‹ De la certitude dans ses rapports avec la science et la foiChapitre 33 sur 46 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Rapports de la certitude avec la liberté, au point de vue métaphysique.

il est impossible de penser et d'agir sans but, et ce but doit être notre propre bien, bien ou mal entendu. Or, toute bonne et toute mauvaise action, toute vérité et toute erreur est renfermée d'une manière générale dans la question de liberté, qui implique celle du bien et du mal. Ainsi, ce qui a rapport aux institutions politiques ne peut avoir de solution qu'après la question de liberté, ou ne peut être établi solidement qu'autant que la liberté, c'est-à-dire les droits respectifs de chacun sont plus solidement établis et mieux compris. Mais où est ce point-là?

La liberté veut qu'il y ait toujours des esprits insoumis. Elle est une protestation continuelle; elle est un bien et un mal en même temps, car elle affirme et nie tout à la fois; elle renferme en elle les deux contradictoires : elle conserve et détruit ; elle est la paix et la guerre. Or, si le principe de la paix et de la guerre est bien et mal en même temps, la paix et la guerre, qui sont la conséquence de ce principe, sont bien et mal en même temps; c'est-à-dire que, si prenant d'une part la paix, de l'autre la guerre, nous les envisageons séparément, nous verrons que la guerre est un

bien et un mal, et que la paix est aussi un bien et un mal; et si nous poussons plus loin notre raisonnement, nous pourrons dire que la paix peut être un mal et la guerre un bien, et réciproquement. Mais cependant comment déciderez- vous à priori que la guerre est un mal et la paix un bien, si elles n'ont ce caractère de bien et de mal que par leur coexistence? car elles sont liées ensemble par une telle affinité qu'on ne saurait les concevoir l'une sans l'autre, et que vous devez les imaginer l'une et l'autre comme formant une même substance corporelle dont il vous serait impossible de prendre la moindre parcelle sans prendre en même temps la paix et la guerre, la concorde et les dissensions, c'est-à-dire le bien et le mal tant physique que moral ; car l'action délétère des corps les uns sur les autres, dans la nature, n'a pas une autre raison que la nécessité d'un principe générateur et destructeur représenté par la paix et la guerre.

Tout ce qui est contingent doit périr et renaître, avoir un commencement et une fin, et comme il s'ensuit une lutte incessante, les deux principes doivent chercher à s'exclure mutuellement ; ils doivent, disons-nous, y employer toutes les ressources dont ils disposent : les minéraux et les végétaux y emploient une force aveugle, les animaux tout l'instinct et toute l'intelligence dont ils sont doués, l'homme sa raison. Il emploie donc sa raison à détruire et à réparer, et il obéit en cela aux lois de sa nature et de la nature en général, car s'il n'a plus le mal en perspective, — et de tous les maux qu'il peut craindre le plus, ce sont ceux que peuvent lui causer des êtres en

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