçes, nous n'accuserons point leur tactique. Qîiant à nous, qui ne faisons point la guerre aux riches, mais aux principes; nous que la contrerévolution ne cesse de calomnier, nous devons être plus
rigoristes. Nous sommes des socialistes , nous ae sommes pas des spoliateurs.
Nous ne voulons pas de Timpôi progressif, parce que l'impôt progressif est la consécration du produit nc^, et que nous voulons abolir, par l'association, le produit net; — parce que si Timpôt progressif n'enlève pas au riche la totalité de son revenu, il n'est qu'une concession faite au prolétariat, une sorte de racbat du droit d'usure , en un mot une déception ; et que s'il prend tout le revenu , il est la confiscation de la propriété , l'expropriation sans indemnité préalable et sans utilité publique.
Que ceux-là donc qui se disent , avant tout, hommes politiques , invoquent l'impôt progressif comme une représaille vis-à-vis de la propriété, comme un ebàthneiit à l'égoïsme bourgeois : noua respectons leiirs intentions, et si jamais il leur est donné d'appliquer leurs principes, nous laisserons passer la justice de Dieu., Pour nous, représentants de ceux qui ont tout perdu au régime du capital, Timpôt progressif , précisément parce qu'il est une restitution forcée, nous est interdit ; nous n*en ferons' jamais îa proposition au Peuple. Nous sommes des socialistes, des hommes de réconciliation et de progrès ; nous ne demandons ni i^ction, ni loi agraire.
Nous ne voulons pas de l'impôt sur les rentes de TÉtàt , parce que cet impôt n'est, comme l'impôt progressif, vis-àvis des rentiers, qu'une confiscation, et vis-à-vis du Peuple, qu'une transaction , une duperie. Nous croyons que l'Étal a le droit de rembourser ses dettes , par conséquent d'emprunter à plus faible intérêt : nous ne pensons pas qu'il lui soit permis, sous prétexte d'impôt, de manquer à ses engaments. Nous sommes des socialistes, nous ne sommes pas des banqueroutiers.
Nous ne voulons pas de l'impôt sur les successions, parce que cet impôt n'est aussi qu'un retrait delà propriété, et que la propriété étant un droit constitutionnel recomiu de
idut le monde y il fa»t respecter en elle le vœu de la majorité ; pabee que ce serait une atteinte à la famille ; parce que nous n'avons que faire , pour émanciper le prolétariat , de cette nouvelle hypocrisie. La transmission des biens^ sous la loi de Fassoeiation^ ne s'appliquant point aux instruments du travail , ne peut devenir une cause d'inégalité. Laissez .donc aller la forteine du propriétaire défunt à sa parenté la plus éloignée^ souvent la plus pauvre. Nous sommes des socialistes ^ nous ne sommes pas des captateurs de successions.
Nous ne voulons pas de Timpôt sur les objets de luxe y parce que ce serait frapper les industries de luxe ; parce qiie les produits de luxe sont Vexpression même du progrès; parce que, sous Tempire du travail et avec la subordination du capital, le luxe doit descendre à tous les citoyens sans exception. Pourquoi, après avoir encouragé la propriété, punirions-nous de leur jouissance les propriétaires? Nous sommes des socialistes, nous ne sommes pas des en« vieux.
L'impôt est la contribution de chaque travailleur aux charges de la communauté : l'impôt a donc pour base naturelle le jprodml. Ce sont quelques centimes pour cent à ajouter au prix de revient de tout ce qui circule et qui se consomme. Quant à la terre et aux capitaux, ils ne peuvent être imposés qu'autant qu'ils sont appropriés : la contribution directe n'est autre chose que le prix de la tolérance accordée au propriétaire. Puis donc que dans Tassociation universelle la propriété de la terre et des instruments de travail est utte propriété sociale, il s'ensuit que l'impôt direct doit être à peu près aboli, comme consécration du pri^^ilége, signe de féodalité et d'usure. C'est tout le contraire de ce que nous proposent les néophytes de la démocratie sociale.
Les frais de perception de l'impôt coûtent en ce moment à l'État plus de 50 millions. — Avec l'association, telle que le Peuple l'a conçue et telle qu'il l'exécute, ces frais peuvent
et doivent se réduire à rien. Qu'en disent les nouveaux socialistes, défenseurs officieux, mais peu intelligents^ de la propriété î
La douane, c'est-à-dire la protection du trayail national , coûte au pays vingt-six millions. Avec rorganisation du crédit, (elle que la suppose le principe socialiste, les Peuples auraient tout à la fois le libre échange et l'égal échange. Le travail serait protégé par cela seul qu'il ne pourrait se donner que contre du travail : la protection coûterait zéro. Ce n'est pas une simple révision des tarifs de douane que demande le socialisme, à l'exemple de ses jeunes amis : c'est leur complète abolition.
Nous ne voulons pas de l'exploitation par l'État des mines, des canaux et des chemins de fer : c'est toujours de la monarchie , toujours du salariat. Nous voulons que les mines, les canaux , les chemins de fer, soient remis à des associations ouvrières , organisées démocratiquement , travaillant sous la surveillance de l'État, aux conditions établies par l'État, et sous leur propre responsabilité. Nous voulons que ces associations soient des modèles proposés à l'agriculture, à l'industrie et au commerce, le premier noyau de cette vaste fédération de compagnies et de sociétés, réunies dans le commun lien de la République démocratique et sociale.
Nous ne voulons pas plus du gouvernement de l'homme par l'homme que de l'exploitation de l'homme par Thomme : ceux qui prennent si vite la formule socialiste y ont-ils réfléchi?
Nous voulons l'économie dans les dépenses de l'État , de même que nous voulons la fusion complète, dans le travailleur, des droits de l'homme et du citoyen, des attributs dn capital et du talent. C'est pour cela que nous demandons certaines choses que le socialisme indique, et que les hommes qui se prétendent plus spécialement politiques ne comprennent pas.
La politique tend à spécialiser et multiplier indéfiniment les emplois ; le socialisme tend à les fondre les uns dans les autres.
Ainsi, nous croyons que la presque totalité des travaux publics peut et doit être exécutée par Tarmée ; que cette participation aux travaux publics est le premier tribut que doit payer à la patrie la jeunesse républicaine ; qu'en conséquence le budget de là guerre et celui des travaux publics font double emploi. C'est une économie de plus de 100 millions; la politique ne s'en soucie pas.
On parle d'enseignement professionnel. — Nous croyona que l'école d'agriculture, c'est l'agriculture ; l'école des arts, métiers et manufactures; c'est l'atelier; l'école du commerce, e'est le comptoir ; l'école des mines, c'est la mine; l'école de navigation, c'est le navire; l'école d'administration, c'est l'administration, etc^
L'apprenti est aussi nécessaire au travail que le compagnon : pourquoi le mettre à part dans une école? Nous voulons la même éducation pour tous : à quoi bon ces écoles, qui, pour le Peuple, ne sont que des écoles d'aristocrates , et pour nos finances un double emploi? Organiser l'association, et du même coup, tout atelier devenant école, tout travailleur est maître, tout étudiant apprenti. Les hommes d'élite se produisent aussi bien et mieux au chantier qu'à la salle d'étude.
Même chose dans le gouvernement.
H ne suffit pas de dire que l'on est opposé à la présidence, si l'on n'abolit les ministères, éternel objet de l'ambition politique. C'est à l'Assemblée nationale d'exercer, par l'organisation de ses comités, le pouvoir exécutif, comme elle exerce, par ses délibérations en commun et ses votes, le pouvoir législatif. Les ministres, sous-secrétaires d'Etat, chefs de division, etc., font double emploi avec les représentants, dont la vie désœuvrée, dissipée, livrée à l'intrigue et à l'ambition, est une cause incessante d'embarras pour
radihinislration^ de mauvaises lois pour là société^ de stériles dépenses pour TEtat.
Que nos jeunes recrues se le mettent dans Fesprit : le socialisme est le contraire du goavemementalisme. Gela est aussi yieux pour nous que le précepte : Ewtre maitre et serviteur, point de société.
Nous voulons, à côté du sufiro^e universel, et coname conséquence de ce suffrage, rapplièatioti du mandat impératif. Les hommes politiques y répugnent 1 Ce qui vetit dire qu'à leurs yeux le Peuple, en élisant des représentant^ ne se donne point des mandataires, il aliène sasouveréîiieté!.*. Â coup sûr, ce ia'est pas là du socialisme, ce n'est pas même de la démocratie.
Nous voulons la liberté illimitée de Themme et do ci-> toyen, sauf le respect de la liberté d'autrui : Liberté d'association, Liberté de réunion, Liberté des cultes, Liberté de la presse, Liberté de la pensée et dé la parole, Liberté du travail, du commerce et de Tindustrie, Liberté de renseignement, ' En un mot, liberté absolue.
Or, parmi ces libertés il en est toujours quelqu'une ^é la vieille politique n'admet pas, ce qui entraîne la ruine de toutes! Nous dira«t-on, une fois, èî Voû veut la liberté avec exception ou sans exception?
Nous voulons la famille : où soiit ceux qui la respectent plus que nous?... Mais nous ne prenons pas la famille pour type de la société. Les défenseurs de la monarchie nous ont appris que c'était à l'image de la famille que les monarchies s'étaient constituées. La famille est l'élément patriarcal ou dynastique, le rudiment de la royauté : le type de la société civile est la société fraternelle. Nous voulons la propriété, mais ramenée à Ses justes
i)orûe8, c'est-à-dire à la libre disposition des fruits du travail; la propriété moins i*usurb!... Nous n'avons pas besoin d^en dire davantage. Ceux qui nous connaissent nous en* tendent.
Telle est, en substance, notre profession de foi. La Déetàration des députés de la Montagne nous faisait un devoir de la reproduire, afin qu'on jugeât si c'est nous qui, en n'acceptant pas, sur la recommandation de ses amis, la candidature de l'honorable M. Ledru-Rollin, fedsons défaut à la cause démocratique et sociale, ou si ce sont les auteurs de la Déclaration qui sont en retard sur le socialisme.
^ Nous reîidons justice aux tendances de la jeune Montagne, nous applaudissons à ses efforts, nous prenons acte de ses progrès. La Montagne, aujourd'hui, va au prophète ; la politique se résout dans le socialisme : quelques pas de plus, et toutes les nuances républicaines sont confondues.
Mais la Montagne n'est guère socialiste que d'intention, bien qu'elle dise le contraire, et que satis doute elle le croie. Le Peuple a lu sa Déclaration, il lira notre Manifeste. Qu'il compare et qu'il juge. Qu'il dise si, devant cette pièce, aussi légère d'idées que compromettante pour nous par sa pt^litique, nous devions nous dissimuler et amener pavillon.
