‹ De la certitude moraleChapitre 23 sur 98 · Pensées. C'est dans le célèbre morceau du pm · texte numérisé non relu

Pensées. C'est dans le célèbre morceau du pm

5. Pensées. Ce passage très ml et très beau, est à relire tout entier.

pas. Suivez Pascal dans cette étude des conditions morales de la certitude : vous entendrez des paroles étranges, vous rencontrerez des hardiesses qui vous étonneront, vous serez troublé, déconcerté, choqué même ; mais ne perdez pas de vue son dessein, et ce qu'on nomme son scepticisme ne vous paraîtra que l'expression très vive de l'incomparable grandeur de l'ordre moral et comme une adjuration pressante, passionnée, ardente à ceux qui se contentent de ce qui est au-dessous. Vous jugerez donc équitablement ce grand esprit; vous ne lui ferez pas de vaines chicanes, vous vous laisserez gagner et séduire par cette grande parole : oui, gagner et séduire. Mais sera-ce au point de vous livrer tout entier à lui? livrez-vous à son âme, non à sa logique ; gardez le droit de noter les excès de son langage ou de sa pensée. Sera-ce donc lui faire tort ou sera-ce agir avec pédanterie ? Si, parlant du troisième ordre de grandeur, il ne fait aucune distinction entre ce que les théologiens appellent l'ordre naturel et l'ordre surnaturel, vous rappelez et maintenez cette indispensable distinction. Si, étalant aux yeux les faiblesses de la raison, il s'emporte jusqu'à dire : « Le pyrrhonisme est le vrai \ » vous déclarez cette proposition inacceptable. Si, expliquant le rôle du sentiment, du cœur, de la volonté, il a un langage inexact, vous avez recours à des définitions précises. Ce n'est point

1. Pensées. Encore faul-il lire celle pensée dans sa vraie place. « Le pyrrhonisme esl le vrai; car, après tout, les hommes, avant Jésus-Chrisl, ne savaient où ils en étaient, ni s'ils étaient grands ou petits. Et ceux qui oui dit l'un ou l'autre, n'en savaient rien, et devinaient sans raison, et par hasard, et même ils erraient toujours, en excluant l'un ou l'autre. »

là VOUS renfermer dans une étroite et mesquine sagesse, ce n'est point vous rendre incapable de vous plaire à Pascal et de profiter dans son commerce. Mais vous voyez par un illustre exemple combien il est facile d'exagérer le rôle de la foi, vous voyez en même temps combien c'est dangereux: on risque d'ôter à la foi tout fondement rationnel, et partant de ruiner la certitude des vérités morales et religieuses que l'on prise plus que tout. De là se tire cette utile conclusion, qu'il est mauvais de ne savoir qu'en gros ce que c'est que connaissance et croyance, raison et foi, et cela vous détermine à porter dans vos idées une plus parfaite netteté.

Maine de Biran offre un autre exemple de la méthode morale indiquée par Pascal. Il convient de procéder avec lui de la même manière. Philosophe au sens propre du mot, il a eu le souci de concilier avec la philosophie née de ses premières réflexions les résultats où le menait peu à peu sa méthode morale, et plusieurs projets ou fragments d'ouvrages appartenant à la dernière partie de sa vie attestent cette préoccupation'. Mais sa méthode elle-même n'est point un système, et dans le Journal intime oii nous en suivons les progrès, elle est pratiquée tout de bon, et décrite à mesure qu'elle est mise en œuvre. La discipline de la

1. Voir Maine de Biran, sa vie et ses pensées, publiées par M. Ernest Naville, 2e édit., 1874. C'est ce que l'on nomme le Journal intime. Nous lisons à la date du 28 décembre 1818 : « La présence de Dieu opère toujours la sortie de nous-mêmes, et c'est ce qu'il nous faut. Comment concilier cela avec ma doctrine psychologique du moi? »

IW CHAPITRE IV.

volonté est pour lui la chose importante, essentielle. Comme Pascal distinguait trois ordres, Maine de Biran distingue trois vies. L'unique question pour Pascal était de passer des sphères inférieures à la sphère suprême : Maine de Biran cherche la même chose*. Il y a la vie commune, vulgaire, la vie des sens; puis il y a la vie intellectuelle, et aussi la vie morale ordinaire, « vie moyenne » qui ne peut suffire à l'homme, parce qus ni les spéculations de l'esprit ne lui découvrent les vérités les plus essentielles et les plus hautes, ni un froid stoïcisme ne lui donne la force de se délivrer de ses misères. Au-dessus, il y a la vie morale par excellence, la vie religieuse, où l'âme reçoit de Dieu même la lumière et la force*. Il y a donc comme trois points de vue : d'abord celui des sens, de l'imagination, des passions : l'animal y est borné ; ensuite celui de la raison proprement dite : l'homme purement homme s'y arrête ; enfin un troisième point de vue, qui est celui de Dieu : l'homme que Dieu soutient s'y élève. « Il ne faut pas s'arrêter au dernier ordre de facultés comme si c'étaient là nos

1. Même remarque à faire au sujet de Maine de Biran qnaa sujet de Pascal. La troisième vie douL parle Maine de Biran est de l'ordre surnaturel et chrétien, et c'est à la religion, au christianisme, que sa métTiode morale aboutit. S'il n'est pas de notre sujet de suivre ici cette méthode tout entière, nous devons au moins rappeler que telle en est la portée. Cela bien entendu, il nous est peniiis de l'étudier dans les limites de l'ordre naturel où elle est déjà d'un indispensable usage.

2. Journal intime, 8 décembre 1821, et en beaucoup d'autres endroits. Voir aussi les Nouveata: essais d'anthropologie, introduction (3* et dernier vol. des Œuvres inédites de Maine de Biran, publiées par M. Ernest Na\ilie, 1859) : les trois divisions de l'ouvrage correspondent aux trois vies, vit animale, vie propre de l'homme, vie spirituelle.

limites*. » Mais « comment passer de l'état inférieur à l'état 5î//?m«<r'? » Comment s'élever à la troisième vie? Comment atteindre ce point de vue suprême qui seul permet de bien juger des choses? « La philosophie qui n'admet que l'étude', » ne suffit plus. « Il faut agir, pratiquer la loi morale dans toute sa pureté pour avoir en soi quelque chose de supérieur à la science*. » « Le monde invisible, Dieu, objet et but de la pensée quand on perd de vue le monde extérieur et soi-même S> , c-'est « le royaume intérieur de la raison et de la foi. Heureux qui a des yeux pour voir ce royaume ! La chair et le sang n'en ont point ; la sagesse de l'homme animal est aveugle là-dessus et veut l'être : ce que Dieu fait intérieurement lui est un songe. Pour voir les mer^ veilles de ce monde intérieur, il faut renaître; pour renaître, il faut mourir®. » Cette mort et cette renaissance spirituelle, c'est l'œuvre de Dieu et de l'homme, de la grâce que Dieu donne et de la libre volonté qui opère sous cette action divine. Maine de Biran décrit avec une attachante sincérité ce travail d'âme. Lui aussi, comme Pascal, emploie à la recherche de la vérité morale et religieuse l'homme tout entier. Il ne veut négliger aucune des ressources de la nature humaine, et il déclare que pour arriver à la troisième vie et la main-

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