‹ De la certitude:Chapitre 20 sur 20 · DB LA CBITITCDE. KT · texte numérisé non relu

DB LA CBITITCDE. KT

antique, raateur du mémoire, sans rechercher m qui lui appartient en propre, sans faire la part de son génie et de celui de ses devanciers, sans apprécier son caractère comme historien ni comme philosophe, procède à Tanalyse, nous ne dirons pas de ses écrits, mais d un seul de ses écrits, celui qui a pour titre ; les Hypotyposei pyrrhonienna. Il passe à peu près sous silence le traité contre les savants, Adveriui mathematico$, par la raison qu'il intéresse moins TinteUigence humaine et la science en général que les sciences particulières telles qu'on les concevait au temps de Sextus. Cette différence existe réellement entre les deux écrits du célèbre sceptique; mais l'intérêt historique ne devait-il donc être compté .pour rien ici où l'histoire demandait la première place? et n'ya-t-il, pour la question même de la certitude, aucun enseigner ment à tirer de ce tableau et de cette critique que fait Sextus Empiricus de l'état de l'esprit humain à l'époque où il vivait? Nous n'avons pourtant pas encore épuisé les reproches qu'on peut adresser à Tauteursur cette portion de son travail : au lieu de nous offrir une analyse régulière et suivie, une exposition philosophique de la prétendue science du scepticisme, telle qu'elle est développée dans les HypQtypo$ei, il a essayé de nous faire connaître cet

d io«§ tt tnie pkjâoïKMBe si si propR n e«lle de Xtmfmtk doot on f est constilMp k j«ge ei Y\tû0Si\n^. Xûa& defooii ponriaift fo» iifiialer cûq oa n pa^ coosacmiàh icAriih tiOQ da objecUODS d'Agrip|Mi contre h possibflilé de feiole déiDûiistratioo. D est fàcbeux que cette eriUque pleine de rigueur n ait pas reçu pins de développement et une place plus convenable.

De Sexius, Tauteur nous conduit brusquement aux temps modernes, c'est-à-dire au seizième sîède, à Téfioque oU Montaigne et Charron captivaient les esprits [>ar la hardiesse de leurs idées et le charme de leur laugage. Il ne parle pas de Sanchez, qui [Kjurtanl est le sceptique le plus sérieux et le plus [)hilosophe de ce siècle. Il refuse de s'arrêter à Charron, sous prétexte que son doute avait pour ol)j(ît le dogme religieux, et non pas les diverses facultés dont se compose notre intelligence; mais c'est là une tr(îs-grande erreur. Charron, prêtre, prédicateur renommé, l'auteur des Trois Vérith,o\i il défend contre les protestants Torthodoxie catho-

Uque, ne s'occupe jamais dans le livre de la Sagesse du dogme religieux ; il n'attaque précisément que la raison, c'est-à-dire la totalité de nos moyens de connaître et ce qu'on est convenu d'appeler les vérités naturelles. L'auteur du mémoire ne se trompe pas moins lorsqu'il fait de Montaigne le véritable inventeur de cette manière de douter à laquelle Huetet Pascal ont la triste gloire d'avoir attaché leurs noms> et qui consiste à abaisser la raison au profit de la foi. Il est vrai que, dans ce fameux chapitre dont Raymond de Sebonde a fourni le titre plutôt que le sujet, l'auteur des Essais en appelle quelquefois à la lumière surnaturelle de la révélation et de la grâce contre les incertitudes et les contradictions de notre nature ; mais il y a là plus d'ironie que de confiance; et tout aussi souvent il exprime, selon son habitude, l'opinion contraire. Ainsi, après avoir cherché à montrer qu'il ne serait pas de la dignité de la foi d'entrer en nous par discours et moyens humains, il ajoute aussitôt qu'il craint bien pourtant que nous ne la jouissions que par cette voie. « Si nous tenions à Dieu, dit-il, par l'enlremise d'une foy vifve ; si nous tenions à Dieu par luy, non par nous ; si nous avions un pied et un fondement divin, les occasions humaines n'auroient pas le pouvoir de nous ébranler