La Montagne, peu ou point socialiste, malgré son envie, est encore peu ou point révolutionnaire, malgré son ardeur. Ses actes politiques, autant que ses idées, le prouvent. * Était-elle révolutionnaire en septembre, aux élections?
Était-elle révolutionnaire en juin ?
Était-elle révolutionnaire en avril?
Était-elle révolutionnaire aux séances du Luxembourg?
Et nous, nous l'avons été autant qu'elle et plus qu'elle en février.
La Montagne se plaint que nous ne soyons ^bls politiques!
Nous répondrons que la Montagne se fait étrangement illusion si elle s'imagine que la politique, sans le socialisme, soit quelque chose. Le socialisme est la politique définie
dans son bot et dans ses moyens. Jusqu'à lui, la politique n'a été que de Thabileté. En deux mots, le socialisme est la chose, la politique est l'homme. D'où U suit que le socialisme peut très bien se passer de la politique, tandis que la politique ne peut pas se passer du socialisme. Nous en prenons à témoignage la profonde médiocrité des actes politiques qui se sont produits, nous ne dirons pas seulement depuis neuf mois, mais depuis dix-huit ans!...
Et maintenant Tenons à cette misérable question de la Présidence.
C'était chose grave assurément, que de savoir, d'une part, si le Peuple devait s'abstenir ou voter ; en second lieu, sous quel drapeau se ferait l'élection, sous quelle profession de foi. Quant au candidat, le premier venu eût été le nôtre.
L'opinion démocratique et sociale devait être directement consultée : la Montagne a agi seule.
Elle publie sa Déclaration, comme Louis XVIII fit sa charte octroyée, sans consulter personne.
Elle pose une candidature à Paris et dans les départements, sans en prévenir.
Puis, quand le comité électoral se forme, elle vient lui dire : Les choses sont trop avancées, la retraite est impossible ! pas de division! La Montagne nous impose à la fois le vote, le programme, le candidat. Elle semble nous dire : Vous viendrez jusqu'ici, vous n'irez pas plus loin. Pour nous servir d'une expression qui a passé dans le style parlementaire, elle escamote, à son profit, le socialisme !
Nous n'insisterons pas sur la question personnelle. Nous regrettons qu'un homme politique (et nous employons ici cette épithète sans ironie) tel que l'honorable M. Ledru- Rollin, ait pu servir d'instrument à de maladroits amis. Nos sympathies personnelles, -nos préférences lui étaient acquises. L'humeur agressive, les injurieuses méfiances de son entourage nous ont rejetés dans l'opposition...
Au reste, nous croyons que cette division, loin de diminuer la force du parti démocratique et social, ne fera que l'augmenter. Dans Tétat actuel des choses, aucun candidat ne pouvait rallier tous les suffrages : des dissentiments trop profonds existent encore entre la démocratie-socialiste de la veille, et celle du lendemain.
Le comité électoral central a décidé, à l'unanimité, de porter candidat à la présidence le citoyen Raspau.
Raspail, l'élu de 66,000 suffrages parisiens, et de 35,000 lyonnais ;
Raspail, le démocrate-socialiste;
Raspail, l'implacable dénonciateur des mystifications politiques ;
Raspail, que ses travaux dans l'art de guérir ont placé au rang des bienfaiteurs de rbumanité.
En adhérant à cette candidature, nous n'entendons point, comme on Ta écrit quelque part de l'honorable M. Ledru- Rollin, donner éventuellement à la République un chbf : loin de là, nous acceptons Raspail comme protestation vivante contre le principe de la Présidence ! nous le présentons au suffrage du Peuple, non parce qu'il est ou se croit possible, mais parce qu'il est impossible; parce qu'avec lui la présidence, image de la royauté, serait impossible.
Nous n'entendons pas davantage, en appelant les voix sur Raspail, jeter à la bourgeoisie, qui redoute ce grand citoyen, un défi. Ce que nous cherchons avant tout, c'est la réconciliation, la paix. Nous sommes dés socialistes, nous ne sommes pas des brouillons.
Nous appuyons la candidature de Raspail, afin d'exprimer plus fortement aux yeux du pays cette idée, que désormais, sous le drapeau de la République, il n'y a plus que deux partis en France, le parti du travail et le parti du capital.
Il ne tiendra pas à nous que le dernier vestige de cette antique division ne soit bientôt effacé.
Arg^miieiit à là Montagne*
ri
Lorsque, le 24 Février, fut formé le goavememetit protl* soîre, les honorables citoyens qui forent appelés à en fiiire partie, et dont plusieurs avaient appartenu juscpie-là à Topioion monarchique constitutionnelle, ne marcbandèreitt point avec la volonté du Peuple. Us sentirent .toas^ ils pro« clamèrent bien haut que Tévénement qui venait de s'accomplir traînait à sa suite quelque chose de plus qu'une Repu* blique, qu'il avait pour conséquence logique et nécessaire une Révolution sociale. Cette idée respirait dans tous leurs décrets.
Lorsque ensuite le gouvernement s'occupa d'envoyer dans les départements des commissaires pour prépareriez esprits à cette grande révolution, qu'il dut remplacer préfets, souspréfets, procureurs-généraux, tout le personnel amovible dont les intentions pouvaient paraître douteuses, ceux qui vinrent offrir leurs services à la République n'hésitèrent point non plus sur le caractère de la Révolution : ils répétèrent tous qu'à leurs yeux elle était sociale;
Lorsque, deux mois après, vinrent les élections^ et que tomba sur le Peuple victorieux l'avalaûche des proffesèions de. foi, les candidats ne manquèrent pas de dire encore, pour la plupart, qu'ils étaient prêts à reconnaître le droit du travailleur. Ils avouaient par là que la Révolution était non seulement politique, mais sociale, qu'elle n'était même politique qu'autant qu'elle était sociale.
La bourgeoisie, à cette époque, s'avouait vaincue. Elle
8eQteH qw le vieux système était brisé, que les pôles de la société étaient intervertis et le centre de gravitation déplacé. Aussi la bourgeoisie en avait pris son parti ; le Peuple pouvait obtenir d'elle alors tout ce qu'il eût voulu : la révolution de février était déclarée, saluée, reconnue socuiB ; on accepttait la définition.
Aujourd'hui même, après toutes les défections, les trahisons; «près la défaîte sanglante du parti démocratique et social, et la restauration de la féodalité mercantile et financière, tout le monde est encore d'accord que la Révolution de février doit, à peine dé nullité, être une Révolution soeia}e« €ar, si elle n'est point une Révolution sociale, elle H'a pas la moindre raison d'existence, elle n'est rien. Toute la question est de savoir si l'on passera outre, je veux dire, » cette Révolution s'accomplira.
Gomment donc, si l'opinion est et n'a jamais cessé d'être nnanimesur le sens et la portée de la Révolution de février, comment ceui qui, pendant quatre mois, furent chargés de Ik conduii^e, ne s'occupèrent-ils que de la faire avorter? '
C!omment, s'ils étaient révolutionnaires et socialistes, après avoir exilé dès le 25 février la Révolution sociale au iiUxerobourç, la laissèrent-ils bafouer, emprisonner, fusiller, le 16 avril, le 15 mai, le 26 juin?...
Comment les homm'es de la Révolution n'ont-ils jamais su que se mettre en travers de la Révolution?
Comment les républicains , sans reproche tant qu'il ne s'agit que de la forme politique, ne sont-ils plus, dès qu'il s'agit de socialisme, que des obscurants et des réacteurs?
Le pays est en ce moment comme le pécheur endurci dont parle TÉcrilure , qui invoque la paix ! la paix ! et qui ne peut jamais trouver la paix. Nous crions : Révolution ! révolution ! mais, grâce à nos hommes politiques , il n'y a point de révolution !
Qu'il nous soit permis de le dire, sans que nous voulions
faire le procès à personne. Si la Révolution est entravée, si même elle n*a pas encore pris commencement, si nous n'en sommes toujours qu'à l'aurore , cela vient de ce que nous ne connaissons pas , ou , pour parler franchement , de ce que nous méconnaissons la matière révolutionnaire , de ce que le but et l'objet de la révolution sociale sont dissimulés, niés. Nous acceptons le nom, nom nouveau, qui amuse la curiosité par son indécision : nous ne voulons pas de la chose, nous détournons les yeux de crainte de l'apercevoir.
Pourtant, il faudrait nous entendre , ou bien nous taire. Que la jeune Montagne, soi-disant démocrate et socialiste, aille dans les clubs et les banquets recruter des voix pour son candidat; qu'elle verse à flots, dans ses toasts, ses manifestes, ses journaux, ses harangues, son éloquence tribuni tienne, tout cela peut témoigner d'une excellente intention, mais tout cela, en vérité, est fort innocent ! Il faut que les montagnards le sachent : ils ne seront rien, ils ne représenteront rien; ni la politique, ni le socialisme, ni la révolution, tant qu'ils n'auront pas confessé , devant la France et devant l'Europe, le but, le véritable but de la Révolution de février.
Or, c'est ce but que nous allons faire connaître pour la centième fois.
Nous le dirons de façon à ce que la Montagne ne puisse s'y méprendre , et que personne ne s'y trompe, de façon à rendre impossible toute équivoque, tout faux-fuyant. L'idée sera si nette, si catégorique, si palpable, qu'il n'y aura plus qu'à se prononcer par oui ou par non, à se déclarer pour ou CONTRE la Révolution.
En 89^ lorsque Siéyès voulut déterminer le mouvement, mettre en branle la Révolution, il commença par en définir l'objet et en montrer le but. Pour cela, son œuvre fut simple. U n'eut qu'à présenter au Peuple le tableau des privilèges ou prétendus droiti^ féodaux, des iniquités féodales^ des turpitudes cléricales; des corruptions royales^ des humilia^tions
sanâ fin du Tiers-État. Et voilà , s'écria-t-il, ce quil s'agit maintenant d'abolir ou de consacrer pour Tétemité.
La réponse fut alors comme la question : elle fut nette et catégorique, et ne se àt pas attendre.
Nous ferons comme Siéyès. Nous présenterons en quelques lignes , claires et précises, le bilan de Texploitation capitaliste, le bilan de la misère du prolétariat. Et nous dirons comme Siéyès : Voilà, ô sublime Montagne, voilà la Révolution! En voulez-vous ou n'en voulez-vous pas?.».
Le Peuple français produit chaque année, pour les besoins de sa subsistance, de son gouvernement et de son luxe, une somme de valeurs d'environ neuf milliards.
Neuf milliards, voilà, au maximum, d'après les approximations les plus dignes de foi , le montant de la production nationale.
