‹ De la certitude dans ses rapports avec la science et la foiChapitre 1 sur 46 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

intérêts dont la lutte n'est que l'éternel dualisme de la science et de la foi se produisant sous leur forme extérieure dans les deux grandes institutions qui se disputent, avec le monopole de l'enseignement, la palme de la certitude, puisque, en effet , sans la certitude d'un principe, on ne peut rien enseigner ; mais malheureusement les philosophes et leurs adversaires s'accordent à dire que la vérité est une ; or, avec deux prétendants, il y a de toute nécessité vérité endeçà, erreur au-delà, alors à qui restera cette palme?

Nous n'avons la prétention de rien conclure à cet égard, sinon peut-être que les doctrines plus ou moins hasardées qui ont été émises sont toutes empreintes d'un notable cachet d'insuffisance. Pour nous, les faits ont leur autorité en ces matières délicates; c'est pourquoi nous les avons laissés ce qu'ils sont pour les atteindre à leur origine et contempler sous une forme plus simple cette grande contradiction de la vie des peuples comme de l'existence individuelle.

Cette question n'est pas neuve, nous n'avions

PRÉFACE. il|

pas besoin d'en faire l'aveu; cependant, elle est de celles que l'esprit humain ne pourra jamais se lasser d'agiter, parce qu'elle est la première qu'il doit se poser ; et par cela même qu'elle est la première, elle sera la dernière, cela est évident, si la vérité est une, si elle est indivisible. Mais elle se présente aujourd'hui sous une forme particulière : les passions du moment, les institutions, les progrès mécaniques, lui donnent un intérêt tout nouveau, et, en augmentant la hardiesse de l'esprit spéculatif qui ne doute de rien , changent singulièrement son aspect. Il fut un temps où toutes les sciences, sous peine de prononcer leur propre déchéance, devaient converger vers une grande unité religieuse, où il n'y avait de science que dans le sacerdoce, où toute science devait servir à expliquer et à confirmer le dogme. Aujourd'hui la science, émancipée de ses entraves, veut dominer à son tour; elle veut avoir sa certitude à part de la foi, ou plutôt obliger celleci d'adhérer forcément à une autre existence c'est-à-dire qu'elle lui demande un suicide.

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