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comme elles ont ; nostre fort ne seroit pas pour se rendre à une si foible batterie ; l'amour de la' nouyelleté, la contraincte des princes, la bonne fortune d'un party, le changement téméraire et fortuit de nos opinions, n'auroient pas la force de secouer et altérer nostre croyance ; nous ne la lairricms pas troubler à la mercy d'un* nouvel argument, et à la persuasion, non pas de toute la rhétorique qui feut oncques ; nous soustiendrions ces flots d'une fermeté inflexible et immol)ile. Si ce rayon de la divinité nous touchoit aulcunement, il y paroistroit partout ; non-seulement nos paroles, mais encore nos opérations en porteroient la lueur et le lustre ; tout ce qui partiroit de nous, on le verroit illuminé de cette noble clarté. r> On ne saurait parler un langage plus vif et plus clair. On ne risque certainement pas de calomnier Montaigne en affirmant qu'au fond il estime aussi peu la foi que la raison. Ce qui lui importe, c'est de les mettre en opposition l'une avec l'autre, comme il fait, à Timitation de Sextus, pour les différentes opinions philosophiques. Il a bien un faible pour le principe d'autorité en matière de croyance, et en général dans tout ce qui regarde Tesprit, cet utile vagor bond, dangereux et téméraire, ainsi qu'il l'appelle. i< On a raison, dit-il dans ce même chapitre dont

nous avons extrait la citation précédente, on a raison de donner à T esprit humain les barrières les plus conlrainctes qu'on peult ; en Festude, comme au reste, il luy fault compter et régler ses marches ; il luy fault tailler par art les limites de sa chasse... et n'y a point de beste à qui plus justement il faille donner des orbières, pour tenir sa veue subjecte et contraincte devant ses pas, et la garder d'extravaguer ny çà ny là, hors les ornières que lusage et les loix luy tracent. » Mais ce sentiment qui a inspiré aussi à Charron quelques réflexions très-piquantes, est chez lui une affaire de police, non de conviction ; il ne songe guère aux intérêts de la foi, et encore moins de tel ou tel dogme religieux ; il veut seulement, pour nous servir encore d'une de ses expressions, que Ton bride ' et garrotte la raison. En cela il est bien plus le prédécesseur de Hobbes que celui de Pascal et de Huet.

Quoi qu'il en soit, à partir de l'époque où nous sommes arrivés l'auteur distingue deux espèces de scepticisme : l'un qu'il appelle religieux, et l'autre philosophique. Celui-ci a pour organes non-seulement les deux penseurs que nous venons de nommer, mais Joseph de Maistre et de Bonald, sans compter leurs imitateurs plus récents : deux hommes

de féiû^« low deui do dix4iiiititiaie aède, Iibk k4 lUjul* iK>w irflhmt k perOTfinifirjitioD lifjb ocMXiplète et U plw haute eipreasoii de «dm^. Apn» nous «voir isatreteum de Montaigne <i vos a%v>îr muolré ea lui le père du wepùàsÊÊt lêt gje!ux« il éUil naUird qo*an s'oocupftt d^abord de ee àenûéfT^ qui ei4 le plus ancien el qui ne s'ckid guère au delà du dii-sepfième siède; car lesasleurs contemporains qu'on essaye d y raltadier, «t qui y tiennent, en effet, par plusieurs liens, for-^ ment eep^idant une école bien diffk^ile. Mais Tauteur n'en a pas jugé ainsi : sans req^ect pour Tordre chronologique et Tenchalnement réel des faits, sans rien dire des noms secondaires qui lient entre eux les grands noms, il nous conduit brusqij(!rn(m( de la fin du seizième siècle à la fin du dixhuilièrne, de Montaigne à Hume.

(le tort, nous sommes heureux de le dire, est ample.ment racheté par la vigueur avec laquelle le Hcoptlcisnu^ d(î Hume est ici résumé et combattu dans sa partie la plus essentielle. Il est difficile de donner h hi fois, dans un espace aussi resserré, une idét^ plus complète et une réfutation plus victorieuse (le la célèbre argumentation du philosophe anglais contre la notion de cause. Non content de rtmvcrsor les conséquences avec les prémisses, ou

les objections de Hume avec les principes de Locke» d'où elles tirent toute leur signification et leur force, l'auteur du mémoire lutte en quelqug sorte corps à corps avec son terrible adversaire. Il fait jaillir la contradiction de toutes ses paroles ; il ne lui laisse pas faire un pas sans le montrer en révolte, non-seulement contre la raison, dont il s'agit précisément de rétablir les droits, mais contre lui-même, contre la conscience, dont personne ne peut récuser le témoignage, et contre toutes les règles de l'expérience.