C'est avec ces neuf milliards que le Peuple doit subvenir à toutes les nécessités de sa consommation, à toutes les dépenses de son gouvernement, à toutes les fantaisies de ses citoyens.
Ces neuf milliards, s'ils étaient également répartis entre les citoyens, au nombre d'à peu près 36 millions , donneraient pour chacun 250 francs par an, 69 centimes par jour et par tête. — Ainsi chaque famille, composée de quatre personnes, aurait pour vivre, d'après cette moyenne , un revenu de 2 fr. 75 cent., 55 sous par jour.
Mais il s'en faut que la moyenne du revenu ou salaire des travailleurs soit de 55 sous par jour et par famille de quatre personnes.
Sur les neuf milliards de produit annuel, le travail, avant de se payer lui-même, doit rembourser au capital, pour prix de sa prestation bénévole :
4<> Intérêts et frais d'hypothèques, à 8 pour cent en minimum, sur un capital d'au moins 8 milliards, 960 millions
2« Intérêts et frais d'obligations fiduciaires,
A reporter 960 millions»
QMmttltoM
Report à 6 pour ce^t, swr uû çapitel d'au moins
3» Escomptes du comittôroe (commisàf>ï)^^ frw de protêts, etc., etc., compifa), à 8t p« ceat> sur une circulatioa de SW mil-» li$ffds, échéance à trois moisi,
4P Dette publique, floUaute et consolidées^
5» Monts-de-Piété ,
6« Douane, c'est-l-direfirai&de protec-^ tfton du capital national contre la concuï'rence des capitaux étrangers, primes, différentiels, contrebande, etc.,
7* Intérêts d'actions de commandita, évalués à
8^ Loyers et fermages, déduction ftdte des intérêts de la dette hypothécaire, évalués à ^ pour cent, sur un capital de 8 millards,
Q^ Budget de l'État et des communes, déduction faite de la dette publique, __^
Total Ô',3Ô2 millions
Nous disons 6 milliards 302 millions, que le travail doit prélever sur son produit avant d'acheter le premier morceau de pain, pour acquitter les redevances du capital^ les fraiis de prestation du capital, et les charges de l'État.
Sur celte somme de 6 milliards 302 millions, il convient de détruire 1,302 millions pour le service indispensable de la communauté nationale , et l'amortissement des capitaux engagés chaque année dans la production.
Restent donc cinq milliards, net, que coûte chaque année, au peuple travailleur, le parasitisme du capital.
Il suit de là ,
Que sur les neuf milliards de produit annuel, cinq milliards, environ 55 pour cent , plus de la moitié, sont régu-
lièreiiteqt ^xàeyé$ m ^av^il pour rémioératiDO d» «Qrvioe, vrai oa supposé, qu'il tire du capitsd ;
Qu*aiusi la moyçanç de 69 centimes par jour et par léte,. qu'aurait donnée la répartition égale des neuf milliard*, se réduit à 29 centimes ,. soit 1 franc 16 centioiea au 93jK)ii9 par jour, avec lesquels chaque familte çopaposée de quatre personnes doit subsister.
C'est-à-dire qu'un ouvrier qui gagne 19 francs 28 centimes par semaine, pour vivre, lui, sa femme et deux enfants, ne profite en réalité que de 8 francs 12 centimes ; le surplus, soit 11 francs 13 centimes, étant remboursé par lui au maîfre de maison, au boulanger, au boucher, au marchand de vin, au percepteur, etc., etc., pour la rétribution du capital.
Et comme les salaires des travailleurs, ainsi que les re^ venus des capitalistes, sont inégaux , il résulte , en dernière analyse^^ que pour une partie notable du peuple français, le montant du salaire ou revenu est fort au-dessous de 29 cen* times par jour et par tête : il descend aujourd'hui à 5 centimes 5 millièmes, — cinq liabds par jour, en nombre rond, ainsi qu'il résulte des comptes de l'administration , dont les secours aux citoyens dans le besoin sont fixés à 12 centimes et demi , le droit à l'assistante , reconnu par la Constitution, combiné avec le droit de propriété, reconnu également parla Constitution, ne permettant de faire ni moins ni plus.
Cinqjiards par jour, Toilà le minimum que la société garantit à l'ouvrier sans travail ; voilà|)e droit que> s'il faut en croire certains républicains, le Peuple aurait conquis eu février!...
Suivant que les temps sont calmes , que la situation politique semble plus ou moins chanceuse, qu'il plaît au capital de se prêter ou de se refuser, comme dit spirituellement M. Thiers, un nombre plus ou moins considérable de travailleurs se trouve déchu de la moyenne de 29 centimes, et condamné à la portion congrue de cin^ liards !
Or, cette condition du travailleur, dans le régime éconô-» mique actuel, est irrémédiable. Que la population augmente ou qu'elle diminue ; que le travail abonde ou qu'il devienne plus rare, peu importe. La classe qui travaille n'en aura pas moins à payer à celle qui possède :
Tant pour le loyer de la terre.
Tant pour le loyer des maisons et instruments de travail , amortissement non compris,
Tant pour la prestation fiduciaire et hypothécaire des capitaux,
Tant pour l'escompte des marchandises et eSfets de commerce,
Tant pour les rentiers de l'Etat,
Tant pour la protection des capitalistes du pays, contre la concurrence des capitalistes étrangers, autrement la douane,
Tant pour la police, pour les juges, les gendarmes, en un mot pour l'État.
Quoi qu'il fasse, et de quelque manière qu'il s'y prenne, le travailleur, tant qu'il est placé sous la commandite du capital, est comme l'abeille que le paysan héberge, comme la brebis à qui il donne une étable. Il faut qu'il paie au capitaliste, pour le loyer du capital, 55 pour cent de son miel, de sa laine et de son lait ; et s'il fait la mauvaise tête , s'il s'avise de chagriner son doux seigneur, qu'il se contente pour vivre de cinq liards par jour. Cinq liards ! voilà ce que gagne le travailleur à vivre en domesticité, comme les moutons et les mouches, au lieu de vivre en homme libre ï
La Montagne , qui répand partout , à l'intérieur et a l'étranger, que nous sommes un Hébert, un Chaumette, un faux frère, vendu à Gavaignac, ^ que veut-elle donc qu'il fasse de nous, Gavaignac? — la Montagne, qui nous appelle orgueilleux , impolilique , rêveur, endornieur, enlraveur, ap<Mre de l'individualisme , de Tégoïsme ; homme à idées fixes, mauvais citoyen, semeur de^izanie, auteur et fauteur
de la scission arrivée entre elle et le socialisme , contrerévolutionnaire, que sais-je? défenseur de la propriété, c'est tout dire!... la Montagne a-t-elle jamais, dans sa sagesse, réfléchi snr tout cela? Sait- elle ce que c'est que le travail et ce que c'est que le capital?...
Supposez, par contre, que la fonction, parfaitement inutile, suivant nous, de capitaliste , soit abolie, comme furent abolies en 89 celles de moine et de noble ; — que tout travailleur devienne à lui-même son propre capitaliste, comme en 89 tout citoyen devint son propre suzerain, que résulterait-il de là?
D'abord, les cinq milliards prélevés aujourd'hui sur les travailleurs par les capitalistes , resteraient à ceux qui les produisent.
En second lieu , les citoyens vivant actuellement du capital seraient amenés à prendre part au travail, par conséquent à produire eux-mêmes cinq milliards qu'ils dévorent, ce qui porterait immédiatement la production de neuf milliards à quatorze.
Enfin, par la suppression de toutes les entraves capflalistes, de tous les droits sur la production, la circulation et la consommation , droits perçus tant par les détenteurs de capitaux que par l'État, le travail serait augmenté de moitié, et, par conséquent, la richesse annuelle doublée.
En sorte que le revenu moyen du travailleur, qui, par les déductions à faire au profit du capital, n'est aujourd'hui, quand les^ affaires vont bien et que le travail ne manque pas, que de 1 fr. 16 centimes par jour et par famille de quatre personnes, et seulement de 22 centimes quand il y a chômage ; — ce revenu, désormais assuré, continu, équitablement réparti, serait de 5 fr. 52 centimes, soit, par année, 2,014 fr. 80 centimes, au lieu de 423 fr. 40.
Par le doublement de la production et l'égale répartition, le bien-être ou revenu moyen du travailleur serait presque quintuplé!
Voilà, quant à nous, ce qu'est la matUre rétoïutionnaire, le but et Yobjet de la Révolution de février. Pas n'est besoin, pour comprendre cela, d'être d'aucune école. Le communisme, le fouriérisme, n'ont rien à voir ici : il n'y a là dedans ni utopie ni système. C'est de la plus palpable réalité. Ou cela, ou rien. La Révolution, en 89, a détruit la fédoaliié cléricale et nobiliaire; la Révolution, en 48, abotira-t-elle la féodalité capitaliste? Telle est la question.
Oui, ouï, montagnards, mettez-le-vous bien dans la cervelle ; la Révolution de février n'a pas autre chose à faire que d'abolir la rente, ou pour mieux dire, le système des droits seigneuriaux du capital, et par ce seul fait, de quintupler la fortune du travailleur. Plus tard, quand il sera complètement affranchi, le travail fera sa constitution, comme le Tiers-État fit la sienne, après avoir aboli la féodalité. C'est alors que le Peuple choisira entre les systèmes d'association qui lui seront proposés et qui servent de ma« tière au progrès. Jusque-là, l'œuvre du Peuple n'est pas d'organiser, elle est de révolutionner, de démolir.
Oui, il faut que le Peuple le sache, que le gouvernemwt le sache, que le monde entier le sache : la Révolution de février doit, en centralisant le crédit, abolir peu à peu l'intérêt des capitaux, et donner à tous le crédit et l'escompte pour rien ; — abolir le loyer des maisons et des instruments de travail, et, sauf l'amortissement du capital engagé, donner à tous le logement et les outils pour rien ; — abolir le fermage, et donner au laboureur, par l'association, la terre pour rien; — changer l'impôt en prestation, par conséquent diminuer le budget de tous les frais que coûte aujourd'hui la perception de l'impôt ; rembourser la dette de l'État, et par suite supprimer l'institution inutile et absurde de l'amortissement ; organiser l'échange de nation à nation, et partant abolir encore la protection coûteuse de la douane.
Encore une fois, ou cela, ou rien. Nous défions qui que ce soit de découvrir autre chose dans la Révolution.
