‹ De la certitude dans les sciences d'observation [microforme]Chapitre 2 sur 3 · ADRESSE · texte numérisé non relu

ADRESSE

faire par le premier venu ; mais, ne l'oublions pas, je nie au premier venu le droit de se prononcer, et j'exige, comme facteur essentiel du débat, la compétence suflisante,

Voyons done quelles sont les règles auxquelles doivent s'astreindre les travailleurs scientifiques pour commander l'assentiment des intelligences, On pourrait dire qu'elles se réduisent à une seule, laquelle consiste à ne jamais prendre pour point de départ un fait où un principe douteux, et à n'en jamais déduire des conclusions qui ne découlent point des prémisses.

À ce point de vue, les sciences mathématiques elles-mêmes, bien qu'elles soient appelées sciences exactes, ne sont pas sans exiger des précautions, La science du caleul n'est rien autre chose qu'une suite de raisonnements pour ainsi dire emmagasinée, dont on ne conserve pas la trace, et qui mène à une conclusion fatale, étant donnés les chiffres primitifs du problème et la méthode du calcul, La rigueur de la conclusion dépend done entièrement de la rigueur du raisonnement emmagasiné dans la méthode ou dans la marche adoptée, Combien de conclusions se sont trouvées fausses, dans des calculs compliqués, parce que l'on n'a pas tenu compte de cette circonstance !

Quand Leibnitz et Newton inventaient, indépendamment l'un de l'autre, le calcul différentiel, ils partaient de points de vue tout à fait différents, Leibnitz partait d'une base fausse en admettant l'existence réelle des infiniment petits; Newton raisonnait plus juste en prenant pour point de départ les limites de déplacements très petits, Le procédé de Leibnitz, dans la plupart des cas suflisant, s'est trouvé en défaut dans des points délicats. La postérité, cependant, a adopté toute la nomenclature de Leibnitz, parce qu'elle fait image, mais en la contrôlant par les raisonnements rigoureux de la méthode des limites, Il y en a qui ont vu et voient encore du mystère dans le calcul différentiel et intégral. En réalité il n'y a là du mystérieux que pour ceux qui s'en tiennent au mode de procéder de Leibnitz, parce qu'il s'appuie sur un raisonnement philosophiquement faux ; mais les procédés démonstratifs employés maintenant rendent la marche du calcul aussi claire que les quatre premières règles de l’arithmétique. [1 ne faut done pas se laisser conduire à l'aveugle par le calcul, mais bien plutôt conduire soi-même son calcul, et en être à chaque instant suflisamment maitre pour être bien sûr de ce qu’on lui donne au départ et de ee que l’on en retire à la fin.

Si l'on doit prendre des précautions dans l'emploi même du calcul, à plus forte raison faut-il être rigoureux quand il s'agit de la constatation des faits et des lois qui les régissent. C’est là surtout qu'il importe de ne pas s'appuyer sur un point de départ douteux ou mal défini.

Avant de généraliser la loi d'un phénomène, il faut être bien sûr que, dans tous les cas sans exception où il a pu être observé, le fait se passe réellement et invariablement de la même manière, en tenant compte sans doute des obstacles qu'il peut rencontrer et qui lui sont étrangers. C’est une condition indispensable pour que ce phénomëne puisse servir de point de départ à une théorie scientifique, et pour que l'on ait droit d'exiger l'assentiment universel.

Prenons, par exemple, la théorie de Darwin. Ki on la dégage des désirs insensés d'un certain nombre de ses adeptes qui voudraient arriver à se passer d’une cause première, la théorie de Darwin, réduite à la transformation lente des espèces et même au passage de la

nature inorganique à la nature organisée, n'est pas déraisonable en soi, ni même antibiblique ; car il n’est pas contre la raison de croire que Dieu aurait pu donner à la nature

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qu'il a créée une énergie suflisante pour lui faire produire ces résultats, 11 semble même que la Bible favorise cette théorie lorsqu'elle nous rapporte, pour la production des animaux et des plantes, non pas que Dieu les fit de toutes pièces, mais qu'il dit :—" Que les eaux produisent les oiseaux et les reptiles ; que la terre produise les animaux et les plantes!" Et cependant je n'hésite pas à le dire, la théorie de Darwin n'est pas scientifique ; pourquoi ? parce qu'elle ne s'appuie pas sur les faits, Ni quelques faits isolés de croisement entre espèces voisines ont pu donner quelque espérance aux partisans de Darwin, la constance des produits ainsi obtenus, jointe à leur impossibilité de se reproduire, est devenu une preuve de plus en faveur de la fixité des espèces, qui était d'ailleurs appuyée sur l'observation universelle,

De même pour le passage de la nature inanimée à la nature vivante, si les microbes infiniment petits, et dont la constatation a échappé pendant quelque temps aux moyens connus d'observation, ont pu entretenir les illusions des darwinistes, les immortels travaux de Pasteur et de Tyndall sont venus montrer que, lorsqu'on excluait tout être vivant, la physique et la chimie n'ont pu jusqu'à présent produire, je ne dis pas cet être complexe appelé microbe, mais même une seule cellule organisée, Le darwinisme, comme théorie, n'est done pas scientifique ; c'est une pure hypothèse fantaisiste, qui peut tout au plus amuser ceux qui ont du temps à perdre, mais qui ne devrait pas occuper un homme sérieux

Malheureusement ce sont des utopistes de cette sorte qui font tort à la vraie science, parce qu'ils en prennent les allures, et adoptent un langage d'autant plus afirmatif qu'ils sentent eux-mêmes que leurs points d'appui sont moins solides, Aussi ne manque-t-on pas de les invoquer quand on veut infirmer les résultats acquis de la science moderne,

Il est donc du devoir des partisans de la vraie science de ne rien aflirmer que sur bonne preuve, de donner comme douteux ce qui n'est pas encore suffisamment appuyé, et aussi de combattre les théories qui ne sont que le produit d'une imagination plus ou moins ingénieuse,

Il serait cependant injuste de condamner les hypothèses par lesquelles les savants essayent de rendre compte de certains phénomènes compliqués, comme la gravitation, l'électricité, la lumière, la chaleur, l'aflinité chimique, ete. D'abord ces hypothèses ne sont pas données comme explications absolues, mais simplement comme manière probable — en attendant mieux — de grouper les faits dépendant d'une même cause apparente. Puis elles sont tenues de rendre compte de tous les détails sous peine d'être rejetées. Mais, dans tous les cas, les lois qui régissent les phénomènes, et dont ces hypothèses doivent rendre compte, sont complètement indépendantes de ces dernières, jet n’en seraient pas moins solides, quand même ces mêmes hypothèses seraient reconnues fausses et devraient être remplacées par d'autres plus heureuses. Il ne faut donc pas oublier que ce ne sont pas les hypothèses qui déterminent les lois, mais qu'au contraire ce sont les lois constatées qui servent de criterium sine qua non aux hypothèses.

Ainsi, que la gravitation soit le fait d’une attraction dont les corps matériels seraient les centres, ou qu'elle soit due à la pression de l’éther, ou à toute autre cause non encore imaginée ou découverte, peu importe : cela n’influera en rien sur /es lois de la gravitation, qui resteront démontrées.

De même, les relations entre la force, la masse et la vitesse ont été l'objet de démonstrations si rigoureuses qu'on ne saurait, par exemple, prétendre “que le corps le plus

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