Le chapitre, beaucoup plus étendu, qui est consacré à Kant n'a pas tout à fait la même valeur. D'abord il ne fait connaître que d'une manière trèsgénérale et très-confuse les doctrines du philosophe allemand, et.se tait absolument sur ses ouvrages. Cependant ce n'est que par une analyse exacte des écrits de Kant qu'il est possible de donner une idée de son système, et c'est lorsqu'on est bien sûr d'entendre ce système, lorsqu'on a réussi à l'embrasser tout entier, sans interruption et sans nuage, qu'il est permis seulement de le juger. Du reste c'était là une des conditions mêmes du concours ; vous avez aj)pelé les recherches historiques les plus approfondies sur tous les grands monuments du scepticisme, parmi lesquels, à côté des livres de

Sexlus et de Hume, la Criti^ de la rmm |Mirf i l^ sa pUee cUiremeat indiquée. Quant k la disicaHiMi philosophique, elle n'est pas plus complète et t beaucoup moins de force que dans k iiM>roeaa qoi a déjà été consacré précédemmait au même sojeL Il n'est pas besoin d'ajouter qu elle a perdu aussi une grande partie de son intérêt. Le principal ff« gument que l'auteur oppose au fondateur du scepticisme idéaliste, c'est que toute idée et toute pensée supposent nécessairement la conscience ; qa'il n'y a pas de conscience possible sans actiyité et saos effort ; qu'avoir la conscience de notre activité et des opérations qui en émanent, c'est savoir nonseulement que nous sommes, c'est atteindre directement le fond de noire existence ; et qu'enfin il nous est impossible d'avoir la conscience de nousmêmes, ou de nos diverses manières d'être, sans percevoir du même coup et à la lumière du même principe les forces qui agissent sur nous el contre lesquelles nous réagissons. Ainsi Tabîme qu'on veut établir entre le subjectif et l'objectif, entre la pensée et la connaissance, est entièrement chimérique. Toute pensée, au contraire, suppose la réalité et nous force d'en prendre possession par l'activité et par la conscience. Après cet argument général que Ton connaît déjà et qui n'est que le résumé de sa

Propre théorie, Fauteur revient, mais avec un peu >lu8 de détails, sur le même point dont il B*esl occupé plus haut, sur la distinction arbitraire des ormes de la sensibilité et des catégories de Tenendement. Là se bornent à la fois l'exposition et a critique du système de Kant. Pas un mot de la nanière dont ce philosophe a traité les plus grandes luestions de la science , la distinction de Tàme et iu corps, Texistence de Dieu, les rapports de la liberté et des phénomènes de la nature : pas un mot de toute cette partie si originale et si curieuse ie la Critique de la raison pure qui est désignée sous le titre de Dialectique transcendantale. C'est pourtant là qu'on rencontre, avec les fameuses antinomies, tout ce qui constitue, à proprement parler, la métaphysique kantienne. Encore la métaphysique le Kant, comme nous avons eu déjà plusieurs fois l'occasion de le remarquer, n'est-elle pas tout son système ; il y avait aussi, pour le problème de la certitude, un très-grand intérêt à rechercher comment une métaphysique si complètement envahie par l'esprit du scepticisme peut se concilier avec une morale toute dogmatique.

Nous devrions maintenant, par suite du plan que nous avons indiqué plus haut, être obligés de retourner sur nos pas jusqu'au milieu du dix-sep-

iMBe >wrt^ :>«Hir ^aouîr a laamie nri le L-andin lu ^«eotictsHe retuoenx: uuus umk i:e«fii&r<iiileiir 3flHK .lOprciui ^or :e >iuei peu ^e rcsomer *m. (ieu