Eh biéhl nrôtis'èïi J3renbns à témoin le Peuple tout entier. Qu*a-t-on fait jusqu'ici pour la Révolution ? ou plutôt que ii'i-t-ôïl pas fait pbur la déguiser et là pervertir î La Ré- "^ôlutiôh iBC-t-elleété seuletiient cothprise, nous ne dirons pas par le gouverïieineht, qîii notls a donné le droit à Tassistance, einq Hards par Jour aux travailleurs qui sont dans le besoin; ■^^ nous né dirbte pas par la preése : nous ne pouvons le dire-, nous cjûi sommée journalistes : là presse, en majorité, né cessé dé calbniilîei^ la Révolution ; chaque foîfe que le travail parle èe s'éithianciper du capital; elle crie : — fifaro ! vous détruisez la famille, vous attaquez la propriété !— mais par la Montagne?
Nous ne faisons point ici de personnalités. Kôus connaissons individuellement tous les montagnards, peut-être mieux qu'ils ne se connaissent eux-mêmes. Nous serons pliis juste à leilr égard qu'ils ne ïe sont eu vers ïlous. Nous savons ce qu'il y a, dans chacun d'eux, de patriotisme, de dévouement, d'intelligente oud'instilict révolûtioïinàiré. Mais, qu'ils nous permettent de le leur dire : ils nous ont prouvé une fois de plus, par leur coalition, ce que les académies, ce que toutes leè'assèiiibléés savantes, politiques ou littéraires nous avaient depuis léngteràps app^s, c'est qu'une réunion de cinquante homméis de tête et de cœur peut n'avoir pas lé sens commun.
La veille de la Révolution, la Montagne repoussait le socîalisttoè. Ce n*était pas, ctoyeis-le bien, par esprit d'opposition : c'était par politique. Le lendemain de la Uévolution, la Moiilàgne se sépara dû soelalismé : c*étâit encore par politique. Dèpui§, là Montagne a fini pair se déclarer socialiste ; inais éh professàtil le sôciàlisnlé, elle n'en a pris que la fôiMliûle ; elle tf a pas feu lé ôoUragfe d'avouer le fond, elle s'est rejctéie dâAs là philanthropie èl les palliatifs : c'est toujours par politique.
fl Is^agit 1« diB rendre au travail lés cinq miïîiards sur ùeùf (ittè lui eîilèVe thaqué âhhèe le capital ; — 2° de doublet la ptodtlctîtn du pâyô ; — 3* dé porter de 423 fr. â
2,014 la moyenne de revenu net pour chaque famille ouvrière.
Au lieu de cela^ la Montagne offre au Peuple quelques mesquines rognures de budget, six à huit millions, d'après le comité des finances ! elle parle d'impôts sur le revenu mobilier, le revenu net, les successions collatérales, les domestiques, les chiens et autres misères. C'est une centaine de millions, dont, à grand renfort de répartiteurs, de percepteurs, dé contrôleurs, d'agents fiscaux et de vexations fiscales, on trouverait peut-ôtrb le moyen de dégrever la contribution de l'ouvrier, en augmentant d'autant celle du capitaliste-propriétaire.
Cent millions sur cinq milliards !
Quelque chose comme un centime par jour et par ièiey voilà quelle satisfaction révolutionnaire, voilà quel supplément de solde, la Montagne, soi-disant socialiste, parle de donner au Peuple.
Au lieu des cinq liards du gouvernement, la Montagne en donnera six !
Pour nous, nous le déclarons résolument. Si la révolution de 1848 n'a pas pour but de supprimer le privilège capilaliste, comme la révolution de 89 a supprimé le privilège féodal, la révolution de 1848 est un crime inexpiable, une vengeance du ciel, qu'il faut, non seulement réparer, en rentrant au plus vite dans la vieille ornière, mais pleurer avec des larmes de sang.
Si, au contraire, le Peuple, tout en obéissant à d'aveugles instigateurs, ne s'est pas trompé en février, si depuis neuf mois sa pensée s'est hautement et clairement exprimée sur le sens et le but de la Révolution, il faut croire aussi que le Peuple, qui a conçu le but, a conçu en même temps le moyen.
Ce moyen existe-t-il? Ce moyen est-il praticable? Le travail peut-il s'affranchir de l'usure du capital, comme le Tiers-État $'est affranchi de l'oppression (jie la noblesse, et
du clergé? Le prolétariat, en nn root, peut-il se dispenser de payer cinq milliards au capital, et de vivre avec cinq liards par jour?
Nous Taffirmops pour notre compte ; et cette affirmation forme la seconde partie de l'argument que nous adressons à la Montagne.
Oui, la classe travailleuse possède en soi-même le mojen d'opérer son émancipation et de fonder pour toujours son bien-être ; mais c'est ici que la Révolution de 1848 se distingue de la Révolution de 89.
En 89, le Tiers-Éfat n'eut besoin, pour conquérir la liberté et se débarrasser de l'oppression , que de ces deux choses : REFUSER et PRBNDRE : tcfuser l'obéissance aux ordres supérieurs, prendre leurs propriétés, ou, comme l'on disait alors , les biens nationaux.
En 1848, le prolétariat, s'il veut s'affranchir de l'exploitation capitaliste, doit s'y prendre d'une toute autre manière : sa loi révolutionnaire est de s'abstenir. Il faut, disons-nous, que le prolétariat s'abstienne scrupuleusement de toute atteinte, directe ou indirecte, politique, fiscale ou autre, au capital et à la propriété, parce qu'une telle atteinte, sous quelque nom qu'on la déguise, ne serait qu'une manière de reconnaître la prépondérance du capital, une contradiction. C'est en opérant en lui-même et sur lui-même, par l'association, la garantie mutuelle, l'organisation spontanée, que le travail peut triompher du capital.
En 89, le but de la Révolution était le déplacement du pouvoir et de la propriété : c'est pour cela que cette Révolution fut une bataille. En 1848, le but de la Révolution est la démocratisation du pouvoir et la*réorganisation de la propriété ; c'est pourquoi cette Révolution est une fusion. Or, on n'organise, on ne fusionne qu'avec des principes ; la force et la fraude sont impuissantes à concilier et organiser. Tel est donc l'argument que nous adressons à la Montagne.
if.
Le but de la Révolation de 1848 est connu : c'e^t labolition complète du privilège propriétaire.
Le moyen d'arriver à cette abolition est également connu: c'est rasÈociation ouvrière^ c'eât la siubstitutiôn de la solidarité industrielle à la commandite (3apitàiiste ; c'est la centralisation , par le crédit mutuel, de toutes les forces travailleuses ; c'est^ en un mot, l'excommunication de la propriété.
Or, vous n'osez pas, vous, Montagnards, avouer le but de la Révolution : la preuve, c'est que vous vous déclarez partisans, quand même, de la propriété ; c'est que vous parlez du crédit comme de vrais propriétaires.
Vous ne reconnaissez pas l'instrument, le moyen de cette Révolution ; vos projets de réforme économique , tous empruntés à l'école anglaise , sont là qui l'attestent.
Que pensez- vous donc de la Révolution? Expliquez-vous, car le temps brûle.
Ou plutôt, que ne devons*nous pas pense ■ de vous, quand, après avoir lu vos déclarations, nous vous voyons faire les plus grands efibrts contre le socialisme , refouler ses manifestations, calomnier ceux qui le défendent?...
Vous soufQez, par toutes vos paroles et à tout propos , à propos de la politique du dehors comme de la politique da dedans, l'insurrection au peuple. Soit : que le Peuple s'insurge 1 Nous n'avons pas la prétention de pouvoir l'empêcher. Mais, de grâce, nous direz-vous pourquoi il faut que le Peuple s'insurge ? Est-ce pour ajouter un centime aui cinq dont l'a doté la Constitution ?
Plus de réticence : vous êtes pour ou vous êtes contre la Révolution, c'est-à-dire, vous êtes pour ou vous êtes contre la restitution à la classe travailleuse de cinq milliards ât reniée ; pour ou contre le doublement du produit national, pour ou contre la moyenne de 2,000» fr. de salaire, à la place des 5 centimes 5 millièmes de l'assistance.
Si vous êtes coNTRB, nous n'avons rien à objecter : toutes les opinions sont à nos yeux également respectables. Nous
vous prierons seulement de rayer de votre programme la formule démocratique et sociale.
Si vous êtes POUR, il faut le dire, mais nettement, carrément, comme le négociant qui répond aux offres d'un autre négociant, en répétant leâ meniez tboses et dans les mêmes termes. Il faut, en le disant, donner votre parole, vos signatures; il faut donner des gages, car le Peuple est devesiu méfiant, et nous, nous sommes Peuple.
Quand vous aurez fait cela, tout dissentiment entre nous aura disparu ) toute polémique cessera. Et puisque vous aimez ie pouvoir, vous nous trouverez à votre dévotion* Comptez sur nous alors : l'affaire ira bien!..»
CaTai^pnac*
s DéMnbre.
Il y a quelquesjours, nous écrivions les paroles suivantes:
a C'est le socialisme qui nous sépare de Cavaignac : nen « que cela! Sans le socialisme, peut-être voterions-nous a pour lui, au lieu de voter pour Raspail. Car, sans le soa cialisme^ nous n'eussions jamais eu l'idée d'une Répoa blique démocratique et sociale ; sans le socialisme, nous a n'eussions pas eu les journées de juin, [de mai, d'avril; a nous n'eussions pp eu les délibérations du Luxembourg, a où fut définie la Révolution de février. Sans le socialisme, a en un mot, nous ne serions rien, nous n'existerions pas. »
Ces paroles, mal interprétées, commentées par la malveillance, ont paru chagriner quelques-uns de nos amis ; elles ont fait crier au scandale nos adversaires.
Nous disions de plus, dans le même article, que l'élection de Cavaignac, chose horrible! ne nous paraissait pas douteuse : et nous faisions en même temps le calcul approximatif des voix que la démocratie-socialiste, à peine née, se trouve déjà en mesure de donner, tant à Raspail qu'à Ledru-RoUin. C'est ce que l'on a considéré de notre part comme une réclame en faveur de Cavaignac.
Eh bien ! nous allons faire entendre, pour l'instruction de nos lecteurs et la malignité de nos ennemis, un bien autre blasphème : nous déclarons aujourd'hui, de la manière la plus formelle, sans détour ni réticence, qu'à l'exception de Raspail, -*- dont la candidature n'est, on le sait,
de notre part, qu'une protestation contre le principe présidentiel; ^ de tous les candidats, avoués ou tacites, qui peuvent s'offrir au choix du pays, celui que nous souhaitons le plus de voir arriver est le général Cavaignac.
