‹ De la certitude dans ses rapports avee la science et la foiChapitre 6 sur 32 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

lorsqu- on ne veut faire aucune concession au vague qui en est à jamais inséparable, on fait preuve de peu de sincérité ou de peu de sens, on tombe dans le sophisme ou dans des erreurs grossières ; c'est, avant tout, ce que nous avons voulu éviter. Quant au sujet lui-même, nous Tavouons, il ne peut avoir de charmes que pour les hommes familiarisés avec la méditation-; nous croyons néanmoins qu'il n'est pas dénué d'intérêt pour ceux qui n'ont pas pris en aversion toute lecture sérieuse et suivie dans un temps où les habitudes et le goût littéraires sont d'une extrême frivolité. Néanmoins , même pour ceux-là ^ nous savons quel sacrifice c'est de lire un livre où il entre quelque peu de métaphysique; mais nous leur dirons, pour aider à leur bonne volonté, qu'il est de notre devoir d'encourager, si nousavonscru faire une œuvre utile, que si l'ordre logique du travail et de la distribution nous imposait l'obligation de présenter nos idées sous la forme naturelle par nous adoptée, rien n'empêche le lecteur de remonter des effets aux causes si la matière lui en parait digne, et de

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commencer par la seconde partie pour de là revenir à la première. Mais on doit lire, avant tout, rintroduction, que nous n'avons pas écrite uniquement pour grossir le volume, comme on sel' imagine leplus habituellement: on ne pourra même bien nous comprendre qu'à cette condition. L'espérance est le soutien du lecteur et du nautonnier, et en ces matières un peu épineuses^ lire un livre et n'en pasposséder l'idée, c'est naviguer sans boussole sur une mer sans rivages et s'exposer au découragement ; or,bienque la métaphysique domine le corps de cet ouvrage, ce livre est avant tout un livre d'application et de pratique, et nous avons consigné toutes nos vues à cet égard dans l'Introduction, en même temps^ que justifié la marche obligée par laquelle nous tendons à notre but depuis le premier chapitre jusqu'au dernier.

Mais au reste , sonder les profondeurs de la métaphysique n'est pas une occupation aussi stérile pour le bonheur matériel qu'il est à la mode de le dire; car ce n'est que par le secours de la métaphysique que l'on peut découvrir jus-

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qu'à quel point les plans formés pour Tamoindrissement de la misère générale sont réalisables, ou comment ils sont réalisables; l'œuvre du métaphysicien a donc une grande portée , une si grande , que ceux qui professent un profond dédain pour la métaphysique ont été obligés de l'appeler à leur secours, et faute d'expérience ont montré toute l'inanité de leur doctrine.

On doit tenir compte des bonnes intentions , mais faire la guerre aux idées fausses; ce n*est qu'aux idées que le métaphysicien s'adresse, et non aux hommes ou aux intentions : ceci soit dit en passant une fois pour toutes et à l'égard de tous. L'épigraphe qui accompagne le titre de cet ouvrage porte notre excuse et prouve, avec notre indépendance, la sincérité de nos intentions; car nous ne sommes pas philosophe par état, mais par goût, et nous aimons mieux paraître manquer de savoir que de bonne foi.

La science a ses secrets, nous avons franchement pris le parti de les lui laisser pour voir, comme tant d'autres, les choses à notre guise : ce qui pourra sinon justifier, au moins expliquer

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certaine manière d'envisager les phénomènes psychologiques, manière qui n'entre pas dans les habitudes des savants; mais on ne se mêle pas de philosophie pour s'accorder avec tout le monde. Voilà encore pour quelques-uns une dissidence de plus à noter. Cependant, puisqu'ils font entrer toutes les opinions dans leur système, nous les prions d'y faire entrer les nôtres : la paix est notre désir comme le leur, bien que nous ne croyions séparément ni au mouvement ni au repos perpétuels.

Un dernier mot. Nous avons publié assez récemment un ouvrage* où, certes, nos idées sont assez larges pour qu'on ne nous accuse pas de servir un parti quelconque , et nous avons fait et nous faisons encore dans celui-ci une assez belle part au progrès pour n'être pas taxé de malveillance à son égard ; mais c'est parce que nous croyons avoir aperçu les véritables conditions du progrès, que nous nous opposons de toutes nos forces à ce qu'on travestisse une idée

(1) De la perfeclibilité humaine j \Si2, Leieux, éditeur.

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