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nald défendaient, il y a quelques années, avec tant de talent et de succès. Il montre d'abord que ces deux penseurs, tout aussi sceptiques au fond, c'està-dire tout aussi intolérants pour la philosophie et la raison, que leurs devanciers du dix-septième siècle, se rattachent beaucoup plus qu'on ne pense à la philosophie sensualiste du siècle suivant. En effet, il est impossible que le sensualisme, s'il est d'accord avec lui-même, n'admette pas le principe du nominalisme. Si toutes nos idées se rapportent à des phénomènes particuliers et sensibles, il est évident qu'il n'y a pas, à proprement parler, dans notre esprit, de notions générales ; mais ce que nous regardons comme tel, ce sont les signes que nous avons inventés pour rappeler à notre mémoire des sensations semblables. De là le nominalisme si clairement avoué de Hobbes, puis l'importance exagérée, de plus en plus exclusive, que l'école de Locke et de Condillac attacha au langage. Ce fut précisément sur cette partie de leur doctrine que MM. de Maistre et de Bonald édifièrent leur propre système. Ces deux écrivains, et surtout le dernier, regardent comme une vérité évidente que l'homme ne peut pas penser sans le secours des signes, et par conséquent que la raison n'existe pas, ou, ce qui revient au même, qu'elle

â98 Dfi LA CUTITCDK.

n'existe qu*à Tétat de simple disposition, qu elle n'a aucune idée actuelle sans la parole. Hais, au lieu de dire avec leurs adversaires que la parole est une découverte de la raison de rhomme, ils démontrèrent que celle-ci, ou n'existant pas, ou se trouvant réduite à une entière impuissance sans la première, il a fallu que Tune et Vautre nous îdSr sent données en même temps à l'instant de la création. Ainsi» sans une révélation surnaturelle, nous n'aurions jamais eu l'usage ni l'idée de nos fa« cultes, et ce sont d'autres révélations tout à fait semblables qui nous ont aidés à les développer. L'auteur du mémoire, s'élevant au-dessus de la question de l'origine du langage, établit avec un parfait bon sens que la parole, qu'un enseignement même surnaturel et divin, suppose nécessairement en nous la raison, et par conséquent n'a pu la créer ou l'apporter avec lui ; qu'il nous est impossible de comprendre un enseignement pareil ni aucun autre, si la raison ne le précède, et si les principes à l'aide desquels elle le reçoit ne sont absolument certains ; qu'enfin ces principes une fois admis, ainsi que la faculté dont ils relèvent, comme une propriété naturelle, rien ne nous empêche de nous replier sur nous-mêmes afin de nous en rendre un compte exacte c'est-à-dire pour

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constituer la philosophie sur des bases de plus en plus solides. Le scepticisme, de quelque côté qu'il vint et avec quelque masque qu'il se couvrit, n a fait que hâter ce résultat. S'il a réussi de loin en loin à effrayer ou à décourager les intelligences faibles; s'il a jeté les unes dans l'indifférence; s'il a fait rentrer en tutelle les autres, déjà naturellement portées à obéir, il a poussé Tesprit humain en général à la réflexion, c'est-à-dire à la liberté, à la conscience et à Tusage de toutes ses forces. Le scepticisme, comme critique et comme stimulant, a donc puissamment contribué aux progrès de la science. L'auteut fait ensuite la part des autres systèmes, et nous montre, dans un rapide coup d'œil sur l'histoire entière de la philosophie, comment ils s'éclairent et s'expliquent les uns les autres, comment ils nous font apercevoir la nature humaine dans la totalité de ses principes et la suite naturelle de ses développements. Dans ce tableau des destinées intellectuelles du genre humain, le plus beau rôle est donné à la France, <c dont le génie, dit l'auteur, sait unir avec une clarté supérieure, l'exactitude expérimentale de l'Angleterre à la profondeur de la métaphysique allemande. »

Il ne nous reste plus, pour avoir fini entièrement l'analyse de cet ouvrage, qu'à vous