Nous faudra-t-il vingt ans de polémique pour expliquer à ceux qui nous lisent ce que signifie cette grande protestation qui a surgi en France depuis 1830, et qu'on appelle le socialisme? Comprendra-t-on, une fois, qu'engagés irrévocablement dans la question sociale, nous avons dcL accommoder notre politique à notre socialisme, et non pas notre socialisme à notre politique? Écoutez donc, et pesez bien ce que nous allons vous dire, vous tous que nos idées intéressent, amis ou émules, prolétaires, et propriétaires :
Si nous n'étions pas pour la raison, nous serions pour la
foi ;
Si nous n'étions avec Voltaire, nous serions avec le pape ;
Si nous ne défendions la liberté, nous subirions l'autorité ;
Si nous ne poursuivions l'égalité devant la fortune, nous serions partisans du privilège ;
Si nous ne voulions la démocratie, nous accepterions la présidence ;
Si nous n'étions pour le travail, nous serions pour le capital ;
Si nous ne votions pour Raspail, nous voterions pour Cavaignac.
Voilà s^pt propositions qui, pour nous, sont toutes entre elles identiques et adéquates ; la dernière est semblable aux autres : elle ne fait que traduire en noms propres ce que nous considérons comme les formules abstraites de notre symbole politique et social. Il y a nécessité absolue dans notre esprit de se prononcer pour l'une ou pour l'autre de ces diverses alternatives : le dilemme est inexorable. .
Cavaignac représente en ce moment, pour nous, le capital, et, par voie de conséquence, d'analogie ou de similitude, la foi, le pape, l'autorité, le privilège, l'antagonisme
politique, àtitrèfiiéat dit là présidenéé ': 'ùbmmé RàSt)à!l symbolise n nos yeux le travail, et ^ynbiiymiqueiiietlt Ift taisoii> la liberté, Végàlilé, la démocratie, Filnité.
— Mais, objecte-t-'Oû, CaTdigilac n'feôl pas le feëul homtné qtii représente ces choses : il y en a bien d'atitrës que lui, dont les notns seraient eticore plus slgilificatifs. Pourqtioi donc, entre tant de personnages illustres, BôiiapaHe, La» martine, Thiers, Mole, Ledru-Roliin, Ldrocliq'fecquëlein, Moiitalembert, ces deux derniers, parraiiis, Tun dû diib de Cfaambord, l'autre de la congrégation des jésuites, aller choisir pour objet de votre opposition le mitrailleur de juin, Cavaignac ? entre tant de héros, Childebrand !
Ah ! c*est que chaque siècle a son style propre et son expression particulière : c'est qu'au point où nous iM)mibes arrivés de notre développement, ou plutôt de notre décadence civilisée, il n'y a plus qu'une idée qui tienne encore, le Capital; et que Cavaignac est le seul homme qui reprééente purement, et à l'exclusion de toute autre, cette idée.
Remarquez d'abord que, depuis février, Cavaignac est le seul homme politique qui ait représenté quelque chose. Le gouvernement provisoire représentait le chaos ; la com* tnission executive représentait moins encore, elle représentait le néant. Enfin parut Cavaignac, qui dit, en face de l'insurrection : Moi, je suis le capital!
Cavaignac, vous dis-je, représente le capital, mais pure* ment et brutalement, sans mélange de théocratie, monarchie, philanthropie ou autres bagatelles ; le capital dépouillé dé ses vieilles formules, réduit à son expression économique ; le capital enfin, ni moins, ni plus. Si le principe dti capital est le même au fond que celui de la monarchie, de la papauté ou de leurs diminutifs, l'aristocratie et leê je* suites, Cavaignac ne s'en soucie point : il est le capital, voilà tout.
Entre MM. Bonaparte, Thiers ou Mole, Larochejacqueleln ou Montalembert, L«tmartine, Lodru-RolUn et Gavai-
ghac, **• Raspail toujdtirs Miè à pâM, -^ nàût pfêfêfom dottck dernier. La î*aîson, ce aôus semble, est désottnate facile à concevoir.
Avec Bonaparte, nons ftorlons devant nous le capital, plus Tempire, la gloire, les aventures, l'expédition d*Espagne ou de Russie, le silence de la liberté, Situit terra in conspettû ê;t#«/*- Candidat rétrospectif, question complète.
Avec MM. Thicrs, Mole, 0. Barrot lui-même, nous aurions le capital, plus le système constitutionnel, deux pouvoirs égaux, deux chambres, etc. — Candidats à bascule, question complexe.
Avec M. de Montalembert, nous aurions lô capital, plus les billets de confession, la soumission du temporel au spirituel, les pèlerinages en Terre-Sainte. — Candidat croisé, question complexe.
Avec M. de Larocbejaquelein, nous aurions le capital, plus la légitimité et tous ses droils. — Candidat féodal, question complexe.
Avec M. de Lamartine, nous aurions toutes les contradictions à la fois, capital, monarchie, aristocratie, papisme, etc. — Candidat omniforme , question complexe , indéchiffrable.
Avec M. Ledru-Rollin, nous aurions, ce sont ses amis qui le disent, le capital, plus des tendances anti-capitalistes ; la propriété, avec certaines modifications peu ou point définies^ Téconomie de TÉtat, comme dit M.Jean Reynaud, à la place de l'économie de la société. Nous faisons trop de cas de riutelligence de M. Ledru-Rollin pour lui attribuer ces fadaises. Ce n'est pas au moment de la lutte qu'un cheF|>o- Iltiquc se pose en homme de transition, de transaction pour parler plus juste : c'est après la victoire. La candidature de M. Ledru-Rollin en ce moment est plus qu'un non-sens ; c'est une faute. Qu'il nous permette donc de dire de lui, pour cette fois : Candidat en réserve, question ajournée.
Cavaignac seul représente le capital, sans augmentation
ni diminutioD, sans équivoque, sans accessoire. II est 6Is de régicide, simple bourgeois, point infatué de théories constitutionnelles, ni catholique, ni philanthrope. Câvaignac, en un mot, est le soldat du capital. Donc candidat Io« gique, comme Raspail; question simple.
Cavaignac seul nous convient pour président de la République, nous voulons dire pour adversaire. Avec lui le catholicisme, la royauté, le système féodal, le constitutionnalisme, ne nous embarrassent point ; les réticences ne nous compromettent pas. Que le capital, seul en lutte aujourd'hui, soit vaincu, et de toutes les ruines que Tespril révolutionnaire a accumulées depuis trois siècles^ pas une ne se relèvera.
Ce que Cavaignac est pour nous, il Test à ses propres yeux; il le sait, il le sent. Seul encore, parmi ses compétiteurs, il aTintelligence nette et sincère de ce que doit être le président de la République.
Nous VQulons la république du travail : Cavaignac personnifie la république du capital, et se donne comme tel. En juin, Cavaignac, nommé dictateur, a posé le socialisme en face de lui, comme sa partie adverse. C'est ainsi que Louis-Philippe, élu roi le 9 août 4830, avait posé comme son antagoniste la République.
La République est venue au bout de dix-huit ans, après ^ue l'idée républicaine eut été suffisamment élaborée par la contradiction. Le socialisme commencera à venir lorsqu'il aura trouvé son conlradicteur : le jour oii Cavaignac sera élu président sera un progrès pour le socialisme. Car, s'il est vrai que les extrêmes se touchent, il l'est encore plitt que les contraires se suivent : or, Cavaignac est l'anli- ■ socialiste comme Louis-Philippe était l'anti-républicaia : comprenez- vous cela?
Et voilà pourquoi, sans nous inquiéter de la valeur personnelle ni des vertus privées des individus ; sans établir aucune espèce de comparaison entre Lamartine, Thiers,
Ledru-RoUin, etc.^ et Cavaîgnac, nous n'hésitons point à dire que nous souhaitons passionnément d'avoir, pour président d'une République qui n'est pas la nôtre, mais aux lois de laquelle nous sommes prêts, comme minorité, à nous soumettre, l'homme qui» de lui-même autant que par la force des circonstances, se pose comme la négation personnifiée du socialisme, qui représente avec le plus de franchise et d'énergie le principe contre-révolutionnaire, le capital.
Avec tout autre que Gavaignac, il nous faudrait disputer de monarchie, théologie, idéologie, cpnstitutionnalisme ou romantisme : avec Gavaignac, la question est admirblement simplifiée, nous n'avons afiFaire qu'au produit net. Si le produit net succombe en Gavaignac, il entraîne irrévocablement avec lui dans sa ruine tous les principes qui n'en sont que des variantes ou des corollaires : c'est fait de la vieille civilisation et 4.u vieux monde, c'en est fait pour l'éternité.
Que nous importe donc que notre opinion sur la présidence serve à la candidature de Gavaignac, si parmi tant de candidatures insignifiantes ou hostiles, celle-là est la seule qui puisse servir pos intérêts? N'estai pas évident, pour qui raisonne, qu'il importe avant tout d'affaiblir l'ennemi, en le diminuant d^ tout ce qui lui servait auparavant de support et d'auxiliaire ; comme un général qui, après avoir coupé l'armée ennenne et enfoncé le centre, a bon marché des deux ailes ? N'est-ce pas ainsi que Gavaignac lui-même a vaincu l'insurrection?...
Nous savons très bien, du reste, nous socialistes de bonne foi, qui n'aimons pas plus à tromper qu'à nous faire illusion, nous savons que nous ne formons encore dans le pays qu'une assez faible minorité. Ge que sont dans la presse les organes socialistes aux autres journaux, nous le sommes dans la République au reste des citoyens : un contre dix. Maiç nous savons aussi que nous sommes le ferment de la
RéToIulioA, le leVain qui, dans le tettips Ê3té ^f teij^itiii^ fera lever la pâte sociale. C'est pèûr cela que libtts léildnâ à nous poser dans l'intégrité de notre principe et dans lii plénitude de notice antagonisme ; c'est pour ceh ^ué notis voulons, comme symbole de la situation présente, tton pas Raspail et Ledru-Rollin, ce qui n^exprimerait qu'une division fralricide ; non pas Ledru-Rollin et Gavaignac, ce qui exprimerait la transaction avant l'opposition; mais Raspàil et Gavaignac, le travail et le capital. Serions-nous donc lès seuls hommes dans la République à qui il fût interdit de professer hautement leurs opinions, et de les fornàulef pài* une candidature t
Oui, général, vous êtes notre ennemi, et parce que vous êtes noire ennemi, nous nous garderons de vous avilir. Vous nous avez fait trop de mal, pour que, au moment de commencer avec vous cette lutte suprême, nous ne tenions pas à vous grandir encore, à vous élever.
Vous avez été habile, quoi qu'on ait dit, parce que vous avez été vrai.
Vous avez été habile en juin, quand la commission exé^* cutive vous disait : Nous allons avoir une batailïe : U fatU en finir! — Il n'a pas tenu à vous, en vérité, que ce ne fût fini!
