‹ De la célébration dimanche, considérée sous les rapports de l'hygièneChapitre 2 sur 17 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Le célèbre Bacon fût appelé le Réformatenr de la raison humaine pour avoir substitué l'observation au syllogisme dans les sciences naturelles; les philosophes, à son exemple, enseignent aujourd'hui que la philosophie est un recueil d'observations et de faits. Mais , se sont dit à leur tour certains penseurs, s'il existe une vérité et une certitude philotùphiquê^ il existe aussi une vérité et une ceriiixkde politique : il y a donc une science sociale susceptible d'évidence, par conséquent objet de démonstration >' nullement d*art ou d'autorité, c'est-à-dire d'arbitraire.

Cette conclusion, si profonde dans sa simplicité, si novatrice dans ses conséquences, a été le signal d'un vaste mouvement intellectuel, semblable à celui qui se manifesta dans l'empire romain, à l'époque de l'établissement du christianisme. On s'est mis à la recherche de la sHenee nouveiiê; et comme l'investigation ne pouvait au début être autre chose qu'une critique, on est arrivé métho-

diquement à la négation de tout ce qui compose et soutient la société.

Ainsi Ton a demandé : Qu'est-ce que la royauté? Et Ton a fait cette réponse : Un mythe.

Qu'est-ce que la religion? — Le rêve de Tesprit.

Qu'est-ce que Dieu? — Un X éternel.

Qu'est-ce que la propriété? — C'est le vol.

Qu'est-ce que la communauté? — C'est la mort.

Le christianisme avait signalé son entrée dans le monde absolument de même; avant de poser son dogme, il s'était dit :

Qu'est-ce que César? — Rien.

Qu'est-ce que la république? — Rien.

Qu'iB^t-oe que Jupiter ? -r^ Rien.

Qu'est-c^ que la aoblosae , la philosophie , la gloire? — - Rien.

l^a négation copimeocée contre la société antique par le christianisme 9 se poursuit donc contre le (Christianisme ; et l'on annoai^e que la vérité nous apparaîtra seulement après que nons aurons tout démoli. Quand e^t-ce donc qu'il ne restera plus rien?

JMai^} si le présent et le passé ne peuvent ppus donner la vérité (taos sa forme essentielle, ils la contiennent su))stantie|lement, puisque la vérité est éternelle, et qu'éteirnellement elle se mapifeste. C'est donp encore i dfins les insMtutions détruites ou sur le point de dispa- "l raltre, comme dans les faits que chaque jour fait surgir 4 DOS yeux, que nous devons obercber le vrai en soi, la contemplation face i face de Tabsolu t ^ùmH $$t faci^ ad faeifmf

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Ftrmi les monuments de Fantiquité , la législation de McMtee est sans contredit celui qui a le plus occupé les méditations des savants. Quant à nous, la sublimité du système mosaïque nous étonnerait, peut-être, si nous ne savions qu'en vertu des lois de Fentendement humain, toute idée prioûtive étant nécessairement universelle, toute lé- «^ gislation primitive a dû être un sommaire de la philosophie, un rudiment de la connaissance. Ce que l'on a pris pour profondeur et inspiratioa divine dans Moïse et les autres législateurs de l'antiquité, n'était, pour le ft>nd, qu'intuition générale et conception aphoristique; quant à la forme, c'était l'expression vive et spontanée des premières aperceptions de lacofiscience.

Mais comment le Sabbat devin t-tl, dans la pensée de Moïse, le pivot et le signe ^ ralliement de la société juive? Une autre loi de l'intelligence nous rexpli<< quera.

Dans la sphère des idées pures, tout s'enchaîne, se soutient, se démontre, non pas selon l'ordre de filiation , . ou de principe à conséquence, mais selon l'ordre de coexistence ou coordination des rapports. Ici, comme dans l'univers, le centre est partout, la circonférence nulle part; c'est-à-dire, tout est à la fois principe et conséquence, axe et rayon. UoUe, ayant à formuler par voie de déduction Tensemliile de ses lois, était lihre de choisir pour point culminant de son systèn^ telle idée économique ou morale qu'il eût v<mi1u. Il préféra la division hebdomadaire du temps, parce qu'il lui fallait un signe sensible et puissant qui rappdàt sans cesse les hordes à denai sauvage» d'Iiraâ aux sentiments de nationalité, de firater-

nité et d'unité, sans lesquelles tout déreloppraient ultérieur était impossible. Le Sabbat fût comme le champ de réunion où devaient se porter en esprit tous les Hé* breux, au commencement de chaque semaine ; le monument qui exprimait leur existence politique, le lien qui embrassait le faisceau de leurs institutions. Ainsi droit public et civil, administration municipale, éducation, gouvernement, culte, mœurs, hygiène, relations de famille et de cité, liberté^ ordre public, le Sabbat supposait toutes ces choses, les fortifiait et en constituait Tharmonie.

On a reproché à l'auteur de ce discours d'avoir prêté à Moïse des vues qui pouvaient n 'avoir point été les siennes : reproche dépourvu de raison. Il s'agit bien moins aujourd'hui de savoir ce que pensait de ses lois Tindividu qui en fut auteur, que de connaître l'esprit même de sa législation. Assurément Moïse ne songeait ni aux catholiques ni aux protestants; cependant telle fut la vigueur de l'institution du Sabbat, que des Juifs elle a passé aux chrétiens et aux mahométans ; que de ceux-ci elle s'est étendue sur tout le globe; qu'elle survivra à toutes les religions, embrassant dans son vaste sein les temps antéhistoriques et les âges les plus reculés.

On ne saurait dire ce qui fit imaginer la division du temps par semaines. Efie naquit sans doute de ce génie spontané, sorte de vision magnétique, qui découvrit les premiers arts, développa le langage, inventa l'écriture, créa des systèmes de religion et de philosophie : faculté merveilleuse, dont les procédés se dérobent à l'analyse, et que la réflexion , autre faculté rivale et progressive, af-

faiblit graduellement sans pouvoir jamais la faire disparaître.

Aujourd'hui que les questions de travail et de salaire , d'organisation industrielle et d'ateliers nationaux, de réforme politique et sociale, occupent au plus haut degré l'attention publique , on a cru que l'étude d'une législation dont la théorie du repos, si l'on peut ainsi dire, forme la base, pouvait être utile. Rien de pareil au Sabbat, avant et depuis le législateur du Sinal, ne fut conçu et exécuté parmi les honunes. T^ Dimanche, Sabbat chrétien, dont le respect semble avoir diminué, revivra dans toute sa splendeur, quand la garantie du travail aura été conquise, avec le bien-être qui en est le prix. Les classes travailleuses sont trop intéressées au maintien de la fériation dominicale, pour qu'elle périsse jamais. Alors tous célébreront la fête, bien que pas un n'aille à la messe : et le peuple concevra, par cet exemple, comment il se peut qu'une religion soit fausse, et le contenu de cette religion vrai en même temps ; comment philosopher sur le dogme, c'est faire acte de renoncement à la foi ; comment transformer une religion, c'est l'abolir. Les prêtres, avec leurs tendances scientiQques, marchent à cette conclusion fatale : qu'ils nous pardonnent de les avoir devancés, et ne nous refusent pas la bénédiction de la tombe , parce que nous sommes arrivés les premiers au tombeau de la religion.

DE

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