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Si nous nous interrogeons avec tant d'inquiétude sur notre destinée et sur le but ou la fin de notre existence, c'est que nous apercevons en général un rapport nécessaire entre la nature et la fin de cha- (juo être; c'est que nous croyons à une fin dernière et absolue pour tout ce qui est. Cette idée ne dif-

fère pas de celle du souverain bien ou du bien en soi. Le souverain bien à son tour, celui qui comprend nécessaireqfient tous les autres sans borne et sans mélange, n'est pas autre chose que la perfection. Or, par cela seul que nous avons Vidée de la perfection, il est impossible que nous ne la recherchions pas comme notre propre fin , il est impossible qu'elle n'excite pas notre amour; car il est dans sa nature d'être aimée et désirée, comme il est. dans sa nature de repousser ce qui lui est contraire. C'est pour celte raison qu'au sein de l'être infini, oîi elle existe, non plus comme une idée, mais comme une réalité , elle se complaît dans la contemplation et dans la possession d'elle-même, et apporte nécessairement avec elle le suprême bonheur. L'amour nous apparaît donc comme absolument dû à la perfection et comme méritant à son tour de la posséder quand il s'est élevé jusqu'à elle. De là un nouveau point de vue sous lequel nous apparaît Vidée du bien en soi, le point de vue du devoir et du mérite , qu'il nous est impossible de concevoir sans la liberté. Il ne s'agit pas ici du libre arbitre de Vhomme, que l'on constate par une aperception immédiate de la conscience, mais de la^ liberté absolue, idéale, source première de toute autre liberté.

Ile oeè tra» prinapts a «troiteafiiit oMiyÉK Tua il l'aalre et que 1 aulair ^u^post Mppmkaà égaikoieai à U ni&on, l'idée du bîeai, ïiâét k Tamour et celle de la liberté, découle, sàùn kd, toute la solutioii du problème de notre desdan. L'idée du bieo nous afiMgne, eo général, une tidie â remplir, au-dessus de la satisùiction de nos ia- Aincts, de nos passions et de nos intà^; lîdée de Tamour nous montre quel doit être le but de nos aflections, et celle de la liberté nous d<Mme h règle selon laquelle nous devons juger nos actes, (letle fia générale de notre existence ne peut pas élre autre chose que la réalisation mtoie . dans la mesure de notre intelligence et de nos forces , de ridée de perfection. Il faut donc commencer par développer toutes les facultés dont le concours est n/îcessaire à raccomplissement de cette tâche; il faiit les élever au-dessus des lins secondaires et des biens passagers de la vie vers les choses qui ne changent pas, vers la vérité absolue et le bien en soi. De ce principe général, l'auteur fait sortir à la fois et les devoirs qui nous sont imposés envers nous-mêmes et ceux que nous avons à remplir envers nos semblables. La iin de nos affections et le principe uni(iue de leur légitimité c'est de ressembler autant que possible à l'amour véritable, à

celui que le bien en soi , la perfection absolue , c'est-à-dire Dieu, nous inspire. Nous devons, par conséquent, aimer les créatures en raison de leurs perfections relalives , et ne voir en elles que des images affaiblies de la nature divine. Enfin, la règle de la volonté, le but oîi doivent tendre tous nos actes^ c'est de nous approcher de plus en plus de la liberté absolue. Il existe, en effet, comme l'auteur le remarque avec beaucoup de vérité, une très-grande différence entre la liberté absolue, telle que la raison la comprend , telle que nous sommes forcés de Taltribuer à Dieu, et la liberté chancelante ou le libre arbitre que la conscience aperçoit en nous. Nous sommes placés dans notre faiblesse entre deux espèces de motifs, les uns qui appartiennent à notre sensibilité, et les autres à notre raison. Nous pouvons certainement préférer les uns aux autres, et, quelque parti que nous prenions, nous en sommes responsables ; mais quand nous avons cédé à ceux-ci , sans respect et au grand dommage de ceux-là, nous sommes alors descendus au-dessous de nous-mêmes, au-dessous du moins de ce que nous devrions être , en refusant de nous servir d'une faculté qui nous appartient. De telles chutes ne sauraient se concevoir dans la nature divine; par conséquent la vraie li-

4e dMiÂHr î&dâl»reaHKBl «atre V lé«m fit ie ni. Bii» lUM* TCfloolé qui, «a» ooBtramie cshnii?

jCMiiv « lu niit^jfli el à 1 idée du Lkssi. C -eâ «t îiBftl qofr ii<>u§ devions di^f-berà realî«ier «iiaoK;ir''^ eetie lii#vlë pciâîtirtr qa il dok £ast cQiMiocrir.

