‹ De la certitude moraleChapitre 2 sur 98 · DE LA SECONDE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA SECONDE ÉDITION

La seconde édition de ce livre est la reproduction de la première. Est-ce la peine- de signaler quelques phrases légèrement modiiiées, quelques références rbctiliées ou com- |)létées, l'addition de deux ou trois notes que fera reconnaître cette mention : note de la deuxième èdilionl Cela est insignifiant^ quand le livre est d'ailleurs demeuré le même en tout : même pagination, même économie^ même ensemble et mêmes détails. Je n'ai pas jugé à propos de faire de vrais clîangemeuts : aujourd'hui comme en 1880, il y a dans les esprits, d'une part, une tendance positiviste et naturaliste et, d'autre part, une tendance assez difficile à définir, mais très réelle et très visible, tendance à un certain jnysticisme moral et à un certain Jidéisme. On se défie de la raison hors des sciences proprement dites, et l'on ne voit d'ouvrage solide de

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l'esprit humain que la science, et de domaine accessible au savoir que la nature. Le reste, on le néglige plutôt qu'on ne le nie, ou si Ion s'en occupe, c'est au sentiment ou à la raison pratique ou à la foi que l'on se confie pour s'y aventurer. Depuis i*^HO. ce mouvement mystique etfidéiste a grandi Dp plus en plus les besoins des âmes, que les sciences et une philosophie issue des sciences seules sont impuissantes à satisfaire, ces besoins moraux et religieux prennent de l'importance aux yeux des penseurs, et, comme l'anarchie intellectuelle va croissant, c'est dans l'ordre pratique seul que l'on se place pour "otrouver la paix, une certaine union morale^, une unanimité introuvable dans l'ordre intellectuel : il y a quelque chose à aimer, quelque chose à vouloir, quelque chose à faire, et, se défiant de toute^onception^péculative, de tout dogme comme de tout système et de toute théorie, ou attend de la bonne volonté et de l'action, de la foi, de l'espérance et de l'amour sans objet précis, le salut des individus et aussi des sociétés.

Ce livre, vieux de douze ans, est une étude des conditions de la certitude dans l'ordre des vérités morales. Contre ceux que l'on

PRÉFACE. vu

pourrait nommer les rationalistes secs, lesquels n'admettent qu'une sorte de mécanisme logique, il établit qu'il y a pour connaître quoi que ce soit, mais spécialement pour connaître ce qui est de l'ordre moral, des dispositions morales aussi, nécessairement requises. Contre ceux que l'on peut bien nommer les fidéistes, il établit que la vérité est objective, comme l'on dit, que la vérité est indépendante de notre vouloir et de notre pensée, et que nous avons à la reconnaître, non à la créer.

D'oii il suit qu'il y a des devoirs intellectuels. Parmi ces devoirs il y a assurément cette humilité intellectuelle dont les philosophes aiment maintenant à parler. C'est un devoir que de savoir ignorer, que de se défier de soi, que de ne pas réduire tout à sa mesure, et celui qui supposerait que rien ne passe la pensée de l'homme, perdrait avec le sens du mystère le sens de toute science. Mais la vraie humilité ne consiste pas à reculer devant l'obstaclC;, à ne rien oser, sous prétexte que l'on ne peut rien prétendre; elle ne consiste pas à se défier de ses forces au point de demeurer au-dessous de ce que l'on peut faire : elle consiste à faire ce qui est à faire, vaillamment, se défiant de sa propre

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