Vous avez été habile quand vous avez appelé MM. Vivien et Dufaure. Votre situation était mal dessinée jusquelà : on pouvait douter encore si le vainqueur de juin avait fait la guerre au socialisme ou à des échappés de bagne. MM. Dufaure et Vivien vous ont donné votre Véritable nom, votre véritable signification : vous vous êtèà appelé dès lors le capital.
Vous avez été habile, quand, au grand regret de vô^ amis, et à la grande joie de vos accusateurs, voua tfvtôt voulu que l'élection du président de la République fût fixée^au 10 décembre. Vous aviez calculé que le délai èfeil plus que suffisant pouf vous manifester datiis Vôtre ës^iieë,
et mariet' à l*intérêt de Vtatre cànditkture riûtèrêt da capital. Vous saviez qu'tm gouvernement, quel qu'il soit, est toujours sûr d'avoir la majorité à peitte de révolution : or, le pays, encore chaud de février, de mars, d^avril, de mai, de juin, le pays a peur des révolutions.
Vous avez été habile, quand, à la surprise générale, vous avez défié à la tribune vos adversaires politiques. — Vous saviez encore que vous ne pouviez rencontrer en eux que des complices, qu'autre part étaient vos accusateurs.
Vous êtes habile, quand vous vous refusez obstinément, sous prétexte d'assignats, à toute création de papier de crédit. Tout ce qui peut amoindrir la féodalité capitaliste est contraire à votre principe; et dans l'état actuel des choses, organiser le crédit, ce serait vous suicider.
Vous êtes habile, quand, malgré les clameurs de la gauche, vous vous renfermez, vis-à-vis de l'Europe, dans une neutralité impertubable. Vous savez que ce qui agite l'Europe en ce moment est le socialisme» et votre mission n'est pas de faire, pour le compte du socialisme, une propagande armée. Ceux qu'on fusille à Vienne sont les frères de ceux que vous avez fusillés à Paris : il faut être, stupide pour ne pas le voir.
Vous êtes habile, et qui plus est, vous êtes heureux quand vous offrez au saint-père l'hospitalité de la République : parce que la République à laquelle vous allez présider, n'est autre chose que la République du capital, la République très chrétienne, entendez- vous, dont le centre ne sera plus désormais à Rome, mais, comme le voulait l'Empereur, à Paris. Il y a longtemps que le catholicisme a fait, en occident, un pacte avec l'usure : ce pacte, vous allez le renouveler par l'union mystique des noms de Pie IX et de Gavaignac.
Suivez donc, sans broncher, votre ligne; faites chaque jour acte de gouvernement; agissez, pendant que vos com-
pétileups, réduits à promettre ce que vous exécutez avec tant de résolution, couchent à la porte des électeurs.
Mais sachez une chose.
En défendant le capital, vous êtes condamné à reconstruire tous ces vieux principes dont Télimination successive vous a fait ce que vous êtes : d'abord la monarchie constitutionnelle, cette pitoyable sottise des idéologues politiques; — ensuite la légitimité, à laquelle ne croient plus ses propres partisans; — après, la féodalité, enterrée il y a plus de deux siècles par Richelieu ; — puis, la suprématie temporelle et spirituelle du pape, souffletée par Philippe-le-Bel, et démonétisée par Luther.
Sur le terrain du capital, il n'y a point d'arrêt pour vous. Ou vous rétrograderez jusqu'à la théocratie, ou vous serez absorbé par le socialisme. A peine de finir misérablement comme un Louis-Philippe, il faut que le président de la République devienne, ou pour le pape un Gharlemagne, ou pour le socialisme, un Constantin. Mais, Gharlemagne, c'est impossible, Constantin, vous n'en voulez pas. Louis-Pbilippe !.,. sera-ce donc là, ô Cavaignac, votre destinée' î...
> Cavaignac n*a point été éla président de la Républiqae : a cet égard, les prévisions de l'auteur ont été trompées. Mais l'élection de Louis Bonaparte n'a fait que donner plus de force k ses raisonnements : à peine au pouvoir, Louis Bonaparte s'est déclaré le continuateur de Cavaignac Louis Bonaparte, forcé de renoncer à ses fantaisies impérialistes et dynastiques, ne représente, comme Cavaignac, que le capital. C'est ce qui fait le triomphe de ce dernier, et la justification de l'écrivain. (Note de l'éditeur.)
liOnift-lVapoléoii Boiiftiitti»te*
17 Décembre.
Nous avons combattu la candidature de Louis-Napoléon par les moyens qui étaient en notre puissance, la polémique et le vole.
Toute question de personnes mises à part , nous savions, et nul ne pouvait l'ignorer, que l'élection de Louis-Napoléon, posée par la réaction, soutenue par la réaction, ne. pouvait profiter qu'à la réaction. A priori^ donc, nous devions nous prononcer contre cette candidature.
D'accord ensuite avec le comité électoral central de Paris, qui crut devoir, au lieu de s'abstenir, intervenir dans le vote , nous voulûmes, en choisissant un candidat, élever le chiffre de la majorité absolue, et par là rendre plus difficile l'avènement de Bonaparte.
Tout le monde, dans le parti démocratique et social, semblait si bien d'accord de cette tactique, que, lorsqu'il s'agit de choisir un candidat, symbole de leur protestation, il fut unanimement reconnu que l'homme sur lequel seraient appelés les suffrages des démocrates ne pouvait être qu'un candidat honoraire : M. Ledru-Rollin , dans une lettre adressée au comité, l'a formellement reconnu.
Gavaignac était donc le pis-aller de la démocratie , qui , mieux inspirée alors qu'elle ne le fut plus tard, voulait avant tout , en sauvant l'intégrité de la forme, se ménager le travail plus facile pour la réforme du fonds...
Nous entrâmes franchement dans cette voie, dont nous.
n'avions point pris l'initiative ; et , en faisant le sacrifice de notre opinion personnelle, nous donnâmes l'exemple de la discipline. Le but de notre vote ainsi marqué, peu nous importait le candidat ; il était même égal pour nous qu'il y en eût deux ç^ qdi,^^ ; tçut^ l^^ ^U§i|(iOA ét^at de connaître nos forces et d'écarter Napoléon.
Depuis, nous avons pu juger, à la vivacité de l'opposition qui nous fut faite au sujet de la candidature de Raspail, que plusieurs de nos co-réligionnaires politiques, tout en signant la foi démocratique et sociale , et faisant serment de haine à la présidence, cachaient la pensée, coupable à nos yeux parce qu'elle était aussi contraire au socialisme qu'à la démocratie, de faire aboutir leur candidat. La candidature de M. Ledru-Rollin, qui ne devait être, comme celle de Raspail , qu'une simple protestation , devînt tout à coup une candidature sérieuse , aussi sérieuse , par conséquent aussi menaçante, aussi hostile pour nous que celles de Napoléon et de Cavaignac. C'était une apostasie contre laquelle notre devoir était de protester , une combinaison machiavélique que nous avons combattue de tous nos efforts, mais que nous ne nous vantons pas d*avoir fait échouer : la minorité flagrante du parti démocratique et social rendant, pour le moment, l'échec inévitable.
Au reste, pour mettre tout le monde à l'aise et ne rien déguiser de notre pensée , nous dirons saris feinte qu'indépendamment de notre fidélité inviolable au principe antiprésidentiel , si la candidature de M. Ledru-Rollin avait eu la moindre chance de succès , et qu'il eût dépendu de nous de la faire avorter, nous l'eussions fait. Nous n'avons pas plus de confiance aux idées que représente aujourd'hui M. Ledru-Rollin qu'à celles représentées par le National et Cavaignac. M. Lédru-Rollin , — nous voulons dire la fraction démocratique dont il est le chef, — n*a pas fait une assez longue quarantaine dans le lazaret socialiste pour que nous le croyions déjà transformé , purifié de cette rouille
pi^titme ^ 41 p^iiit tQust hs écbçca. <j[^ la RéroluUaa 4e^
Ai^ dpiuîy si aiyom4'biii Lp^isrlfapQléon Bonaparte «st élu wéjBidôBit çLs ^ RépiAUque , la responsabilité ne peut Vkçm ^M revenir.. Elkt est tout entité à ceux qui, mangeant le mf^ i'orire, wt lîoulu exploiter è leur profit Thoirew QU'in^irait Cj^vaigi^, et qui, ne pou vwt faire eroire à lenr ^Uiîçèa , ont pr^cipilé vers Napoléon la plupart des déoiOh
Qu'on mmy maka^tena^^t , d'atténuer la portée du vote ; q^'oQ YexfHqvue , qu'on le torture , qu'on l'excuse, il n'en demeurera pas moins vrai que le fruit appartient tout entier h la réaction : ca^, en toute guerre, ceux-là seuls profitent de la victoire qui ont tenu le drapeau dans le combat. La démocratie soçia,liste a commis la même faute que le parti légitimiste, c^ui, lui aussi , a volé, par tactique, pour Napoléon, croyant servir les intérêts de Henri Y, et qui n'a fait autre chojçe que couronner le prétendant bonapartiste à là place du sien.
Quoi qu*il en soit, Louis-Napoléon Bonaparte est prési^f dent. C'est le président de la réaction , non pas de la réaction légitimiste, qui s'est annihilée en lui portant ses voix; non pas de la réaction jésuitique , réduite , depuis 89, à se dissimuler sous tous les gouvernements et à chanter le Do- V*wia êalmim fac pour tous les princes ; non pas même de la péaction financière et bourgeoise , qui depuis juin s'était personnifiée en Cavaignac ; mais de la réaction monarchiqueconstitutionnelle , qui , sur ce pivot de la présidence, s'apprête à reconstruire le système à bascule brisé en février. Voilà ce que, de par la loi du vote, est pour nous Napoléon. En vain vous protesterez, démocrates ; en vain vous essaierez de pallier votre défaite par les calculs d'une misérable tactique. Louis-Napoléon vous dirait , le sénatus-consulte de 1804 et l'acte additionnel de 1815 à la main : Je suis le vrai monarque constitutionnel qui devait régner sujt
la lF*raiicé. Louis XVni^ Charles X et Loois-Phiiippe nWt été que des intrus, des usurpateurs contre lesquels le Peuple a protesté en juillet 1830 et février 1848, comme il vient de protester, en me choisissant pour président, contre la République du Luxembourg et des 45 centimes. La restauration et le dernier règne n'ont été qu'une surprise de riiistoire , un vol fait à la famille du grand Napoléon. Est-il surprenant que cet admirable système constitutionnel, œuvre de Sîéyès et de TEmpereur, exploité par le mensonge, n'ait produit que le mensonge , et qu'il ait été balayé par deux révolutions? Français, vous n'avez pas vécu depuis 1814: A recommencer avec moi !...