Il réulv; 'kr Ci^s <Mi<îâ<:*mtk4i«> que U fia ^ Vï^jOébè*: ne§t fiits r^ni^ermée du» ce DK^ide; qw ««s ÙKHités oe vjDt pa$ en lappwt aTte les luûles de sa Tie pre&esle: que ks besoiiis les plus cmstaut^ et k> plu» réels de sa nalnre ne Irom^ait pu leur iàùsÙÈtXlon dans les biens périâsaUes qui mm entourent. Il est d^mt impossible d^admellre que la mort soit le dernier terme de sm exisleiice. Notre de^lirj^ ne fail que commeocer ici-bas; elle se continue et s'dceomplil ailleurs. < L'immortalité de 1 âme, dit Tauteur, n'est f^as, dans l'ensemble cr/«ni[»lel de la philosophie, une question isolée et cont reversa Lie : c'est le fond même de la connaissance de rhomrae; c'est le principe de son être, principe hors duquel sa destinée en ce monde serait inexfi]ic<ible et sans aucune règle possible, par<?e que ces règles n'auraient ni base ni sanction. )*

Ainsi se trouve n*srilu Tun des deux problèmes

auxquels l'auteur a essayé de ramener l'objet tout entier des recherches philosophiques : avant d'aller plus loin, arrôtons-nous un peu ici, oh il y a plus d'un faux pas à signaler.

S'il ne s'agissait que des résultats de cetfe discussion, votre section de philosophie les accepterait sans difficulté; ce n'est pas elle qui élèvera des doutes sur l'immortalité de l'âme, la liberté divine, l'idée du bien, le désintéressement de l'amour» le but moral de notre existence ; mais, en philosophie et dans toute science vraiment digne de ce nom, les résultats ne sont pas tout; il faut encore qu!ils soient obtenus par des voies légitimes, c'està-dire par une démonstration rigoureuse et une méthode irréprochable. Car c'est de là que dépend, aux yeux de la raison, toute leur valeur; et la raison est, en dernière analyse, le vérilable, le seul juge de la vérilé ou de la fausseté de nos opinions. Celte condition, nous le disons à regret, n'a pas été remplie ici. L'auteur s'écarte à plaisir des principes qu'il a défendus lui-même avec tant de fermeté et de bon sens, et sur lesquels repose en grande partie la valeur de son ouvrage.

Le premier tort qu'on peut lui reprocher est d'avoir ôlé à la notion du devoir son véritable caractère en cherchant à la faire dériver d'un prin-

cipe supérieur, l'idée d'on ne sait quelle fin abss- Ine, remplacée bientôt par celle de perfection oa de souverain bien. La notion du devoir ne décode d'aucune autre ; elle n*est pas le firuit d'un raÎMfr j nement déductif ; mais la raison la conçoit imaédiatement» dans toute son étendue, c*est4hdire comme une loi universelle et absolument obligi- *loire , dès la prraiière fois que nous avons conscience de notre liberté; dès la prendre fois que nous portons un jugement sur nos actions ou sur celles de nos semblables. Lorsqu'un homme sav culture se dit, dans la simplicité d'un cœur droit et honnête , qu'il est injuste de dérober le Im d*autrui, delromper sa bonne foi, de flétrir sa réputation, il ne pense pas d'abord qu'il y a une fin suprême proposée à tous les êtres ; que cette fin est la même chose que le bien en soi ou la perfection, que la perfection est le seul objet digne de notre amour et qu*elle répugne au vol , au mensonge, à la calomnie. Qui reconnaît la nature humaine à ce tableau? Il y a plus : Vidée de fînalilé et de perfection ne peut remplacer en aucune manière le principe du devoir. Le devoir est obligatoire; il exige absolument mon obéissance et celle de tous les êtres libres. Il n'y a rien de semblable dans ridée deperfection, de fin, et dans celle même

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de souverain bien. Il est vrai que la réflexion et le raisonnement me montrent Tunité de ces choses au sein d'une nature plus élevée que la mienne ; mais ce n*est pas dans leur unité que la raison les aperçoit d'abord ; ce n'est pas en les confondant entre elles qu'on fait connaître T usage et le caractère particulier de chacune d'elles.

