‹ De la certitude dans ses rapports avec la science et la foiChapitre 20 sur 46 · XXX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

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ligences, contradiction formelle; car comment parviendrez-vous jamais adonner aux termesla même valeur, si les idées nous venant toutes des sens, comme le soutenaient ces philosophes , vous sentez pourtant autrement que moi? D'autres, pour remédier à cela, ont dit : t Les hommes naissent avec des facultés égales ; mais comme ils naissent en des lieux et en des conditions différentes, leur éducation ne peut se ressembler. » Malgré tout, comme les faits s'accordaient trop peu avec ce raisonnement, ou plutôt le contredisaient en tout, ils s'énonçaient ainsi : les hommes communément bien organises; misérable subtilité, pitoyable argutie qui n'avait même pas le mérite de rien dissimuler.

Quelle est la conséquence à tirer? La voici : Des hommes obscurs s' emparant de ces idées et les adaptant au précepte de l'Évangile dont ils se souciaient fort peu pour le reste, en conclurent que Dieu ayant fait tous les hommes égaux, et que les ayant proclamés tels lui-même, il était de toute justice que les choses ici-bas fussent arrangées en conséquence. De là les projets de lois agraires, et d'une division territoriale par parties égales et inaliénables. D'ailleurs tout était pour eux, car ne serait-il pas injuste que Dieu eût fait des privilégiés? Tout s'enchaîne dans le monde moral comme dans le monde physique : Locke, cet homme si posé et si peu enthousiaste, a peut-être dominé plus qu'aucun autre sur la révolu-

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tion française, car il avait une main posée sur les sciences exactes et l'autre sur la philosophie. Les idées de Locke remontent au commencement du monde ; mais nul n'a plus contribué que lui à les populariser.

Il était encore des esprits éclairés qui, tout en rejetant l'égalité des intelligences, étaient néanmoins séduits par ce projet d'une langue parfaite. Les géomètres y inclinaient et faisaient aussi passer ces idées dans la politique, et même jusque dans la religion ; la religion proclamée fut la religion de la raison, c'est-à-dire suivant les idées de l'époque la religion d induction ; mais les religions furent au reste jugées inutiles, l'abbé Sieyes croyant avoir trouvé le moyen de s'en passer. Observons queMme de Staël jetait déjà le plus vif éclat ; aussi est-ce dans les écrits de cette femme si justement célèbre et si méritante que l'on voit se livrer un combat acharné entre son organisation éminemment poétique, et les doctrines arides et désolantes de son siècle, qu'elle acceptait sous la foi de ses amis politiques, et c'est celui de ses ouvrages où ces deux principes contrastent davantage, que nous avons examiné pour le profit de notre cause.

Mais les choses n'en sont pas demeurées là, et cela ne pouvait être : Un principe, pour être abandonné, doit être développé jusque dans ses conséquences les plus iniques. Les essais infructueux de Sieyes, ses idées de pouvoirs pondérés, où l'on ne tenait compte

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ni des idées religieuses ni d'aucun préjugé, devaient frapper plus d'une imagination. Sieyes avait fait des constitutions-mécaniques où le hasard des circonstances et l'épreuve du temps n'entraient pour rien, et Sieyes obéissait aux logiciens et aux croyances de son temps ; d'autres imaginent des sociétés-mécaniques , et nous voyons se renouveler sous nos yeux les saturnales politico-philosophiques que nous cherchions à caractériser tout à l'heure. Le raisonnement est le même pour le fond, c'est toujours l'équité divine que l'on explique à sa manière.

Ces excès dévoilent la faiblesse du principe que nous avons examiné plus haut, car ils ont tous la même origine, sinon que ceux qui ont voulu faire ouvertement une métaphysique à l'aide des mathématiques n'ont rien trouvé de plus simple que de faire du panthéisme et du moins déguisé; ces excès, disonsnous, dévoilent la faiblesse du principe d'une langue parfaite ou d'une méthode parfaite; car ils ne peuvent avoir d'autre origine que ce principe ; ils dévoilent évidemment toutes les chimères cachées sous cet idéal prétendu de la science pure, dont on ne peut se faire aucune idée raisonnable sans se faire en même temps celle de la servitude de la raison qu'on invoque : rendre les passions en algèbre et les satisfaire en géométrie, tout cela se ressemble , tout cela attaque le principe même de la liberté et de la morale.

Gardons-nous bien, cependant, de calomnier la

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philosophie, ce serait calomnier la liberté dont elle est la fidèle expression ; toutes les vertus sont entre deux vices; ce n'est pas une raison pour mépriser la vertu. Pareillement la philosophie est entre deux excès : ceux des mystiques et des visionnaires, et ceux des savants et des économistes ; et les mystiques et tes visionnaires sont tout aussi à craindre lorsqu'ils s'emparent des idées religieuses, que ceux qui, voulant tout soumettre au calcul et à la logique, les repoussent. La philosophie véritable parait donc le milieu de la raison, et, comme telle, elle représente toutes les fluctuations de la science et de la foi, ou les progrès de l'opinion. De sorte qu'entre les extrêmes du doute et de la foi absolus tout est pour la raison un mélange de doute et de certitude qu'il lui faut péniblement affaiblir.

Mais au moins la foi avoue un mystère, et, en s'y soumettant, en accepte, ou cherche à en accepter toutes les conséquences en combattant la raison et ses éternelles protestations;; en un mot ce qui distingue la rai» son, c'est qu'elle veut toujours douter, et ce qui distingue la foi, c'est qu'elle ne le veut jamais. Qu'est-ce alors que la religion de la raison? la religion du doute. Mais c'est confondre ce qu'il y a au monde de plus incompatible. D'ailleurs, comme nous l'avons remarqué plus haut, on peut dire que toute religion est religion de la raison, caries bêtes n'ont pas de religion; mais si l'on entend par raison la chose raisonnêe, on abuse étran-

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