Tel pourrait être le discours de Louis-Napoléon, appuyé sur son parrain le Constitutionnel et sa marraine la Presse, et escorté de cinq raillions et demi de sufiTrages ! Recommençons donc, puisqu'ainsi l'a voulu le Peuple. La voix du Peuple , dit-on , est la voix de Dieu : cette idée nous revient sans cesse depuis que nous voyons fonctionner le suffrage universel, n faut convenir pourtant que le Peuple a parlé celte fois comme un homme ivre. Mais, dit le proverbe, il est un dieu pour les ivrognes. Recommençons. Combien durera l'expérience ? C'est ce qu'il s'agit de calculer.
S'il n'est pas douteux que l'élection de Napoléon-Louis soit un retour vers le système monarchico-constitutionnel , aux trois pouvoirs balancés, à l'allure équivoque et bourgeoise ; il est certain aussi qu'il y a dans cette élection quelque chose qui en amortit singulièrement l'effet, disons même qui en condamne le principe. Napoléon le Jeune, de même que Napoléon le Grand, porte avec lui l'idée, le dard qui le tuera. Notre devoir , à nous démocrates socialistes , loyaux adversaires, qui ne voulons pas la mort du pouvoir, mais qu'il se convertisse, est de dégager publiquement cette idée. Notre plan de campagne était fait d'avance contre Cavaignac : nous allons dire quel il sera contre Napoléon, si,
dans le labyrinthe où il vient de s'engager, Napoléon se trompe de route !
Dans rélection de Louis Bonaparte nous faisons deux parts , ou , pour employer le style des gens d'affaires , nous établissons deux comptes : l'un qui comprend tous les progrès de la réaction triomphante sous l'emblème de Bonaparte , et qui se résume dans cette expression décisive , MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE ; — l'autrc , qui coutieut lentes les obligations contractées envers le pays et les électeurs par le prétendant. Le premier de ces comptes forme, pour ainsi dire, \ actif, le second forme le passif de la présidence.
Nous savons suffisamment , par l'expérience des trentetrois dernières années, en quoi consiste l'actif : — voyons un peu quel est le passif.
Dans son manifeste aux électeurs, Louis-Napoléon Bonaparte a dit entre autres choses , que son unique ambition était, après avoir rendu la République heureuse et prospère, de rendre, à l'expiration des quatre années de sa présidence, le pouvoir, tel qu'il le reçoit aujourd'hui, à son successeur.
Par ces paroles, Louis -Napoléon a fait acte d'adhésion formelle, non-seulement à la République , mais à la Constitution. Il s'est engagé à respecter et à faire respecter la Constitution. Il a abjuré toute prétention monarchique , toute arrière-pensée contre-révolutionnaire. Et ceux qui ont volé pour lui, ont fait, comme lui, acte d'adhésion à la République à la Constitution.
C'est une première obligation , une première dette , qui engage l'avenir de Louis Bonaparte, qui l'arrête tout court sur la ligne où le porte fatalement le sens politique de son élection. — Louis Bonaparte , par le principe de sa candidature, bien plus encore que par son inclination, tend à rétablir la monarchie constitutionnelle , et , comme Louis- Philippe, à fonder une autre dynastie. Par les articles de son manifeste, au contraire, et par le principe de vote, il s'est obligé à rendre au bout de quatre ans la Constitution pré-
ndeÉtieUe ai Vétot où il Taura reiçue : je wadnii ssroff
comment lui et ses conseillers pensent seditifaîre en méine temps an vou du principe et au deToir de rengagement?...
Ce n'e$t pas tout,
Louis Bonaparte , qui , depuis sra entrée à TAnembUe nationale, a constamment gardé un sHence prudent ; qui a su airec tant d'habileté se taire, alors que tout le proToqnait à parler ; Louis Bonaparte n'a pas eu toujours la même ré^ S0rve. Il a eu dans sa vie le malheur d'écrire : il a écrit dei choses singulièrement hasardées, et ces choses-là, hieii loin de les dissimuler, il les a reproduites à l'occasion de sa candidature ; il s'en est servi comme d'un levier électoral ; elles font partie de son manifeste , car elles l'accompliraient. Nous voulons parler ici surtout de la brochure iatitulée : iKa?lmcttoti d^ paupérisme.
Un Bonaparte doit savoir ce qu'il dit. L'extinction du pan* périsme , c'est rémancipation du prolétariat ; c'est le droit au travail ; c'est la société sens dessus dessous. Bonaparte , en un mot, n'a fait ni jnoins ni plus que Raspail et Ledra- RoUin : pour obtenijr des voix , il s'^est fait socialiste. Ainsi l'ont compris les paysans et ouvriers qui ont donné leurs voix à Louis-Napoléon.
Vive la République I criaient les uns : Amnistie I disaient les autres. A bas Cavaignacl à bas les riches I c'était le refrain de la.majorité. Les plus déterminés ajoutaient' : Nous lui donnons six mois 1 doublant le terme assigné au gouvernement provisoire par les insurgés de février.
Tout cela , qu'est-ce autre chose que le commentaire du Manifeste et de Y Extinction du paupérisme ?
Vive la République! donc, à bas l'empire ! à bas la monarchie constitutionnelle, bâtarde de l'Empire et de la République I
Amnistie I c'est-à-dire : Rendez-nous Barbes , Raspail , Blanqui, Gaussidière, Louis Blanc. Rendez-nous les transportés de Brest, de Cherbourg et deRochefortrOublions nos que-
relies de mars, d'avril, de maij de juin, de décembre ! Amnistie 1 Ah ! président de la République, si vous avez jamais pressé la main du prolétaire, si votre cœur a battu sur Sck poitrine^ ce sera de toutes vos dettes la plus douce à acquit*ter, la moins périlleuse! L'amnistie vous fera durer autant que vos quatre millions de suffrages.
A ba$ Cai}aignac I c'est-à-dire, à bas le capital! A bas les riches ! traduisez : A bas les pauvres ! à bas Texploitation de l'homme par l'homme ! à bas la misère ! «^ Les représentants du Peuple , dévoués à la conservation du monopole , étaient allés solliciter en faveur de Cavaignac— Non ! non ! point de Cavaignac, leur ont répondu les paysans : Vive iVapoléonl A bas les riches !
La République , la Constitution , l'amnistie , l'extinction du prolétariat, l'organisation du travail ; voilà ce que nous appelons, nous, \q passif de la présidence.
Maintenant il s'agit, pour le nouvel élu, de faire honneur à sa signature. Avec quoi paiera-t-il, le citoyen président ? Comment pensez- vous qu'il satisfasse à toutes ces demandes, qu'il remplisse ces promesses, qu'il acquitte ces obligations, qu'il évite le protêt à l'échéance ? Croyez-vous que ce soit avec la remise de quelques impôts, qu'il faudrait immédia* tement remplacer par d'autres, que Louis Bonaparte donnera le change à ses créanciers?...
L'impôt sur le sel , la gabelle , produit au trésor 5B mil-^ lions. Je suppose cet impôt intégralement aboli et la consommation doublée : ce sera comme si Louis Bonaparte faisait don au Peuple, qui l'a élu, de 116 millions par an.
L'impôt sur les boissons produit 103 millions. Je suppose cet impôt aboli , et la consommation doublée , c'est-à-dire l'usage ou bénéfice du vin augmenté du double pour le consommateur qui s'en prive, et par conséquent la vente doublée pour le vigneron qui ne sait qu'en faire ; ce sera comme si Louis Bonaparte faisait un nouveau don au Peuple de 206 millions.
Je porte à iOO millions les droits d'octrois et de douanes sur la yiaude, les céréales et autres substances alimentaires. Supposant ces droits abolis , et la consommation doublée : bénéfice pour le Peuple : 200 millions.
lies droits sur les sucres produisent 70 millions. — Supposons cette perception abolie et la consommation doublée : ce sera un nouveau surcroit de bien-être pour le Peuple de 140 millions.
Ensemble 662 millions dont il faudrait dégrever immédiatement le budget des communes et de TËat y dans l'intérêt du bien-être et de la santé publics !
Six cent soixante-deux raillions divisés par 36 millions de citoyens, et 365 jours dont se compose Tannée, donnent au quotient, — comme expression arithmétique de Faroélioration physique, morale et intellectuelle du Peuple, obtenue par l'abolition de 662 millions d'impôts , — cinq centimes dix millièmes par jour et par tête !...
Mais ce résultat est exagéré, parce que les 662 millions défalqués au profit de la classe travailleuse devront être reportés sur la classe riche : c'est-à-dire que pour combler le déficit du budget il faudra augmenter ou créer d'autres impôts ; or, c'est ici que la question se complique et que l'embarras augmente.
L'impôt foncier ne peut pas subir d'accroissement : ce ne sont pas seulement les 45 centimes de la République qu'il faudrait en retrancher, ce seraient plutôt 90 centimes.
La patente est dans le même cas.
La personnelle et mobilière peut être rendue progressive au moyen d'un impôt sur le revenu : on évalue à 60 millions la recette qu'on en tirerait.
L'enregistrement et le timbre sont déjà excessifs : seulement on pourrait, par le procédé Goudchaux, faire rendre davantage au droit établi sur les successions collatérales : soit 20 millions par an.
Tabacs, postes, droits de navigation et transit, déjà trop forts : pas d'augmentation possible.
Soient donc 80 millions à déduire des 662 dont il faudrait dégrever la consommation du Peuple ; ce qui ramène à cinq centimes, au lieu de cinq centimes six dixièmes, la somme de bien-être que pourrait donner au Peuple l'abolition des quatre catégories d'impôts que nous avons précédemment énumérées ; impôt sur le sel, impôt sur les boissons, impôt sur la viande et les céréales, impôt sur les sucres.
Ainsi , pour donner au Peuple cinq centimes de revenu par jour et par tête, on endetterait cbaque année l'État de 582 millions ! Mais comme l'État ne peut pas plus se passer de budget que la société ne peut se passer de gouvernement, il arriverait infailliblement, avant l'expiration de la première année, ou que tous les impôts seraient rétablis , et par conséquent la misère ramenée au statu quo; — ou que l'État ferait banqueroute, c'est-à-dire que la nation n'aurait plus de gouvernement, chose impossible dans une république à présidence.
Au lieu de 662 millions, ne diminuez que la moitié, le tiers ou le quart ; faites telle combinaison et compensation que vous voudrez : vous ne sortirez jamais de ce cercle de la misère du Peuple et de la banqueroute de l'État.
On parle en ce moment d'un emprunt de 500 millions, à 6 pour cent, sous la caution de l'empereur Nicolas! — — J'admets que cet emprunt soit rempli demain. Quand vous aurez comblé le déficit déjà connu pour l'année 4848, et le déficit prévu pour l'année 4849, il ne restera des 500 millions empruntés qu'une rente annuelle de 30 millions à ajouter au budget de la Républiqe et à répartir entre les travailleurs. Tel est le résultat le plus clair, le plus net, qui puisse nous advenir de la nomination de Napoléon.