C'est une autre erreur d'avoir présenté l'amour comme un principe de la raison. L'amour, si pur qu'il puisse être de tout retour sur nousmêmes et de toute affection périssable ou intéressée, ne peut jamais passer pour une idée et encore moins pour une idée nécessaire, universelle : c'est un fait de sensibilité, et par conséquent d'expérience, qu'il nous serait impossible de concevoir si nous ne l'avions éprouvé dans une certaine mesure. Oui, sans doute, un sentiment naturel nous entraîne vers le bien, nous détourne du mal ; mais ce n'est pas de là qu'on peut déduire le caractère obligatoire et universel de la loi du devoir. Introduire, sous quelque nom que ce soit, le sentiment dans la raison , et le considérer, sinon comme la règle unique de nos actions, du moins comme le fondement, comme la source première de nos idées morales,. c'est le moyen de tout perdre, et de mettre en question précisément ce qu'on a

MB Ml lA Uftill UM*

foula MUfcr. Ifons derom faire le bien, noDpm

qae nous Tainions, mais parce qa*iine loi denoM raison nous y oblige.

Enfin Vauleur, en définissant la liberté en gbéral d'une manière très-nette et très-juste, a cepea-

dant le tort de laisser croire qu'il y a deux idées de la liberté entièrement distinctes : l'une absoloe, nécessaire, qui a sa source dans la raison, et qui nous montre ce qu'est la liberté en soi ; l'autre, rdaiive, contingente que nous atons puisée dam Texpérience, c'esl-è-dire dans la consdenee dtt fiût personnel de notre volonté. Cette distinction cntendueà la lettre (et nous craignons bien que l'anleur ne l'entende pas autrement) ne sootieot pas Texamen. Qu'est-ce, en effet, que cette liberté absolue que notre raison est supposée concevoir sans aucune intervention de rexpérience? Diflere-t elle de notre liberté à nous, non-seulement en étendue, en perfection, comme rinfini diffcte du fiûi, mais par son essence ou le fond le plus caché de sa nature? Alors ce n'est plus la liberté, ou plutôt il nous est impossible de nous en faire aucune idée, et nous nous perdons dans les mémos nuages que Tauteur du précédent mémoire. Si, au contraire, la liberté absolue ou la liberté divine, comme on voudra l'appeler, n'est que la vo-

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lonté même dégagée de toute entrave et éclairée par une raison inraillible; si elle nous apparaît, non comme une idée, mais comme un pouvoir actif, vivant et personnel, alors le concours de Texpérience ne peut plus être mis en doute. Au reste, la définition que l'auteur a donnée lui-même de la liberté et de la nature divine est le meilleur argu«ment qu*on puisse lui opposer.

La source commune de ces fautes, qui sont encore plutôt des équivoques que des erreurs, c*est le dé^ir de donner une apparence de rigueur géo* métrique h des idées et à des principes parfaitement contemporains, absolument égaux entre eux, que l'on constate par l'observation et que Ton peut élever après cela h la plus haute unité, mais qu'il ne faut pas essayer d^^ déduire les uns des autres.

Quant au fécond problème que l'auteur s'est posé, celui qu'il appelle l'énigme générale du monde,, c'est simplement un titre sous Irquel il passe en revue toutes les grandes questions de la morale et de la métaphysique : le but de la créa* tion, la fin générale de tous les êtres, la place d8 rbomme au milieu de l'univers, Texistence du mal phys'qoe et du mal moral, la valeur de Topti*^ misme, la conciliation de la prescience avec la liberté, enfin les rapports de la philosophie cl de la

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religioo. Ias» opioîons exprimées par l*aateiir sur 0» vastes et redoutables sujets soDt généraleiDeiil celles d'uQ esprit fenae, âevé, proftHidément cxxh ▼aincu« et qui joint à un sentiment religieoi Irisprononcé un amour ardent de la philosophie ei une confiance fans bornes dans la raison. Mais, pressées les unes contre les autres dans Tespaoe étroit de quelques pages, ces opinions n offrent pas assez de rigueur et de précision ; elles ne scmt pas revêtues d'une forme assez démonstrative, pour qu'il y ait quelque intérêt à vous les faire connaître.

Ce travail est donc bien loin d*ètre irréprochable. Sous le rapport de Tbistoire, il est plein de lacunes, et au moment même oîi il en a le plus besoin, c'est* à-dire dans la conclusion, quand il s*agil de réunir en un corps de doctrine toutes les vérités arrachées au scepticisme, il manque de rigueur et de méthode. Mais il faut considérer que la théorie était lobjet principal, le but réel de ce concours; r histoire n'y devait tenir que le second rang. Or, c'est par la théorie précisément que ce mémoire se fait remarquer et qu'il remplit mieux qu'aucun autre l'attente de l'Académie; c'est pour le fond môme de la question, et non pour les recherches accessoires, qu'il réserve toutes les forces et les so-

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lides qualités qui le distinguent. Rien'de plus facile d'ailleurs que de combler par des études plus étendues les lacunes de la partie historique, et Tauteur, on en peut être sûr, ne les laissera pas subsister. Il donnera aussi plus de développement et de netteté à la conclusion; mais il serait injuste de penser que cette partie si indispensable reste encore à faire. Elle existe, si on veut bien la chercher non à la fin, mais dans le corps de l'ouvrage. Tous les résultats qui intéressent directement le problème de la certitude, la légitimité de nos facultés, la distinction de l'âme et du corps, l'exislence de Dieu, de la liberté, du monde extérieur, sont réunis là et défendus avec un incontestable talent. Votre section de philosophie vous propose donc, à l'unanimité, de décerner le prix à l'auteur du mémoire n® 7.

Toutefois, pour avoir une idée de la force et des résultats réels du concours, il faut réunir à ce dernier ouvrage les deux qui, après lui, ont le plus approché du but.

Si l'Académie veut bien se rappeler que du mémoire n** 19 on pourrait tirer ime publication instructive, pleine d'intérêt sur la philosophie de la renaissance et une des époques les moins connues de la philosophie allemande; que le mémoire

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n* 13 contient à la fois une théorie trèHnm^ quable de la vraisemblance et de la probabilili, une histoire approfondie, aussi complète que possible, du scepticisme chez les anciens, et un tn- ▼ail particulièrement original sur les deux principaux sceptiques des temps modernes ; qu'enfin II théorie de la certitude a été exposée tout entière, dans un excellent esprit et arec un sérieux talent, par l'auteur du mémoire n* 7, elle n'aura nulle peine h se conraincre de la bienfaisante influence qu'elle vient d'exercer et qu'elle exercera encore, nous en sommes certains, sur les études philosophiques. Elle n'aura garde de délaisser ou d'encourager avec tiédeur une science à laquelle son existence même est attachée; car les autres connaissances qu'elle a pour mission de propager et de défendre, réconomie poliliciue, la morale, rhisloire et le droit, tels que les comprend une iotelligeoce élevé(% ne sont parvenues à faire reconnaître ou leur indépendance ou leur existence que dans le cours du siècle dernier, lorsque lespril philosophique, remettant tout en question afin de tout régénérer, affranchissait k la fois et la société et la science. Depuis cette époque mémorable, la philosophie n'est pas déchue do son rang et n'a pas trahi sa mission^ Après avoir d unné à la raison le

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sentiment de sa dignité et de sa force , après lui avoir soumis les inslilutions aussi bien que les intelligences , elle a voulu rattacher le présent au passé, fortifier et discipliner la liberté par la tradition, recueillir ses titres dans sa propre histoire* Vous avez beaucoup contribué à la faire entrer duns celle voie; et ni vos lumières ni votre appui ne lui manqueront dans la vaste carrière qu'il lui reste encore à parcourir.

Les conclusions de la section de philosophie ayant été adoptées par T Académie, on procède à l'ouverture des billets cachetés qui contiennent les noms des auteurs des mémoires n* 7, n** 12 et nM9.

L'auteur du mémoire n* 7 est M. Javary, professeur de philosophie au collège royal d'Alençon, et sorti récemment le premier du concours d'agrégation pour renseignement de la philosophie.

L'auteuï* du mémoire n® 12 est M. Charles Gouraud, licencié de la faculté des lettres de Paris» et

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qui est sur le point de publier un travail sur le calcul des probabilités.

L'auteur du mémoire n* 19 est H. Christian Bartholmess, auteur d'un ouvrage plein de science et d'intérêt sur Jordano Bruno.

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