Je demande donc à Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République française :
Avez-vous de quoi faire face à vos obligations électorales?
Et sans m'enquérir des questions politiques^ faciles à résoudre quand yous aurez résolu le problème de la misère, pouvez-vous, dites-moi, réduire des trois quarts TOtre budget, doubler la production nationale, quadrupler la moyenne du revenu du travailleur?
Pouvez-vous dégrever le prolétariat, non pas momentanément de 500 millions, qu*il vous faudra lui redemander ensuite , à peine de livrer le pays à Tanarchie ; mab à perpétuité de cinq milliards de rentes que le travail paie au capital?
Pouvez-vous créditer les associations ouvrières, faire cesser l'antagonisme industriel, garantir à tous rinstruction, le travail, la santé, la richesse, la liberté?
Si vous le pouvez , bàtez-vous de nous le faire connaître et de justifier le choix du peuple : car nous sommes, vis-àvis de ceux qui nous gouvernent^ impatients et impitoyables. Sinon, je vous le déclare au nom de ce même Peuple, vous n'êtes qu'un emprunteur de mauvaise foi, uii misérable faussaire, qui, le jour même où il signe son contrat, rêve déjà aux moyens de faire banqueroute.
le serment.
21 lî^cembre.
Hier, à quatre heures et demie de relevée, dans la salle des séances de l'Assemblée nationale, Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République française de par le suffrage universel, a prêté serment à la Constitution.
Ce serment, a-t-il dit dans son discours, engage son howncur et sa politique.
Nous ne doutons pas de la parfaite bonne foi, de la résolution sincère de M. Bonaparte. Mais, en vérité, qu'est-ce que cela prouve? S'agit-il de l'observation littérale du serment? S'agit-il même de l'intention actuelle du président? Ne sait- on pas qu'il est mille moyens, sans violer un serment, de faire exactement le contraire de cej qu'il suppose? Et d'ailleurs, la nécessité n'est-elle pas plus forte que tous les serments?
Ce matin, nos lecteurs ont dû apprendre avec une satisfaction bien vive que cinq millions et demi de citoyens avaient fait, par la bouche de M, Bonaparte, acte d'adhésion à la République. Ils ont dû croire que la Constitution et la République, grâce à M. Bonaparte, étaient affermies pour jamais. Eh bien ! que ces mêmes lecteurs daignent suivre notre raisoAnemenl, ils se convaincront bientôt que si M. Bonaparte était maître de jurer, il n'est pas du tout maître de tenir.
Nous procéderons comme les géomètres, nous ferons, pour aiuôi dire, une opération de trigonométrie parlementaire, dont le résultat sera de prouver que M. Bonaparte, à son insu, travaille dès ce moment à démolir la Constitution.
1. Il est de fait, et on l'a remarqué maintes fois, que M. Bonaparte s'est constamment abstenu de voter lors de la discussion de la Constitution. Il n'a rien voté de cette Constitution, ni chapitre^ ni article, ni paragraphe, ni ensemble. Si M. Bonaparte professe une opinion quelconque sur la Constitution, nul ne la connaît : il l'a toujours tenue secrète. Pense-t-il, sur cette importante matière qui a fait l'objet de son serment, comme M. Thiers ou M. de Larochejacquelein, comme Ledru-Rollin ou Pierre Leroux? Il serait singulier que le président de la République, le premier organe de la Constitution, la créature de la Constitution, n'eût pas d'opinion arrêtée sur la Constitution !....
M. Bonaparte, en prêtant serment à la Constitution, a donc juré comme président de la République, parce qu'il ne pouvait faire autrement : il n'a point engagé sa conscience d'homme. En lui, le citoyen a fait ses réserves contre le magistrat. Pendant que le président de la République donnera l'exemple de l'obéissance au pacte, il se pourrait que le neveu de l'Empereur pensât, sur le pacte, tout juste comme le dernier des croisés ou le premier des socialistes. Que peut-il résulter de cette contrariété d'opinion entre l'homme public et l'homme privé? C'est ce que la suite va nous apppéndre. Voilà notre premier jalon planté : voici le second. ^
2. Après la prestation du serment, le premier acte de M. Bonaparte a été de nommer M. 0. Barrot président du ministère.
Or, il se trouve que M. Barrot n'a, non plus que M. Bonaparte, voté la Constitution. 11 était présent au vote sur l'ensemble, il s'est abstenu. Ce n'est pas tout : M. Barrot a appuyé et voté l'amendement de M. Duvergier de Hauranne, relatif à la dualité de la Représentation nationale : principe tout à fait contraire à la pensée démocratique qui domine toute la Constitution.
Sans doute M. Barrot, qui est honnête homme, saura^ par
une transaction avec sa raison, respecter et faire respecter le pacte; mais il n'est pas moins vrai qù^en agissant de la sorte, il agira contre sa conviction, il fera un sacrifice au serment prêté par le président. Nous aimerions mieux un ministre qui n'aurait rien à sacrifier, et en qui la conviction serait d'accord a\ec le pouvoir.
Les autres ministres, choisis par M. Barrot, sont à peu près dans le même cas que lui. Tous ont volé, il est vrai, l'ensemble de la Constitution : mais tous ont voté aussi le principe monarchique des deux chambres, posé par M. Duvergier de Hauranne. De sorte qu'en résumé, le ministère premier-né de M. Bonaparte, se compose en entier de parti sans dû système constitutionnel renversé en février. Le président du conseil, M. Odilpn-Barrot, est le même que Louis-Philippe, cédant à la pression de la bourgeoisie mécontente, et au vœu de l'opposition dynastique, offrait au pays la veille de son expulsion. Sauf quelques noms nouveaux, — tel que celui de Bonaparte qui remplace celui de d'Orléans, le personnel gouvernemental est de même nature, même valeur, qu'il était la veille du jour où fut proclamée la République. Supprimez^ par la pensée, la fusillade des Capucines et ce qui s'en est suivi jusqu'au 20 décembre, et vous trouverez que dans l'intervalle de ces dix mois, l'histoire n'a pas marché, tantles dates se raccordent !
3, Ce que nous venons de dire de la foi personnelle du président de la République et de ses ministres à rencontre de la Constitution, ne pourrait donner lieu qu'à une probabilité. Ce que, nous allons rapporter convertira cette probabilité en certitude.
La bouche parle de l'abondance du cœur. M. Bonaparte, qui, jusqu'au jour du serment, n'avait dit mot, le serment prêté, a montré ce qu'il avait dans l'âme en prononçant son Discours de la Présidence.
Ce discours confirme ce que nous n'avions fait que soupç onner, savoir, que le président de la République est le
fondateur désigné d'une dynastie bonapai^Bste. Dès les pte* miers mots, la pensée monarchique se révèle :
« Je verrai des ennemis de la patrie^ a dit M. Bonaparte^ <x dans tous ceux qui tenteraient de changer^ pat des voies a illégales, ce que la France a établi. »
Entendez cela. M. Bonaparte parle de lioies illégales: tout le monde est d'accord sur ce point. Mais des voies lb- GALEs il n'en dit mot. C'est qu'en effet la Constitution peut être changée par les voies légales, du tout au tout. L'article lii le dit explicitement. Quant aux voies LÉGITIMES, c'est autre chose. Nos légistes ne vont pas jusque là : la légalité leur suffit.
Mais en quel sens M. Bonaparte, qui n'a rien voté de la Constitution ; M. Odilon Barrot, qui s'est prononcé pour les deux chambres, et qui s'est abstenu lors du vote de la Constitution ; MM. de Falloux, Léon Faucher, Drouyn de Lhuys, Bixio, Ruihières, qui tous, comme M. Barrot, ont voté l'amendement Duvergier de Hauranne, destructeur de la Constitution ; en quel sens, disons-nous, ces messieurs pensent-ils que doive être changé, par les voies légales, ce que l'Assemblée nationale a établi ?
Là est toute la portée du serment : là est la clé du discoure de M. Bonaparte.
Continuons nos recherches.
4. En quittant l'Assemblée, M. Bonaparte fit savoir à M. Marrast qu'il chargeait M. Barrot de composer un ministère.
Persoime assurément n'a dû voir dans cette communia cation un indice de restauration monarchique ; et puisque la Constitution ne le défend pas, nous le tenons pour très légal et tout à fiit parlementaire.
Voici donc M. Barrot, par délégation du président de la Répubh'que, chargé en sous-œuvre d'organiser le gouvernement, et dérégler les destinées de la France. M. Barrot, comme M. Guizpt le 29 octobre 1840 , est le maître de la
«HiiatiôH* G*€st lui qul^ couvrant )e président de sa personne, se présente comme caution de la politique du cabinet* M» Barpot, enfin, répond pour M. Bonaparte, en faveur duquel il rétiWit, de fait, la vieille fiction de Firresponsabilité monarofaique, en attendant qu'il l'écrive, le plus légalement du monde, dans la Constitution.
En cela, M* Barrot fint preuve à la fois de haute raison politique ; inaiâ aussi de peu d'amour pour la Constitution*
Sans cette condition d'irresponsabilité, k position du président de la République n'est pas teuable. C'est la responsabilité qui a perdu Cavaignac : c'est elle qui, en six mois, tuera Bonaparte, si M- Barrot ne réussit à se faire accepter du pays comme paratonnerre. L'inviolabilité est donc la ecndition sn^ q^à non de la présidence .
Mais l'inviolabilité, c'est la royauté. Ce premier point obtenu, le reste de la Constitution y passera : vous aurez tour à tour, avec l'inviolabilité du président, l'hérédité delà présidence; puis, l'égalité des pouvoirs, actuellement dans un rapport de subordination entre eux ; puis enfin les deux chambres. ^
Dès que vous vous engagez sur ce terrain de la prési>^ denee, d'un chef du pouvoir exécutif élu par le Peuple et indépendant du pouvoir législatif, il vous faut, pour être logique, pour être possible : i° déclarer le président inviolable ; â*» rendre sa fonction héréditaire ; S*» le faire égal au pouvoir législatif ; et 4^ comme cette égalité par elle-même ne peut créer qu'un fâcheux antagonisme, établir un troisième pouvoir, modérateur et conciliateur, il fs^t une haute chambre.
Ainsi, l'inviolabilité présidentielle, posée en fait par M. Odilon-Barrot, est le premier pas que fait le nouveau gouvernement vers le rétablissement de la monarchie constitutionnelle par h$ voies lé§aleà.
Pour compléter cette démonslfation, il nous reste à poser un cinquième terme, que nous tirons, comme le précédent»